Histoire de VUnwersilé, t. Vif, p
lo8 l'université de paris et les jésuites
de hautes murailles s'élevèrent autour de ceux des Jésuites; les grilles retentirent tristement sur leurs gonds à l'entrée des élèves; plus de précepteurs complaisants, de domestiques intéressés à la corruption de leurs jeunes maîtres, d'escapades dans lesquelles les pères se retrouvaient avec ravissement. Personne n'eut désormais le privilège de se soustraire au joug de l'étude, de la règle et de l'obéissance '. »
Par contre, dans l'intérieur du collège, les Jésuites usèrent d'une discipline plus douce, qu'ils appliquèrent avec des ménagements infinis. S'ils laissèrent subsister les châtiments corporels, du moins ils ne les appliquèrent pas eux-mêmes. Le Batio recommande aux maîtres de se montrer réservés dans l'usage des punitions : « Que le maître ne se presse pas de punir, qu'il ne pousse pas l'inquisition trop loin ; qu'il ferme les yeux sur les fautes commises, s'il le peut sans compromettre l'intérêt de l'élève. »
L'art suprême des Jésuites, on l'a souvent remarqué, fut de faire aimer aux détenus le séjour de la prison. Ils multiplièrent les récompenses pour exciter l'amour-propre, et ils eurent recours aux récréations, aux divertissements les plus variés pour égayer l'internat. L'émulation était pour eux le plus puissant stimulant de l'instruction; mais ils en abusèrent quelquefois, en poussant l'esprit d'émulation jusqu'à la puérilité! C'est ainsi que non contents de distribuer des prix avec beaucoup de solennité, d'accorder aux meilleurs élèves des croix, des rubans et autres insignes, ils imaginèrent, à l'imitation de Sturm, qui avait lui-même emprunté ces procédés aux frères de la vie commune de Liège -, de créer des confréries d'honneur et des académies, de décerner les titres d'empereur, de décurion ou de préteur aux élèves d'élite, et, pour faire contraste avec ces distinctions enviées, d'établir un banc d'ignominie dans un coin de la classe.
L'Université avait renoncé aux représentations théâtrales si goûtées des écoliers du moyen âge, parce qu'elles avaient pour elle l'inconvénient d'exiger une longue préparation, au détriment des éludes, et de donner trop libre carrière à l'imagination