‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 91 sur 178 · Raoke^ loc. cit., p · texte numérisé non relu

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RÉTAIiLISSEMENT DES JESUITES 163

rait-il pas ouvert une oreille plus favorable aux propositions concernant le rappel de la Société?

Les Jésuites ne laissaient échapper aucune occasion d'alTaihlir ou de détruire les préjugés que le roi nourrissait à leur endroit. Déjà, en 1598, le P. Hichcome, un de leurs écrivains les plus déliés, avait publié, sous le titre de Très humhle J{ct)ionlivnc(2 au très chrealien roy de France cl de i\avar)'c, une apologie dans laquelle il s'eflbrçait de justifier ses compagnons du triple reproche d'être les espions de l'Espagne, les ennemis du roi et les corrupteurs de la jeunesse.

Mais cette apologie et d'autres écrits du même genre * excitèrent les défiances, soulevèrent les colères du monde gallican et parlementaire. Ce fut comme le signal d'une nouvelle série d'attaques violentes contre les Jésuites.

Antoine Arnauld lança contre eux une diatribe vigoureuse, son Franc et véritable discours au roy sur le restablissement gui luy est demandé par les Jésuites. Il leur reprocha d'avoir causé la ruine des éludes dans l'Université de Paris. « Tout bien balancé, dit-il, ils ont plutôt nui que profité aux lettres. Auparavant qu'ils fussent venus en France, tous les beaux esprits, tous les enfants de bon lieu estudioient en l'Université de Paris, oîi il y avoit toujours vingt ou trente mil escoliers, tant François qu'estrangers. Cette grande multitude y attiroit tous les plus doctes et les plus célèbres hommes de l'Europe, soit pour paroistre, soit pour profiter. Les places de lecteurs publics, instituées par le roi François P'', estoient recherchées et retenues dix ans auparavant par les lumières des lettres. En la seule sale de Cambray se faisoient lors de plus belles et plus doctes leçons en un mois, que depuis par toute l'Université en un an, compris les Jésuites qui ont trouvé moyen de s'establir petit à petit en toutes les meilleures villes du royaume : et en ce faisant ont coupé les sources d'où venoit celte grande multitude d'écoliers; et par mesme moyen ont fait cesser un autre grand bien qui ad venoit à la jeunesse estudiant à Paris, laquelle se civilisoit davantage en la langue francoise et aux mœurs et alTection envers le géné-

1. Respon.se de René de La Fon, pour les religieux de la Compagnie de Jésus, au plaidoyé de Simon Marion en l'arrêt donné contre eux le 16 octobre /397, A Villefrauche, chez Guillaiiine Grenier, 1599.

rai de l'État, qu'elle n'a fait depuis, ne sortant point des provinces »

Arnauld renouvelait ensuite, sous une autre forme, toutes les accusations qu'il avait dirigées autrefois contre ses adversaires, dans son fameux plaidoyer. Il conjurait le roi de ne pas briser les arrêts du Parlement de Paris, et de ne pas rappeler en France une Société funeste, ennemie du royaume et de la royauté, une Société qui avait pour maxime que le pape dispose des couronnes et dont les sourdes menées, les traditions détestables avaient armé le bras des Barrière et des Chàtel.

Etienne Pasquier ne voulut pas rester en arrière. Il aiguisa sa plume ; et, pour prouver que, malgré ses soixante-douze ans, sa main n'était pas encore engourdie, il publia son Catéchisme des Jésuites, pamphlet amer et lourd, où se trouvent accumulés tous les arguments, mais aussi toutes les calomnies qui avaient cours contre la Société. Tous ceux qui ont écrit depuis contre les Jésuites ont puisé des armes dans ce vaste arsenal: et l'on a pu dire, sans trop d'invraisemblance, que le Catéchisme des Jésuites avait été le précurseur des Provinciales *.

Pasquier remonte à l'origine de la Compagnie et en retrace l'histoire avec plus de violence encore que dans son plaidoyer de 1564. Pour lui, Ignace de Loyola est un fourbe, un cafard, un fils du démon incarné, un grand Sophi, un Manès pire que Luther ou Julien l'Apostat. Les Jésuites sont les scorpions de la France, non les premiers piliers^ mais les premiers pilleurs du Saint-Siège.

Il passe ensuite à l'éducation telle que la donnent les Jésuites : elle est antichrélienne, antimonarchique et antifrançaise. « Aux chimagrées fantasques dont ils emphssent la tète de leurs écoliers, Pasquier oppose la gaillardise des élèves de l'Université, bien plus propres à toutes les fonctions politiques ou ecclésiastiques. Avec l'Université du moins on reste maître de ses enfants, on règle leur destinée, leur vocation. Avec les Jésuites, on les perd, on se les voit enlever un matin, comme ce lieutenant criminel d'Angers, Ayrault, chargé de poursuivre les voleurs, et qui ne put empêcher la Société de lui voler son fils,

1, Dupin, Eloge de Pasquier.

âgé de quinze ans '. » Pasquier s'indigne et met ces paroles éloquentes dans la bouche d'un pauvre père, auquel les Jésuites ont pris son enfant : « Je ne t'avais baillé mon (ils pour en faire un Jésuite, mais pour l'instruire aux lettres humaines, sans qu'il fourvoyât de notre religion catholique, en intention de le faire successeur de ma volonté, de mon bien et de mon état, estimant que tu eusses quelque religion en ton âme. Mais, où as-tu trouvé, méchant homme, qu'il te fût permis par une confession auriculaire, par une dévotion contrefaite, par une parole hypocrite, par une chimagrée enfumée, suborner un pauvre enfant, pour le dérober à soi, pour le dérober à son père, pour le dérober à Dieu? Car pourquoi n'appellerais-je dérober à Dieu, quand, pour la première démarche de sa dévotion, tu lui enseignes à se dérober à son père? >>

Le troisième et dernier livre du CatcrJiismc est un long réquisitoire contre les Jésuites, qui portent le Irouble dans les royaumes et ne reculent pas devant le meurtre des souverains, pour favoriser leurs desseins. C'est sur la ruine publique que doit s'élever leur propre grandeur. En France, ils ont attisé le feu de la Ligue; en Angleterre et aux l*ays-Bas, ils ont multiplié les désastres. Parri, Gérard, Barrière et Chàtel viennent tour à tour, armés du pistolet et du poignard, déposer contre leurs maîtres.

Les Jésuites ne voulurent pas rester sous le coup de pareilles attaques; et le P, Richeome organisa aussitôt leur défense. Dans sa Plainte apologétique au roi ti^es chreslieti de France et de ISavarre pour la Compagnie de Jésus, il opposa aux invectives d'Arnauld et de Pasquier des arguments pleins de force : le style était digne de la gravité du sujet et du souverain auquel le livre était adressé. Il convient de citer la réponse faite aux reproches dirigés contre la Compagnie au sujet de l'instruction : « Il ne faut qu'un argument, pour reboucher la pointe de tous les arguments de l'adversaire. C'est le témoignage de toutes les villes de l'Europe, où nous avons des collèges, qui se trouvent bien de nos escoles, nous fient leur jeunesse et approuvent nos exercices et les louent plus que nous ne demandons; et les villes qui n'ont point de collèges et connaissent notre façon d'enseigner, no ces-

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