De Thou, L
2. Lettres à M. de Villeroy des o novembre 1595, 23 octobre 1597, 5 mars 1598, 31 octobre 1598.
C'est surtout dans la lettre du 5 mars 1598, adressée à M. de Villeroy, que nous découvrons les précieux conseils de prudence dont Henri IV n'hésita pas à faire son profit,
« Si dès son enfance le roy eust toujours été catholique, écrit dOssat, on ne serait si prompt à soupçonner et mal interpréter ses actions en matière de religion; mais pour ce qu'il est venu tard, on prend l'alarme de toutes choses qui puissent faire souvenir du passé, encore qu'elles ne soient faites à mauvaise intention, et principalement d'entendre qu'on veut chasser du royaume pour la seconde fois indifféremment ceux qui sont tenus pour les plus éminenls qui soient aujourd'hui en doctrine et instruction de la jeunesse, en confessions et administrations des sacrements, en la prédication et défense de la religion catholique et
de l'autorité du Saint-Siège et encore par un arrêt du Conseil
privé, qui n'y avait point encore touché, et en avait laissé faire la cour de Parlement, sur laquelle nous nous étions excusés jusques à présent, et en mettant hors la personne du roy; de quoy nous ne serions plus crus désormais après un arrêt du Conseil privé. Et comme toutes ces circonstances sont ici fort exagérées et prises en très mauvaise part, le pape s'en offense et s'en afflige extrêmement, et prend cela pour un mépris de son autorité, de ses prières et de son amitié, et pour un affront fait à Sa Sainteté, car c'est ainsi qu'il parle; et qui pis est, il entre en doute et défiance de la vérité et sincérité de la conversion de Sa Majesté, et en crainte de quelque plus grand mouvement en France au fait de la religion. »
« Aussi savez-vous, ajoute le vigilant serviteur de Henri IV, que le pape et la cour de Rome peut faire beaucoup de bien au roy, et aider grandement à lui accommoder les affaires de son royaume, mais elle lui peut faire encore beaucoup plus de mal. Nous l'avons trop expérimenté sur la fin du règne du feu roy, et es premiers six ans de celui du roy d'à présent. Le roy d'Espagne avec toute sa puissance, et employant toutes ses forces tant par mer que par terre, ne nous peut pas tant nuire comme fait cette cour en son séant; de façon que le roy et vous tous qui êtes près lui, quand vous ordonnez et faites certaines sortes de choses, avez grande occasion de tourner un peu les yeux vers Rome et ce Saint-Siège, et considérer comme elles y seront trouvées, et ce qui en pourrait advenir. Or, vous ne sauriez] plus irriter et
l'expulsion des jésuites 141
animer le pape et toute cette cour contre le roy et ses afTaires, qu'en faisant exécuter l'arrêt du 29 décembre 1394, après un si long temps. »
D'Ossat fait preuve d'une rare pénétration en envisageant à l'avance les conséquences du mécontentement des catholiques en présence des avantages que le roi était sur le point d'accorder aux protestants par Tédit de Nantes '. « (Jue s'il advenait qu'environ le même temps le roi s'élargît de quelque chose envers ceux de la religion prétendue réformée, comme il y en a qui pensent que pour éviter un plus grand mal il y pourrait être contraint, le bannissement des Jésuites donnerait d'autant plus belle couleur à ceux qui voudraient faire quelque remuement dans le royaume, et ferait ainsi d'autant plus grande impression en l'esprit du pape et de toute cette cour, et de tous princes et seigneurs catholiques tant dedans que dehors la France, et ne pourrait-on leur persuader que ledit élargissement procédât de la nécessité du temps, ni leur ôler hors de la fantaisie que le roi n'eût un mauvais dessein d'accroître le parti des Huguenots et diminuer et affaiblir celui des Catholiques, »
Quelle exquise et merveilleuse finesse, dans l'appréciation du rôle politique des Jésuites ! « Au demeurant, dit d'Ossat, il est malaisé à croire que ceux qui mettent en avant ce nouveau bannissement, aient des considérations qui pèsent plus que les précédentes. S'ils disent qu'il faut chasser les ennemis du roi, les corrupteurs de la jeunesse, qui enseignent à tuer les rois, et les espions du roi d'Espagne, Dieu me garde de m'y opposer et d'être jamais négligent en choses qui concernent tant soit peu la personne ou le service du roi. Je vous ai déjà protesté que je ne voulais nullement parler en faveur des Jésuites; moins veux-je en cet endroit être leur avocat de ce qu'ils peuvent avoir fait ci-devant. Tant y a, que quoi qu'ils aient fait et dit parle passé, ils l'ont fait parce que le roi n'était encore catholique, ou n'avait point été absous par le pape. Or ces occasions sont cessées longtemps y a par la conversion et l'absolution de Sa Majesté. Cet ordre fait particulière profession d'obéir au pape et dépendre de ses commandements, ils n'ont garde de faire contre celui que le pape reconnaît pour roi. D'ailleurs ils sont prudents et accorts, aimant leur sû-