Plaidoyer quinzième, édilion de
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Jésuites. Il rappela leur premier procès contre l'Université, les craintes prophétiques de Pasquier et les résultats funestes de la tolérance du Parlement. <f Par un malheur grandement lamentable et funeste à la France, prudence moyenne cl imparfaite, qui par bonne intention difîéroit de leur clorre, ou leur ouvrir la porte, jusqu'à ce qu'elle y eust plus meurement pensé, a dégénéré petit à petit en la pire partie, par la légèreté et licence du peuple, enclin à nouveautez, et par la connivence des magistrats esblouys du lustre de leur hypocrisie... la cour, à bon droit, par son arrêt du mois de décembre 1594, les a reléguez en Espagne d'où ils estoient venus. Ce qu'elle pouvait faire, voire sur les seuls mérites de l'ancien procès, ores qu'il ne fust rien survenu de nouveau, puis([ue leur réception csloit encore pendante et indécise sous la puissance de sa juridiction. »
Il remarque que tous les soins des Jésuites, « leur étude et industrie, toutes leurs ruses, cautelles et finesses (et quelles gens au monde en ont de plus subtiles?), bref tout leur souhait, et auquel ils réfèrent tous leurs artifices, est de rentrer en France, pour y faire pis que par le passé. C'est pourquoy, sur les advis receus de toutes parts, des divei'ses pratiques tendans à ceste fin, la Cour, prudemment la matière mise en délibération, mesmes ayant considéré des raisons spéciales qu'on ne doit divulguer »>, a étendu la peine du bannissement à tous ceux qui avaient été engagés dans la Société de Jésus, quoiqu'ils l'eussent depuis abandonnée. Tel est bien le cas de Porsan. « Il a esté dès sa jeunesse élevé, nourry, enseigné, institué entre les Jésuites, en leur collège, comme un de leur collège et de leur société; il en a pris l'habit, la demeure et le nom, par longues années, en plusieurs lieux, et dedans et dehors le royaume; il ahi, presché et confessé en ceste qualité. Et qui peut donc douter qu'il ne soit vray Jésuite, ainsi que nous tenons les Jésuites en France? »
« Mais ce Porsan, dit-on, est homme de lettres, fort propre et utile au rétablissement du collège de Lyon. Mais quel serpent hideux, quelle herbe vénéneuse, quelle forte poi;on n'est d'ailleurs utile à quelque autre chose? Toutesfois, d'autant que le mal y surpasse infiniment le bien, et que le péril des inconvénients qui en pourraient venir est mille fois plus grand, que tout le profit qui s'en pourroit tirer, on en prohibe au peuple le commerce. Comme en semblable, qu'est-ce que le fruict que l'on se
peut promettre de cest homme, en comparaison des maux prodigieux qu'on doit craindre de lui? « D'ailleurs, « bien que nous confessions nostre Université estre fort épuisée, en y faisant une exacte recherche », les échevins de Lyon peuvent " fournir leur collège de principal et régens catholiques, sages et vertueux, doctes et usitez à former la jeunesse, ensemblement aux bonnes lettres. Car, quoique le peuple, assez mauvais juge de la littérature, l'ait autrement pensé, la vérité est que ce genre d'hommes n'a jamais bien sceu ny enseigné les lettres, et qu'ils ont au contraire commencé d'estouffer leur pure semence, renée en ce royaume sous les auspices du grand roy François, pour y replanter petit à petit l'ancienne barbarie. Car ils ignorent le vray secret des langues mesmes; ils font vertu de les mespriser comme trop élégantes, et de retrancher à leur fantaisie, sous divers prétextes, les anciens autheurs : à l'exemple de ceux qui par le passé nous les ont tant tronquez, qu'il nous est plus resté de leurs épitomes que de livres complets. D'ailleurs la philosophie, qui est vraiment la royne des sciences humaines, doit estre puisée de la pure source des livres d'Aristote, dont les Jésuites n'enseignent que le nom et, mesprisant son texte, suivent les ambages des vaines questions tirées de la lie des docteurs scholastiques. Bref ils ont été plus propres à corrompre les lettres qu'à les illustrer. »
Le discours de Marion était empreint d'une grande exagération à l'égard de l'enseignement des Jésuites, mais ses conclusions furent exactement suivies. Le Parlement ordonna de plus fort l'exécution de son arrêt du 21 août dans la ville de Lyon; il ordonna en outre que Porsan serait pris au corps et amené prisonnier en la conciergerie du Palais (16 octobre 1397).
Le parlement de Paris poursuivait avec une telle ardeur le bannir^sement complet des Jésuites, qu'il se laissait entraîner jusqu'à franchir les limites de son ressort. Ceux-ci se croyaient en sûreté dans leur collège de Tournon, sous la protection du comte de Tournon et du parlement de Toulouse. Mais, sous prétexte que le seigneur de Tournon était sénéchal d'Auvergne, le parlement de Paris déclara qu'en cette qualité il devait être soumis à sa juridiction ; et il lui ordonna de chasser les Jésuites en les remplaçant par d'autres maîtres, sous peine
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d'être di'pouillé de >;es biens et de sa charge de sénéchal (!8 août loDS). De là un conflit de juridiction des plus irritants entre le parlement de Paris et le parlement de Toulouse, qui publia peu de temps après un arrêt tout contraire (:2.'{ septembre; loOS).
« Le roi, dit de Thou, fut justement indigné de voir son autorité compromise par la contrariété de ces deux arrêts. Il s'en fallut peu que sur l'avis du chancelier de Cheverny, il ne fit casser et annuler l'arrêt du parlement de Toulouse, et n'ordonnât à ce parlement et à celui de Bordeaux d'enregistrer l'arrêt rendu contre Châtel quatre ans auparavant; mais la chose fut dilTérée sur les sollicitations de quelques courtisans, qui avaient d'autres sentiments, et n'eut enfin aucune exécution, à cause de différentes remises qu'on apporta dans cette aHaire, et qui sont si ordinaires en France '. »
Les courtisans dont parle de Thou n'étaient pas seuls à prendre en main la cause des Jésuites. Ils étaient soutenus et encouragés par tous les catholiques, dont l'influence allait grandissant, depuis qu'ils avaient pris le parti de se rallier sincèrement autour du trône. Le pape, de son côté, ne perdait pas une seule occasion de renouveler aux ambassadeurs français les vœux ardents qu'il formait en faveur d'une Compagnie dont il était le protecteur naturel.
Henri IV était dans un très sérieux embarras. L'amitié de la cour de Rome lui était nécessaire pour affermir la paix intérieure du royaume, et plus encore pour arriver au règlement des affaires extérieures de la France avec l'Espagne et la Savoie. Il ne pouvait et ne voulait à aucun prix s'aliéner la faveur marquée que lui témoignait Clément VIII depuis son absolution. Ces considérations puissantes ne pouvaient manquer de l'emporter dans son esprit sur les motifs invoqués par le parlement de Paris, et même par son Conseil privé, pour le pousser à une extrême rigueur.
La correspondance d'Arnauld d'Ossat nous révèle le secret de la condescendance du roi envers le Saint-Siège et les raisons de haute politique qui inspirèrent sa conduite à l'égard des Jésuites^.