LIVRE SIXIEME
Le 3 novembre 1602, le Père Bleuse étant pour la seconde fois recteur de l'Université, on joua devant les princes et princesses de Lorraine une tragédie française du P. Alexis. Le lendemain eut lieu la promotion au doctorat des PP. Jean Boret et Philippe Moncé, professeurs de théologie ; ce même jour la distribution solennelle des prix, offerts cette année, au nom de son fils nouvellement né, par le prince de Vaudemont. Toute la cour de Lorraine montra une très- vive satisfaction des fêtes auxquelles elle venait d'assister et promit de revenir Tannée suivante. Le Cardinal de Lorraine voulut même se charger des frais de la prochaine distribution.
Le P. PhiUppe Moncé, né à Paris d'une famille
distinguée, entra très jeune encore danjs la Compagnie, le 13 août 1588. Après avoir enseigné la philosophie et la théologie dans notre Université, il poursuivit le cours de son enseignement théologique à la Flèche et à Paris durant le reste de sa vie. Son érudition , la profondeur et la clarté de son enseignement lui valurent partout les plus solides succès. Il se proposait de publier un cours de théologie, lorsqu'il nous fut enlevé prématurément à Paris, en 1629, et n'ayant point encore terminé son travail qui fut publié après sa mort.
Le 1 8 novembre , les PP. Bleuse et de Machault durent comparaître devant la cour souveraine, à Nancy, où ils étaient cités parle doyen des Facultés de droit, maître Guillaume Barclay ^ pour se voir disputer non-seulement la charge de chancelier^ mais encore le rectorat de l'Université . Barclay, assisté de son collègue Hordal, prit la parole devant la cour; il se laissa tellement emporter contre la Compagnie, qu'il passa toute mesure; et, sans être retenu par la présence du grand-duc , il osa bien lui reprocher sa prétendue partialité pour nous. Le prince ne témoigna aucun ressentiment des paroles de Barclay. Le P. de Machault, chargé , en sa qualité de recteur de l'Université, de répondre à son adversaire» montra la même patience que le prince, et^ laissant décote les injures, il réfuta tout
les faits erronés et les sophisines de Barciay , dont les prétentions furent mises à néant par la sentence de la haute cour.
Hordai se soumit à l'arrêt de la cour et ne cessa jamais, jusqu'à sa mort arrivée en 1622 , de nous témoigner son affection; et nous en trouvons une nouvelle et touchante preuve dans son testament fait en faveur de TUniversité. Quant à Guillaume Barclay, ne pouvant se résigner à subir Tarrét de la cour souveraine^ il préféra donner sa démission pour se retirer en Ecosse.
Jean Barclay^ 61s de Guillaume, né à Pont-à- Mousson en 1 582, fit toutes ses classes chez nous^bien que dans une satire qu'ail composa, sous prétexte de venger son père, il nie ce fait connu de tous ; mais il avoue son désir d'entrer dans la Compagnie et son peu de courage pour une telle vocation. Jean Barclay publia l'ouvrage que son père avait laissé inachevé et portant pour titre : « De Summi PontificU potestate temporali in principes ». I-.e cardinal Bellarmin ayant victorieusement réfuté les erreurs contenues dans ce volume, Jean Barclay les défendit de telle façon qu'il laissa planer des doutes sur la pureté de sa foi.
Le Parlement de Paris, par un arrêt du 20 février 1603, ordonna que tous les Français étudiant hors
du royaume , dans les Universités de Douay et de Po.nt-à-Mousson, auraient à rentrer immédiatement. Nos ennemis avaient enfin compris que notre expulsion de France avait du même coup éloigné beaucoup d'étudiants de la capitale. Et, pour ne parler que de notre Université, le nombre des étudiants venus de diverses provinces allait toujours croissant ; celle de Bretagne se distinguait entre toutes les autres. Beaucoup de ces étudiants appartenaient à des familles titrées et fort influentes; et plus de cinquante étaient membres de différents Ordres religieux. Parmi ces étudiants déjà religieux, se trouvait alors Philippe Thiébaut, de l'Ordre des Carmes.
Le P. Philippe Thiébaut, originaîrede Normandie, entra dans TOrdre des Carmes et fit sa profession à Angers. Il était déjà prêtre et licencié en théologie dans rUniversité de* Paris, lorsque, profondément attristé du relâchement de son Ordre et désespérant de le voir se réformer, il se présenta. chez les Chartreux de Paris ; mais le Prieur, considérant que le zèle du P. Thiébaut pourrait porter de plus grands fruits en restant dans son Ordre, ne consentit point à le recevoir dans le sien. Ce fut alors que, prenant conseil du célèbre professeur de théologie, André Duval , il prit le parti de venir à Pont-à-Moussoh
pour examiner y sous la direction de la Compagnie, alors exilée de France, ce qu'il aurait à faire pour obéir à la volonté de Dieu.
Le P. Thiébaul vint prendre son logis à Pont-à- Mousson, dans la maison même où^ fort jeune encore, j'étais en pension et suivais le Cours de grammaire à rUniversité. Je ne saurais dire combien je fus édifié de la conduite duP.Thiébaut,et j-éprouve un profond regret de ne pas avoir mieux profité des exemples qu'il me donna. Notre nouvel. étudiant était beaucoup plus avancé dans la philosophie et la théologie que dans Tétude des lettres, et spécialement dans la langue latine. C'est pourquoi, malgré son âge, son caractère et sa science^ il n'hésita pas à venir humblement, comme un enfant, s'asseoir au milieu de nous, dans la première classe de grammaire , pour en étudier avec énergie' les arides commencements. Autant que nous en pouvions juger, nous autres jeunes écoliers, le P. Thiébaut montrait un zèle admirable pour son propre avancement , et celui des autres , dans la solide piété. Mais un motif plus puissant que celui de compléter ses études Tavait amené à l'Université : c'était de connaître la volonté de Dieu sur lui ; et, pour y parvenir efficacement, il vint se renfermer au collège, où. il fit les Exercices de saiiit Ignace pendant doua^ jours et y trouva les lumières qu'il cherchait.
Près de notre collège se trouvait le couvent des Prémontrés qui venaient d'embrasser la réforme. I^ vue de cette œuvre admirable encouragea le P. Thiébaut à faire pour son Ordre ce que le P, Lairuelz avait entrepris avec tant de courage et de succès pour les Prémontrés.
[L'histpire delà réforme des Carmes étant publiée, les détails rapportés par le P. Abram nous semblent ici dépourvus d'intérêt. Nous citerons seulement ce qui est relatif à la Compagnie.]
Sur ces entrefaites, Henri IV venait de nous rappeler en France et de nous rendre nos collèges. Celui de Rennes se trouvait non loin du couvent des Carmes, et ces religieux, qui venaient les premiers d'accepter b réforme, voulurent tous, sans exception y faire les Exercices de saint Ignace sous la direction des Nôtres. Le provincial des Carmes vint jusqu'à Pont-à-Mousson, et ce, à l'exemple du P. Thiébaut^ pour y faire ces mêmes Exercices. L'opuscule publié sous le titre de « Plan de la Réforme »> ne dit rien du séjour du P. Thiébaut parmi nous, et je n'en aurais pas parlé moi-même si le saint réformateur ne m'avait engagé par son exemple àVompre le silence sur ce point. En effet, le P. Thiébaut^ préchant dans notre église de Rennes, le jour de saint Ignace, devant- un nombreux auditoire^ rappela, dans les termes de la plus
vive gratitude, cette circonstance de sa vie^ qu'il montrait comme le germe de i*union des deux Ordres. Puis^ exposant Texcellence du livre des Exercices, il le mit au premier rang, après les saintes Écritures. C'est à cette source des Exercices qu'il avait puisé le courage, d'entreprendre l'œuvre de la réforme.
L'arrêt du Parlement de Paris ordonnant à tous nos étudiants français de rentrer dans le royaume vint nous enlever un grand nombre d'externes et plus de cinquante pensionnaires qui nous quittèrent aux vacances de Pâques. Toutefois ce rappel ne causa aucpn dommage' à notre Université, dont la réputation augmenta par le fait même du rappel et de la dispersion de nos élèves. La jalousie de l'Université de Paris lui avait fait solliciter l'arrêt de rappel et lui avait inspiré ce moyen de nous nuire; mais, loin d'atteindre son but, l'arrêt contribua^ comme nous le verrons, à multiplier le nombre de nos élèves. Et chose à remarquer, c'est que même l'approbation du roi^ donnée à cet édit^ fut pour nous une raison d'espérer la fin prochaine de notre exil. En rappelant nos élèves ses sujets , Henri IV déclare qu'il n'a été mû par aucun sentiment contraire à notre Compagnie , puisqu'il venait, en ce temps-là même, de donnera nos Pères de Verdun l'autorisation d'élever la jeunesse française ; mais il avait
considéré, disait-il, que )es jeunes gens s'attachent peu à peu au souverain dans les États, duquel ils font leurs études, et il désirait avant tout posséder l'affeption de ses sujets; il avait donc voulu leur enlever toute occasion dlaimer un prince étranger plus qu'il ne convenait à leur qualité de Français. Les sympathies de ce prince à notre égard et le désir qu'il témoigna de nous avoir dans ses Étals furent expliqués de différentes manières. Sans parler de Taction de Dieu qui tient en ses mains le cœur des rois et les incline où ii veut, on en trouvera encore , ce me semble , la raison dans un fait mentionné par le Père Nicolas Lancicius, en une lettre écrite par ce religieux an sérénissime prince (Casimir, alors novice de la Compagnie^ plus tard Cardinal de la sainte Église , et maintenant roi de Pologne.
