‹ L'Université de Pont-à-MoussonChapitre 11 sur 13 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

En Tannée 1616, la quarante deuxième depuis la fondation de TUniversilé, le P. Bouvet, qui en était Recteur, obtintavant de quitter sa charge que lesérénissime duc créa deux nouvelles places dans l'Université : celle d'un sculpteur et celle d'un peintre; puis, le 7 mai, il fut remplacé par le P. Claude Tiphaine, parisien. Le P. Bouvet a si bien mérité de l'Université, que nous devons quelques pages à sa mémoire.

Jean Bouvet, descendait d'une noble famille italienne, qui était venu se fixer en Lorraine dés le temps du roi René de Sicile. Il naquit à Bar-le-Duc, au diocèse de Toul. Dès sa première enfance, il vint étudiée a Pont-à-Mousson , et, en 1584, à dix-huit ans, il entra au noviciat de la Compagnie, à Verdun. Tout le monde le connaissait dans cette ville à cause de la proximité de son pays natal et de là

iroblessë de sa naisssance : il eût pour maître des novices, le P. Benoît homme extrêmement capable qui ne se contentait ni pour lui, ni pour les novices confiés à ses soins,d'une vertu médiocre. Et comme il était plein de sagacité pour découvrir jusqu'à leurs sentiments les plus intimes, et de zèle pour dompter leurs passions, , entre autres épreuves qu'il fit de la vertu de Bouvet, il lui commanda, pour luifaire acquérir un plus grand mépris de lui-même , d'aller tous les jours par les quartiers les plus fréquentés de la ville, couvert de misérables habits séculiers conduire à l'abreuvoir une méchante rosse maigre et laide au possible, ce qui le faisait montrer au doigt par ceux qui l'avaient vu peu auparavant vêtu en gentilhomme et toujours suivi d'un laquais. Après son noviciat, il étudia la philosophie et la théologie, à Paris, pendant sept ans , puis il revint à l'Université, en 1 592, après avoir reçu le sacerdoce. Il y enseigna durant trois ans la philosophie, après quoi il partit pour Rome où il fit sa troisième année de probation. De là il fut renvoyé à Pont à-Mousson où durant sept ans il enseigna la scholastique avec un jugement si solide, un esprit si pénétrant, une exposition si facile et si claire, une telle assurance enfin dans la discusssion, que s'il n'eût été enlevé de sa chaire pour être appliqué au gouvernement, il eut pu trouver place et briller parmi les plus Ulus-

très théologiens; mais sa capacité pour Tadministration le fit bientôt élever à la charge de chancelier de l'Université, qu'il exerça pendant cinq ans; puis au Rectorat qu'il remplit pendant neuf ans. Il fut ensuite Recteur des collèges de La Flèche , de Reims et de Nancy, et Provincial ; puis, exilé dans le comté de Rourgogne par la violence des guerres de Lorraine, il fut quelque temps vice Recleur du collège de Resançon, jusqu'au moment où quelque espérance de tranquillité s'étant manifestée en Lorraine, il revint à' Nancy, et passa le reste de ses jours dans la maison du noviciat , au milieu d'une grande paix intérieure et dans les plus tendres sentiments de piété.

Le P. Bouvet était un homme remarquable par sa prudence, la gravité de ses mœurs , et son habileté dans les affaires. Il était tellement calme et maître de lui-même, qu'au milieu des événements heureux ou affligeants, on ne le vit jamais ni transporté de joie, ni accablé par la douleur, ni même troublé: devenu presque octogénaire , il accordait si peu à son grand âge, sous le rapport de la nourriture, qu'il ne souffrit jamais qu'on lui servit des herbes cuites, tandis que les autres les mangeaient crues; et s'il arrivait qu'on lui servit à table des mets qu'il ne pouvait plus mâcher, à cause de son grand âge, il ne souffrait pas qu'on les remplaçât par d'autres.

Pendant vingt-cinq ans, il célébra chaque semaine une messe en l'honneur de la Très-Sainte Vierge, pour oblenir la grâce de n'être pas à charge à la Compagnie durant sa dernière maladie et de ne pas mourir sans sacrements.

Dieu exauça ses vœux. Il vécut soixante ans dans la Compagnie, et jamais il ne fut malade au point de prendre sa nourriture dans sa chambre. Le jour mcme de sa mort, il célébra les saints mystères, remplit tous ses devoirs de prêtre et suivit les exercices de la communauté. Appelé sur le soir au parloir par un des notables de la ville, il conversa familièrement avec lui pendant une heure environ ; puis, se sentant plus fatigué que de coutume, en entrant dans sa chambre, il prévit que sa fin arrivait ; alors il se coucha dans son lit que lui-même avait fait le matin, se confessa, reçut le saint viatique, se prépara à la dernière lutte parTExtrême-Onction, puis, au milieu de ses frères réunis et priant pour lui, et seulement huit heures après le commencement de sa maladie, le 25 janvier 1643, à deux heures du matin : il rendit paisiblement son âme à Dieu. Avant de paraître devant Notre- Seigneur, et deux fois le même jour, il avait eu le bonheur de le recevoir ; le matin à la messe et le soir en viatique ; ce fui la récompense de sa grande dévotion au Saint-Sacrement et de la piété avec laquelle il avait tous les

jours pendant plusieurs années, passé une heure en oraison devant le tabernacle.

Ses funérailles se firent au milieu d'un immense concours des habitants de Nancy , et son cercueil fot couvert d'une telle quantité de fleurs, que le mois de janvier semblait offrir l'image des plus beaux jours du printemps.

Le 26 juin 1 61 6, une foule nombreuse était attirée dans notre Église par le sermon que prêchait^ avant de quitter l'Université où il venait de clore sa quatrième année de Théologie, Tillustrissime et révérendissime prince Charles de Lorraine, évêque et comte de Verdun. Plus tard, en 1622, déposant les insignes de Tépiscopat et renonçant au chapeau de Cardinal , qui lui était offert, il se consacra à Dieu dans notre Compagnie. Cette démarche , que le vicaire de Jésus-Christ avait approuvée et même honorée de ses félicitations^ fut vivement admirée des catholiques et applaudie des grands dignitaires de rÉglise. Si je voulais parler de la grandeur d'âme de Charles de Lorraine, de sa piété , de son zèle pour la religion et pour la gloire de Dieu , en un mot de tout ce qu'il a fait de belles actions^ il me faudrait écrire un ouvrage considérable.

