Bibliothèque nat,, Fonds Brieuno, Ms. 39, fol. 202 verso
'J80 l'université de paris et les jésuites
dit royaume, et mesme prester l'oreille aux ennemis de la tranquillité et prospérité d'icekiy, tant estrangers qu'autres.
« J'ay considéré aussy que lesdils Jésuites ont été si avant supportez et favorisez qu'en plusieurs provinces et villes de mon dit royaume, ils ont esté retenus et conservez contre l'arrest général donné et prononcé contre eux par les gens tenans mon Parlement à Paris ; et si j'eusse lors employé mon autorité pour les faire sortir desdites provinces et villes esioignées de moy, comme du ressort dudit Parlement, peut-être qu'il y eust eu de la résistance, de laquelle exemple eust été 1res préjudiciable à mes affaires, parce qu'elles n'estoient encore bien cslablies et asseurées.
« J'ai considéré aussy qu'en laissant quelque espérance auxdils Jésuites d'estre rappelez et remis en mondit royaume, je les divertirois et erapescherois de se donner entièrement aux ambitieuses volontez du Roy d'Espagne, en quoy j'ay reconnu ne m'estre mescompté ; car plusieurs d'iceux ont depuis recherché ma bienveillance, faveur et protection avec des déclarations et protestations de toute affection, obéissance et fidélité, telles et si expresses que j'ay reconnu pouvoir en retirer du service et du contentement en plusieurs occasions, tant pour moy que' pour mes bons voisins et amis, contre lesquels les Espagnols ont souvent employé ceux dudit ordre. Or ayant gaigné ce point sur eux, j'ay désiré raffermir et régler en mon royaume leur puissance et fonctions, afin d'en estre servi et obéi à l'advenir sans ombrage, ny leur laisser la liberté et faculté de me desservir, ores que la volonté leur en vint. Et c'est ce à quoy je veux maintenant pourvoir par un bon règlement, lequel estant bien observé, ils ne pourront, quand ils voudront, servir ledit Roy d'Espagne, ny mesme le Pape, à mon préjudice; et auquel règlement j'assubjectiray aussi bien ceux qui sont demeurez dedans l'estendue des ressorts des Parlements de Toulouse et de Bordeaux, que les autres que je restabliray où ils ont esté chassez. »
Henri IV avait fait son profit, on le voit, des raisons invoquées naguère avec tant de perspicacité par le cardinal d'Ossat.
Le Parlement ne s'inclina pas de bonne grâce devant les ordres du roi; et il différa l'enregistrement de l'édit. Les Jésuites eurent assez de crédit pour faire expédier le 27 décembre des lettres
de jussion, qui lui enjoignaient « de vérifier purement et simplement les lettres d'édit toutes allaires cessantes ». Le roi reconnaissait que les remontrances avaient été faites par « personnes du tout poussées d'une bonne et sincère intention ». — a Mais, ajoutait-il, nous avons de notre côté des raisons si preignantes, qu'elles ne se doivent en aucune façon dcbasire. Nous voyons mieux que nul autre quelle route nous devons tenir.... Nous ne nous sommes embarqués à ce rétablissement que sur de très bonnes et fortes considérations, desquelles nous ne pouvons nous départir sans un trop notable intérêt et préjudice au bien de cet État. »
Comme le Parlement ne tenait aucun compte du commandement royal et qu'il continuait à procéder avec une lenteur calculée, Hurault de Maisse, conseiller d'État, fut chargé par le roi de presser l'enregistrement. Il se présenta le 2 janvier 1604 devant les magistrats. Il leur déclara « que Sa Majesté ne pouvait ni ne voulait se dédire; qu'elle se plaignait fort de ces délais affectés, surtout après leurs remontrances faites avec dignité de leur part, et reçues avec bonté de la part du roi; qu'ils ne devaient pas avoir oublié la réponse de Sa Majesté, qui entendait que l'enregistrement fût pur et simple; qu'il était de leur prudence autant que de leur devoir, de donner sur cela une pleine satisfaction à Sa Majesté, pour ne la pas obliger d'avoir recours à des voies dont la Cour aurait lieu d'être peu satisfaite; que les esprits n'étant pas encore enlièrement tranquilles dans le royaume, ce délai donnait matière à divers bruits et à de nouvelles contestations; que déjà les factieux commençaient à lever la tête et à parler plus haut; et que toute leur mauvaise humeur retombait sur le prince, dont les gens de bien devaient, même à leurs dépens, mettre sa personne à l'abri de la haine ' ».
Ces explications touchèrent le Parlement, qui renonça dès lors à toute résistance. Le même jour, l'édit de Rouen fut enregistré.