‹ L'université de ParisChapitre 2 sur 10 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Historique1.

L'École «If Pharm (<-i<- n'a pas les antiques quartiers de la Faculté de Médecine. Elle ne vienl pas comme elle de la vieille l niversité de Paris. Officiellement, elle date seulemenl de 1803. Elle ne lui pourtant pas à cette date, le produil «I nne génération spontanée. Elle a des antécédents H une filiation. En 1576, un brave honnnr d'apothicaire-épicier, Nicolas Houël, (|ui aimail les pauvres H son métier, demanda au roi Henri III l'autorisation d'entretenir de ses deniers, un établissemenl de charité « pour nourrir el instituer des enfants orphelins à la piété, aux lionnes lettres el à I arl de l'apothicairerie ». L'autorisation lui fui accordée; l'école naissante devail être établie, dans le quartier du Temple, à la Maison des Enfants Kouges, ainsi dénommée de la couleur du vêtemenl îles orphelins qu on \ recevait. L'année suivante, elle fui transportée au faubourg Saint Marcel, dans l'ancien Hôpital de Lourcine. C'esl là. sur une bande irrégulière de terrain, entre la rue de Lourcine el la rue de I Arbalète, que fui planté, par les soins des apothicaires, le premier jardin botanique.

Naturellement, Il niversité jalouse de ses privilèges el de son

1 \ i ., ni. ii.ii ■■ de L'iicolo supérieure de pharinacio de L'Université do Paris, i Pari \ .1 < ..iii iM ■ i i .

monopole, ne fui pas sans s'émouvoir. Pas plus aux apothicairesépiciers qu'aux chirurgiens-barbiers, elle ne consentail à reconnaître un droil à enseigner. Elle réclama donc. Le différend, porté devanl le Parlement, se termina par un arrêt de 1G24. qui donnait gain de cause à l'Université. Les maîtres el gardes de la communauté des apothicaires-épiciers devaient présenter, tous les trois ans. trois d'entre eux, dont un serait choisi par le Grand Aumônier de France, pour résider à l'hôpital et distribuer aux pauvres les médicaments nécessaires. Ils étaient autorisés à planter le clos et le jardin de 1 hôpital des simples et des herbes nécessaires à la préparalion des médicaments : niais aucun droit à renseignement ne leur était reconnu.

Battus, les apothicaires se confinèrent dans leurjardin. Ils l'agrandirent, le cultivèrent et en firent un « séminaire de simples ». qui existait encore à la Révolution. Cependant, en raison de leurs études, ils s'efforçaient de former une corporation distincte de celle des épiciers. Il leur fallut plus d'un siècle pour l'obtenir. C'est seulement sous Louis \\ I, en 1777. que leur corporation lut séparée de celle des épiciers, autorisée à prendre le nom de collège, et à l'aire des cours publics et gratuits. Son siège était toujours la modeste maison de la rue de l'Arbalète, mais c'était désormais une maison enseignante. Trois démonstrateurs, choisis parmi les dignitaires de la corporation, devaienl \ faire chaque année un cours de chimie, un cours de botanique cl un cours d'histoire naturelle. A celte date I I Diversité ('-lait trop affaiblie pour élever une nouvelle protestation. Le Collège de Pharmacie accomplit paisiblement et utilement safonclion nouvelle, et. au Consulat, il devint tout naturellement l'Ecole >\i- Pharmacie.

Sous la Révolution, sa destinée lui unique. Le '2 mars 171)1, l'Assemblée nationale a vu il supprimé toutes les corporations el proclamé-la

liberté des professions el métiers. Mais il apparut très \ ite, aux al is, aux accidents el aux crimes, quels dangers présentai! pour la s, mit el pour la vie des citoyens, la liberté delà pharmacie. Aussi, dès le 17 avril suivant, par un décrel spécial, l'Assemblée nationale décida-t-elle que « les lois, statuts el règlements existant au 2 mars dernier, relativemenl à l'exercice el à l'enseignemenl de la pharmacie

l'.t ,i Le de l'École supérieure Je phi acii

conlinueraienl >\ être exécutés, jusqu'à ce <|ii il lu! statué à cel égard. En conséquence, il ne pouvait être délivré il«' patente pour la préparation, vente el distribution des drogues cl médicaments qu'à ceux qui sont ou pourront <'lrr reçus pour I exercice de la pharmacie sui vanl les statuts el règlements concernant celte profession ». Seule de toutes les corporations de I ancien régime, le Collège des pli irinaciens survivait donc par raison <l intérêt public.