Dans le grand-duché de Toscane, vivait une sainte religieuse appelée Marie -Madeleine de Pazzi; elle était très-adonnée à Toraison, et avait été formée sous la direction de nos Pères à tous les devoirs qui conviennent à une vierge chrétienne : plus tard, elle entra conduite par leurs. conseils, au couvent des Carmélites de \ Observance , comme on les appelle. Cette sainte religieuse fit preuve des plus admirables, vertus , et plus d une fois , avant comme après sa mort , elle opéra d'éclatants
miracles. Depuis le jour de son heureux passage à une autre vie , qui arriva Fan 1612, el par une faveur particulière de Dieu, son corps se conserva sans corruption. Le Pape Urbain VIH la mit au nombre des bienheureuses vierges. Marie de Médicis, fille du duc de Toscane, François dé Médicis , venait d'être fiancée à HenrilV, roi de France. Avant son départ pour ce royaume, elle voulut visiter la sainte Religieuse afin de se recommander à ses prières et la conjurer surtout de lui obtenir de Dieu un héritier. Madeleine le lui promit, mais à la condition qu'elle s'efforcerait d'obtenir du roi, son futur époux , le rappel en France , des Pères de la Comj^agnie injustement bannis du royaume, et leur réintégration dans toutes les maisons dont on les avait dépouillés à leur départ. C'était par là, disaitelle, que le prince devait attirer plus sûrement sur ses États la bénédiction de Dieu .
Vers la tin du mois de mars de cette année 1 603, le Roi Très-Chrétien vint à Metz , à la tête d'un grand nombre de seigneurs, la plupart très-attachés à la Compagnie. Ils donnèrent le conseil à nos Pères d'aller trouver le roi, et de s'assurer par eux-mêmes qu'il avait changé de dispositions à notre égard. Nos Supérieurs se rendirent volontiers à ce conseil^ dicté par la bienveillance. Quatre Pères, Ignace Armand, Provincial, Jean Chastellier, ancien Provin-
cial, Christophe Brassard, Chancelier de 1* Université, et Charles IHirrien, partirent pour Metz, où ils obtinrent facilement une audience du roi, qui les accueillit avec une bonté charmante.
Quelque temps après cette entrevue, nos Pèr^^ sur Tinvitation du roi lui-même» l'accompagnèrent lors de son retour à Paris et en obtinrent le rétablissement des collèges de Lyon et de Dijon. En outre, Henri IV promit de donner sa propre maison de La Flèche pour y établir un pensionnat.
Le 15 octobre 1603, trois Pères se mirent en route pour donner les commencements à ce nouveau collège de La Flèche : c'étaient les Pères Pierre Barny, Christophe Brossard et Pierre Sinson . Deux mois après, le 9 décembre, on leur adjoignit cinq autres Pères. I^e P. Christophe Brossard^ né à La Flèche, était entré dans la Compagnie en 1584, et pendant sept ans, de 1596 à 1603, il fut chancelier de rUnixersité.
Le P. Pierre Sinson était originaire d'Orléans. Dès son enfance» il fut placé au collège deClermont^ sous la direction de nos Pères^ et élevé au milieu de jeunes gens pauvres que les libéralités du roi Henri III entretenaient dans ce collège pour les employer plus tard au service de I Église de France. £n 1 589, il entra dans la Compagnie, fit sa théologie à Pont-à-Mousson, où il enseigna la philosophie
de 1593 à 1603. 11 fut ensuite appliqué à la prédication, et se fit une grande réputation dans ce ministère. En Tannée 1603, durant une nuit qu'il se promenait dans le cloître voisin de notre église,, une étrange vision de je ne sais quel fantôme produisit sur lui une impression extraordinaire etineflaçable. Depuis ce temps, il ne retrouva jamais ni la tranquillité de Tesprit ni la sérénité du visage. Il dépérissait chaque jour, et ne faisait plus que mener une vie languissante. Aussi Tarrét de bannissement étant levé, on le fît partir un des premiers^ dans Tespoif que le changement de pays dissiperait ses sombres imaginations^ et que Taspect d'un nouveau ciel lui ferait du bien ; mais il n'en fut rien, et voici en quels termes les annales du collège de La Flèche, année 1605, racontent sa mort : « En cette année est mort le P. Pierre Sinson , originaire d'Orléans, homme non moins recômniandable par sa doctrine et ses talents pour la chaire que par ses vertus toutes religieuses. Depuis longtemps en proie à uae maladie étrange et inconnue qui le consumait lentement, il ne laissait pas de se livrer tout entier au laborieux ministère de la parole. Il prêcha le Carême à Tabbaye de Fonte vrault, devant Tabbesse, tant» du roi , et ses deux cents» religieuses, avec beaucoup de fruit et de grands applaudissements : les larmes coulèrent de presque tous les yeux à son
départ, tant il avait gagné les cœurs. Rentré au collège, il prit quelques jours de repos, puis il. recommença ses travaux. Le jour de l'Octave de la fête du Saint Sacrement, il prêcha avec une grande animation et un grand déploiement de voix dans la principale église de La Flèche. Cet effort acheva d'épuiser ses forces ; la maladie dont il était atteint redoubla de violence, et ne fit plus qu'empirer de jour en jour. Le P. Sinson, après avoir supporté ses douleurs avec un grand courage, passa au repos éternel en sa trente-huitième année ^ et la seizième depuis son entrée dans la Compagnie. .
Quelques jours avant sa mort, un accès de sou mal l'avait subitement privé de l'usage de s^$ sens et de la parole ; mais au moment où il recevait rExtrême-Onclion, il recouvra tout à coup la connaissance et la voix, et ne les perdit plus jusqu'à son dernier soupir. La pensée terrible des jugements de Dieu lui avait d'abord inspiré une grande frayeur de la mort ; mais^ ayant médité sur ce que les constitutions de la Compagnie nous disent de la résignation à la volonté de Dieu dans ce grand sacrifice de notre vie, il abandonna sei craintes pour ne plus penser qu'à la miséricorde de Dieu ; il en vint même à un tel degré de confiance, que la pensée de sa mort prochaine le faisait tressaillir de joie. Il entretenait de pieux colloques avec Jésus en croix, et
souvent on l'entendait s'écrier : « Oh ! quel bonheur de mourir dans la Compagnie ! »
La nouvelle de son trépas fut un deuil pour toute la ville de La Flèche. I^e Curé de la paroisse et les Pères Franciscains, appelés Récollets, donnèrent toutes les marques de la plus vive affection . Ceuxci firent même auprès des Nôtres toutes sortes d'instances pour obtenir de rendre les derniers honneurs au défunt dans leur église et de l'enterrer dans le caveau de leur Ordre, ce qui dut leur être refusé. Ils insistèrent alors sans plus de succès pour qu'on leur accordât la faveur de porter le corps sur leurs épaules jusqu'à l'église où devait se faire la cérémonie des obsèques ; sur ces refus, ils voulurent au moins célébrer le saint Sacrifice dans leur chapelle et au son de toutes les cloches. Pendant ce temps-là, nos Pères procédaient à .la cérémonie funèbre , et transportaient le défunt, au milieu d'un immense concours de peuple , hors de la ville, dans un prieuré que nous y ^possédons. Quand l'abbesse de Fonte vrault apprit la mort du P. Sinson; elle en fut profondément affligée, ainsi que toutes ses religieuses, et fit célébrer un service solennel pour le repos de son âme.
L'année 1604 vit mourir deux membres de l'Université, tous deux Anglais d'origine : le P. Thomas Oarbyshire, de notre Compagnie, et Humpfroy
Hély^ qui avait été reçu au nombre des professeurs de droit, en 1586, à Saint-Mihiel , où la Faculté de droit se trouvait alors : revenu à TUniversité, il y enseigna pendant dix-huit années. Extrêmement charitable envers les pauvres^ il laissa à peine de quoi subvenir aux frais de ses funérailles. Il fut enterré dans 1 église de Sainte-Claire, et l'on mit cette inscription sur son tombeau : <> hic lapis non est supra lapidem, Fiator, sed supra virum^ Sacerdotio clarum , vita Angektm^ natione Anglam^ Hum^ phredum Heljr^ etc. » A la cérémonie étaient présents les PP. Bleuse, Recteur, et Bouvet, Chancelier, mais sans leurs insignes.
Le P. Thomas Darbyshire fut, dès les premiers temps du régne d*Élisabetb, jeté en prison pour la foi cathohque; mais, au milieu même de Tinfection et des ennuis de son cachot, il se sentit confirme dans sa croyance par la vue d'une image où Jésus- (ihrist était représenté laissant couler le sang de ses plaies : cette image venait, comme on Ta reconnu dans la suite, de la maison d'un*des principaux citoyens de la ville qui avait quelque intendance sur les prisons : par une providence toute particulière, elle avait été prise au milieu de beaucoup d'autres, et fixée aux murailles de.la prison. Rendu à la liberté, Darbyshire, habilement déguisé, trompa les yeux de ceux qui le surveillaient et parvint à sortir
d'Angleterre. Il avait alors plus de quarante ans. Il passa en Belgique, dans le dessein d'embrasser la vie religieuse. Comme il hésitait entre l'Ordre des Chartreux et le nôtre, une voix du Ciel vint fixer ses incertitudes, et le fit pencher du coté de la Compagnie. Un jour qu*il était en prière^ il vit devant lui un homme d'une merveilleuse beauté : était-ce un Ange ou le Seigneur des Anges^ on ne le saurait dire. La porte de sa chambre était fermée quand le céleste visiteur y pénétra. « Vous vous ferez Chartreux, dit-il, si vous ne pensez qu'à vous sauver vous- même ; mais si vous voulez sauver votre âme et beaucoup-d'autres, choisissez la Compagnie. » Ces paroles dissipèrent toutes ses irrésolutions; le P. Laynez le reçut, à Trente, comme novice de la Compagnie, et l'envoya faire son noviciat à Rome. Ensuite il travailla successivement en Allemagne, en France et en lorraine, répandant autour de lui le parfum de sa sainte vie et de sa grande charité envers les Nôtres et les étrangers. A Ingolstadt, il fut supérieur du pensionnat ; à Billom, maitre des novices ; à Paris, confesseur et Père spirituel des Nô» très pendant de longues années.
