‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 92 sur 178 · LenienI, La Satire au xvic siOde, p · texte numérisé non relu

LenienI, La Satire au xvic siOde, p

sent d'en demander... La beauté des lieux, si elle est toute seule, ne fait pas l'affluence des estudians, encore qu'elle y aide; mais bien la suftisance et renom de ceux qui enseignent. Les escoliers sont comme les pigeons, ils s'assemblent à plus grandes bandes aux lieux où ils trouvent plus de grain. Votre Majesté donna un très sage advis, il n'y a guères, à ceux qui se plaignoient sur ce sujet de nous, quand elle leur dit : Faites mieux que les Jésuites et vous aurez plus d'escoliers. C'est le vrai moyen d'attirer la multitude... Que si l'adversaire continue de maintenir que la venue et présence des nostres a causé la ruine de l'Université, que ne s'est-elle restaurée par leur absence de huit ans, et par la cessation de tous les collèges du ressort de Paris, de Rouen et de Bourgogne? »

Mais, une fois engagés dans la polémique, les Jésuites ne conservèrent pas longtemps le mérite de leur modération. Le P. Richeome s'échauffa et publia un pamphlet des plus acerbes, du plus mauvais goût, dirigé surtout contre Pasquier,.sous ce titre singulier : La chasse du renard Pasqiùn, descouvert et pris en sa tannière du libelle diffamatoire, faux marqué le Catéchisme des Jésuites, par le sieur Fœlix de la Grâce, gentilhomme françois. Dans ce libelle, Richeome invective Pasquier en un langage digne de la halle; il lui rend avec usure violence pour violence, calomnie pour calomnie; il épuise contre lui toutes les ressources du vocabulaire poissard, l'appelant « porte-panier, petit galant, maraud de Paris.... soit par nature, soit par bémol, soit par bécarre, sot à la plus haute graisse, sot à triple semelle.... Renard Pasquin, renard velu, renard chenu, renard pelé — »

Nous avons là un assez piquant échantillon des polémiques qui passionnaient nos pères et qui reflètent si vivement l'image du passé.

Cependant, à la faveur de ces polémiques, l'influence des Jésuites grandissait tous les jours. Ils avaient été assez heureux pour rallier à leur cause plusieurs des conseillers de Henri IV, Villeroy, Bellièvre et Sillery, tandis que la reine Marie de Médicis les favorisait de tout son pouvoir. Ils avaient même réussi à mettre dans leurs intérêts un personnage dont le crédit était encore plus considérable, Fouquet de la Varenne, « bien

connu, dit tic Thon, par certains services qu'il rendait au roi, (jui l'aimait beaucoup ' ».

Au mois d'avril 160.'{, le roi ayant entrepris un voyage en Lorraine, le P. Ignace Armand, provincial, et trois autresdcputés de l'ordre furent admis à l'une de ses audiences dans la ville de Metz. D'Epernon, Villeroy et de Gesvres, tous favorables aux Jésuites, assistaient seuls à cette entrevue ménagée par La Varenne. Les Pères se jetèrent aux pieds de Henri IV, lui prodiguèrent leurs protestations de dévouement et le supplièrent de mettre fin à leur bannissement : « Oubliez, Sire, dirent-ils, oubliez ce qu'un petit nombre de particuliers a dit ou fait de mal par un zèle mal entendu. Si quelque membre a péché, est-il juste que le corps, qui ne l'a point approuvé, en porte la peine? Quand nous implorons votre miséricorde, Sire, nous n'avons point d'autres vues que la gloire de Dieu et votre service. C'est là le but où tendent tous nos desseins et tous nos efforts. Ceux qui portent envie à votre gloire, et à la grandeur de votre empire, ne sont pas fâchés de nous voir bannis de notre patrie. C'est pour eux un ^ujet de joie; ils craignent que si on nous rappelle, nous ne travaillions de toutes nos forces à augmenter la splendeur de ce royaume. Si Votre Majesté veut nous faire sentir les effets de sa clémence, comme cette grâce ne dépend que d'elle, qu'elle fasse que nous n'en soyons redevables qu'à elle seule ; ce sera, Sire, un nouveau motif de vous aimer, et de vous respecter de plus en plus, et d'apprendre aux autres, par notre exemple, avec quelle ardeur on vous doit marquer son respect et son amour. Nous serions au désespoir que les Jésuites espagnols, italiens et allemands, qui aiment leurs princes et leurs magistrats, eussent l'avantage sur nous en ce point. Non, Sire, ils ne l'auront jamais : outre les liens du droit naturel et divin qui nous attachent à vous, le nouveau bienfait que nous attendons de Votre Majesté serrera tellement ce nœud, qu'il ne se trouvera point de nation qui ait, pour ses princes, plus d'amour et de zèle que nous avons pour vous et pour notre patrie. »

Le roi répondit à ce discours : « Je n'ai jamais voulu de mal

1. Fouquet de la Varenne, contrôleur général des postes, était un homme d'intrigue, que toute la Cour connaissait comme l'entremetteur habituel des amours de Henri IV.

aux Jésuites : si j'en veux à aucun d'eux, qu'il retombe sur ma tête. Mais cet arrêt que mon Parlement a donné contre eux n'a été rendu qu'après de longues et mûres délibérations *. » Il ajouta que, dès son retour à Paris, il s'occuperait sérieusement du rappel de la Société, après avoir pris l'avis du pape. Enfin le P. Armand lui ayant demandé s'il lui serait agréable que les trois provinciaux du royaume, accompagnés de trois autres Pères, se rendissent à Paris, pour suivre les négociations : « Non, dit-il, il suffit que vous et le P. Coton veniez m'y trouver. »

Henri IV s"était épris du P. Coton, sur le seul bruit de sa renommée. Un de ses plus vaillants compagnons d'armes, le protestant Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné, lui avait souvent vanté l'éloquence, Tesprit, l'élégance séduisante des manières et la rare habileté de ce Père, dont les prédications avaient obtenu à Grenoble un immense succès. Lorsqu'il le reçut pour la première fois, au palais de Fontainebleau, il l'embrassa* comme un ami longtemps attendu (29 mai 1603) ^ « Il le prit en telle affection, dit Palma-Cayet, aussitôt qu'il l'eut vu, qu'incontinent il ne se faisait rien qu'il n'y fût appelé. »

Le P. Coton fut comblé d'attentions et de faveurs de toute sorte. Il fut autorisé à accompagner le roi et à prêcher partout où la cour se transportait. Henri IV était ravi de l'esprit de son prédicateur favori. Les jours de prône, il le conduisait à l'église dans son carrosse, et parfois le prenait par la main pour le mener à sa chaire ".

Les flatteries insidieuses de ce doucet et mitouard^ comme Lestoile se plaît à l'appeler, étaient bien de nature à séduire Henri IV et ses ministres. Appelé à prêcher à Notre-Dame, vers la fin de l'année 1603, devant le roi, la reine et toute la Cour, il se montra plus habile que de coutume, et enseigna « qu'il était meilleur et plus saint de payer les tailles que de faire l'aumône, que l'un était un conseil et l'autre un commandement; ce qu'il a depuis reprêché souvent ^ ».

La faveur éclatante et tout à fait inusitée dont jouissait le

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