‹ L'université de ParisChapitre 4 sur 10 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Historique

La Faculté des Sciences n'a aucune attache historique avec la vieille Université de Paris. Celle-ci ignorait l'enseignement supérieur des sciences. Tous les savants qui ont illustré la lin du xvme siècle se sont formés en dehors d'elle, le plus souvent par leur propre effort. Elle se contentait d'enseigner, dans la classe supérieure delà Faculté des Arts, les éléments des mathématiques et de la physique.

Tout autres furent les conceptions de la Révolution sur le rôle des sciences dans l'enseignement national. Les comités d'instruction publique des assemblées révolutionnaires conçurent, pour la culture îles sciences, de vastes établissements, où elles auraient été toutes enseignées, avec leurs applications. Ces grands projets, ceux de Talleyrand et de Condorcet, ne furent pas réalisés. On se contenta (h; transformer en Muséum, pour les sciences naturelles, l'ancien Jardin du Roi, et de créer l'Ecole Polytechnique pour la formation des Ingénieurs militaires. L'Ecole Normale, instituée vers la même époque pour former des professeurs, recul des élèves destinés à I enseignement des sciences. .Mais, connue on le verra plus

tard, en sa première forme, elle n'eul qu'une durée éphémère. I ne loi du 3 brumaire, an IV, 25 octobre I 795, créa les Écoles I len-

traies, destinées, elles aussi, à disparaître promptement. Elles avaient deux sections, l'une littéraire, l'autre scientifique : niais l'une et l'autre étaient du demi' secondaire et non du degré supérieur, puisqu'on y enseignait seulement les éléments des mathématiques, de la physique et de la chimie expérimentales. Au degré supérieur, la même loi prévoyait des écoles spéciales pour l'astronomie, [mur la géométrie et la mécanique et pour les sciences naturelles. Elles ne furent pas organisées, faute de ressources. Du reste, quelques années plus tard, une fois venu le Consulat, une loi nouvelle, celle dull floréal anX, 1er mai 1802, modifia profondément l'organisation générale de l'instruction publique.

Les Écoles Centrales, qui n'avaient que médiocrement réussis disparaissaient. Elles étaient remplacées par les lycées, calqués, à part les modifications devenues nécessaires, sur les collèges de l'ancien régime. Pour « l'étude complète el approfondie ainsi que le perfectionnemenl îles sciences el des arts utiles », c'est-à-dire, pour l'enseignement supérieur, on restait fidèle à la conception des Écoles spéciales, atfectées chacune à une science déterminée, compartiments distincts sans communications. <>n prévoyait quatre de ers Écoles spéciales pour l'histoire naturelle, la physique el la chimie, deux pour les arts mécaniques et chimiques, el une pour les mathématiques transcendantes. Comme celles delà loi de l an IN.

elles résinent pl'njels Mil' le papier.

Il faut arrivera 1806 et a 1808, pour voir apparaître les premiers linéaments île la Faculté îles Sciences A ces dates, Napoléon I

instituaitel organisait, sous le m Il niversité impériale, avec un

Grand Maître pour chef, une sorte île corporation Laïque, chan

seule i|e il ist l'i huer, Mil' tOUtC la SUlïace île IT.nipire. llll eti>ei-ue

ment uniforme. Comme établissements, elle comprenait, pour l enseignement secondaire, des lycées et des < • « » 1 1 < ■ l: « ■ -- . pour 1 enseignement supérieur, 'les facultés chargées île conférer, .m nom de I l.t.ii.

les grades désormais requis pour cerlaines fonctions publiques et pour l'exercice de certaines professions, par exemple, pour le barreau et pour la médecine. On refit des Facultés de Théologie, des

( !our de la physiologie.

Facultés <le Droit etdes Facultés de .Médecine. Mais, pour les sciences el les Ici lies, on ne se contenta pas. coiiniie sous la vieille Université, des classes supérieures des établissements secondaires, rhétorique el philosophie. <>n créa des facultés spéciales, celles des

sciences et celles des lettres. Parallèlement, on créait des grades en sciences et des grades en lettres, baccalauréat, licence et doctorat, qui n'avaient pas existé sous l'ancien régime.