C'était un religieux d'un caractère ouvert, plein d'aménité et d'une grande habileté dans le discernement des esprits, d'une conversation remplie tout à la fois de simplicité, de douceur et de sa-
gesse, Toujours occupé de Dieu et des choses de son service, il inspirait la piété à tous ceux qui s'entretenaient avec lui^ et possédait complètement les Flxercices de saint Ignace, comme aussi l'art de les expliquer pratiquement. Il avait le don spécial de bien faire le catéchisme, et pendant plusieurs années il l'expliqua dans notre collège de Paris ^ puis à Pont-à -Mousson, en son extrême vieillesse et tant que ses forces le lui permirent. Son enseignement charmait non -seulement nos étudiants^ mais les professeurs de théologie eux-mêmes suivaient ses leçons et les tirent imprimer, à Paris. Il fut toujours et partout, mais particulièrement à Paris et à Reims, le défenseur et le consolateur des catholiques anglais, exilés pour la foi ; et l'on ne saurait dire combien il contribua, surtout à Reims, à la réputation de la Compagnie. A cet éloge du P. Darbyshire, il faudrait ajouter le récit de faveurs tout extraordinaires dont Notre -Seigneur daigna le favoriser; et pour en citer un exemple, nous rapporterons ce fait : un jour que le vénérable Père priait, à Paris, pour l'heureuse élection du nouveau Général de la Compagnie, il fut transporté, en esprit, à Rome, et dans la salle où se trouvaient réunis les électeurs : il vit alors la très- sainte Vierge ordonner aux PP. électeurs de choisir pour Général le P. Aquaviva. Le P. Darbyshire annonça aussitôt l'élection
du P. Aquaviva, bien que jusqu'à ce moment le nom de ce Père lui fut absolument inconnu. Dans sa dernière maladie / s' étant laissé tomber et ne pouvant se relever, un Ange vint alors à son secours et le replaça sur son siège. Les douleurs qu'il •éprouvait dans une jambe avaient fait juger l'amputation nécessaire; mais le malade s'étant recommandé aux saints Apôtres Pierre et Paul, dont on célébrait alors la fête , il en obtint une amélioration si rassurante que les médecins renoncèrent à Topération. Enfin, parvenu à sa quatre-vingt-quinzième année ^ le vénérable vieillard s'endormit paisiblement, après avoir reçu les derniers sacrements, le 6 mars 1604.
En cette même année , différentes colonies sortirent de Pont-à-Mousson pour aller fonder de nour veaux collèges ou en rétablir d'anciens : deux Pères se rendirent à Paris; cinq à Rouen; dix à Bourges et trois à Rennes. Dans l'intérieur du collège, on donna les Exercices spirituels à vingt-six personnes presque toutes de la première distinction^ tant de l'Église que de la noblesse séculière. Mais ce ministère s'exerçant chaque année , je n'en ferai plus mention^ pour ne pas fatiguer le lecteur par la répétition des mêmes choses.
Guillaume Barclay, démissionnaire depuis quelques mois, fut remplacé dans sa charge de doyen
des Facultés de droit par Pierre Charpentier, autrefois gouverneur de Nantes y durant la Ligue. Le nouveau doyen eut une rétribution annuelle de trois mille francs de Bar : le 13 janvier 1604, il fit sa profession de foi entre les mains du P. Recteur^ jura d'observer les Statuts de la^Faculté et promit au même Recteur obéissance en tout ce qui serait licite et demanda par écrit, selon Tusage, la permission d enseigper.
Les professeurs qui avaient dans ces derniers temps excité de si violentes tempêtes au sein de rUniversité ayant donné leur démission , on vit reparaître le calme et la tranquillité. Toutes les difficultés' à propos du Rectorat et de la Chancellerie étaient réglées ; un seul point restait à déterminer : on ne s'était pas encore pleinement entendu sur la place qu'il convenait d'assigner aux différentes Facultés dans les cérémonies et les processions. Pour décider cette questioA délicate, on jugea opportun de s'en remettre à lavis commun des Facultés elles-mêmes et aéi jugement du Souverain Pontife. Mais il faut reprendre la chose^de plus haut.
Par sa Bulle, en date du T' mars 1585, concer-» naot le Rectorat de l'Université, Sixte-Quint avait arrêté que chaque année, en la fête de saint Nicolas, tous les lecteurs, docteurs, étudiants et officiers de
rUniversité, même ceux des cours de droit canon et de droit civil, assisteraient à la messe solennelle de rUniversité^ dans l'église de la Compagnie; que, de plus, ils prendraient part aux prières publiques et processions que le Recteur pourrait, s'il le jugeait coDikrenable, ordonner deux ou trois fois par an , et qu'en cas de refus de leur part, celui-ci aurait droit de les contraindre par les censures ecclésiastiques, et leur imposer des amendes qu'ils encourraient par le seul fait de leur désobéissance. En 1587, on avait réglé la place que prendraient, dans les cérémonies, les différents ordres, maîtres et disciples , et il avait été arrêté que les Bidelles de toutes les Facultés précéderaient immédiatement le Recteur. L'année suivante, l'irritation des professeurs de la Faculté de droit n'étant pas calmée , le P, Odon Pigenat, Provincial (jugea convenable, et en cela , il fut, bientôt aj)rés, approuvé par le P. I^urent Magio, visiteur) de suspendre pour un temps les cérémonies publiques , jusqu'à ce que ces professeurs fusseet mieux disposés. Enfin le 16 juillet 1595, le P. Bleiise, Recteur du collège, usant des pouvoirs que lui conférait la Bulle dç Sixte-Quint , se rendit processionnellement avec toute l'Université à l'église Saint-i^aurent. L'ordre arrêté fut exactement gardé. Une .«semblable pro* cession eut lieu le 16 juillet 1599.
Au commencement de ce siècle, lorsque Barclay nous créa tant de tracasseries à propos de la chancellerie de rUniversité , la nouvelle se répandit dans toute la villeque les professeurs de la Faculté de droit ne .prendraient point part à la procession. Ils en avaient effectivement formé le dessein ; mais comme ils craignaient que le Recteur n*usàt des droits que lui conférait la Bulle pontificale , ils avaient pris, pour se garantir, des moyens dont ils attendaient un bon effet. Le 16 juillet, ils dépêchent au Recteur un procureur et un notaire pour lui déclarer qu'ils en appellent au Siège apostolique de toute mesure pénible qu'il pourrait prendre à leur égard : ce sont les termes mêmes de l'appel A la réception de cette pièce, le Recteur réunit en consulte les professeurs de théologie, et, de l'avis commun , il s'en fut trouver le cardinal , protecteur de l'Université, qui, en l'absence du duc, exerçait la haute souveraineté dans ses États de Lorraine. Le cardinal remit au Père une lettre pour Barclay, dans laquelle il défendait à celui-ci de rien entreprendre de nouveau en l'absence du duc. Barclay répond au cardinal d'une manière qui fut vivement désapprouvée par le prince et par tout son conseil. La veille de la procession, à l'entrée de la nuit, un messager est envoyé auprès du cardinal y et dès le lendemain ^ 22 juillet , de
grand matin, il rapportait la réponse de Son Éminence au Père Recteur Jean de Macbault ; celui -ci convoque immédiatement tous les professeurs de la Faculté de droit et leur enjoint, au nom du cardinal d'assister tous à la procession du Recteur ; ils obéirent ; les docteurs Guinet et Romain , de la Faculté de droite y prirent part, en qualité de membres honoraires. [De nouvelles difficultés s'élevèrent à l'occasion de la Faculté de médecine et plusieurs fois encore, à l'occasion des préséances; mais nous croyons superflu de raconter toutes ces querelles tinalement apaisées par le cardinal de Lorraine , et dont le récit nous parait désormais inutile.]
Le 1 3 août 1 604 , un de nos élèves , Jean Por- . celet de Maillane, fut nommé licencié en théologie. Déjà^ ce même jour, aux classes du matin , il avait reçu le diplôme de licencié en l'un et Fautre droit. C'était la veille du jour anniversaire de sa naissance, et il n'avait que vingt-trois ans. On le vit donc se présenter à la hcence de théologie, portant déjà les nisignes des Ucenciés en droit : ce qui jusqu'alors ne s'était point encore vu dans l'Université. Issu d'une ancienne et noble famille de Provence , Jean Porcelet comptait parmi ses ancêtres ce Bertrand Porcelet qui^ seul entre tous les Français, mérita d'être épargné dans le massacre des Vêpres siciliennes et renvoyé libre dans sa patrie, en considé-
ration de sa vertu et de sa probité. Le père de notre licencié était Jean des Porcelets , homme des anciens jours, et digne, par sa science, sa pîété , sa prudence et son dévouement aux princes de Lorraine, de tous les emplois dont il fut chargé et qu'il remplit avec éclat. Il n'était pas morns bon théologien que bon soldat : c'est l'éloge que font de lui les théologiens de notre Université, éditeurs des Commentaires du P. Maldonat. Sincèrement attaché à la Compagnie, il vint faire plus d'une fois les Exercices spirituels sous la direction de nos' Pères; après sa mort , il voulut encore rester au milieu de nous, et, le Père Général l'agréant , il fut enterré dans l'église de notre collège de Pont-à-Mousson , au pied de l'autel quMI avait lui-même fait élever à grands frais en l'honneur des saints Ignace et Xavier. Son fils, notre licencié, après avoir pris ses grades académiques, se rendit à Rome, où il vécut auprès du Pape Paul Y dans une sorte d'intimité; . quelque temps après , il fut élevé au siège épiscopai de l'Église de Toul. Je pourrais m 'étendre longuement sur le sujet de ce digne évêque : contentonsnous de rappeler que son éloge a été consigné dans les archives de son Église de Toul.