[Nota.-T' Le P. Abram s'excuse de ne pouvoir se livrer à ce travail et souhaite qu'une excellente plume veuille s'en charger. Ses souhaits .se sont réali-

ses : plusieurs auteurs ont écrit la vie du P. Charles de Lorraine.]

Le 21 août 1 61 6, mourut à l'âge de soixante-dixneuf ans, le P. Guillaume Murdoch, écossais, il y avait cinquante-deux ans/ que le P. Laynez Tavàit" reçu, à Trente, dans la Compagnie : ce furent cinquante-deux années de travaux et de mérites. Au milieu de ses frères; le P. Murdoch étaif un homme d'une charité, d'une obéissance et d'une humihté remarquables ; au milieu des hérétiques il brilla par sa prudence, sa grandeur d'âme et son inépuisable charité. Voici un fait qui lui arriva au milieu des catholiques. Je le cite tel que je le trouve consigné dans les archives du collège. Tandis que le P. Murdoch remplissait, dans notre collège de Clermont, à Paris, les fonctions de ministre, vers l'année 1 574, on vit accourir un jour à notre maison , le serviteur d'un collège voisin, demandant qu'on envoyât l'un de nos Pères pour assister une personne trës-dan^ereusement malade. Le P. Guillaume Murdoch désigné pour remplir ce ministère, part à l'instant : arrivé dans la cour du collège, il est aussitôt introduit avec la plus exquise politesse dans une chambre retirée dont on ferma soigneusement les portes. Il pensait trouver là son malade ; quelle ne fut pas sa surprise de voir tout à coup entrer par des portes dérobées, une troupe de gens armés de

verges qui le regardent avec colère et lui signitient leur dessein de lui faire expier le tort que notre réputation faisait à la leur, et de se venger ainsi sur Tun des Nôtres de leur insuccès. Ils entourent aussitôt le Père, et celui qui semblait le chef de la troupe se plaçant en avant du cercle qu'ils avaient formé lui crie: « dépouille-toi vite de tes vêtements, ou nous allons te les arracher par force. » — « Oh ! répond le Père avec calme et d'une voix ferme, je n^ai besoin pour cela d'aucun aide ; ce que je fais tous les jours avant de me coucher, craindrais-je de le faire une fois pour Jésus -Christ ! o Aussitôt il jette son manteau^ sa soutane et sa chemise et découvre ses épaules en rappelant à sa mémoire la pensée de Jésus flagellé pour nous. Les misérables traitres se repaissaient déjà du plaisir d'une prétendue vengeance sur le Père, quand soudain, ils aperçoivent avec stupéfaction un horrible cilice qui lui enveloppait le corps, alors même tout enflammé et rougi par les piqûres de cet instrument de pénitence. A cette vue la colère fit place à la pitié, et, pénétrés de honte de leur odieuse trahison et lâcheté, ils tombent aux.genoux du Père en lui demandant un pardon qu'il leur accorde bien volontiers ; tout en regrettant d'avoir perdu une si belle occasion de souffrir pour Jésus- Christ.

I^ vertu du saint homme ne brilla pas moins au

milieu des pays hérétiques , durant les quato^e années qu'il parcourût TÉcosse déguisé en médecin, il ramena à la vraie religion un grand nombre de ses compatriotes, affermit les catholiques dont la foi était chancelante , ^ rendit même la santé du corps à plusieurs personnes, soit en recevant leur abjuration , soit en leur conférant le baptême ou les autres sacrements. Mais ce n'est pas seulement par des œuvres de ce genre que Dieu voulut faire connaître la sainteté de son serviteur ; il lui donna aussi de connaître et d'annoncer les choses cachées et en même temps de supporter avec une invincible patience toute sorte de tribulations.

De graves conflits s'étaient élevés entre les catholiques et les protestants on en vint bientôt aux mains. Un jour la petite armée des catholiques se trouva en présence des forces ennemies qui étaient beaucoiip plus considérables. Le P. Murdoch célébrait alors le saint Sacrifice. Déjà l'on se portait les plus rudes coups et les catholiques commençaient à plier, quand tout-à-coup le Père se tournant vers le petit nombre des assistants qui entouraient l'autel , il leur dit : « Nos frères sont en danger ; si nous ne pouvons les secourir par les armes, soutenons-les du moins par nos vœux et nos prières » . Puis après être resté quelque temps en oraison il annonça que l'armée catholique renportait la victoire.

JLe P. Murdoch aimait de toute son âme notre Bienheureux Fondateur et l'on tient pour certain qu'il fût favorisé de son apparition. Par celte faveur saint Ignace voulait sans doute Tencourager à supporter les longues et si rudes vexations auxquelles il allait être en but et qui devaient le rendre quasi martyr. En effet à quelque temps de là, il fut saisi par un évéque hérétique, soufflette^ chargé d'outrages , accablé de coups de bâton , dépouillé de tous ses vêtements et enfin jeté en prison, après avoir vu mettre ses Hvres en pièces et profaner sous ses yeux les ornements et les vases sacrés. Puis il fut à Tàge de soixante-dix ans, traîné devant plusieurs tribunaux et soumis aux interrogatoires les plus captieux sur la Foi catholique, sur l'autorité du Souverain Pontife , sur la juridiction du Roi d'Angleterre. Pour prix de ses courageuses réponses , il n'attendait que la mort ; lorsqu'on porta contre lui une sentence peut-être plus dure; car en exécution de cette sentence il fut conduit à travers les rues d'Edimbourg, revêtu des ornements sacerdotaux , entouré d'une troupe d'hérétiques furieux qui lancent contre lui des ordures , l'accablent d'injures , de malédictions et de soufflets. Arrivé sur la place publique , on lui ordonne de jeter dans les flammes les ornement sacrés, sous peine d'y être précipité lui-même, s'il refuse : mais

il déclare avec courage qu'il ne le fera jamais; cette réponse qui semblait devoir lui valoir la mort la plus cruelle le sauva; les hérétiques ne purent s'empêcher d'admirer sa constance et les catholiques en reçurent un immense sujet de consolation. Cependant comme il était exposé sur une estrade dressée au milieu de la place publique , un jeûne insolent s'approcha de lui^ comme pour le servir à l'autel , répétant à plusieurs reprises et par moquerie : Judica me Deus , Jugez-moi , mon Dieu. — « Oui , répond le Père , ce verset s'applique admirablement à moi , dans la circonstance où je me trouve : Jugez-moi mon Dieu et séparez ma cause de celle des impies , délivrez-moi de ces hommes pleins de tromperie et d'injustice »> : On le reconduisit à sa prison, où il ne cessa de donner des exemples de courage, de patience et de piété, jusqu'à ce que, à la prière de la reine, il fut mis en liberté.