Il justifiait cette faveur par lu valeur el la direction scient

de son enseignement. Lorsque pour remédier aux abus et aux scandales de la liberté de la profession médicale, furent créées les Écoles de Santé, on ne songea pas à y établir une section de pharmacie. Le rapporteur de la loi, le chimiste Fourcroy, rendit ce témoignage au Collège de pharmacie : « La pharmacie possède à Paris une école toujours ouverte, et qui, depuis longtemps, est plus complète que celle de médecine et de chirurgie. La botanique usuelle, l'histoire naturelle des drogues, la chimie pharmaceutique et la pharmacie proprement dite, y sont enseignées avec toute l'étendue et le soin convenables à cette étude. L'élève en pharmacie joint à ces leçons la pratique dans les laboratoires des pharmaciens, chez lesquels il demeure et dont il partage les travaux. Il ne lui manque donc rien pour se former. Très peu de cbangements seraient nécessaires pour rendre renseignement pharmaceutique plus complet, et le Comité de l'Instruction publique s'en occupera avec la célérité que l'intérêt public exige. »

Paroles à coup sur encourageantes et rassurantes. Cependant le Collège de Pharmacie crut prudent de se placer sous l'égide de la loi, et de se prémunir contre les sautes du bon vouloir. Une loi du 23 septembre 1795 avait donné droit aux citoyens « de former des établissements particuliers » d'éducation et d'enseignement ainsi que des sociétés libres « pour concourir au progrès des sciences, des lettres et des arts ». Les membres du Collège de Pharmacie usèrent promptemenl de ce droit nouveau, et se constituèrent en une Société' libre «les pharmaciens de Paris. « Notre intention, disaient-ils, est de perpétuer l'établissement d'enseignement formé parles pharmaciens de Paris cl nous nous engageons naturellement à faire dans notre laboratoire et jardin sis rue de l'Arbalète, des cours et démonstrations publics et gratuits de chimie, de pharmacie, de botanique et d'histoire naturelle. » Avec le Consulat, cette école libre allait devenir établissement d'Eta l .

Une loi du 21 germinal an XI réglementa pour tout le territoire de la République l'exercice de la profession de pharmacien. Elle déterminait ses conditions el ses obligations, les examens que devaienl subir devant des jurys publics ceux qui se proposaient de l'exercer. Gomme conséquence, des écoles de pharmacie étaient nécessaires. Dans la discussion. Fourcroy, orateur du Gouvernement, rendit hom-

Bâl iments des t ra va u x pra i iqucs.

mage au Collège des pharmaciens de Paris qui, pendant toute la Révolution, avail perpétué son enseignement. Seul o il était resté debout an milieu des ruines o ; il était « un centre respectable de lumiè res 'i : il s était montré digne de la confiance de la société o par l'uni formité des études, la nécessité, le nombre el la sévérité des preuves exigées dans les examens ». Il n \ avail qu'à le prendre poui faire une des trois écoles que la loi décrétait, à Paris, h S irg,

a Montpellier, î) côté des heoles de Santé.

La nouvelle Ecole de Pharmacie de Paris comprit tout d'abord un directeur et quatre professeurs, doublés chacun d'un adjoint; il s'y faisait quatre cours : botanique, histoire naturelle des médicaments, chimie et pharmacie. Elle reçut comme siège, les locaux de la rue de l'Arbalète, comme instruments, les objets et collections qui servaient au cours de l'ancien Collège de Pharmacie.