A la réouverture des classes, leP Claude Tiphaine fut nommé professeur de philosophie , et le P. Georges Turnbull, Écossais, professeur de théo-
logie. Le P. I^onard Perrin prononça un discours en Thonneur du sérénissime duc de IJ3rraine^ Charles III , fondateur de l'Université de Pont-à- Mousson '; et, un mois plus tard^ le 23 novembre, il fit représenter sur la scène sa tragédie latine intitulée Julien. Les prix distribués aux lauréats des classes de lettres étaient dus à la munificenee du prince Jean de Croy, comte de Salm. Comme toutes ces cérémonies , tragédies , discours de la rentrée des classes, distributions des prix, se renouvellent régulièrement, je n'en ferai plus mention, afin de ne pas allonger notre histoire outre mesure.
Les différends qui avaient divisé entre elles les Facultés étant terminées , les études poursuivirent leur marche avec un ordre et un ensemble tout nouveau. Quant au fruit opéré dans les âmes, je n'en dirai qu'un mot qui fera Juger des résultats obtenus pendant les autres années ; les détails que j'expose sont empruntés aux Lettres annuelles du collège, de l'année 1605. Douze jeunes gens entré* rent dans la Compagnie. Au temps du Jubilé, nos Pères se virent assiégés par une multitude de fidèles, accourant pour se confesser, non«seulement de la ville , mais des lieux circonvoisins , et même de vingts trente et quarante lieues. La plupart firent des confessions générales de toute leur vie; un bon nombre en retard de vingt à cinquante ans et même
de soixante-dix ans ! Â Tépoque des fêtes les plus solennelles ^ des missionnaires furent envoyés dans tout le pays d'alentour : trente à Pâques , vingt à la Pentecôte^ vingt-quatre au temps du Jubilé, vingtdeux à Noél, pendant que treize autres Pères trouvaient à la maison une occupation plus que suffisante à entendre les confessions. A. Metz et à Vie , deux de nos Pères prêtèrent un utile concours au vice-légat , qui avait réuni dans ces villes les curés des paroisses voisines. Au collège même , vingt-six personnes firent les Exercices spirituels : la plupart étaient des religieux ou des curés. Au monastère des Prémontrés, voisin de nous, les moines , qui avaient déjà senti la puissante action de ces saints Exercices, voulurent, pour en rallumer la ferveur, les faire de nouveau sous la direction d'un des Nôtres. Mais nous parlons ici de ministères qui se renouvelaient chaque année; le fait suivant est plus rare: il s'agit de la conversion d'un jeune homme turc , instruit dans notre maison et baptisé le 1" mai dans la principale église de la ville, au milieu des transports de joie de tous les habitants. Le 19 octobre suivant , le Père Michel Rabardeau commença le trentième cours de philosophie, et te P. Etienne Bauny remplaça le P. Léonard Perrin dans la chaire de rhétorique.
L'année 1 606 fut marquée par la visite que fit à
Pont-à-Mousson Marguerite de Gonzague, duchesse de Bar , en compagnie de sa mère la duchesse de Mantoue et du prince Ferdinand , son plus jeune frère. Elle était arrivée à Nancy , d'où , quelques jours après ^ elle devait se mettre en route pour visiter notre cité. A cette nouvelle , les habitants s'empressent de tout préparer pour la recevoir dignement; de toutes parts s'élèvent des arcs de triomphe; les murs sont tendus de tapisseries; tout prend un air de fête. Nos écoliers ne veulent pas paraître moins empressés de témoigner à la princesse leur, respectueux attachement : ils se mettent à l'œuvre avec ardeur et déploient toute l'énergie possible pour offrir à la noble visiteuse un spectacle digne d'elle. Marguerite fit son entrée dans la ville au bruit des fanfares et des détonations de la mousqueterie; elle se rendit ensuite à notre église. A son arrivée, elle fut reçue au son des instruments qu'accompagnaient les voix ravissantes de tant de jeunes etifants. Mais, à mesure qu'elle avançait dans l'enceinte^ ses yeux n'étaient pas moins réjouis que ses oreilles. Partout les emblèmes et les armes des deux maifsons de lorraine et de Mantoue, que venaient d'unir l'heureuse alliance de Henri et de Marguerite; partout, sur les murailles, des inscriptions en vers et en prose. I^a sérénissime duchesse et son fils le prince Ferdinand en furent si charmés, qu'ils V. 27
demandèrent à plusieurs reprises et avec instance , par eux-mêmes et par d'autres^ qu'on leur en donnât copie. De l'église on se rendit à la grande salle du collège, où la réception ne fut pas moins solennelle. Des ècussons aux armes de la maison de Mantoue, (les couronnes et des guirlandes couvraient les murailles ; et quand les princes apparurent, nos seize cents élèves^ rangés par ordre de classes, des deux côtés de la salle , les saluèrent par des acclamations enthousiastes. Après cela^ accompagnant les princes y ils se rendirent à la salle de l'Académie, où fut représentée une pièce italienne. Le succès fut complet : à la pureté du style , à Taisance de la déclamation, on aurait dit que les acteurs avaient toujours vécu en Italie , tant ils avaient de naturel et tant leur accent était pur.
Cette même année 1 606 y les études théologiques reçurent une puissante impulsion . Le cardinal de Lorraine promit des avantages particuliers aux étudiants en théologie qui , dans les États du duc son père, et dans les diocèses de Metz, Toul et Verdun, où il exerçait les-droits de légat , l'emporteraient aui( épreuves du concours. Ce concours se continua longtemps encore après la mort du cardinaL On en vit les précieux résultats, particulièrement en l'année 1633, où éclata cette terrible guerre de Lorraine qui, selon l'opinion commune,
coûta la vie à plus de six cent mille habitants du pays. T^ mort ayant fait disparaître peu à peu les anciens curés des paroisses , on mit à leur place les jeunes prêtres lauréats du concours; et Ton peut dire, sans vouloir faire injure à aucune autre église, que nulle part ailleurs la religion n'eut des ministres à la fois plus zélés et plus instruits. Un antre bienfait de ce concours fut d^exciter l'émulation. Jamais on ne vit un plus grand nombre de théologiens élevés aux honneurs académiques. Dans l'espace de quatorze mois , on compta dix bacheliers en théologie , quatre licenciés et un même nombre de docteurs. Parmi ces derniers se trouvait le P. Grégoire TurnbuU , professeur de théologie scolastique et collègue du P. Mondé.
Le 21 février, trois princes de la maison de Lorraine : Charles, qui renonça plus tard à Tévêché de Verdun pour entrer dans notre Compagnie; Henri, marquis de Mouy, et François, maintenant évêque de Verdun et doyen de l'Église de Cologne, entrèrent au collège en qualité de pensionnaires. I>eur oncle, l'illustrissime Erric de Lorraine , cherchant une retraite pour ranimer son esprit distrait par les soins de sa charge pastorale, se retira dans notre maison, où il passa quatre ou cinq mois, n'ayant avec lui que son chapelain , lequel entra cette même année dans la Compagnie. Ce chapelain
du prince-évêque , devenu le P. Antoine Garaudel, fut un religieux d'une grande vertu et d'une si grande familiarité avec Dieu^ qu'il passait quelquefois douze heures de suite en oraison , à genoux et sans appui. On croit qu'il jouit plus d'une fois de Tapparitidn du F. Mathieu Le Coussy, mort depuis plusieurs années. On voyait briller en lui un généreux mépris de sa personne, une austère mortification, un respect plein d'humilité pour ses supérieurs, un grand amour de l'obéissance, de la pauvreté et de toutes les vertus. Mais l'humilité avait ses prédilections : avant son entrée dans la Compagnie ^ il avait été employé comme serviteur au pensionnat de Pont-à-Mousson ; plus tard , la douceur et les agréments de son caractère le conduisirent aupi^ de l'illustrissime prince, qui en fît son confident et lui donna une prébende assez considérable. Mais le P. Garaudel, gardant sur ces distinctions un silence obstiné , parlait au contraire à tout propos de la pauvreté de ses parents et de sa première condition. Il mourut à Pont-à-Mousson le 29 août 1639, après avoir reçu dans de grand* sentiments de piété tous les sacrements de l'Église.
Le 2 avril 1606, Jean Leurechon, né à Bar, docteur en médecine et médecin de Son Altesse le duc de Lorraine, ayant prononcé en la forme ordidaire la profession de foi, prêté le serment et reçu
par écrit la permission d'enseigner, fut adjoint à la Faculté de médecine. Dieu sembla s'être choisi les prémices de cette Faculté de médecine. Le nouveau docteur entra dans la Compagnie ; mais, une année après ses vœux, il nous quitta, mûr pour une meilleure vie.