Après sept mois d'une rude captivité, on crût lui faire une grande grâce en le condamnant à l'exil perpétuel. Mais cet exil lui procura la consolation de revoir ses frères et Pont-à-Moiisson où , avant son départ pour l'Ecosse, il avait passé quatorze ans. A partir de son retour à l'Université et jusqu'à sa mort , il se livra au ministère de la confession , et fût pour ses frères un modèle de vie reRgieuse.

A la rentrée des classes le discours d'usage n'eût

pas lieu : Toraleur désigné s'étant trouvé subite-, ment indisposé. Les prix ne furent point distribués, soit parceque cette solennité avait élé'remise soit , et c'est l'opinion générale, que le nouveau Recteur, d'un naturel indécis et fort lent, avait comme pris à tâche de ne pas imiter son prédécesseur^ surtout dans les choses ou il avait montré le plus de zèle et d'énergie.

Jusqu'à cette époque , l'Université avait été fréquentée par des Français, des Anglais^ des Écossais, des Irlandais, des Belges et même des Italiens et des Espagnols ; la noblesse de Pologne elle aussi nous envoya six représentants. L'année suivante , deux frères Pierre et Stanislas Danilowski vinrent les rejoindre et firent avec iine grande magnificence les frais de la distribution des prix. Cette m.ême année 1617, trois jeunes Polonais défendirent publiquement des thèses de logique.

L'an 1617 , à la réouverture des classes , le P. Nicolas Fagot, de Sairit-Mihiel, enseigna les mathématiques. C'était un religieux distingué par la facilité de son esprit , le charme de sa parole , la douceur de ses mœurs et sa dextérité dans ses rapports avec les hérétiques. Il édifia tous les Nôtres par son admirable patience dans les cruelles douleurs d'une longue maladie , et par la sainte joie avec laquelle il vit venir la mort. ,

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Le 31 octobre, le feu prit à la lingerie et la détruisit presque complètement ; les flammes débordant de toutes parts couvraient déjà le faite de Téglise et s'attachait au bois des fenêtres, lorsque grâce aux Agnus Dei jetés dans le feu et au changement de vent qui suivit, puis au dévoùment des habitants de la ville on put arrêter les ravages de Tincendie.

Le P. Jean Mainbourg né en 1 563, à Nancy, entrait à Tâge de vingt ans^ dans la Compagnie. Après avoir achevé ses études de théologie, il fut nommé professeur de belles-lettres , puis en 1 594 , lecteur d'Écriture sainte. C'était l'époque où nos Pères , venaient d'être chassés de France; le collège de Pont-à-Mousson se trouva momentanément trop petit , et pour diminuer l'encombrement on fit partir un certain nombre des exilés pour d'autres Provinces. L'année d'après , le Père Mainbourg tut dirigé sur Rome ^ où il fit sa troisième année de probation ; puis il partit pour la Bohême où il donna pendant plusieurs années^ au collège de Prague, des leçons de controverse. En 1603, de retour à Pont-à-Mousson, il fut successivement professeur d'hébreu, préfet des études, garde des sceaux, et professeur d'Écriture sainte. C'était un religieux rempli de sagesse et de science, d'un caractère doux et agréable, grand amateur de la pauvreté et de la simplicité religieuses, plein de

mépris pour lui-même et pour les distinctionSy toujours prêt à recevoir les pénitents et à les entendre. On sait qne pendant vingt ans il souffrit sans se plaindre et sans en parler d'une cruelle douleur qui cependant ne Tempêcha point de suivre la vie commune. Après -vingt ans, Iç mal devenant plus grave, le P. Maiobourg, cinq mois environ avant d'y succomber, dut garder à peu près constamment Tinfirnierie, en proie à de très- violentes douleurs. Une amélioration sensible lui donna ensuite quelque relâche ; mais la veille de la fête des saints Apôtres Pierre et Paul, comme il se promenait dans la maison^ la tumeur qui le faisait tant souffrir s'ouvrit subitement, une artère se rompit, et le Père tomba évanoui C'était l'annonce de sa fin prochaine ; il s'y prépara avec ferveur, reçut les sacrements, et le jour de l'octave de Saint- Jean, son patron, dans la soixante-quatrième année de son âge, et la quarante-quatrième depuis son entrée dans la Compagnie, il échangea, comme nous avons lieu de l'espérer, les misères de cette vie contre les joies de la sainte cité.

Le P. Jean Mainbotirg avait un neveu, maitrè des requêtes à la cour de Lorraine; ce jeune homme, appelé Érard Mainbourg, élève de l'Université et licencié en l'un et l'autre droit, se faisait remarquer entre tous, à Nancy, par sa haute position^ son in-

fluence et ses connaissances en droit. Ayant trouvé une femme d'un grand cœur, Catherine Bertrand^ dame de beaucoup de distinction, el ornée de tous les dons de la nature^ de la fortune et de la grâce^ il l'éppusa. Ce fut entre eux une émulation continuelle à la vertu, à la piété et à la libéralité envers les Ordres religieux. Ils eurent trois enfants, qu'ils formèrent eux-mêmes, par leurs leçons, à l'amour el à la pratique de la vertu, et pour lesquels ils ne cessèrent d'adresser à Dieu les plus fervventes prières. Leurs#oinsne furent pas perdus : leur fils entra dans la Compagnie, et leurs deux filles dans la Congrégation de Notre-Dame. Ces généreux époux augmentèrent presque du double la fondation du collège de Nancy , reconstruisirent la maison de Saint-Nicolas, et montrèrent dans ces deux entreprises une charité vraiment parfaite ; ils avouaient que la reconnaissance des religieux n'était pqint le motif de leur libérahté ; mais bien la certitude qu'ils avaient.de travailler à la gloire de Dieu en soutenant les Ordres religieux.

