‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 76 sur 178 · Ambassades du cardinal du Perron, p · texte numérisé non relu

Ambassades du cardinal du Perron, p

les évêchez et abbayes, et ceux à qui elle les donne en jouissent ; et au reste elle fait et peut tout ce qu'ont fait et peu les rois très chrétiens, ses prédécesseurs. Le pape cependant en tout cela demeure dessous, et son autorité, tant spirituelle que temporelle, V gît par terre; et par le refus qu'il a fait de vous admettre, il demeure de fait exclus lui-même du premier royaume de la chrétienté, et n'y peut rentrer que par votre merci, et par son absolution... Hormis le point de la conscience, le pape, quant à toutes autres choses, a plus de besoin que vous receviez son absolution, que vous-même. Il est aisé de juger qui perdroit le plus au refus de son absolution... Et comme j'ai dit qu'on est ici fort formaliste et long, aussi puis-je dire avec vérité, qu'ils y aiment le profit, et y craignent de perdre autant qu'en lieu du monde, » On verra bien, ajoute malicieusement d'Ossat, « à qui durera le plus le temps, à ceux qui sont dans le fort, à couvert, à leur aise, devant un bon feu, ou à ceux qui sont dehors, derrière la haie, au vent, à la pluie, à la grêle, tremblant le grelot '. »

Quelle que fût la sympathie du pape pour la Société de Jésus, elle ne pouvait aller jusqu'au sacrifice des intérêts de l'Église. Les Jésuites reconnurent d'ailleurs eux-mêmes que l'état des esprits en France ne permettait pas leur rétablissement immédiat ; ils firent de nécessité vertu, et ajournèrent leurs espérances, suivant ainsi leur maxime favorite, qui consiste à se gouverner selon les événements. Le général Aquaviva, obéissant aux plus fines inspirations de son esprit politique, supplia Clément VIII de ne pas faire du rappel de son ordre une des conditions de l'absolution du roi. Des Jésuites d'une haute distinction et d'une grande intelligence, le P. Possevin, le cardinal Tolet, d'autres encore unirent leurs efforts à ceux d'Aquaviva; et le pape ne fit plus aucune difficulté de réconcilier le roi avec l'Église catholique (17 septembre 1395) ^.

Les Jésuites avaient rendu un signalé service à Henri IV : ils s'en flattèrent bien haut, donnant à entendre qu'ils ne tarde-

1. Lettre au roi du vendredi 23 décembre loOi. Lettres ducardinal (TOssat, t. I, p. 73 et suiv., édition Ainelot de La Houssaie. 2 vol. 10-4°, 1698.

2. Lettres du cardinal dMjssat à Villeroy, des 30 août et 20 septembre 1593. — Voy. une lettre de remerciements adressée par Henri IV au P. Coton, dans La Compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton, par le P. Prat, t. I, p. 235.

l'expulsion des jésuites 135

raient pas à ressentir les effets de sa reconnaissance. L'autorité du roi était désormais incontestée; on ne pouvait plus songer à lui faire échec. Le moment était venu de se soumettre et de prodiguer les protestations du plus pur dévouement.

Henri IV, de son côté, caressait assez volontiers l'idée d'un rapprochement avec les Jésuites. Il songeait à les gagner à sa cause, à se les attacher par des bienfaits calculés, à s'en servir comme s'en était servi le roi d'Espagne. Peut-être même voulaitil s'assurer en eux « des auxiliaires combattant les complots régicides et détournant les poignards ' ».

En attendant l'heure propice, les Jésuites n'acceptèrent pas leur défaite avec une parfaite résignation. Ils eurent recours à tous les procédés, à toutes les supercheries pour éluder l'exécution des arrêts du Parlement et maintenir leur influence dans le royaume.

La plupart d'entre eux avaient cherché un asile dans les établissements que possédait la Société près des frontières, à Douai, à Pont-à-Mousson, à Ghambér}', à Avignon, ou bien encore dans la Guyenne et le Languedoc. Ils y furent suivis par nombre d'élèves appartenant aux familles les plus catholi(iues de France, qui manifestaient leur attachement pour les doctrines des Pères en affectant d'aller les chercher dans leur exil, si loin qu'ils fussent relégués. « Le parlement chargea le procureur général d'informer contre les violateurs de ses défenses, et dès le moment même déclara ceux qui avaient étudié chez les Jésuites depuis l'arrêt du 29 décembre 1394 incapables d'acquérir des degrés dans les universités '^. »

Quelques-uns poussèrent plus loin l'audace ou l'habileté de leurs entreprises. Ils quittèrent momentanément l'habit de leur ordre et renoncèrent en apparence à leurs vœux, s'insinuant dans les villes comme maîtres de pension et dans les familles comme précepteurs particuliers. Ils prétendirent être reçus sans difficultés à enseigner et à prêcher, parce que, n'étant plus Jésuites, ils ne pouvaient être compris dans l'arrêt de bannissement^.

1. Poirson, Histoire du règne de Hpnri IV, t. I, p. 642, 3e édition, in-12.

Page 1