A vrai dire, les facultés nouvelles des sciences et des lettres étaient plutôt des corps d'examinateurs, chargés de conférer ces grades, que des corps enseignants. La façon dont on les composa en est une preuve. Ainsi la Faculté des Sciences «le Paris n'eut pas tout d'abord de professeurs en propre. Elle était formée par la réunion de deux professeurs du Collège de France, de deux professeurs du Muséum d'histoire naturelle, de deux professeurs de l'École Polytechnique et de deux professeurs de mathématiques des lycées En des sessions régulières d'examens, ces professeurs examinateurs conféraient le baccalauréat es sciences aux bacheliers es lettres qui répondaient sur l'arithmétique, la géométrie, la trigonométrie recliligne et ses applications à la géométrie: la licence es sciences, aux bacheliers qui répondaient sur la statique el sur le calcul différentiel el intégral; enfin le doctorat es sciences aux licenciés qui avaient composé" deux thèses soit sur la mécanique et l'astronomie, soit sur la physique et la chimie, soit sur une des trois parties de l'histoire naturelle et qui les soutenaient devant toute la faculté solennellement réunie, le recteur présidant.

Entre les sessions d'examens, ces professeurs faisaient des cours publics sur le calcul différentiel et intégral, sur l'astronomie, sur la physique théorique et expérimentale, sur la chimie, sur la minéralogie el la géologie, sur la botanique et la physique végétale, la zoologie et la physiologie, cours auxquels devaienl s'inscrire les candidats a la licence.

Tels lurent les modestes commencements de la faculté des Sciences. A l'origine, elle n'avait même pas un local qui lût sien. Elle enseignait dans le vieux Collège du Plessis, voisin de Louis-le- Grand. C'est seulemenl en 1821 qu'une partie de l'ancienne Sor

bonne, où la Révolution avait logé des artistes, lui fut assignée comme siège et résidence. Elle s'y installa médiocrement, à l'étroit, en des locaux qui ne répondaient pas à sa destination, et elle y vécut de longues années, manquant du nécessaire, sans laboratoires, sans instruments de travail, malgré tout brillant de l'éclat de professeurs illustres. Parmi ses premiers maîtres, ceux de l'origine, je relève

Cour de la physiqui

les noms de liiot, de Gay-Lussac, de Thénard et de Geoffroy- Sain t- Hilaire. Elle sentait ses insuffisances ; elle sentait aussi qu'il pouvail être fait meilleur et plus utile emploi de son activité. Le plus intéressant document à ce sujet esl un rapport de son doyen Théiianl. sous Le Gouvernement de Juillet. C'est à la fois un constat de situation el un programme d'avenir. Le constat est Lamentable. Les amphithéâtres de cours sonl insuffisants; L'enseignement y est troublé par Les bruits de la rue ; aucun n'est assorti des organes indispensables à L'enseignemenl des sciences expérimentales. Llle na

pas Je laboratoires pour ses professeurs : elle n'en a pas pour ses élèves ; elle n'a pas de bibliothèque scientifique, ses collections sonl incomplètes ou nulles ; ses chaires sont loin de répondre par le nombre et la variété à l'état des sciences; ses professeurs de sciences expérimentales n'ont pas les auxiliaires sans lesquels un travail fructueux est impossible. Aussi leur activité semble-t-elle limitée aux cours publics. Or tel n'est [tas l'unique rôle ni même le rôle principal de la Faculté des Sciences de Paris. Si elle répand dans le public- la connaissance des sciences exactes par «les cours auxquels tout le monde peut être admis, sa vraie raison d'être est de former la jeunesse aux épreuves delà licence es sciences, de l'agrégation et du doctorat es sciences. Mais elle ne saurait \ prétendre tant qu'elle n'aura [tas d'autres locaux, plus de professeurs, des auxiliaires à ces professeurs, des laboratoires, des collections, de- crédits pour l'entretien de ces collections et la vie de ces laboratoires.

Il fallut attendre, jusqu'à la lin du second Empire, la venue d'un ministre novateur et entreprenant, Victor Duruy, pour que quelque intérêt lût témoigné à la Faculté îles Sciences. Par lui les plus importantes des chaires d'ordre expérimental lurent un peu mieux dotées sur les crédits de l'Ecole des Hautes-Etudes. Par lui encore en attendant I agrandissement de la Soi lionne, toujours promis, toujours retardé, dans les cours intérieures, (droites, humides, surplombées par les vieilles maisons de la rue Saint-Jacques, il lut aménagé, en des baraquements provisoires, des laboratoires de physique et de chimie. Quelques élèves purenl \ trouver place a coït'' des professeurs. Ce furenl les premiers ateliers de I apprentissage scientifique à la vieille Sorbonne.

A\ec la troisième République, en quelques années, la transformation allait devenir complète.

La faculté nouvelle.