A la mort de son épouse, Érard Mainbourg, qui avait \léjà donné à la. Compagnie ses biens et son fils, se donna lui-même, après avoir obtenu l'agrément de T. R..P. Général, à l'âge de près de soixante-dix ans. Par un sentiment d'humilité, il demanda à être reçu au rang des frères coadjuteurs;

mais les Supérieurs n'y consentirent point; et après un an de noviciat il fut ordonné prêtre. Quelques mois plus tard, le 1*" septembre 1644, il alla, comme nous Tespérons, recevoir la récompense de sa sainte vie.

Le P. Etienne Voirin, Franc-Comtois, fut un de nos meilleurs professeurs de rhétorique. Ses exemples et ses prières exercèrent une telle action sur ses élèves, qu'à la tin de l'année, .environ soixantedix d'entre eux firent une confession générale à partir de leur première enfance, ave# de grands sentiments de piélé et des fruits admirables ; plusieurs même prirent la résolution d'embrasser la vie religieuse. Le P. Voirin était doué d'une mémoire heureuse, d'un esprit prompt et actif; il connaissait à fond les langues et l'antiquité monastique; on le savait rempli d'un zèle admirable pour la gloire de Dieu, doué d'un grand discernement des esprits, ardent à travailler à sa propre perfection comme à celle du prochain ; si vigilant sur lui-même qu'il consignait par écrit tous les mouvements de son cœur et les lumières qu'il recevait.

On continuait toujours le travail des missions. Notons seulement quelques faits de la longue relation qu'on en pourrait publier.

Quarante villages, situés sur les limites de la Lorraine et de l'Allemagne, furent ramenés de l'hérésie

à la vraie foi, et ce travail fut d'autant plus rude que les habitants étaient comme abrutis par leur extrême ignorance, bien partagée du reste par leur soi-disant pasteur. La moisson se préparait déjà quand Nicolas Coéffeteau, évêque de Dardanie, in partibiiSy et plus tard évêque de Marseille, appela deux de nos Pères, qui se hâtèrent d'aller partager ses travaux. On ne saurait dire combien ils recueillirent de fruits en peu de temps. Les pauvres habitants n'avaient jamais vu d'évêque; à peine en avaient-ils une idée : aussi s'empressèrent- ils d'accourir de toutes les bourgades , même des plus éloignées, à la rencontre de celui que leur envoyait le ciel : aucun d'eux n'avait reçu la confirmation ; ils ignoraient même qu'il y eût un sacrement de ce nom; l'évêque en confirma près de deux mille. L'Extrême-Onctiou n'était pas connue davantage. Le prélat défendit aux curés, sous peine de privation de leurs bénéfices, de laisser mourir aucun fidèle sans lui avoir administré ce sacrement. La sainte Eucharistie était presque partout conservée dans les meubles servant aux usages domestiques; ceux qui la traitaient avec plus de révérence la mettaient^ à l'église, dans le même meuble que les ornements sacerdotaux. L'évêque fit construire partout des tabernacles, et on les plaça dans le chœur des églises, et en vue des fidèles. Tous les V. 30

prêtres^ moins deux, entretenaient des concubines, et quelques-uns les fruits de leur libertinage. On fit cesser cet abominable scandale. Presque tous les prêtres disaient la messe sans servant; d'autres donnaient l'absolution sans entendre la confession des péchés,, ou distribuaient la communion aux laïques sous les deux espèces, et laissaient toucher la sainte hostie par les laïques et même par les femmes. Malgré tant de misères , il ne fut point difficile de ramener ces prêtres dans la bonne voie^ car leur péché provenait moins de la malice de leur volonté que de Tignorance grossière dans laquelle ils étaient plongés. Trois prêtres favorisaient secrètement Thérésie; mais le souffle de la grâce les changea, et ils rentrèrent franchement dans le sein de l'Église ; douze chanoines avaient abandonné le chant de l'office divin et jouissaient grassement dans les paroisses des bénéfices de leur canonicat et de la charge curiale ; on leur enleva cette dernière charge, puis on les rendit à leur église. Le firuit aurait été encore plus grand si nos Pères eussent hiieux possédé la langue de ces pauvres paysans.

Un autre de nos Pères fut demandé par Tabbé de Haute-Seille, pour l'accompagner dans la visite qu'il faisait, au nom du Souverain Pontife, du comté de Salm, situé sur les frontières d'Allemagne, et qu'on

disait exempt de toute juridiction épiscopaie. Je ne parlerai point de cette mission ; elle fut en tout semblable à la précédente, et ce serait répéter le même récit. Quelques circonstances la distinguent cependant : ainsi, on obtint des principaux personnages du comté qu'ils feraient rendre à leurs légitimes possesseurs, c'est-à-dire aux curés des paroisses, les revenus ecclésiastiques qui, par suite de l'incurie des catholiques, étaient devenus la proie des ministres hérétiques ; en outre, l'église de Badonviller était commune aux deux cultes; les catholiques et les calvinistes y célébraient leur office à des heures réglées, et la même chaire servait à l'enseignement de la vraie foi et de l'erreur : on obtint que les catholiques auraient seuls l'usage de celte église, en laissant aux hérétiques la permission de se bâtir un temple s'ils le jugeaient à propos. Dans un grand nombre de villages, les catholiques se trouvaient mêlés avec les sectaires : de là, une source de corruption pour les mœurs et la violation des lois de l'Église. Pour apporter un remède à èes maux, les magistrats défendirent, sous peine d'amende, à tous les artisans, de travailler ostensiblement, le dimanche, pendant le service divin ; aux cabaretiers, de recevoir les personnes qui se présenteraient; aux ménétriers, de faire usage de leurs instruments pendant ce même temps, et les amen-

des imposées aux contrevenants devaient être employées à Teatretien des maîtres d'école. .

