Lettres )itissives, l. IV, p. 29o
leur avoir ouy dire, qu'il esloit loisible de tuer le roy, et qu'il esloit hors de l'Église, et ne lui faloit obéir ny le tenir pour roy jusques à ce qu'il fust approuvé par le pape '. >>
- Le Parlement fut unanime, comme il devait l'être, sur le châtiment à infliger à Chàtel. Mais les avis furent partagés sur la proposition qui fut faite d'atteindre et de frapper les Jésuites du même coup. Les plus ardents soutenaient que l'appointement ou sursis obtenu par les Pères, dans leur affaire contre l'Université, n*avait servi qu'à provoquer ce parricide exécrable.
Tel fut l'avis d'Etienne de Fleury, doyen des conseillers, rhomme du monde le plus éloigné des conseils turbulents, d'après de Thou. « Qu'attendons-nous davantage ? disait-il. Quelles autres preuves voulons-nous contre celte secte empoisonnée? Leurs accusateurs avaient-ils tort, lorsqu'ils criaient que le salut du roi et celui du royaume étaient liés avec les intérêts de l'Université? A quoi a servi cette surséance obtenue par tant d'intrigues, sinon à fournir les moyens de précipiter l'exécution d'un crime qu'ils méditaient depuis longtemps? Que les princes sont malheureux! on ne croit leur vie en péril que lorsqu'on les voit assassinés. »
Le président de Thou fut écouté avec respect quand vint son tour d'opiner. « Lorsque dernièrement je donnais mon avis, dit-il, dans l'afTaire de l'Université contre les Jésuites, je n'espérais pas à mon âge, et avec mes infirmités, vivre encore assez pour assister au jugement que nous allons rendre aujourd'hui. C'est ce qui me porta, dans l'indignation causée par le parti qu'on prenait alors, à me hâter d'ouvrir un avis auquel je reviens en ce jour avec beaucoup de joie. Dieu soit béni, de nous avoir ménagé une occasion où nous avons lieu de nous féliciter de ce que l'entreprise, méditée par nos ennemis contre l'État et la vie du roi, a été sans succès, et qui prouve en même temps combien l'avis des gens de bien était beaucoup plus sage que l'avis de ceux qui, par une malheureuse politique, opinèrent pour la surséance, »
Dès lors, il était visible que Chàtel allait entraîner les Jésuites
1. Procédure falcte contre Jehan Chastel, dans les Archives curieuses, t. XIII, p. 380, et dans les Mémoires de la Ligue, t. VI.
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dans sa perte. Personne n'osa plus élever la voix, pour les défendre. Lesloile raconte que le procureur général de la Guesle, « auquel on en voulait comme fauteur des Jésuites », s'ctant excusé auprès du roi « que sans y penser il avait esté d'avis à la vérité de les laisser à Paris, ne pensant pas que leur demeure y deust causer un tel inconvénient, le roy lui dit : « Voilà que c'est, M. le procureur! Vous fustes cause de la mort du roy mon frère sans y penser; vous l'avez cuidé estrc de la mienne tout de mesme *. »
Pour mettre le comble au malheur des Jésuites, il arriva que les commissaires du Parlement, chargés de visiter le collège de Clermont, trouvèrent dans les papiers du P. Guignard des écrits séditieux, injurieux pour le roi de France et pour tous les princes. « En l'an lo72, au jour de la Saint-Barthélémy, était-il dit dans ces écrils, si l'on eût saigné la veine basilique (c'est-à-dire royale), on ne fût pas tombé de fièvre en mal chaud.... Appellerons-nous rois un Néron, Sardanapale de France, un renard de Béarn, un lion de Portugal, une louve d'Angleterre, un griffon de Suède, un pourceau de Saxe? » Guignard glorifiait l'acte héroïque de Jacques Clément, et il ajoutait : « que la couronne de France pouvait et devait être transférée dans une autre maison que celle de Bourbon; que le Béarnais, encore qu'il fût converti à la foi catholique, serait traité plus doucement qu'il ne méritait; si on lui donnait la couronne monacale en quelque couvent bien fermé, pour y faire pénitence de tant de maux qu'il avait faits à la France; que si on ne pouvait lui ôter la couronne sans guerre, il fallait lui faire la guerre, et que si on n'était pas en état de lui faire la guerre, on devait se défaire de lui à quelque prix et de quelque manière que ce fût ^ ».
Ces écrils semblaient faits pour provoquer à l'assassinat du roi. Ils devaient lever les derniers scrupules et déterminer le bannissement de la Compagnie.
Par arrêt du 29 décembre, Châtel fut déclaré coupable « du crime de lèse-majesté divine et humaine au premier chef, par le
1. C'est en effet le procureur général de La Guesle qui avait introduit le jacobin Jacques Clémenl auprès de Henri III et facilité ainsi bien involontairement l'assassinat du dernier des Valois. {Mémoires de Cheverny. p. 493, édition Micliaud et Potijoulat.)