‹ L'Université de Paris et les Jesuites, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 94 sur 178 · Histoire universelle, part. II, col · texte numérisé non relu

Histoire universelle, part. II, col

2. Liv. 132. — Voyez aussi les Ecrits inédits de Saint-Simon publiés par Faugère, t. I, p. 118 et 119.

Quoi qu'il en soit, le i" septembre 1603, Henri IV signa, à Rouen, les lettres patentes qui rétablissaient la Compagnie de Jésus en France. Il déclara, dans le préambule, que, désirant salisfaire à la prière qui lui avait été faite par N. S. P. le pape, et pour aucunes autres bonnes et grandes considérations, il accordait à la Société des Jésuites la faculté de résider et d'avoir des collèges dans les villes où elle se trouvait établie, spécialement à Toulouse, Auch, Agen, Rhodez, Bordeaux, Périgueux, Limoges, Tournon, Le Fuy, Aubenas et Béziers; « et, outre lesdits lieux, est-il dit dans les lettres patentes, nous leur avons, en faveur de Sa Sainteté, et pour la singulière affection que nous lui portons, accordé et permis de se remettre et établir en nos villes de Lyon, Dijon, et particulièrement de se loger en notre maison de La Flèche en Anjou, pour y continuer et établir leurs collèges, aux charges toutefois et conditions qui s'ensuivent ».

L'édit défendait aux Jésuites de s'établir dans aucune autre ville sans une expresse permission du roi; il était muet sur la ville de Paris et le collège de Clermont, où ils désiraient surtout revenir. Il en résultait qu'à Paris et dans la plus grande partie du royaume, l'enseignement restait confié aux Universités.

Tous les memljres de l'ordre qui résidaient en France devaient èlre Français; et nul étranger ne pouvait être reçu dans leurs maisons, si le roi ne l'avait permis. Un Père suffisamment autorisé devait accompagner partout le roi en qualité de prédicateur, afin de lui répondre des actions de tous ses compagnons. Tous les membres de la Société étaient astreints à prêter serment, devant les officiers royaux, de ne rien entreprendre contre le service du roi, la paix publique et le repos de l'État.

Défense leur était faite d'acquérir des immeubles en France, sans la permission du roi, par achat, donation ou nutrement, de recevoir aucune succession en ligne directe ou collatérale. La Société ne pouvait elle-même profiter de la fortune territoriale de ses membres nouvellement admis; les biens immobiliers qu'ils possédaient passaient à leurs héritiers ou aux étrangers en faveur desquels ils en avaient disposé.

La Société se soumettait en tout et pour tout aux lois de l'État, et se reconnaissait justiciable des officiers royaux, dans les mêmes cas et de la même manière que les autres corps ecclésiastiques €t religieux. Elle s'engageait à ne rien entreprendre, tant au spi-

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rituel qu'au temporel, au préjudice des évoques, chapitres, curés et universités du royaume. Ses membres ne pouvaient prêcher, ni administrer aucun sacrement, môme lu confession, à d'autres qu'à ceux de leur Compagnie, « si ce n'est par la permission des évêques diocésains des Parlements auxquels ils sont établis par le présent édil, Toulouse, Bordeaux et Dijon, sans loutel'ois (jue ladite permission se puisse entendre pour le Parlement de Paris, excepté es villes de Lyon et de La Flèche ».

Ces nombreuses charges et conditions, insérées dans l'édit de rétablissement, étaient conçues de manière à tenir les Jésuites en bride, et à les empêcher de devenir un jour nuisibles ou redoutables. Il n'est pas surprenant que Henri IV ait ainsi laissé percer les craintes, les déliances incurables, (jue lui inspirait cette Société d'origine espagnole, qui n'avait pas ignoré les projets de Barrière et qui avait instruit Châtel. Il sauvegardait, en même temps, dans une certaine mesure, les intérêts de l'Université, aussi bien que ceux de la société civile et ecclésiastique; il ménageait enfin les sentiments d'hostilité déclarée, que le Parlement nourrissait contre la Compagnie.

L'édit de Henri IV était une sorte de transaction ; mais, comme il arrive le plus souvent, cette transaction ne satisfit personne.

Les Jésuites se récrièrent les premiers. Ils connaissaient le projet dédit, qui avait été communiqué par avance au Souverain Pontife; et ils s'élevèrent vivement contre les conditions restrictives, qui leur paraissaient à la fois gênantes et humiliantes pour leur ordre. Le général Aquaviva écrivit au roi une lettre suppliante, sans aucun résultat. Henri répondit « qu'il avait si à cœur leur rétablissement, qu'il ne serait content que lorsqu'il l'aurait conduit à sa perfection ». Mais il refusait nettement toute concession, et il ajoutait : « Je désire que vous vous en reposiez sur moy, qui ay, avec la bonne volonté, meilleure cognoissance que personne de ce qu'il convient faire pour cet elTet '. »

Sur les conseils de Clément VIII, la Compagnie se soumit à la volonté du roi, tout en se promettant d'éluder les clauses les plus rigoureuses et d'obtenir la suppression des autres, dans un avenir rapproché. La Société procéda avec son habileté ordinaire. C'est ainsi qu'elle sut faire tourner à son avantage la con-

1. Fontainebleau, le 19 novembre 1603. — Crélineau-Joly, t. 111, p. 3i.

dilioii la plus humiliante, celle de déléguer auprès du roi un membre de l'ordre chargé de répondre de la conduite de ses frères ^ Le P. Colou, chargé le premier de remplir ces délicates fonctions, amena insensiblement Henri IV à faire de ce poste de défiance un poste d'honneur, et à substituer au titre de « répondant » celui de Père confesseur ou de confident. Depuis lors j usqu'à leur expulsion sous le règne de Louis XV, les Jésuites restèrent presque sans interruption les directeurs de conscience des rois de France et exercèrent en celte qualité une grande influence à la cour.

L'Université assistait impuissante au retour de ses rivaux redoutés. Elle ne se faisait aucune illusion et lisait clairement dans l'avenir, qu'après avoir franchi les premiers obstacles, la Société saurait bientôt rentrer dans Paris, enseignes déployées, et reprendre dans le collège de Clermont le cours d'une désastreuse concurrence. Elle ne pouvait plus compter que sur l'appui du Parlement pour la défendre.

Le Parlement ne trompa pas les espérances de l'Université. Il n'avait pas appris sans émotion que l'autorité royale avait mis à néant les nombreux arrêts rendus par la magistrature contre une congrégation considérée par les plus sages esprits comme l'ennemie du roi et du royaume; et il se prépara à la résistance. Malgré les actives démarches et les sollicitations des Jésuites, trois mois s'écoulèrent sans que l'édit fût enregistré. Enfin, le 18 décembre 1G03, la Grand'chambre, la Tournelle et la chambre de rÉdit assemblées, il fut décidé que « très humbles remontrances seraient faites au roi ».

La veille de Noël, le premier président Achille de Harlay se rendit au Louvre, suivi des principaux membres du Parlement. Il y fut reçu par le roi et la reine entourés de toute la cour; et il prononça, avec sa gravité ordinaire, ces remontrances demeurées célèbres, dans lesquelles il peignait les Jésuites sous de si sombres couleurs.

Il rappela d'abord l'inquiétude générale causée par la première apparition des Jésuites dans le royaume, la répugnance des divers corps de l'État à les admettre; les sinistres présages qu'on avait

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