Le Père Nicolas Aubertin j qui quelques mois auparavant avait accompagné Tévéque de Dardanie dans ses courses, ne recueillit pas des fruits moins abondants dans sa mission de Vie. Il y prêcha plusieurs fois pour les fêtes de Noël, et entendit près de deux mille confessions, dont la plupart étaient générales La coutume de boire avec excès dispa rut si complètement, grâce au concours plein de fermeté des magistats et aux efforts du prédicateur, que durant plusieurs mois, après le sermon prononcé contre cet abus, on ne vit pas, dans toute la ville^ de Taveu même des magistrats, un seul homme entrer danslescabaretsjusque-là constamment remplis de buveurs! Les dissensions qui divisaient les familles furent apaisées ; les aumônes furent plus abondantes, et les Pères Franciscains^ en remerciant notre prédicateur des secours dont il avait été pour eux Toccasion, lui assurèrent qu'ils avaient plus reçu d*aumônes dans le courant de cet Avent qu'il ne leur en venait autrefois en trois années entières. TiC Carême suivant, le même Père revint achever le bien qu'il avait commencé ; il fit fermer tous les cabarets de la ville, et ravit tout le monde par ses fameuses explications de la Doctrine chrétienne qui attiraient une foule encore plus pressée que ses

sermons. Nous ne pouvons raconter tout le bien qu'il fit aux riches, et aux pauvres dont il s^était fait le père et l'avocat. Citons ce seul trait entre beaucoup d'autres effets de la grâce. Un usurier qui se convertit fit livrer aux oeuvres pies, pour l'acquit de sa conscience, seize mille francs de Lorraine.

La même année, le P. Pierre Maréchal, Franc- Comtois, religieux de grande piété et prudence, donna la station de l'Avent, à Épinal. Ayant, un jour, prêché sur l'intégrité delà confession,41 remua si profondément l'âme de ses auditeurs que les Pères Minimes, bien que nombreux^ pouvaient à peine suffire à entendre les confessions générales. Les prédications étaient suivies et la chaire fut assiégée par une telle foule que depuis trente ans on n^ se souvenait pas d'avoir vu d*affluencesi considérable. Un novice aidait le Père et faisait le catéchisme au peuple, et souvent on y compta plus de deux mille personnes. La Visitation, approuvée depuis peu par le Pape Paul V, s'était établie dans la ville ; mais le défaut de secours était si grand que les religieuses se voyaient dans la nécessité d'aller s'établir ailleurs. Le P. Maréchal vint à leur secours. Il décida un religieux à prendre l'engagement de leur bâtir un monastère à ses frais, et une dame à leur fournir une rente annuelle de quatre mille écus, somme considérable pour ce pays.

En 1621, tout suivit une marche prospère dans rUniversité : l'étude et la piété. Nos ouvriers donnèrent aussi des missions qui ne furent pas sans fruit; mais, de peur de tomber dans des redites/ je passe tous ces faits sous silence, et je me hâte d'arriver à l'année suivante, qui fut signalée par la canonisation des deux patriarches de notre Compagnie. Tout faisait espérer qu'on pourrait la célébrer au collège^ lorsque Tannée si heureusement commencée se termina de la façon la plus lamentable. A la suite du comte de Mansfeld, des bandes de soldats, chassées de l'Allemagne, envahirent subitement la Lorraine, répandant partout la terreur et promenant avec elles tous les fléaux de la guerre, le meurtre et le pilUge. Cette invasion ne permit pas de célébrer * les fêtes qu'on préparait déjà et dont toute la cité se réjouissait. On autre fléau s'abattit en même temps sur la contrée : la dyssenterie et des fièvres pernicieuses ravagèrent tous les environs de la ville, pénétrèrent dans ses murs et jusque dans l'enceinte de notre collège, où elle attaqua un grand nombre des Nôtres, trois desquels succombèrent. Parmi eux était un jeune scolastique dont la vocation, les admirables vertus et la précieuse mort sont dignes de trouver ici une pla^.

Jean Dominée (?), né en 1600, à Vilry, dans le diocèse de Châlons, entra dans la Compagnie à

l'âge de dix-neuf ans. Il avait achevé son noviciat et il touchait à la (in de sa première année de philosophie, lorsque Dieu le voulut enlever de ce monde. Il n'avait pas encore atteint sa vingt-deuxième année. Dès sa plus tendre enfance, Jean avait coutume de demander tous les jours à Dieu la grâce de mourir plutôt que de commettre un seul péché mortel. De toutes les erreurs du calvinisme, qui avaient corrompu une bonne partie de son pays, il n'avait subi d'autre atteinte qu'un éloignement instinctif pour la récitation de la petite prière par laquelle l'ÉgHse termine la Salutation Angélique. Mais, vers l'âge de neuf ans, il se sentit intérieurement pressé de l'adresser à Marie. Aussitôt il éprouva le désir de se consacrer à l'éducation de la jeunesse^ d'aller prêcher l'Évangile aux peuples infidèles ; et un amour si ardent de la chasteté s'empara de son cœur, qu'il forma le dessein de la garder toujotti*s, quand bien même ses parents, le voudraient marier. Il était arrivé à l'âge da commencer ses étu4^s^ et son père songeait à nous confier le soin de son éducatioil; mais toute la famille et la mère surtout s'opposèrent à ce qu'on le laissât entrer en un de nos collèges, -dans la crainte que, séduit par l'exemple, il ne se fit religieux.

Mais Dieu le voulait à lui. Quelques mois après, sa mère mourut, et il entra au séminaire de Reims

où il se distingua au milieu de ses compagnons par sa piété, ses talents et son ardeur au travail. Il fit de rapides progrès dans la vertu, et, par Famabilité de son caractère , gagpa si parfaitement les cœurs qu'on lui avait dqnné Tépithète de Bon. *

Durant sa seconde année de rhétorique, un jour qu'il pensait à quitter le monde, sa mère lui apparut poiir lui demander le secours de ses prières. Jean s'empressa d'obéir, et dès lors il sentit croître en lui ses désirs de vie religieuse. Cependant sa ferveur ne tarda pas à se ralentir ; déjà même il s'efforçait de se soustraire aux pensées qui le poursuivaient^ lorsque pour la seconde fois sa mère se présente à lui^ réveille son zèle endormi, le reprend de ses longues hésitations et le conjure de ne pas abandonner son pieux dessein. Cette exhortation maternelle rompit toute résistance, et quelques mois après le jeune homme entrait dans la Compagnie. Pendant les trois années qu'il y passa^ il se distiixgua par son angéUqu# piété, sa modestie, son obéissance! son abnégation, sa charité et toutes les vertus religieuses. Sa régularité fut telle que durant ces trois années on n'eut jamais à lui reprocher la moindre faute contre la règle du silence. Il mourut dans une grande réputation de sainteté. Tje Père recteur, au moment de sa mort^ lui recommanda le soin du collège^ et le Père Provincial celui de la

Province. Un grand nombre des Pères les plus vénérables, qui se trouvaient alors réunis pour la congrégation provinciale, emportèrent avec eux quelques reliques de ce saint jeune homme.