C'était un bien modeste abri que cette maison de la rue de l'Arbalète : au rez-de-chaussée, une salle des actes, intéressante par les nombreux portraits de maîtres apothicaires qu'elle contenait; un amphithéâtre de dimensions moyennes; un cabinet de physique, un petit laboratoire: au premier étage, une salle de collections, ou plus exactement un magasin affecté à la Société de la Thériaque. Au cours du xixe siècle, on y fit successivement quelques additions. La plus importante fut la construction, à l'arrière du bâtiment principal, d'un grand amphithéâtre en hémicycle. En 1865, le prolongement de la rue des Feuillantines, aujourd'hui rue Claude-Bernard, coupa et diminua le jardin de l'École. Il fallait aviser. L'Ecole était déjà insuffisante pour le nombre croissant de ses élèves. Pour les initier aux travaux pratiques de chimie et de botanique, on avait construit pour eux de modestes laboratoires; mais ils étaient cinq cents et deux cents seulement trouvaient place dans ces laboratoires. Même sans L'opération de voirie qui venait d'écorner les bâtiments ilt- l'Ecole et de diminuer sensiblement sa surface, l'agrandissement s'imposait. Dès le premier jour, les uns demandèrent qu'elle fût transférée sur un autre terrain, plus vaste et en rapport avec sa destination; niais en majorité, le conseil des professeurs, s inspirant de raisons sentimentales, émit le vœu de rester « au berceau dé l'Ecole » et de s'étendre vers la rue Mouffetard. La question traîna sans solution. L'Ecole île Pharmacie était encore rue île l'Arbalète en 1870, et nniles premiers obus prussiensqui tombèrent sur Paris atteignit la maison ilu jardinier chef et tua sa femme et son enfant.

L'ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHARMACIE La question fut reprise et résolument, en 1873, sous la direction de M. Chatin, et grâce à l'appui de Paul Bert, alors député, elle aboutit rapidement. A la fin du second Empire, on avait détaché el désaffecté une partie du Jardin du Luxembourg-, notamment cette ravissante pépinière qu'ont encore connue les étudiants de ma génération. Du jardin diminué partait, vers l'Observatoire, une

Laboratoire de chimie minérale el amphithéâtres ai rd el su<

vaste avenu.', l'avenue actuelle de l'Observatoire, à droite el à gauche de laquelle des terrains étaient mis en vente. Les terrains de gauche trouvèrent vite preneurs, el il >'\ éleva des maisons ; ceux ,1,. droite restaienl disponibles. On en affecta un morceau d'un.' surface de 15.000 mètres carrés, d'une valeur de 1.650.000 francs à la nouvelle École. Des crédits >\r '■ millions el de 162.631 frai furenl votés, le premier pour la construction, le second l'aménagemenl de l'édifice Confii - b l'architecte Laisné, les

furent commencés en 1877: ils étaient achevés en 1880. L'Ecole en prit possession en 1881.

L'École actuelle.

C'est un fort bel édilice que la nouvelle École de Pharmacie, et qui, dans l'ensemble, répond convenablement à sa destination. Elle a pour limites, en avant, sur la façade, l'avenue de l'Observatoire, en arrière la rue d'Assas : sur les deux petits côtés, la rue Michelet, le Lycée Montaigne et l'École Coloniale. En avant, une cour d'honneur, plantée et décorée de parterres ; à droite et à gauche deux ailes se reliant à angle droit à la façade ; en arrière du bâtiment principal, deux cours intérieures, à l'arrière, deux grands amphithéâtres, au delà desquels le jardin botanique, d'une surface d'environ 8.000 mètres carrés, développe régulièrement ses platesbandes, ses bassins et ses serres, entre la rue Michelet, la rue d'Assas et l'énorme bâtiment des travaux pratiques.

C'est une des curiosités de l'École que ce bâtiment. Comme on le verra plus loin, l'éducation des futurs pharmaciens est à la fois tliéuri<|iie el pratique. Us suivent des cours, mais ils sont astreints régulièrement à des travaux pratiques de physique, de chimie, de botanique, de microbiologie el de pharmacie. Pour ces exercices, on a construit, en arrière du bâtiment principal, et perpendiculairement à lui, le long du jardin botanique, un immense atelier de [22 mètres de long, élevé de trois étages. C'esl la ruche où chaque jour les étudiants eu pharmacie s'exercent à des travaux de chimie, de botanique el île bactériologie, ruche toujours bourdonnante, toujours active, ou. à certains jours, un millier d'étudiants ont pu trouver chacun sa place, chacunson alvéole.