La Faculté des Sciences a son siège principal dans la nouvelle Sorbonne. Là, dans un long bâtiment, parallèle à la cour d'honneur et à la Bibliothèque de l'Université, en façade sur la rue Saint-Jac-

Le four électrique.

ques, puis, dans un massif rectangulaire qui couvre toute la surface comprise cuire L'Eglise de la Sorbonne, la rue Victor Cousin, la rue Cuj as et la rue Saint-Jacques, elle a ses principaux services : les mathématiques, la physique, la chimie, la zoologie, la botanique, la géologie, la géographie physique, la minéralogie et la phvsiologie. Toul en les groupant, l'art de l'architecte a su donner à chacun un agencemenl el une physionomie propres. Ce sont, réunis el adossés, autanl d'ateliers distincts, aménagés chacun en vue de sa destination personnelle. Les locaux de la physique avec leur puis-

sant outillage de machines ne ressemblent pas à ceux de la botanique. La machinerie th's physiciens fonctionne au niveau du sol. Les terrasses, les serres, les jardins suspendus des botanistes sont en plein air, au niveau du chevet de l'Eglise.

Tels ont été les développements de la Faculté, qu'à peine construite, elle s'est trouvée insuffisante pour le nombre sans cesse crois-

Amphithéàtre de chimie.

sant de ses chaires et de ses étudiants. Quand la Ville de Paris eul créé en L886 une chaire il Evolution des êtres organisés, on ne dis posait plus à la nouvelle Sorbonne d'un mètre carré pour la recevoir. Il fallut donc l'installer hors «le la Sorbonne, rue d'I lm. dans le local où l'architecte Soufflol avait son atelier quand il construisait le Panthéon. Elle \ esl encore Lorsque, quinze ans plus tard, sur I Initiative de M Denys Cochin, député, les Chambres créer* ni ii la faculté un enseignement théorique el pratique pour la chimie appliquée, il fallu! de même l'installer dans un baraquement,

heureusement fort résistant, à l'angle de l'Avenue de l'Observatoire et dé la rue Michelet, où M. Nénot avait abrité les services de chimie pendant la construction de la nouvelle Sorhonne. 11 v est encore. Lorsque plus récemment les Chambres créèrent, pour l'illustré et regretté Curie, la chaire de physique générale qu'occupe aujourd'hui sa veuve, il fallut l'installer provisoirement.

Aiuphilliràlrr île géologie.

hors de la Sorbonne, dans une annexe de la Faculté. Elle y est encore

La portion de la nouvelle Sorhonne, affectée à la Faculté des Sciences; est donc, depuis longtemps déjà, insuffisante. L'agrandir étanl impossible, force était donc d'émigrer en partie et de construire ailleurs les annexes indispensables. Cette nécessité apparut impérieuse lorsque lut créé l'enseignement préparatoire îles sciences physiques, chimiques et naturelles. Destiné essentiellement aux futurs étudiants en médecine, cel enseignement devait, à Paris,

être suivi par plus de quatre cents étudiants. Astreints à des travaux pratiques quotidiens, il leur fallait d'immenses laboratoires. Ceux de la Sorbonne, d'ailleurs occupés déjà par d'autres catégories d'étudiants, ne pouvaient recevoir ces nouvelles et nombreuses recrues. Pour elles, on construisit, aux frais de l'Université, sur un terrain domanial situé rue Cuvier. en face du Jardin des Plantes, un

Amphithéâtre de phj siqui

immense atelier scientifique où tous peuvent trouver place aux Cibles <l expérience ou d'observal ion.

C'esl un parti semblable qu'il a fallu adopter pour donner quelque aisance el quelque jeu aux services installés dans la nouvelle Sorbonne. On a vu au premier volume que l'Université de Paris avail récemmenl acheté, avec le concours de I Kl al ci de la Ville, un vaste terrain de dix-néui mille mètres, entre la rue Saint-Jacques el la rue 'I I lui C est sa réserve pour les besoin-, Je l'avenir Elle commence par \ construire, en ce momenl même, sur neuf mille mètres de

surface, un vaste Institut de chimie, long de 142 mètres. Là vont trouver place les trois services de chimie, actuellement logés à l'étroit dans la Sorbonne, et le service de la chimie appliquée qui étouffe, en péril d'incendie et d'effondrement, dans les baraquements de la rue Michelet. Ce sera le premier édifice de la nouvelle cité scientifique de l'Université de Paris. Il serait à souhaiter que bientôt, sur un coin des terrains libres, s'élevât un laboratoire spécial pour l'étude des substances radioactives et un laboratoire de mécanique appliquée. Par le départ de la chimie, se trouveront agrandis, dans la nouvelle Sorbonne, les espaces affectés à la physique et aux sciences naturelles. La chaire de chimie biologique a son sjège et ses laboratoires à l'Institut Pasteur, rue Dutol.