Un scolastique, étudiant en théologie, étant sur le point d'être renvoyé de la Compagnie, s'en vint prier auprès du mort exposé dans la chapelle domestique ; tout à coup, saisi d'une inspiration d'en haut, il presse le défunt entre ses bras, et d'un ton pénétré de la plus vive confiance, il s'écrie : O saint frère, attirez-moi vers vous: Trahe me post te. Sa prière fut exaucée ; le soir même, il fut atteint de la dyssenterie, et au bout de quelques jours il mourait dans la Compagnie avec les plus tendres sentiments de piété.

Uii des Nôtres, qui avait été le compagnon d'étude du F. Jean, souffrait des maux de tête si cruels que ^ vue en était altérée. Il eut recours au saint Frère, et prenant un de ses écrits qu'il conservai! avec soin, il se l'appliqua sur le front : aussitôt, il se trouva parfaitement guéri. Durant sa vie, le Frère Jean avait vivement désiré voir un de ses. amis entrer dans la Compagnie. Ce dernier, apprenant la mort du F., Jean, et se sentant soudain un désir irrésistible d'entrer chez nous, vint solliciter sori admis.Hion .

Un autre scolastique, Françx>is Hotlief, né en

Normandie^ mourut après onze années de vie religieuse. La Règle, expression de la volonté de Dieu, fut sans cesse Tobjet de ses plus chères affections. Par amour pour la pauvreté, il ne conservait d'autre image que celle qu'il trouvait dans la chambre qui lui avait été assignée. Il s'appliquait avec tant de soin à Foraison, que, durant ses trois années de philosophie, ses distractions dépassèrent à peine quelques minutes. Toujours prêt à rendre service, il sacrifiait volontiers ses goûts à ceux des autres, et, supérieur par, l'éclat de ses talents, il se faisait un plaisir de céder en tout au moindre de ses frères. Jamais il ne laissa échapper, une parole qui portât l'empreinte de la vanité; il ne souffrait pas davantage qu'on fit son éloge. S'agissait-il de pratiquer un acte de vertu: il était toujours prêt, et ne laissait passer aucune occasion de faire une bonne action, comme il le confessa lui-même à un de ses amis les plus intimes.

L'année 1623 fut signalée par trois événements remarquables : la réforme de l'Ordre^des chanoines de Saint-Augustin : les fêles en l'honneur de la canonisation des saints Ignace de Loyola et François Xavier^ et les agitations excitées par les étudiants allemands que réprima vigoureusement le duc de Lorraine.

[Nous'avons déjà parlé de la réforme des Ordres

religieux, et spécialement de cfelle du Bienheureux Pierre Fourier. Nous avons dit quelle fut la part de .la Compagnie dans cette bonne œuvre et nous renvoyons aux ouvrages qui en contiennent les détails.]

Le second événement qui marqua l'année 1623 furent les fêtes célébrées au collège, à l'occasion de la canonisation de S. Ignace et de S. François Xavier. Elles commencèrent le 22 juillet, fête de sainte Madeleine, à deux heures après midi, par le chant des vêpres suivies d'une procession magnifique. Ces fêtes durèrent huit jours, et le récit des témoins oculaires publiés en latin et en français remplissent deux opuscules fort curieux^ mais dont Tétendue rend ici leur reproduction impossible. Disons . seulement que ces fêtes firent époque dans l'histoire de Pontà-Mousson. Les PP. Louis Wapy et Léonard Perrin racontent dans leurs relations imprimées comment^ toutes ces Joies furent suivies d'une grande tristesse. Tous les Nôtres (sauf le petit nombre de ceux qui étaient retenus pour les offices de la maison) étaient à prendre leurs vacances à la capipagne du collège. Trois jours s'étaient écoulés depuis les derniers feux de joie, lorsqu'à la nuit tombante un incendie dévora la flèche principale des tours de l'église^ et la toiture située au-dessus de la bibliothèque. Ce malheur fut pour toute la ville et pour le Prince

François de Lorraine l'occasion de nous montrer leur sympathie. Tous les témoignages d*afFection que nous reçûmes auraient suffi pour nous remplir de reconnaissance, si déjà elle n'eut été conquise depuis longtemps. La cause de cet incendie est demeurée inconnue. Bien des indices nous feraient croire qu'il ne doit être attribué, ni à l'incurie des domestiques^ ni au hasard, mais bien à la malice des hommes ou du démon. Trois jours après les fêtes terminées, le jeudi, vers les cinq heures du soir, on vit apparaître le feu, au même momest et comme à un signal donné, en trois endroits différents à 'la fois; pendant l'incendie lui-même on aperçut des corbeaux d'une grandeur prodigieuse qui volaient autour de l'église et de ses flèches, et faisaient comme un affreux concert de joie en battant des ailes. Enfin des hommes les plus graves nous ont affirmé qu'ils avaient vu un spectre à face humaine passer au milieu de la .flèche en feu. A Metz, on avait entendu un homme prononcer ces paroles: « Les Jésuites célèbrent leur Ignace par de beaux feux de joie ; mais les démons auront aussi le leur ». A Nancy, on disait depuis un certain temps que les deux tours de notre église se fondraient en une seule ; et à Toul, trois heures avant que l'incendie éclatât chez nous, on annonçiiit par toute la ville que notre collège était en feu. Tous

ces bruits et d'autres indices étranges nous ont fait croire que des artifices diaboliques n'étaient point étrangers à cette grande ruine.