Dans le bâtiment principal sont installés les services généraux de l'administration, la salle des actes, la salle du conseil, la bibliothèque, les collections de zoologie, de botanique, de matière médicale, de minéralogie et de pharmacie, enfin les diverses laboratoires des professeurs, laboratoires d'hydrologie et de minéralogie, de chimie médicale, de chimie organique, de chimie analytique, de

La salle des ai ti -

chimie biologique, de cryptogamie, de toxicologie, de physique, de pharmacie galénique el de pharmacie chimique. La botanique esl installée dans un petil bâtimenl spécial, au fond dujardin botanique. Sans être aussi riche que celle de la nouvelle Sorbonno, la décoration <\'' l'édifice esl sobre el distinguée. \ l'extérieur, dans la cour d'honneur, au milieu des parterres, deux statues de b celles de Vauquelin el <l«' Parmentier, deux des plus illustres mail

de l'Ecole. Sur les diverses faces du bâti nt, au-desi

arcades, les médaillons en marbre blanc de savants fru de

quelques savants étrangers, dans un ordre arbitraire : Caventou, Pelletier, les inventeurs de la quinine. Balard, Duméril, Brongniart, Scheele, Macquer, Rouelle, Geoffroy, Séba, Le Dante, Charas, Newton, Lémery, Boulduc. Baume, Lavoisier, Bertliollet, Chaptal, Laugier, Thénard, Guibourt, Yalenciennes, Liebig, Gerliardt, de Jussieu, H. Davv. Pelouze, Dumas, Claude Bernard, Swammerdam, Fourcroy, et le bon Nicolas Houël, le maître apothicaire du xvie siècle qui tenta de fonder la première école.

A l'intérieur,, les grands escaliers monumentaux qui, à l'extrémité de chaque aile, conduisent à l'étage, sont garnis, à leurs fenêtres, de verrières de Hirch. Dans l'un, Linné reçu par Bernard de Jussieu:— Laurent de Jussieu fuit, en 17SiK replanter le Jardin botanique, autrefois Jardin du Roi. Dans l'autre : Les corporations des droguistes et des apothicaires reçoivent en 1629 des armes et une devise : Lances et pondéra serrant;— Lavoisier, dans son laboratoire, est visité par Fourcroy, Bertliollet et Guyton de Morceau.

Mais le bijou de cette 'décoration moderne est dans le vestibule qui s'ouvre au milieu du rez-de-chaussée du bâtiment principal. Au fond, une verrière de Hirch, représentant symboliquement la botanique, la pharmacie et la chimie ; latéralement, à droite et à gauche, de claires peintures d'Albert Besnard, qui sont tenues parmi les meilleures de ce maître: la Cueillette des simples ; — le Traitement (1rs simples ; — le Laboratoire ; — la Maladie; — la Convalescence; — l'Excursion botanique; — le Cours de physiologie ; — l'Excursion géologique ; — le ('ours de chimie, toutes, d'un réalisme pénétrant : puis huil panneaux plus petits, où l'imagination du peintre s'est donné carrière : la Formation terrestre ; T Apparition des plantes ; V Apparition des animaux; l'Homme primitif ; l'Homme moderne. Connue la faculté' de Médecine, l'École de Pharmacie a elle aussi son musée d'ancêtres et de grands hommes, mais moins complet et surtout de bien moindre valeur artistique. A pari quelques por-

traits, ceux de Yauquelin. de Bussy, de Ghatin, de Buignet, de Baudrimont et d'Orfila placés dans la salle du conseil, presque toutes les pièces de cette collection sont dans la salle des actes. Elle mérite une mention spéciale, cette salle des actes. Aux dimensions près, elle reproduit celle de l'ancien Collège des pharmaciens, sauf les gradins, c'est le même mobilier, la même décoration. Au

Collccl ion de matière médicale.

fond, au-dessus de la cheminée, un tableau <\i' Simon Vbuet. Que représente-l il au juste ? Autrefois, il portail sur son cadre l'inscription suivante conservée dans l'inventaire manuscrit du Collège de Pharmacie, dressé en 17ns : « Ménélas, accompagné d'Hélène, arrive en Eg> ptej Polydamna, Ici unir de Thanis, les reçoit avec distinction dans ses états. Elle leur Fail présent de I Enula campana, qui, du nom d'Hélène, fui appelé h€leniutnt duNepenthes, antidote mep leux el ilu Moly. o Y.\ l'auteur de l'inscription avail ajouté Icn lecteurs profanes : » Les bgyptiens, très superstitieux, i

persuadés que la plante, enula campatia, était un spécifique contre la morsure des bêtes venimeuses, et principalement contre celle des serpents. Le nepenthes était une composition qui apaisait les douleurs et chassait la tristesse et le nioly une plante qu'ils estimaient infiniment parce qu'ils lui attribuaient la vertu de garantir des enchantements et des sortilèges. »

Galerie de minéralogie et de cryptogamie.

