CHAPITRE X
Politique de Henri IV à l'égard du parti caliioliquc. — Polémi(iues soulevées par la nouvelle du prochain rappel des Jésuites: Très humble Remontrance; Franc et véritable discours; Catéchisme des Jésuites; Plainte apolofiétique; La chasse du Renard Pasquin. — L'entrevue de Metz et la faveur du P. Coton auprès du roi. — Le célèbre entretien de Sully avec Henri IV. — La Compagnie de Jésus est, rétablie en France par l'édit de Rouen (icf septembre 1603). — Résistance du Parlement et remontrances du premier président Achille de Harlay. — Réponse de Henri IV et enregistrement de l'édit de Rouen.
11 ne faut pas chercher clans le caractère particulier de l'enseignement des Jésuites, ou dans le perfectionnement de leurs méthodes, la véritable cause de leur rétablissement en France, sous le règne de Henri IV. Ce furent encore une fois des raisons politiques qui l'emportèrent et leur valurent ce retour de fortune.
Henri IV était placé entre deux partis puissants, auxquels il devait des ménagements : les protestants qui l'avaient aidé à monter sur le trône et les catholiques qui Ty avaient affermi. Les vues opposées, les revendications contradictoires de ces deux partis ne laissaient pas de gêner et d'entraver parfois l'autorité royale. Depuis que l'édit de Nantes avait assuré aux protestants le libre exercice de leur culte, les catholiques semblaient croire que la prépondérance de leur religion était menacée; et ils réclamaient avec instance, à titre de compensation, certaines mesures qu'ils jugeaient de nature à servir de contrepoids. Au nombre de ces mesures figurait le rétablissement des Jésuites.
« Si nous nous demandons, dit Ranke *, quel fut le parti le
1. Die romischen Pupste in deu letzten vier Jahrunderten, t. H, Leipzig, 1874, in-8<>, 6" édition, p. 280.
DOUARCHE. 1 1
plus favorisé par Henri IV et celui qui en reçut la plus utile protection, ce fut évidemment le parti catholiciue, quoiqu'il dût sa propre élévalion au parti protestant. »
Le roi avait obéi aux plus graves comme aux plus hautes considérations en accordant Tédit de Nantes aux protestants; mais il n'ignorait pas que les protestants visaient à conquérir leur indépendance et aspiraient à se constituer en une république fédérative, d'où ils auraient voulu bannir autant que possible l'influence de la couronne.
Le parti catholique, au contraire, après s'être rallié à Henri IV, ne songeait qu'à fortifier le pouvoir royal. Mais il ne dissimulait nullement son dessein de mettre ce pouvoir au service des intérêts catholiques. « Le roi déclara, en l'année 1598, au clergé que son intention était de rendre l'Église catholique aussi florissante qu'elle avait été un siècle auparavant, il lui demandait seulement de la patience et de la confiance : Paris, disait-il, n'a pas été bâti en un seul jour... C'est dans cet esprit qu'il rappela les Jésuites, convaincu que leur zèle contribuerait au rétablissement du catholicisme et par là même à l'extension du pouvoir royal tel qu'il le comprenait à cette époque ^ »
D'ailleurs le pape ne cessait de solliciter le roi, soit directement, soit par l'intermédiaire de son légat, en faveur du rétablissement de la Compagnie; et il devenait tous les jours plus difficile à Henri IV de résister aux instances de Clément VIII. N'était-ce pas en eflet grâce à l'entremise du Saint-Siège que la paix de Vervins avait été signée entre la France et l'Espagne, et que l'affaire du marquisat de Saluées avait reçu une solution définitive? N'était-ce pas le pape enfin, qui, d'une main complaisante, avait rompu le lien légitime qui unissait Henri à la reine Marguerite, et, de l'autre, avait préparé le mariage du roi avec Marie de Médicis, nièce du grand-duc de Toscane? Était-il possible de répondre toujours par un refus obstiné aux démarches d'un Souverain Pontife aussi obligeant?
Henri IV ne pouvait pas songer un seul instant à révoquer l'édit de Nantes, comme le pape ne craignait pas de le lui demander ; il ne voulait pas davantage publier le concile de Trente dans le royaume et lui donner force de loi; mais pourquoi n'au-