Dès Tannée 1608, on avait remplacé sur les deux (lècbesdes tours les chiffres desÂnthonistes par ceux des saints noms de Jésus et de Marie. Or, depuis cette année-là, nous avons essuyé, coup sur coup^. trois différents incendies, et nous pensâmes qu'il convenait de rétablir dans l'église le culte de saint Antoine, pour obtenir sa protection. Oh lui fit donc con§|truire une chapelle splendide, ornée de niar* bres, de mosaïques et de tableaux précieux, et je ne pense pas qu'on puisse trouver dans toute la Lorraine rien de plus achevé , de plus riche et de plus gracieux. Nous devons ajouter que sire Jean Cheminot, de Pont^à-Mousson, nous vint en aide par un don de quinze cents écus d or. Quand cet insigne bienfaiteur mourut , soit par humilité ou simplicité chrétienne il défendit de graver son nom ou ses armes sur sa tombe placée, selon ses intentions, dans la chapelle de Saint-Antoine. Comme son fils unique avait déjà fait profession dans notre Compagnie, il disposa de ses biens en faveur de ndtre collège de Pont-à-Mousson. Sa mort, à laquelle il s'était préparé en véritable enfant de l'Église^ arriva en 1630. Ses funérailles furent magnifiques, et tous les pauvres furent si charitablement

traités que Ton approuvait partout les héritiers que le mort s'était choisis, et l'on disait que les Jésui|es témoignaieot encore plus d'affection à leur bienfaiteur décédé qu'à leurs bienfaiteurs vivants. De fait, tous les prêtres de la Compagnie dirent chacun trois messes pour Fâme de cet admirable chrétien qui, parti pour ainsi dire de l'indigence, s'était élevé par son industrie jusqu'à la plus haute foFtune, sans avoir jamais, comme tous, et lui-même, en rendait témoignage , augmenté ses biens d'une seule obole injustement acquise. ^

A la fin de cetle année, la prudence et l'autorité du sérénissime duc apaisèrent une petite révolte de nos étudiants venus d'Allemagne. Ces jeunes gens avaient demandé au duc le privilège de se constituer en congrégation nationale. La pétition fut renvoyée au conservateur des privilèges de T Université, Charles de Lenoncourt, qui faiblit un peu dans cette circonstance^ et donna des espérances aux meneurs de l'affaire, parmi lesquels se trouvaient quelques professeurs de la Faculté. Mais après bien des intrigues, des informations et des séances tenues tant à Nancy qu'à Pont-à-Mousson, le sérénissime duc, sur les représentations fortement motivées du Père Recteur Philippe Nicauld, rejeta les pétitions des étudiants allemands.

Le 31 juillet 1 624, pendant que nous célébrions

la fête de saint Ignace , mourait à Nancy le duc Henri II. Ce prince avait toujours aimé notre Université. Il était d'une largesse et d'ime libéralité toute royale ; il avait coutume de dire : « Notre langue n'a qu'un seul petit mot pour exprimer le refus, et cependant ma nourrice n'a jamais pu me l'apprendre. » Toutefois, il savait être sévère lorsqu'il s'agissait de l'honneur de Dieu. Un jour, des personnes de très-haut rang lui ayant demandé la grâce d'un jeupe homme condamné à mort pour avoir volé un ciboire, il répondit : « Si j'avais un fils unique/ héritier de tous mes domaines, et qu'il se fut rendu coupable d'un tel sacrilège, il mourrait I » S'agissait*il, au contraire, de son propre honneur : il ne savait point se faire prier pour pardonner, et tout le monde lui reprochait sa trop grande mansuétude qu'il appelait lui-même le péché originel de sa race. Un scélérat ayant attenté à ses jours, tous les courtisans lui conseillaient de le faire expirer dans les supplices: mais, loin d'y consentir, jamais on ne put lui arracher un arrêt de mort.

Un homme, après s'être confessé au P. Jean Guérel d'avoir volé au prince environ onze cents francs, ce dont il se repentait vivement, avait pris les résolution de" restituer ce qu'il avait dérobé ; mais comme cette restitution devait réduire à la

misère ses nombreux enfants, il pria le Père de vouloir bien exposer le fait au prince et le supplier de lui faire grâce d'une partie de la somme. Le P. Guéret exposa le cas au prince, et celui-ci, nonseulement remit libéralement toute la somme, mais il répondit en véritable chrétien : « Plaise à Dieu qu'il n'arrive jamais que pour de l'argent un homme soit condamné, je ne dis pas au feu éternel, mais seulement à passer une heure dans les flammes du purgatoire. »

11 était .très- dévoué au culte de la T. -S. Vierge: il ne laissait passer aucun jour sans lui payer quelque tribut d'hommages; le samedi, en son honneur, il ne prenait pour toute nourriture que des légumes et des fruits.

Le 25 avril 1625, le Père Phihppe Plumeret, nommé Recteur depuis le 1 2 février , convoqua toutes les Facultés afin de prendre leur avis sur les deux points suivants :

i^ Fallait-il maintenir l'exécution du décret (inexactement observé) relatif aux Facultés de droit et de médecine , par lequel il était interdit à tout écolier du collège de suivre les cours de droit ou de médecine avant d'avoir étudié la philosophie au moins pendant un an?

2*^ Plusieurs hérétiques s'étant gUssés dans l'Université, que penser du treizième statut des Facultés,

portant que tous ceux qui suivent les cours de ces Facultés feront inscrire leurs noms sur le registre du Recteur, avant toute inscription sur celui des Facultés.

La réponse unanime fut que les deux décrets devaient être maintenus. IjCs doyens des Facultés de droit et de médecine s'engagèrent même à rappeler chaque année à leurs écoliers cette condition préalable à leur admission dans l'Université.

Le 6 décembre, fête de saint Nicolas, patron de la Lorraine et de l'Université, une messe solennelle fut célébrée selon l'usage dans l'église du collège. Le lendimain, le notaire, le questeur et les autres officiers de l'Université demandèrent au Recteur et en obtinrent la confirmation dans leurs offices. Seul, le libraire Jean Bernard, s' étant abstenu de cette for* malité, fut immédiatement cassé de son office et privé de tous les privilèges de l'Université; du reste, il avait violé ces mêmes privilèges en une autre circonstance en forçant ses ouvriers, contre tous les droits d'un imprimeur juré, à monter la garde aux portes de la ville.