Sur les parois, les garnissant, quatre-vingt-dix portraits, quatrevingts authentiques, neuf anonymes et un inauthentique, celui du maître Nicolas Houël, le premier ancêtre, peint sans modèle el sans documents, au commencement du xi\' siècle. De ces quatre-vingtdix images, soixante-douze représentenl des apothicaires reçus à la maîtrise avanl 1777; Imil, des pharmaciens reçus par le Collège de Pharmacie, H dix, des pharmaciens reçus par l'Ecole de Pharmacie. Presque tous proviennenl de dons. A défaul de valeur d'art, ceux de ces portraits qui sonl antérieurs à la Révolution, et ce sont les plus

nombreux, soixante-dix sur quatre-vingt-dix, ont une assez ancienne histoire. La Convention avait ordonné que partout, dans les édifices publics, seraient détruits « les attributs de la royauté », « les armoiries » « les portraits et effigies des rois », les « signes de royauté

el de féodalité ». Par civisme, el peut-être aussi par prudence, le Collège des pharmaciens ne se contenta pas de détruire le tableau

La boratoire de cliimii

où figurait Louis Mil: des portraits <\r-< ancêtres, il fil disparaître sous une épaisse couche de peinture les • signes de féodalité a qui s'a trouvaient. Kl quels étaient ces signes? Les costumes el les Insignes attribués aux « maîtres a par leurs règlements d ancien rég iuie

IU restèrenl sous ce nouveau costume jusqu'en 1805. \ ce moment, l'École crut bon de les faire nettoyer el réparer. Elle confia soin, moyennant 700 francs, à un peintre du nom de Notté Ignorant ri inhabile, Notlé ne se contenta pas de faire reparaître les vieux

costumes et insignes. Il ramena toutes les toiles à la même forme et à la même mesure, allongeant les unes, racourcissant les autres, taisant rectangulaires celles qui étaient ovales, mutilant ou supprimant les inscriptions, débaptisant les unes, supprimant l'état civil des autres. Elles sont encore en cet état.

L'organisation de l'École.

Comme les autres établissements compris dans le corps collectif de l'Université de Paris. l'École supérieure de Pharmacie est personne civile, et, sauf le nom. son organisation est celle d'une faculté. Elle a donc son budget et ses biens, son assemblée, son conseil et son pouvoir exécutif, un directeur nommé dans les mêmes formes et avec les mêmes pouvoirs que les doyens des facultés.

L'Etal lui donne chaque année 323.700 francs pour traitements du personnel et 78.500 francs pour dépenses de matériel. Elle reçoit chaque année de l'Université 10.800 francs pour le personnel et 86.000 francs pour les dépenses des cours, de la bibliothèque, des travaux pratiques el des collections. Le revenu de ses dons et legs il esl quede 6.661 francs affectés complètement à des prix aux étudiants.

Le personnel comprend treize professeurs titulaires et neuf agrégés. Le personnel auxiliaire, chefs de travaux, chefs de laboratoires, jardinier chef, préparateurs, etc., arrive à 19 unités.

Al origine le corps professoral ne comptait que quatre professeurs doublés chacun d'uii adjoint : il en comprend treize aujourd'hui; les adjoints oui disparu depuis Longtemps. Ils sont remplacés par des agrégés nommés périodiquement au concours et an nombre de neuf. Les chaires primitives étaient la botanique, la chimie, Ibis-

toire naturelle des médicaments et la pharmacie. Les chaires d'aujourd'hui, et cette simple nomenclature suffirait à manifester le développement des études pharmaceutiques au cours du xixe siècle, surtout depuis la réforme de l'enseignement supérieur en France, sont : la physique, la chimie minérale, la chimie organique, la chimie analytique, la chimie biologique, la toxicologie, l'hydrologie et la

Laboratoire des travaux pratiques de microbiologie.

minéralogie, La botanique, la botanique cryptogamique, l'histoire naturelle des médicaments, la zoologie, la pharmacie galénique, ou pharmacie de Galien, la pharmacie des anciens maîtres, el La pharmacie chimique, la pharmacie nouvelle, application des sciences expérimenta Les.

