Loc. cit., p
■Iu2 l'université de paris et les jésuites
dolus^ des Distiques de Jean Facetus, du traité de Philelphe et de tous ces manuels baroques du moyen âge qui composaient la bibliolhèque de Gargantua.
La division des classes et la liste des auteurs anciens étudiés par les élèves n'offrent pas de différence sensible chez les Jésuites. Le liatio sludionim fixe à cinq le nombre des classes consacrées à renseignement littéraire : trois classes de grammaire, infima, média, suprema, une classe d'humanités et une classe de rliétorique; cette dernière, par un privilège spécial, a deux professeurs, l'un pour la classe du matin et l'autre pour la classe du soir.
C'est dans l'explication des auteurs et dans la pratique des exercices scolaires, qu'il convient de chercher ce qui distingue les deux méthodes d'enseignement. Dans l'Université, les auteurs latins et grecs sont expliqués en entier, et non pas seulement par extraits, afin que les élèves puissent embrasser aussi bien le plan et l'économie générale d'une œuvre, que la diversité des œuvres de chaque auteur. Ces explications absorbent la plus grande partie des heures de classe et laissent une moindre place aux exercices d'imitation et de composition. Les écoliers ne sont tenus de remettre au principal du collège, tous les samedis, que trois thèmes grecs ou latins signés de leur professeur. En revanche, on a recours à de fréquents exercices de mémoire : à la fin de la semaine, on récapitule tous les morceaux appris par cœur et l'on pose des questions sur les parties les plus difficiles de l'enseignement.
Il n'en est plus de même chez les Jésuites. C'est dans les devoirs écrits, plutôt que dans l'explication des auteurs, que leur activité se manifeste et se donne libre carrière. Ils s'attachent au style, à la forme et aux mots plus qu'aux choses. Leur idéal, comme celui des professeurs de l'Université du reste, est d'apprendre à leurs élèves à écrire élégamment le latin ; et ils emploient, pour y parvenir, des moyens plus ingénieux que leurs rivaux. Ils n'ont cependant qu'une élégance brillanlée, dit un écrivain qui est loin de leur être hostile * ; la langue latine ne dégénère point entre leurs mains en un jargon corrompu, mais elle perd le nerf et la couleur.
l.Cli. Lcnonuand, Essais. sur l'instruction pu/Aiqne, publiésparsonfils,p.lOO.
LA HÉFORME DES ÉTUDES i5H
Le Hntio studiorum recommande les exercices de mémoire autant et plus peul-êlre que l'IIniversité: mais il se défie de ce qu'il appelle l'érudition, c'est-à-dire des connaissances historiques. L'érudition ne doit être employée qu'avec mesure, afin d'exciter de temps en temps l'esprit des écoliers '. N'est-ce pas pousser trop loin l'application du précepte cher à la Société, qu'il faut faire du travail un agrément? Cette science, destinée à égayer l'élève et à le tenir en haleine, n'est-ellc pas un peu superficielle et ne ressemble-telle pas trop à un f/ivertIssonienC? M. Lenormand reconnaît qu'il y a là matière à un grave reproche contre l'enseignement des Jésuites: mais il invoque les périls qu'une initiation trop facile à l'antiquité aurait fait courir à la société chrétienne de la Renaissance. « Lisez Ronsard, dit-iP, Montaigne, Bodin, les poètes, les historiens, les moralistes et les écrivains politiques du xvi"^ siècle : leurs vues sont presque toujours rétrospectives; ils n'ont d'admiration, de sympathie que pour les souvenirs de la société antérieure au christianisme. Avec cette idolâtrie, tout le profit du rude labeur accompli pendant le moyen âge aurait bientôt disparu. »
Une innovation des Jésuites qui mérite d'être louée, c'est l'usage des éditions expurgées, qu'ils introduisirent dans les écoles et qui ne tarda pas à être mis en pratique partout. C'était rendre hommage à la pureté de l'enfance et à la chasteté de la jeunesse, que de supprimer dans les auteurs grecs ou latins tout ce qui pouvait blesser la pudeur ou surexciter l'imagination. Mais, dans cet ordre d'idées, les Pères dépassèrent la mesure. Ils imaginèrent de mettre entre les mains de leurs élèves des excerpla ou morceaux choisis, manière artificieuse de dépayser, pour ainsi dire, les écrivains, de les transporter dans un milieu chrétien. Avec ces travestissements et ces mutilations, ils en arrivèrent à transformer les auteurs païens en propagateurs de la foi. « L'interprétation des auteurs, dira plus tard Jouvency ■', doit être faite de telle sorte que, quoique profunes, ils deviennent tous les hérauts du Christ, fiant quodammodo Christi prsecones. » C'est, sous une autre forme, la pensée exprimée par Loyola dans les constitutions : « Un s'oc-
1. liequlœ professoris rlicloricœ, 1, et Régula' proft'ssoris humanitulia, 1