A la rentrée des classes, le P. Guillaume Muret, de Limoges, parent de M. Antoine Muret, et docteur en Sorbonne, fut nommé professeur de grammaire. La Sorbonne éleva des réclamations, prétendant qu'un semblable emploi, donné à un de ses membres, était un déshonneur pour elle. Mais le Père Ignace Armand lui répondit, avec beaucoup de justesse^ que les plus grands personnages et la haute noblesse de France n'avaient point fait entendre de plaintes semblables quand Ange de Joyeuse entra chez les Capucins, et qu'il se mit à mendier son pain, suivant la coutume de son Ordre.
T^e P. Alexandre Hay, d'une noble famille d'Ecosse, était neveu du P. Edmond Hay, qui avait été le premier recteur de l'Université, Entré dans la Compagnie en 1577, nous le voyons dès l'année suivante, qui était la quatrième depuis notre fondation, enseigner la poésie dans cette Université. Nous le retrouvons ensuite dans les différents collèges de France, et notamment à Paris, expliquant la rhétorique latine et française avec une grande
réputation. Jeté en prison avec quelques-uns des Nôtres, à l'occasion de l'horrible tentative de Jean Chàtel, il courut risque de la vie, car on prétendait qu'au temps de la guerre civile, il avait parlé contre Henri de Navarre, plus tard roi de France, à la façon des Ligueurs. Mais un président de Cour, dont le P. Alexandre avait eu les enfants parmi ses élèves, détermina ses collègues à le remettre en liberté. Le P. Alexandre revint alors à Pont-à- Mousson, où pendant six ans il expliqua la doctrine chrétienne au milieu d'un grand concours de théologiens, de philosophes et d'étudiants de toutes les facultés; pendant cinq autres années, il expliqua l'Écriture sainte avec non moins d'érudition et d'éloquence. Après son départ pour la Bohême, l'explication publique du catéchisme fût suspendue pour de justes raisons.
Le P: Alexandre Hay se faisait remarquer par sa candeur, la facilité de son caractère, les charmesde sa conversation, qui respirait toujours la piété, et un zèle plein de feu pour la gloire de Dieu. Sa grande préoccupation était d'inspirer aux écoliers l'amour de la vertu et de la pureté. Presque tous lui avaient donné leur confiance. Aussi, quelqu'un d'entre eux pensait-il entrer dans la Compagnie : c'était le P. Hay qui devenait le confident de son dessein, et devait en promouvoir l'heureuse issue
auprès des supérieurs. Pendant les vacances il parcourait les campagnes en donnant des missions et tâchant d'imiter les Apôtres, pour lesquels il professait une déTotion toute spéciale. Cette dévotion Tavait même engagé, depuis plusieurs années, à entreprendre, sur leurs travaux, un long ouvrage composé tout entier sur les anciens documents^ et qui avait exigé de sa part les plus laborieuses recherches. Les Apôtres voulurent/ sans doute reconnaître ce zèle de leur dévoué serviteur, en lui obtenant la grâce de venir au Ciel prendre possession de sa récompense, le jour même de la fête de saint Jacques, le 25 juillet 1610. Le P. Alexandre était dans sa cinquante-troisième année, sa trentecinquième de vie religieuse. Il ne sera pas inutile de faire connaître la cause de sa mort ; elle sera pour les autres un avis de garder plus exactement les règles de la prudence. A Tépoque où Henri IV préparait la guerre d'Allemagne, il y avait à Prague un jeune Franiçais de la première noblesse, qui s'était fixé dans cette ville pour y faire ses études. Son gouverneur était avec lui ; mais je ne saurais dire s'il avait pour mission de diriger les études de son élève, ou bien d'observer ce qui se faisait à la cour. Or il arriva que le P. Alei^andre, avec plus de simplicité que de prudence, eut un jour je ne sais quelle conversation avec ce jeune homme, à propos des anciens
partis qui avaient divisé la France. Celui-ci ne vit rien de mauvais dans la conversation du Père, et, l'occasion s'en présentant^ il en fit part à son gou* verneur qui en écrivit immédiatement au père de son élève, lequel à son tour s'en fut tout révéler au roi. Henri IV se montra très-offensé : il adressa des reproches fort vifs au P. Coton ; lui commanda de donner au P. Général avis de la conduite des Jésuites de Prague^ et d'en obtenir une juste punition du coupable. Le P. Alexandre fut donc aussitôt mandé à Rome pour plaider sa cause ; mais bientôt le chagrin s'empara de lui : il tomba malade et fiit emporté en quelques jours.
Le 8 avril 1 607, le P. Jean Bouvet quitta la chancellerie pour prendre le rectorat de l'Université, à la place du P. Jean Bleuse. Celui-ci se retira à la maison professe de Paris^ où il demeura quelque temps^ puis de là revint à Pont-à- Mousson- où il fut chargé de la direction spirituelle des Nôtres, des élèves et d'un grand nombre de séculiers, achevant ainsi une carrière si bien remplie et se conciliant l'affection universelle. On admirait sa gi*ande droiture de cœur et sa liberté d'esprit, sa mortification^ son attachement à la Compagnie, sa charité pour le prochain, et son zèle ardent pour le salut des âmes.
Après avoir gouverné l'Université durant treize
années^ il vit sans peine son successeur adopter une ligne de conduite différente de la sienne, et, loin de le désapprouver, iln*en parla jamais qu'avec éloge et contentement. Il aimait la' Compagnie avec une telle ardeur que, dans les occasions où il s'agissait de lui eti donner des preuves, il semblait dépasser la mesure : il avait accoutumé de dire qu'il ne serait pas plus difficile d*effacer en lui le caractère du baptême que d'arracher de son cœur l'amour de la Compagnie. Toutes les fois qu'il montait à l'autel, s'il était libre de ses obligations envers les défunts^ c'est pour elle] qu'il offrait le saint sacrifice. Cet amour n'avait d'égal que son zèle pour le salut des âmes : il aurait voulu se multiplier pour entendre^ en mille lieux à la fois, les confessions. Grandement adonné à l'oraison, on peut dire qu'il entretenait partout et toujours les plus douces conversations avec Dieu. Epuisé par le travail et les années, il jeûnait encore avec tant de rigueur, qu'il se contentait d'un seul repas par jour ; le soir, il ne prenait rien, pas même un verre d'eau. Et comme on lui conseillait de modérer un peu cette austérité : « Mes chers amis, répondit-il, j'ai bientôt passé cinquante carêmes de cette sorte ; croyez- moi, je viendrai encore à bout de celui-ci, . ou bien c'est lui qui viendra à bout de moi. » Le P. Bleuse mourut au noviciat de N^ncy le il octobre
1615, dans la soixante-septième année de son âge.
Le P^ Bouvet eut pour successeur à la chancellerie de rUniversitéy le P JeanHay^ parent du P. Alexandre. Nous avons déjà parlé de lui et de ses succès de controverse avec les protestants de Strasbourg. Il enseigna avec un grand succès dans nos collèges les mathématiques, l'Écriture sainte et la théologie, en Pologne, en Belgique et en France^ et particulièrement à Tournon. Il revint ensuite à notre Université où il reçut du Père Ignace Armand le grade de docteur. Le 20 mai 1618, il mourut pius que sexagénaire, après avoir longtemps édifié ses frères par son obéissance et sa mortification.
A cette époque, les classes étaient remplies d'une jeunesse nombreuse et distinguée. On ne comptait pas moins de seize cents écoliers ; et si Toa ajoute les Jeunes gens qui fréquentaient les cours des Facultés, on aura au moins un total de deux mille étur diants. Sur ce nombre, il y avait environ cent Religieux de différents Ordres^ auxquels un de nos Pères, à certains jours fixés, faisait une exhortation sur les devoirs de leur état. Un assez bon nombre d'étudiants quittèrent le monde pour la vie religieuse : douze environ furent reçus dans kt Compagnie. En faveur des écoliers les plus jeunes , on établit une seconde congrégation , sous le vocable de l'Assomp-. tion de Notre-Dame.
Pendant tout le cours de Tannée , on ne cessa^ d^^ns l'intérieur de notre maison, de donner les Exercices spirituels de notre bienheureux Père à deux ou trois retraitants à la fois, nobles^ Religieux au écoliers. Ces retraites portaient les plus heureux fruits. Le bien ne se borna pas à Tenceinte'du col* lége. Pendant les vacances d'automne, le R. P. Servais, Abbé de Sainte-Marie des Prémontrés^ obtint deux des Nôtres, pour donner la retraite à ses Religieux au nombre de quarante.
La plus parfaite union régnait alors entre tous les ordres de l'Académie et toutes les Facultés. Le Recteur jouissait, auprès des personnes du dehors et celles de la maison, de la plus grande autorité : il la devait à Thonorabihté de sa famille , à la dignité de sa personne, à la gravité de ses manières, à l'opinion que tout le monde s'était faite de sa science, de sa vertu y de sa prudence, en un mot aux qualités extrordinaires qbi le distinguaient. Pendant toute la durée de son gouvernement qui fut de neuf ans et plus, les professeurs de droit et de médecine ne tentèrent pas la moindre innovation. Les Nôtres continuèrent à s'employer au salut des âmes avec la même activité; les études se poursuivirent avec la même ardeur, et les actes académiques réunirent toujours la même assistance. Le nombre des écoliers ne diminua que faiblement, malgré les créations
des collèges qui s'établirent de tous côtés et même dans les villes voisines. Nous ne perdîmes que quelques enfants des classes inférieures ; dans les dernières années du rectorat du P. Bouvet, on compr tait encore quinze cents étudiants dans TUniversité. Quant a*ux classes supérieures^ loin de diminuer, elles prirent un nouvel accroissement. Mais toute cette jeunesse était à Tétroit dans les classes. Le P. Bouvet en donna avis au sérénissime duc : celuici vint aussitôt à Pont-à-Mousson^ visita lui-même toutes les classes ; et, comme il était d'une grande générosité, il résolut aussitôt de commencer de nouvelles constructions. Peu après, comme gage de ce qu'il promettait de fournir plus tard, il donna mille écus , somme suffisante pour la construction de trois classes. Ce prince avait la plus grande idée de Futilité des travaux de la Compagnie : le fait suivant le montre assez. Le P. Recteur étant allé le saluer, le duc le tira à Técart, et Ibi dit: « J^hàte mon voyage de Bar, parce que je veux enlever aux maî- ^ très laïques le collège qu'ils tiennent en cette ville, et le confier à vos Pères. Je ne vois point d'autre remède pour rétablir dans toute sa pureté la foi qui se corrompt dans ces contrées, et semble même entièrement perdue en plusieurs localités. » Quelque temps auparavant, il avaitconfessé au même P. Recteur, que si la religion catholique était encore de-
bout en Lorraine^ tout le mérite, après Dieu, en devait revenir aux travaux de nos Pères.