\ celles de ces chaires <|m sont assorties de travaux pratiques pour tous les étudiants, sont adjoints des chefs <!<• travaux pratiques; ;i toutes, des chefs de Laboratoires el des préparateurs

Les Études et les Étudiants.

Venons maintenant aux études. Là aussi, il faut distinguer deux degrés : au premier, des études qui conduisent au titre professionnel de pharmacien, requis par la loi pour la pratique de la profession; au second, des éludes désintéressées d'un caractère purement scientifique, qui ontpour sanction soit le titre de « pharmacien supérieur », soit le titre universitaire de docteur de l'Université de Paris, mention pharmacie .

-Naguère encore, il y avait deux titres professionnels de pharmacien, celui de seconde classe et celui de première. Pour le premier, besoin n'était pas du grade de bachelier; il suffisait d'un examen portant sur les matières de la classe de quatrième des lycées, classique ou moderne. Pour le secondseul, un baccalauréat était requis. Pharmaciens de première et pharmaciens de deuxième classe faisaient mêmes études, subissaient mêmes examens; mais la différence dans les études préalables avait pour eux une différence importante dans le droit d'exercice. Seuls les pharmaciens de première classe pouvaient exercer sur tonte la surface du territoire français. Ceux de deuxième classe n'avaient droit d'exercice que dans une circonscription déterminée. Quand ils changeaient de circonscription, il leur fallait de nouveau subir des examens devant l'Ecole de laquelle relevait leur circonscription nouvelle.

Pour mettre terme à ce qu'avait d'étrange cette situation et surloul pour n'admettre au titre de pharmacien que des étudiants

ayanl lait des études secondaires c< implèl es. lérein ineiil . le litre de

pharmacien de deuxième classe a été supprimé. En conséquence, nul ne peul être admis aux études pharmaceutiques, s'il n'est bachelier. Comme conséquence aussi, le titre unique de pharmacien

L'ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHARMACIE fcS

donne droit à l'exercice sur tout le territoire de la République.

L'École de Pharmacie est le seul établissement d'enseignement supérieur qui ne reçoive pas ses étudiants tout droit au sortir «les études secondaires. Avant d'y entrer, ils doivent faire un stage d'une année dans l'officine d'un pharmacien, et s'y exercer à la pratique. Ce stage est L'analogue de celui que fait dans les hôpitaux, au cours de ses études.

L'étudianl en médecine.

Donc, une lois bachelier, le futur étudiant en pharmacie entre dans une officine. Il v reste un an. Avanl de passer à l'Ecole, et d'y commencer ses études scientifiques, il lui faut subir un examen <lii de validation de stage. Le jun sr compose d'un professeur ou •! un agrégé de I Ecole, et de deux pharmaciens.

Pour épreu\ e>. I e\,inieii coin

porte la préparation <l un médicament composé, galénique ou chimique; inscrit au ( lodex : une préparation magistrale^ un mol qui seul ;iu>si la vieille corporation des apothicaires, où l'on étail successivement apprenti, compagnon et maître, en lin la détermination île i rente plantes "ii drogues apparie n.int ;i la matière médicale, «le cinq médicaments chimiques el 'le dis médicaments galéniques, le loul complété de [questions sur diverses opérai ions pliarmaceul iques.

l!i sn un. — L'excursion botaniqw

Après avoir franchi cet examen qui serait formidable s'il était très sérieux, l'étudiant entre à l'Ecole où il apprendra les raisons scientifiques de la pratique dont il a fait la preuve. Il y reste quatre ans, suivant des cours, prenant part chaque jour à des travaux pratiques distribués sur ces quatre années, chimie minérale, chimie organique, chimie analytique, toxicologie, micrographie, physique et pharmacie, participant, aux jours de belle saison, à des herborisations dirigées par les professeurs de botanique.

