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L'édit de Nantes fut rendu le 30 avril

reté et profit, et sachant très-bien connaître oîi il gît, et se garderont de faire une escapade ou extravagance, ou chose hasardeuse, beaucoup mieux que ne feroient d'autres qui ont moins de sens, et de prudence, et de police qu'eux. Et de fait Jacques Clément n'était point Jésuite. Aussi sont-ils pour le jourd'hui fort humiliés, ayant eu une bien rude leçon pour en faire leur

profit Et serait bien plus utile au roi et plus convenable à la

clémence et généreuse procédure dont Sa Majesté a usé ci-devant envers tous autres, de laisser en paix ces gens icy qui sont échappés à la fortune et à l'orage de l'arrêt du mois de décembre 1594 et se les gagner et acquérir. Aussi ont-ils bien eux seuls plus d'industrie, de dextérité et de moyen pour contenir les peuples en l'obéissance et dévotion que les sujets doivent à leur roi, que n'ont possible tous les autres ordres et religions ensemble. Et si on en savait bien user par delà, ils le feraient, tant pour le devoir, que pour effacer la note du passé, et pour l'espérance qu'ils auraient d'obtenir un jour par ce moyen la restitution de ceux qui furent chassés du ressort du parlement de Paris : outre que Sa Majesté en ne passant outre à l'exécution dudit arrêt retiendra la bonne opinion et affection du pape, de toute cette cour, et de tous les catholiques hors et dedans la France, »

Henri IV suivit les conseils d'Anauld d'Ossat. Il ne permit pas plus au parlement de Paris qu'au Conseil privé de pousser plus loin les hostilités contre les Jésuites. Le général Aquaviva en conçut les plus grandes espérances : il s'imagina que l'heure d'agir avait sonné, et que le rétablissement de sa Compagnie en France ne devait plus souffrir aucune difficulté. Il fut bien vite détrompé.

Malgré l'insistance du cardinal de Médicis, légat du pape, malgré les démarches de toute nature du P. Lorenzo Maggio et de trois autres membres de la Société, venus à la cour de France pour implorer la clémence du roi, Henri IV ne fit que de vagues promesses pour l'avenir.

Il était encore loin, en effet, d'être bien disposé en faveur des Jésuites, si nous en jugeons par la lettre qu'il adressait le 17 août 1598 au duc de Luxembourg, son ambassadeur à Rome : « Sur la demande pour les Jésuites, lui disait-il, j'ay respondu au légat ingenuement que si j'avois deux vies, j'en donnerois volontiers une au contentement de Sa Sainteté en ce faict, mais que n'en

ayant qu'une je la devois ménager et conserver pour mes subjects et pour faire service à Sa Sainlelc et à la chrestienlé, puisque ces gens se montroienl encore si passionnez et entreprenans où ils estoient demeurez en mon royaulme; qu'ils estoient insupportables, continuant à séduire mes subjeets, à faire leurs menées, non tant pour vaincre et convertir ceulx. de contraire religion, que pour reprendre pied et autorité en mon Estât et s'enrichir et aceroistre aux despens d'un chacun, pouvant dire mes affaires n'avoir prospéré icy, ma personne avoir eu seureté que depuis que lesdicts jésuites ont esté bannys d'icy. II seroit impossible qu'en France ils fussent vus de bon œil et soufferts par ceulx qui aiment ma vie et le repos '. »

Cependant le P. Maggio ne se décourageait pas. Comme il avait beaucoup d'habileté et un esprit très délié, il affirmait au roi sur un ton moitié sérieux, moitié plaisant, que les Jésuites lui seraient aussi fidèles qu'à Philippe d'Espagne, lorsqu'ils auraient reçu de lui les mêmes bienfaits. Le roi le payant toujours de belles paroles, il osa lui dire un jour : « Sire, vous êtes plus lent que les femmes, qui ne portent leur fruit que pendant neuf mois. — C'est vrai, répondit Henri IV; mais, Père Maggio, les rois n'accouchent pas si aisément que les femmes ^ »

1. Lettres missives, t. V. p. 13. — Voy. aussi lettres du 4 mai et du 2 juillet lo98, même recueil, t. Vlll, p. TO.j et 711. « Je ne me confieray aux promesses et belles paroles des Jésuites, dit Henri IV dans la lettre du 2 juillet, car j'ay trop avant esprouvé leur dissimulation et malice et la mauvaise volonté qu'ils me portent; aussy sont-ils régis et gouvernez par personnes non seulement qui ne m'ayment point., mais aussy qui ont l'àme plus vindicative que religieuse. »

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