J'ai parlé tout à l'heure de la construction de nouvelles classes. Le P. Bouvet ne laissa passer aucune année de son rectorat sans faire quelques travaux de ce genre; quant aux fonds nécessaires, il les trouvait soit dans son habileté à ménager les biens du collège, soit dans la libéralité des personnes dévouées à Téducation religieuse. Ces dépenses ne l'empêchaient pas d'améliorer chaque année l'état delà maison. La première année de son gouvernement, c'est-à-dire en 1607, il fit bâtir une chapelle beaucoup plus belle et plus commode que celle dont on s'était servi jusque-là, et procura tout le mobilier convenable à la dignité du service divin. Il agrandit aussi et embellit l'église, en reculant le choeur, et en faisant construire quatre petits autels dans les bas côtés.
L'année suivante^ 160S, Antoine de Lenoncourt^ d^une des meilleures familles de Lorraine^ lui donna mille écus , et avec cet argent , il fit placer dans l'église un magnifique autel en marbre précieux.
Au même temps, on commença les nouvelles classes. Le P. Recteur n'oublia pas non plus l'habitation des Pères. Ils n'avaient qu'un réfectoire étroit et mal éclairé. Il en fit construire un autre, avec des tables bien travaillées^ posées sur marche-pieds avec bancs
à dossier; auprès du réfectoire, il fit fain^ une salle plus grande et plus belle encore, avec un chauflbir, pour les exercices particuliers des scolastiques. Audessus, étaient dix-sept chambres, tournées pour la plupart du côté du midi. De plus , il fit faire une galerie assez large pour quatre personnes de front, et s'étendant depuis la salle jusqu'à Textrémité du jardin , sur une longueur de soixante-dix pas environ. Le plafond est orné dé peintures. Le côté qui regarde le nord-est est soutenu par vingt colonnes en pierres. Notre vigne qui comprend quatre arpents se trouve ainsi séparée du jardin qui forme désormais un carré parfait. Txs successeurs du P. Bouvet ornèrent peu à peu celte grande galerie. Aux deux extrémités on voit deux grands tableaux, sur Tun desquels est représenté Notre-Seigneur portant sa croix, et sur l'autre saint François Xavier à genoux, écrivant à saint Ignace. Le peintre a tellement ménagé les effets de perspective de ces tableaux qu'ils semblent fuir dans le lointain ^ et augmentent ainsi la longueur de la galerie. Sur le côté qui regarde la vigne^ sont les portraits des Généraux qui ont gouverné la Compagnie jusqu'à ce jour. Chacun de ces portraits est placé dans un cadre de trois pieds de hauteur , et entouré de seize petits médaillons de quatre pouces^ diversement encadrés.
La troisième, année de son rectorat, 1609, le
P. Bouvet enrichit le maitre-autel d'un tabernacle sculpté à Milan^ et qui coûta cent cinquante écus d'or. La même année encore, grâce à la libéralité de Philippe Barthélémy, prévôt des échevins (la plus haute dignité dans la ville), il fit élever un autel en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie, le tout en marbre et orné de belles colonnes. Phi- Uppe Barthélémy couronna son œuvre en fondant une rente annuelle pour entretenir à perpétuité une lampe devant l'autel de Notre-Dame. Le P. Bouvet agrandit encore la maison, et fit construire de nouveaux bâtiments pour les jeunes religieux qui venaient étudier à Pont-à-Mousson, après leur noviciat. I^s dépenses ne montèrent pas à moins de mille écus. Enfin, il mit la dernière main à la construction des classes; les frais de ces grands travaux furent tous supportés par le sérénissime duc de Lorraine, lequel, ayant perdu son père Tannée précédente, venait de lui sqccéder.
L/emplacement occupé par les classes du collège est divisé en deux parties : le quartier extérieur et le quartier intérieur. Le quartier extérieur, qu'on dirait un village, est occupé par le séminaire du diocèse de Metz, le réfectoire des pensionnaires, les deux infirmeries, et toutes les servitudes de la maison. Il n'offre rien de remarquable, si ce n'est le réfectoire des pensionnaires, grande salle de sdixan-
te-huit pieds de long sur quarante de large, éclairée par trente-huit fenêtres et enrichie de magnifiques boiseries. La chaire du lecteur est un chef-d'œuvre de dessin et de sculpture. Les murs sont ornés de peintures, et sur le plafond brillent les armes de Lorraine et de Pont-à-Mousson .
Le long de la Moselle se trouve le nouveau bâtiment construit à chaux et à sable ; il a cinquantequatre pieds de haut, et comprend deux étages. Au premier^ il y £^ cinq classes de quarante pieds de long à peu près sur trente-deux de large ; au second sont les chambres des pensionnaires. Ce bâtiment ne laisse rien à désirer : il est complet en toutes ses parties. Notre classe destinée à la rhétorique est la plus belle et la mieux ornée : là se trouve une superbe chaire et les bancs très-bien travaillés. On y voit en outre huit grands tableaux, ouvrage d*un peintre habile, et représentant les plus beaux faits de l'ancienne Rome. Mentionnons encore la chapelle de Congrégation, édifice ancien^ mais qui ne manque point de beauté, de grâce et de caractère. La grande salle d'Académie, longue de près de cent pieds et large de quarante, est ornée d'un théâtre et de gradins en amphithéâtre où prennent place, par ordre de classe^ les écoliers quand ils assistent aux actes solennels des théologiens et des philosophes. Cette vaste salle domine les édifices qui Ten-
tourent; la façade est ornée de deux colonnes élevées de chaque côté de la porte ; au-dessus de celle-ci sont les armes de Lorraine; les lettres initiales des noms de Jésus et de Marie sont gravés au-dessus de toutes les fenêtres. Près de là, à droite, est ta classe de théologie qui, par sa hauteur d'étage et Tagréable dispofition de ses fenêtres , répond dignement au reste des édifices bâtis le long de la Moselle. Enfin, sur une petite tour qui s'élève au milieu du bâtiment des classes, on lit une inscription, gravée en lettres d'or, sur une plaque de marbre blanc et rappelant les bienfaits des fondateurs de l'Université, les princes de Lorraine.
Plus tard Son Altesse fit ouvrir une sortie sur la Moselle et construire contre seî» débordements de puissants talus en pierres de taille. Notre jardin vignoble occupait sur les bords de la rivière une longueur de trois cents pas .environ.
La quatrième année de son rectorat, le P. Bouvet fit élever un autel en l'honneur des bienheureux Ignace de Loyola et François Xaxjer ; la dépense, qui se monta au chiffre de deux cents écus d'or, fut couverte par Jean Porcelet de Maillane, gouverneur militaire de la Lorraine.
La Bibliothèque^ confinée jusqu'alors dans un lieu obscur et étroit, fut transportée dans une salle mieux éclairée; on, y mit des pupitres de travail, et V. 28
les livres furent rangés dans des rayons qu'on avait 'tapissés de toile verte: au-dessus de chaque rayon, des^ bandes d'étoffe festonnées, dissimulaient Tinégalité des volumes.
La cinquième année, on ne tit aucune construction; mais un noble personnage, Claude Miré, déjà bienfaiteur de l'Université, légua au collège, par son testament, une ferme et quatre arpents de terre.
I^s deux années suivantes, on^améliora nos propriétés rurales daps Tune desquelles on construisit une petite infirmerie pour y soigner les pestiférés.
La septième année du rectorat du P. Bouvet, pendant la nuit du 11 décembre, le feu prit au chauffoir des séminaristes, et de là se propagea du coté de la salle d'Académie et des chambres des pensionnaires, en réduisant tout en cendres. Peu s'en fallut que le feu ne dévorât encore deux autres bâtiments, et ne gagnât les maisons voisines. Par bonheur , les efforts des habitants , accourus au secours parvinrent à concentrer l'incendie dans son foyer. ' ,
L'année suivante, les ravages de Tincendie furent réparés, grâce à la libéralité du prince. La grande salle fnt rebâtie, et près d'elle on construisit une fort belle classe pour la théologie. I nfin, le P. Bouvet, considérant que notre maison de campagne était inaccessible à la plupart des Nôtres, tit bâtir, à une
demi-heure du collège, notre maison de Saint-Michely contenant les pièces nécessaires et en même temps une petite chapelle et une infirmerie. Le tout coûta plus de deux mille écus.
