‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 74 sur 178 · De Thou, 1. MO. — Palma-Cayet · texte numérisé non relu

De Thou, 1. MO. — Palma-Cayet

l'expulsion des jésuites '1?1

très niesclianl el 1res détestable parricide attenté sur la persuiuie du roy ». Il fut condamné à faire amende honorable devant le grand portail de Notre-Dame, puis à être tenaillé, à avoii- la main droite coupée, le corps tiré et démembré à quatre chevaux, el les membres jetés au feu.

Suivant le même arrêt, « les prêtres et écoliers du collège de Glermont et tous autres soi-disans de ladite Société, comme corrupteurs de lajeunesse, perturbateurs du repos public, el ennemis du roi et de l'Etal », devaient vider Paris et les autres villes où ils avaient des collèges sous trois jours, el le royaume sous quinze jours après la signification de l'arrêt, à peine de lèse-majesté. Leurs biens, meubles et immeubles, seraient employés en œuvres pies. En outre, défense était faite à tous sujets du roi d'envoyer des écoliers aux collèges de ladite Société, qui sont hors du royaume, sous peine d'être réputés criminels de lèse-majesté '.

Quinze jours plus tard, le P. Guignard était pendu en place de Grève, comme criminel de lèse-majesté. Il avait invoqué vainement en faveur de ses écrits l'amnistie accordée par Henri IV à tous les habitants de Paris. Il lui fut répondu « qu'il avait esté Ires estroictement enjoint de brûler telles écritures sur peine de la vie ; les ayant gardées contre les édicts du roy, il l'avait donc offensé el le public ^ ».

La maison de Chàtel fut rasée, et, sur son emplacement, près la porte du Palais de justice, on éleva une pyramide, aux quatre faces de laquelle on lisait des inscriptions rappelant ratlental contre la vie du roi et le bannissement des Jésuites.

Le dimanche 8 janvier 1595, « sur les deux heures après midi, dit Lésloile, les Jésuites obéissans à leur arrest, sortirent de la ville de Paris, conduits par un huissier de la cour. Ils estoient trente-sept, desquels une partie estoitdans trois charrettes, elle reste à pied. Leur procureur estoit monte sur un petit bidet. Voilà comme un simple huissier, avec sa baguette, exécuta, ce jour, ce jue quatre batailles n'eussent sceu faire. »

On a souvent critiqué avec amertume, el même avec violence,

1. De Thon, loc. cit. — Annales des soi-disans Jésuites, t. I, p. 583.

2. Palma-Cayet, p. 626. — « Avoir écrit de pareilles choses, dit Linguet (t. II, p. 296), ne marquait que l'esprit du temps, mais les avoir gardées annonçait un attachement secret à cet esprit et peut-être Tenvie de le faire renaître. »

l'arrêt du parlement de Paris. Il est cerlain que les Jésuites ne furent pas appelés à se défendre et que les formes rigoureuses de la justice ne furent point observées. Les magistrats avaient encore présents à l'esprit les débats soulevés par le procès de l'Université; il leur parut que les événements s'étaient chargés de confirmer les accusations passionnées, les sanglantes prophéties d'Arnauld. Ils ne s'arrêtèrent pas à discuter avec des religieux qu'ils considéraient comme des perturbateurs du repos public, des ennemis du roi et de l'État; ils les frappèrent, pour intimider et réduire à l'impuissance tous ceux qui soutenaient les derniers efforts de la Ligue à son déclin. L'expulsion des Jésuites ne fut donc pas un acte de justice, mais une sorte de mesure politique inspirée par les passions du temps, que l'on essaya de légitimer en invoquant l'intérêt de la sûreté publique. C'est dans ce sens que Linguet a écrit * : « Je ne cherche point à justifier les Jésuites. On fît bien de les bannir; on aurait mieux fait de ne les point recevoir, cela est sûr. Je suis convaincu qu'ils, étaient dangereux à beaucoup d'égards; qu'il fallait un exemple; et qu'après tout autant valait qu'ils le donnassent que d'autres.... Il est clair qu'en sévissant contre les Jésuites, on eut surtout en vue de donner à tous les autres un avertissement capable de les effrayer. On ne peut pas conchire précisément qu'on les crût plus coupables.... La tranquillité publique, la sûreté du roi, la gloire même de la nation, trop longtemps ternie par des maximes étrangères, exigeaient également qu'il y eût quelques moines turbulents de sacrifiés. »

Henri IV ne fut ni étranger ni indifférent au bannissement des Jésuites, comme l'ont dit certains historiens '. S'il ne sanctionna pas par un édit les mesures prises contre eux, il adressa du moins des lettres patentes ou déclarations aux divers parlements du royaume, pour les inviter à suivre l'exemple du parlement de Paris. Ce fut par son commandement que les parlements de Rouen et de Dijon chassèrent les Jésuites de leur ressort ^ Il est vrai

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