{ Au bout de chaque année, pour être admis dans la suivante, il passe au crible des examens de lin d'année, sur les matières de ses études. Enfin, après la quatrième année, il aborde les examens probatoires, ceux à la suite desquels, s il y satisfait, il recevra, avec son parchemin, le droit à l'exercice.

Ils sont au nombre de trois : le premier porte sur les sciences pbvsico-chimiques et leurs applications à la pharmacie. Il comprend comme épreuves pratiques, une analyse chimique et une opération de physique appliquée; comme épreuve orale, des interrogations sur la physique, sur la chimie et sur la physique. Le second a pour objet les sciences naturelles avec leurs applications à l'art du pharmacien et une épreuve pratique de micrographie. Le troisième se subdivise en deux parties : la première comprend comme épreuves pratiques une Opération de chimie biologique ou de microbiologie, et l'essai d'une matière alimentaire; comme épreuye orale, des interrogations sur la chimie biologique, l'hygiène, la toxicologie, l'hydrologie et la microbiologie ; la deuxième partie comprend un essai de substances médicamenteuses et des interrogations sur la pharmacie, la matière médicale, la législation et la déontologie pharmaceutiques, en outre la reconnaissance de médicaments chimiques et galéniques el de produits «le matière médicale.

Comme on le voit, c'est une vie très remplie que celle de l'étudianl en pharmacie el ce sont de savantes éludes que ses éludes.

On s'est souvent étonné qu'elles le fussent à ce degré, surtout avec le progrès croissants des pécialités que les pharmaciens vendent et ne préparent pas. Sans doute; mais, sans paradoxe, ce que le pharmacien fait aujourd'hui le moins dans son officine, c'est de la pharmacie. En retour, combien son champ d'action scientifique et sociale s'est élargi. Toujours les bons pharmaciens ont été curieux de science Combien dans le coin où ils étaient cantonnés, ont eu la passion delà botanique? Combien ont fail l'herbier, combien ont décrit la flore de leur région!

Aujourd'hui ils sont certainemenl moins ferrés qu'autrefois sur la nomenclature, la classification et les noms latins ou vulgaires îles plantes. .Mais que ne font-ils pas avec leurs microscopes, leurs tubes à anal\ ses et leurs bouillons «le eu II mes bactériologiques, pour la médecine et pour I h\ giène privée on publique .' A eu \ de contribuer à une application ri-

Bi ^n oui. — Le c 's de phj siologic

goureuse de l'antisepsie, au diagnostic et.souvenl à la thérapeutique des maladies par l'analyse des eaux potables, à l'agriculture par

l'analyse îles terres el îles engrais Dans

es campag nés, plu> enc< ire

que dans les villes, leur rôle esl considérable, el souvenl leur ofli cine est. a «les lieues à la ronde, l'unique laboratoire. Botaniste el chimiste, le pharmacien doil être aussi micrographe, bactériologiste

et un peu physicien. De là les études approfondies et variées qui lui sont imposées.

S'il veut aller au delà de ce qui est requis pour l'exercice de sa profession et faire delà science désintéressée, il le peut sans sortir de l'École. Beaucoup de ceux qui ont cette ambition prennent des grades à la Faculté des Sciences, licence et doctorat, et leurs maîtres les v encouragent. Mais c'est pour revenir avec plus de compétence aux «'-tildes de l'Ecole, et travailler, dans ses laboratoires, à des recherches personnelles. Ces recherches terminées, ils peuvent se présenter pour le titre de Pharmacien supérieur, qui est à l'Ecole de Pharmacie, l'analogue du doctorat à la Faculté des Sciences. 11 s'obtient en soutenant une thèse sur les résultats de recherches personnelles. Ce titre est titre d'Etat et permet de prendre part aux concours de l'agrégation des Ecoles supérieures de pharmacie. S ils n'ont en vue, pour leurs études, aucune sanction d'ordre public, ils peuvent se présenter au doctoral de l'Université de Paris, mention pharmacie. Là aussi, ils ont à soutenir une thèse exposant le résultai de recherches personnelles. L activité' scientifique de l'Ecole de Pharmacie de Paris n'est inférieure à celle d'aucun autre établissement d'enseignement supérieur.

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