. Tels sont les travaux que l'actif Père Bouvet acheva pendant les neuf années de son rectorat, et cela sans que les autres obligations de sa charge en souffrissent aucunement. Il savait si bien unir la douceur à la fermeté que dans les derniers temps de son gouvernement^ le P. Christophe Balthasar, terminant sa visite du collège, put dire devant toute la communauté^ en lui faisant ses adieux, que parmi les cent religieux environ dont il avait reçu le compte de conscience^ il n'en avait pas entendu un seul formuler une plainte contre l'administration du Père Recteur.
A la réouverture, des classes, le cours de philosophie fut plus nombreux que d'ordinaire; parmi les écoliers qui le fréquentèrent , on remarquait les deux princes Henri et Charles de Lorraine , qui ^ , après avoir, pendant le cours de leurs études, servi de modèles à leurs condisciples, se montrèrent dignes de tous les honneurs ecclésiastiques dont ils furent comblés.
Tout semblait aller à souhait, quand, le 25 novembre 1607, un coup terrible vint frapper l'Université par la mort du Cardinal Charles de Lorraine.
La perte d'un tel bienfaiteur de l'Université fut d'autant plus sensible qu'elle s'aperçut trop tard de la faiite qu'elle avait commise, en négligeant^ pendant, la vie du cardinal, de recourir au Siège Apostolique, pour se faire concéder à perpétuité, les bénéfices de collation pontificale : ce que le cardinal^ en raison du crédit dont il jouissait à la cour de Rome, aurait certainement obtenu sans difficulté.
La mort du cardinal fut admirablement édifiante comme l'avait été sa vie consumée au service de la sainte Église. Durant la longue et terrible maladie qui le conduisit au tombeau , sa résignation toujours parfaite lui faisait répéter souvent ces paroles : « Mon mal ^ c'est mon bien : j'avais besoin de sentir la douleur pour élre préservé des redoutables et trompeuses douceurs de la vie : mon existence et mon salut sont entre les mains de Dieu. »
La vie et la mort du vénérable cardinal ne peut trouver place dans celte histoire : elle remplirait à elle seule un volume; rappelons seulement qu'il fut partout et toujours le généreux protecteur de la Compagnie. Il avait formé le projet de transformer notre collège de Molsheim en Université ; mais sa mort arrêta l'exécution de ce projet qui fût repris et conduit à bonne fin par le duc Léopold.
Le cardinal n'avait cessé, malgré ses graves infir-
— 437*— mités et ses continuelles douleurs, ses visites pastorales qu'il faisait en compagnie de nos Pères ^ chargés d'instruire et de préparer les fidèles à la réception des sacrements. Souvent il leur fallut annoncer la parole de Dieu sept à huit fois par jour ; mais leurs travaux, bénis de Dieu, produisirent le plus grand fruit.
Le cardinal, qui fut notre premier élève à Pontà-Mousson , mourut entre les bras du P. Jean Guéret^ son confesseur, son conseiller et son ami , le 24 novembre i607.
L'Université portait encore le deuil de son protecteur, le cardinal de Lorraine, quand, le 14 mai de l'année suivante, 1608, elle perdit son prince et son père en la personne de Charles IIL
[L'histoire de ce bon prince, qui^ durant un demisiècle de règne , mérita le nom de Grand et de bienfaiteur de ses sujets qu'il appelait ses enfants, remplit toutes les histoires de Lorraine. Nous avons vu ce qu'il fit pour la Compagnie et particulièrement pour l'Université de Pont à-Mousson ; mais jamais nous ne dirions assez quelle fut la reconnaissance et l'affection de l'Université pour un tel père et un tel bienfaiteur ! |
En cette année 1608 nous célébrâmes pour la première fois, dans notre église, les prières dites des
Quarante-Heures , le dimanche de la Quinqiiagfésime et les deux jours suivants , durant lesquels près de trois milîe hommes s'approchèrent de la sainte Table. ,
Parmi nos étudiants, plus de cinquante demandèrent à entrer dans la Compagnie ; mais dix-huit seulement furent admis.
Une nouvelle colonie fut envoyée de Pont-à-Mousson à Reims ; elle était composée du P. Etienne Bauny qui avait enseigné la rhétorique pendant trois ans, et du P. Denis Petau qui fut enlevé à sa chaire de théologie pour aller jetler les fondements du nouveau collège. Il me suffira^ pour le moment, de dire de ces deux Pères que le premier s*attira la colère des ennemis de la Compagnie, et que la haine n'osa pas calomnier le second.
Les vacances de l'année 1609 venaient de succéder à une année scolaire des plus heui;euses, lorsque la dyssenterie se déclara tout à coup dans la ville et surtout au collège. Quatorze Pères furent atteints, et deux succombèrent. L'une des deux victimes était le P. Jean Gaultier^ de Reims, encore dans la fleur de l'âge , mais d'une vertu peu commune. Avant son entrée dans la Compagnie, il avait reçu à Reims le degré de docteur en théologie et remplissait à la satisfaction générale, dans l'église métropolitaine de cette ville, Jes fonctions de théologal.
Au moment où nous fûmes rétablis en France, il tourna ses pensées du côté de notre Institut. Dès cette époque^ il était si adonné à l'étude et aux exercices de piété que sa mère, sachant son attrait pour la vie religieuse , lui conseilla elle-même de l'embrasser le plus tôt possible : son motif était la crainte qu'elle avait de voir son fils, s'il restait plus longtemps maitre de ses actions et libre du frein de l'obéissance , se livrer sans discrétion à l'étude , à l'oraison, et, par ses excès, s'exposer au péril d'abréger ses jours. Il entra au noviciat en 1 604 , sans se laisser ébranler par les prières des personnes influentes qui, au nom du clergé^ de la magistrature et des habitants de Reims , le conjuraient avec les plus vives instances de conserver la charge dont il était en possession. Après un an de vie religieuse ; il fut envoyé par ses supérieurs à Pont-à-Mousson , où il fut deux ans professeur d'Humanités et un an professeur de rhétorique ; il remplissait cet emploi , quand la mort vint' le frapper ; il la reçut en rendant grâce à Dieu de ce qu'il lui était donné de mourir dans la Compagnie et à la fleur de son âge. Il était d'un naturel si doux et si affable qu'il s'était gagné tous les cœurs ; sa science aussi profonde que variée n'avait d'égale que sa piété. Il fut vivement regretté des Nôtres et des étrangers, mais surtout de ses élèves, qui corn
posèrent des inscriptions en son honneur^ et, le jour de ses funérailles , ils les suspendirent aux murs de leur classe, parce qu'on ne leur avait pas permis de les attacher à ceux de l'église.
A- celte époque, le P. 'Jean Chastellier, Poitevin,* fut nommé Chancelier de l'Université. C'était un homme doué d'un grand talent, et d'une extrême facilité de travail. Après avoir achevé ses études à Pont-à-Mousson, il fut envoyé à Paris où il enseigna la philosophie et la théologie. Puis, nos Pères ayant été chassés de France^ il gouverna en qualité de Vice-Provincial les membres de celte Province qui s'étaient réfugiés dans les deux collèges de Verdun et dé Pont-à-Mousson. Plus tard, il fut nomrtié commissaire et chargé de promulguer dans les provinces de France le Ratio studiorum. Il fut le premier supérieur du collège de La Flèche, et c'est de là qu'il revint à Pont-à-Mousson pour succéder au P. Jean Hay dans la chancellerie de l'Université.
Le P. Charles Malapert^ Belge d'origine^ mais né à Metz, homme d'une modestie extraordinaire, d'une science peu commune était excellent poète. Après avoir enseigné la philosophie à Pont-à-Mousson, les mathématiques en Pologne et dans notre collège de Douai, il fut successivement nommé supérieur du collège écossais dans celle dernière ville.
et du collège d'Ârras. De là, appelé à Madrid pour ' Vrprendre la chaire de mathématiques dans la nouvelle Université que le roi CathoUque venait de fonder dans sa capitale, il obéit sur-le-champ et se mit en route ; mais il n'eut pas le temps d'arriver, au terme de son voyage : il mourut à Vitoria, ville d'Espagne^ à l'âge de quarante-neuf ans, dont il en avait passé trente dans la Compagnie.
•Le P. Louis Le Mairat fut élevé dès ses plus tendres années dans l'Université ; il y suivit le cours complet des études depuis la grammaire jusqu'à la théologie ; mais comme il faut parler avec réserve de ceux qui vivent encore, je me contenterai de dire ici ce qu'on trouve dans la Bibliothèque des Écrivains de la Compagnie On y loue le P. Le Mairat comme un homme remarquable par ses talents, la sûreté de son jugement, la solidité de sa science, la pénétration de son esprit qui brillait dans les disputes, la facilité et la clarté de ses leçons; il enseigna . ^our à tour, avec de grands succès , les belles-lettres et la théologie ; il occupa vingt-quatre ans cette même chaire, qu'il vit toujours entourée d'un grand nombre d'élèves pleins d'admiration pour ses leçons Entre autres ouvrages, il édita des commentaires sur toute la Somme de saint Thomas.
L'année 1610 n'offre, rien de remarquable. Je
mentionnerai seulement ce fait : le collecteur des Lettres annuelles de la Compagnie, faisant le r^ levé de tous les honneurs qui avaient été rendus à saint Ignace dans tous les pays à Toccasion de sa récente béatification , soit par les membres de la Compagnie, soit par nos amis, crut devoir ajouter ; « Entre toutes les villes de France, c'est Pont-à- Mousson qui s'est le pins distingué. Trois grandes pyramides s'élevaient au milieu de notre église et resplendissaient de mille feux. Un drame en français couronna la fête ; au dénouement de la pièce^ le Saint apparaissait sur la scène, tenant une torche à la main, qu'il approcha d'une tour remplie de poudre^ et la fit éclater dans les airs au milieu des applaudissements de la foule. » Le drame dont il est ici question avait été composé par un séculier, élève de théologie. Pour donner plus d'éclat à la représentation, on la fit dans la cour du collège et non dans la grande salle, bien que celle-ci eût été assez vaste jusqu'alors pour contenir la foule des spectateurs.