Outre ces annexes parisiens, la Faculté des Sciences a des annexes en province : trois laboratoires de zoologie marine, à Roscoff (Finistère),à Banvuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), et à VVimereux (Pasde-Calais), et un laboratoire de physiologie végétale, à l'orée de la foret de Fontainebleau.

Roscoff et Banvuls sont dus à l'initiative entreprenante du professeur Henri de Lacaze-Duthiers. Ses études l'avaient conduit à plonger dans les fonds de la mer et à courir sur les grèves pour y récolter des animaux marins. Il estima que le laboratoire devait être voisin des lieux de récolte. Il aménagea d'abord Roscoff, pour la faune de la Manche, puis Banyuls, pour celle de la Méditerranée. En ce temps-là, les crédits étaient rares. Il se fit frère quêteur de la science, et réussit à réunir les ressources nécessaires. 11 a voulu être entent'' dans le roc qui domine sa belle création de Banyuls. Depuis sa mort, les deux laboratoires n'ont cessé de se développer. Celui de Roscoff en particulier est aujourd'hui parfait, grâce aux efforts de son directeur, le professeur Yves Delage : un vaste vivier où l'eau île merentre à chaque marée, un aquarium où vivenl à l'aise les animaux en expérience, une collection classée de la faune marine

et terrestre de la région, de larges et claires stalles de travail, munies des instruments et réactifs nécessaires aux recherches, où circulent l'eau de mer et la force électrique, et, dans le petit port de Roscoflf, pour la reçoit.- des animaux, un bateau à vapeur, don du prince Roland Bonaparte. La station maritime de Roscoffest fort connue des savants étrangers. Chaque année, ils y viennent en grand nombre.

Amphithéâtre Cauchy

L.- laboratoirede Wimereux esl dû à l'initiative <U- M. le professeur Giard el à la générosité de M. Lonquéty. De construction élégante, parfaitement outillé, il esl malheureusemenl c< au péril de la mer ■<. M1"' chaque année, rongeanl la dune où il s'élève, s'approche davantage de ses assises et 1rs iiiciiacr.

Le laboratoire de Fontainebleau esl l'œuvre du professeur Gaston Bonnier. Établi de façon confortable à la lisière de la forêt, il esl un champ d'études pour les expériences de physiologie végétale qui Qe peuvenl se poursuivre à l'intérieur d'un laboratoire urbain.

L'organisation de la faculté.

Rien de particulier à dire sur l'organisation intérieure de la Faculté des Sciences. Elle est semblable à celle de la Faculté de Médecine :

Laboratoire de physique.

personnalité civile ; pouvoirs délibérants, rassemblée et le conseil : pouvoir exécutif, le doyen. Pour son personnel, la Faculté des Sciences reçoil «le l'État 942.000 francs, de la Ville de Paris, 14.000 francs, chaire de l'Évolution des êtres organisés : de 11 niversité 51.500 Innés, chaires d'histologie, de physique générale, cours de chimie appliquée, divers emplois <!<■ chefs «les travaux el de \>\*'parateurs. Pour ses dépenses de matériel, elle touche <le I Etal

165.000 francs et de FUniversité 364.000 francs, affectés aux frais de cours et de laboratoires, aux travaux pratiques des étudiants, à l'entretien et à l'accroissement des collections.

La première affiche de la faculté date de 1H11. C'est un tout petit papier, haut de trente centimètres, large de vingt-cinq. Elle porte onze noms. Les enseignements qu'elle annonce sont au nombre de dix, astronomie, calcul différentiel et intégral, mécanique, algèbre supérieure, physique, chimie, minéralogie, géologie, botanique et physique végétale, zoologie et physiologie L'affiche actuelle couvre une surface de près d'un mètre carré ; elle porte, pour les deux semestres de l'année scolaire, les noms de soixante professeurs, savoir trente professeurs titulaires et trente chargés de cours el maîtres de conférences, secondés dans leurs travaux par quatrevingt-six directeurs de laboratoire, chefs de travaux el préparateurs. Elle réunit en trois groupes les enseignements suivants, il certains desquels sont attachés simultanément plusieurs professeurs, chargés de cours el maîtres de conférences.

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