En 1611 , le cardinal Farnèse fit expédier de Rome, au Recteur de l'Université, un Href apostolique, par lequel il défendait qu'à l'avenir, et aussi longtemps que l'Angleterre resterait dans l'hérésie et refuserait de se soumettre à Tobéissance due au Saint-Siège apostolique , on créât docteur aucun
prêtre de cette nation , à moins qu'il n'eût passé quatre années dans l'étude de la théologie, et employé quatre autres années au moins à fortifier et perfectionner ses connaissances acquises par .un premier travail , et qu'après cette préparation il n'eût obtenu le consenteinent du Supérieur du collège ou séminaire dans lequel il aurait fait ses études et celui du protecteur de la nation anglaise auprès du Siège apostolique.
Aux ministères accoutumés dç la Compagnie vint s'ajouter, cette année, le soin de préparer les enfants de la ville et des bourgades environnantes à recevoir la sainte Eucharistie. On ne négligea rien pour rendre plus solennelle la cérémonie de leur première communion. Ce qu'on fit alors fut religieusement observé dans la suite. Voici comment en parlent les Lettres annuelles : « Le premier dimanche après Pâques, tous les enfants, au nombre de plus de àfiux cents, revêtus d'habits blancs, se rendirent d'abord à la principale église de la ville, puis, rangés deux à deux et précédés de leurs bannières, ils parcoururent les différents quartiers de la cité et arrivèrent enfin à l'église du collège où ils furent reçus au son des cloches, des instruments de musique çt des chants de l'Église Le Saint Sacrifice fut célébré par le P. Ponce Etienne, honnne tout brûlant de zèle pour le salut des âmes et qui
avait préparé les enfants ; il fut assisté à l'autel par huit d'entre eux. A voir la couronne qui ornait leur tête, la beauté de leurs vêtements, on les eût pris pour les anges. L'un d'eux avait la charge de faire approcher ses petits compagnons de la sainte Table, et quand ils avaient communié, un autre les renvoyait en ordre reprendre leur place; deux autres, portant en main l'encensoir et se tenant de chaque côté du prêtre, entouraient la sainte Hostie d'un nuage d'encens. » Cette solennité, désormais annuelle, ne frappe plus autant les fidèles ; mais le premier effet sur les habitants fut immense. lia seconde année, trois cents enfants prirent part au banquet eucharistique, au milieu d'une fête plus belle encore et plus éclatante que la première fois. A la réouverture des classes^ le P. Philippe Plumeret recommença le cours complet de la philosophie qu'il venait déterminer; à la même époque, eut lieu la nomination d'un professeur spécial de mathématiques; jusqu'alors, c'étaient les professeurs de philosophie qui avaient enseigné cette science. Le nombre des classes se trouva ainsi porté de quatorze à quinze , et en comptant les facultés des élèves externes de vingt-deux à vingt-trois. Le premier qu'on choisit pour i^mplir ce cours spécial fut le P. Louis Alleman, Champenois, né dans la petite ville de Vertus ; plus tard, il enseigna la phi-
losophie et la théologie, puis il exerça Tcmploi de maître des novices à Paris et à Rouen , et mourut avec la réputation d'un saint, vers 1640.
Le 8 juin 1 61 2, mourut Pierre Charpentier^ doyen et professeur des Facultés de droit, après avoir légué la moitié de sa bibliothèque au collège. Le Recteur et le Chancelier de TUniversité assistèrent à ses funérailles en habit ordinaire ; les professeurs de droit seuls portaient le manteau de pourpre.
Le baron de C. . . , s'étant converti depuis peu à la religion catholique , demanda un des Nôtres pour instruire sa maison. Le Père s'occupa d abord d'instruire les gens du baron , et ses soins ne furent point inutiles; puis il s'occupa de ses vassaux, et leur enseigna les principaux articles de notre foi ; cent vingt abjurations furent en quelque temps le fruit de sou zèle ; tous ces convertis se confessèrent avec une grande piété, et^ le baron à leur tête, s'approchèrent de la sainte Table. Ayant une fois goûté la douceur de la rehgion, le baron voulut faire participer ses enfants au même bonheur. £n consé- ' quence, il nous les confia et en conduisit trois à Pont-à-Mousson. Cette heureuse mission avait eu lieu sur les limites de France et de Lorraine. Le P. Jean Gérard en donnait une autre en même temps à Véa^lize, ville du comté de Vaudemont, au centre de la Lorraine ; tous les jours de T Avent et
du Carême, il prêcha deux fois et entendit plus de quinze cents confessions générales.
Au mois d'octobre suivant, leP. Philippe Nicauld fut nommé professeur de théologie scolastique, et le P. Guillaume Moret professeur de morale. Ce dernier, après le départ du Père Chastellier pour Paris, fut en outre chancelier de l'Université. A partir de ce moment nous trouvons peu de faits à raconter. «L'Académie était pleinement constituée et suivait un cours régulier; quant aux personnes, plusieurs vivent encore, et ne me laisseraient pas la liberté de louer leur mérite.
En 1613, les classes de théologie et de philosophie, qui jusqu'alors s'étaient terminées vers la mi-août, commencèrent à être prorogées jusqu'au mois de septembre. Un édit du duc de Lorraine restreignit en même temps dans de justes limites les pouvoirs jusque-là très-étendus du conservateur des privilèges de l'Université,
En 1614, les écoliers de l'Université étaient au nombre de quinze cents, sans compter ceux qui suivaient les cours de droit ou de médecine* On remarquait parmi eux le fils du prince de Yaudemont, maintenant duc de Lorraine, sous le nom de Charles IV; un autre Charles de Lorraine, évéque de Verdun, et plus tard membre de la Compagnie; François, son frère, aujourd'hui évéque de Verdun,
et doyen de Téglise électorale de Cologne. Jamais les classes supérieures n'avaient réuni un aussi grand nombre d'étudiants ;* plus de cent suivaient les leçons de théologie scolastique. Quand le duc de Lorraine, Henri, vint nous voir au retour d'un voyage, vingt-et-un jeunes gens, choisis parmi ses condisciples de classe, le complimentèrent en autant de langues différentes, et presque tous dans leur langue maternelle. Cet exercice plut infiniment, et montra en combien de contrées étrangères s'était répandue la réputation de TUniversité, fAjisqu'elle appelait dans son sein des représentants de langues si diverses. Cette même année, trois professeurs furent changés : le P. Antoine Le Gaudier enseigna l'Écriture sainte , le P. Etienne Bauny la théologie morale , le P. Jean Leurechon les mathématiques. Ces deux derniers sont encore vivants. Quant au P. Le Gaudier, Alegambe a fait de lui un éloge bien mérité.
A la fin de Tannée 1614, le P. Léonard Perrin fut nommé chancelier de l'Université. Ce fut alors que le duc de Lorraine manifesta les sentiments de bienveillance dont il était animé envers la Compagnie.. Les États généraux étant rassemblés et tous les Ordres ayant demandé la suppression de quelquesuns des privéilges de notre Compagnie, le duc ne répondit que cette parole : « Jusqu'à présent les
Jésuites ne nous ont fait aucun mal ; au contraire, ils nous ont fait beaucoup de bien : je ne vois pas pourquoi nous blesserions leurs droits. Je ne veux faire de tort à personne, mais beaucoup moins à ceux qui ne m'ont jamais offensé. »
L'année 1615 ne compte aucun événement qui mérite d'être rapporté dans ces annales^ si ce n'est peut-être l'établissement 46s académies de théologie et de philosophie, instituées d*après les prescriptions du Ratio,
A l'époque dont nous parlons, florissait, dans l'Université, le P. Georges Tu rnbull, Écossais, né au diocèse de Saint-André ; il n'était pas moins remarquable par sa vertu, sa simplicité religieuse et son humilité, que par la profondeur de sa science. Élevé dès son enfance au collège de Pont-à-Mousson, parmi les étudiants du séminaire des Écossais, il passa presque toute sa vie dans l'Université, soit comme professeur de théologie, emploi qu'il exerça pendant plusieurs années avec-beaucoup de succès , soit comme chancelier ou comme écrivain. Sur le point de rendre le dernier soupir, et d'aller recevoir la récompense de ses travaux, il dit : « Voilà que nous allons en toute hâte jouir de la béatitude, non telle que nous l'avons exposée dans nos disputes scolastiques, car la dispute ne saurait nous la montrer ce qu'elle est en réalité, mais telle que
Jésus-Christ nous Ta méritée par son sang, telle que la présente à ma foi et à mon espérance notre sainte mère TÉglise. » U remerciait Dieu du fond de son cœur de trois grâces : la première de ce qu'il avait été si bien élevé dans la foi de TÉglise romaine par les Pères de notre Compagnie, qui travaillent en Ecosse, que jamais le poison de Thérésie n'avait souillé son cœur ; la seconde, de ce qu'il avait été appelé et reçu dans la Compagnie pour le plus grand bien de son âme ; la troisième^ de ce qu'il lui était donné de mourir dans le sein de l'Église romaine et de la Compagnie. Sa mort arriva à Reims le 11 mai 1633; il était dans la soixantesixième année de son âge, et la quarante-deuxième de son entrée en religion. U a fait paraître divers ouvrages dont Alegambe donne les titres, et laissé des manuscrits sur la théologie que, malgré son désir, notre Université n'a pas encore pu faire imprimer.
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