Le 24 août 1626 fut un jour dé fête pour l'Université : l'illustrissime prince François de Lorraine, évéque et comte de Toul, venait de terminer son triennium de philosophie : il avait parcouru avec éclat la carrière des études, donnant à tous l'exemple T. 34

du travail et de rassiduité, et se faisant remarquer par ses talents ; Tabte public qui termina son cours en montra la solidité. L'Université entière et toutes les Facultés se réunirent - pour cette solennelle épreuve. Les ducs Charles lY et François II, père et aïeul du jeune défendant, y vinrent également avec toute la cour et beaucoup de nobles Lorrains. L'illustrissime François de Lorraine répondit à Tat* tente générale ; et, pour clore la séance, le P. Léonard Perrin, chancelier de TUniversité, prononça un discours qui fut vivement applaudi. Ensuite, le doyen de la Faculté de théologie^ se levant de son siège, fit la demande de la collation des grades académiques pour Tillustrissimeet très-digne candidat. Le chancelier accueillit la demande et félicita F Université ; puis, s'adressant au candidat, il le pria de faire sa profession de foi, Assitôt le prince se mit à genoux devant le Recteur et promit sur les Évangiles de garder toujours la foi de l'Église catholique; ensuite il alla s'agenouiller au milieu de la salle, et le chancelier, usant de la formule solennelle, le proclama successivement bachelier, licencié et docteur es arts et en philosophie ; ensuite il lui remit tous les insignes du doctorat en philosophie, lanneau, le livre, le bonnet carré^ surmonté d'une touffe de soie blanche, et le manteau de soie violette à bordure rouge. Le Père Christ<^he Mérigot, professeur de

rhétorique^ remercia l'illustre s^ssistance au nom de toute rUniversité ; puis on quitta la salle de théologie pour se rendre à l'église^ toutes les Facultés faisanl cortège à rillustrissime prince ; la cérémonie se termina par le chant du Te Deum.

En 1627, la magistrature urbaine et l'auditeur des comptes publics, envoyé de Bar-le-Duc, essayèrent de battre en brèche quelques-uns des privilèges de l'Université. Mais le duc Charles IV, prévenu parle Recteur, les débouta de leurs prétentions. Le V septembre 1630 il confirma de nouveau toutes les immunités et prérogatives accordées à l'Université par Charles III, et ce d'une manière plus eupUcile.

Cette même année, le P. César d'Haraucourt commença le cinquante-deuxième cours de philosophie. Le P. d'Haraucourt était ne à Chambley, dans le diocèse de Metz, en 1 598, d'une ancienne et illustre famille. A vingt-et-un ans, après de longues luttes, il eut le bonheur de mépriser tous les avantages que lui promettaient sa noblesse, ses talents^ son caractère et sa jeunesse, pour embrasser la vie religieuse. Un jour, pendant son noviciat, il allait par lès rues les plus fréquentées de Nancy, vêtu d'une soutane très-grossière et toute rapiécée ; couvert d'un chapeau plus misérable encore, et chargé d'une énorme besace pleine de viande qu'il

rapportait du marché : il fut rencontré dans ce triste équipage par sa belle-sœur. C'était une personne d'un haut rang, que sa noblesse et la sévérité de ses moeurs faisaient considérer parmi les premières dames de la ville ; mais alors, incapable de comprendre ce qu'elle voyait en cette occasion , à peine a-t-elle aperçu de loin le pauvre novice, qu'elle s'arrête interdite, n'osant en croire ses yeux. Bile s'approche^ et bientôt elle ne peut plus douter. Alors, saisie de douleur et d'indignation à la vue de ce qu elle considère comme un opprobre jeté sur sa famille, elle s'en va pleurant par les rues et les places publiques, donnant des marques de son e&asperation jusque dans le palais des princes de Lorraine^ qu'elle remplit de ses lamentations et de ses cris. Le noviciat lui-même fut témoin de ses accès de colère; elle accabla des plus violents reproches et le novice et le Père Recteur. Le jeune homme soutint cet orage sans se troubler, et après que rémotion de la grande dame fut calmée, il la congédia le sourire sur les lèvres. Après son noviciat, le Père d'Haraucourt fut envoyé à Ponl-à- Mousson, où il enseigna la grammaire pendant deux ans. Doué d'un talent remarquable et d'une mémoire heureuse, il était poète excellent^ orateur et linguiste distingué. Il reprit ensuite pendant deux ans ses études de théologie, qu'il n'avait fait

qu'effleurer dans le monde, et avant même la fin de ces deux .ans, il soutint ses thèses de Universa theologia, à la satisfaction générale. Je ne dirai pas qu'il n'y eut jamais d'aussi brillant examen, car je ne veux rabaisser le mérite de personne ; mais je puis bien affirmer qu'on n'en vit point de plus solide. Le P. d'Haraucourt fut alors chargé d'une classe de philosophie ; il la fit une année à Reims et une autre année à Pont-à-Mousson. C*est dans cette dernière ville qu'il donna un éclatant exemple de sa charité.

Un dés Nôtres, pris d'humeur noire et d'une sorte de frénésie, .s'était mis en tête qu'il était tenu de tuer tous les prédestinés, afin de hâter leur entrée au ciel. Personne ne se croyait en sûreté dans la maison, et l'on demandait qu'il fût enfermé. Mais avant d'en venir à cette extrémité, le Père d'Haraucourt fit instance pour qu'on lui confiât le soin du malade; il espérait, par la douceur, le ramener à son bon sens. Il s'établit donc dans la même chambre que lui, plaça son lit à côté du sien, et nuit et jour lui rendit tous les services possibles. Il serait long de rapporter tous ses actes de charité envers ce pauvre Père : il coupait son pain et sa viande, et s'il arrivait que le malade rencontrât par hasard quelque couteau, il était d'une adresse merveilleuse pour le lui enlever. Mais tant de soins

furent inutiles/ et la prudence fit un devcrir d*eiifermer le malade. Ije Père ne voulut pas encore Tabandonner, et il ne se donna* point de repos qu'il n'eût obtenu des Supérieurs la permission de passer avec lui dans sa cabane de bois tout le temps que lui laissaient libre les leçons ordinaires. C*estlà qu'il étudiait, qu'il préparait ses classes, que toutes les deux nuits il prenait son repos sur un matelas étendu à terre. Sa charité ne se rebuta point, que l'infortuné ne fût enfin revenu à lui et délivré de cette étrange frénésie.

Le P. d'Haraucourt, au jugement de quelquesuns, avait des relations un peu trop fréquentes avec les personnes du dehors ; on trouvait encore qu'il se montrait trop facile avec nos jeunes gens. Ces rapports n'avaient assurément rien de suspect, mais ils blessaient la bonne édification. Le Père s'en aperçut, et plein de regret d'avoir été pour les autres une occasion de peine, il résolut de réparer sa faute, même au prix de sa vie. L'occasion ne se fit pas longtemps attendre. Peu de temps après, une fièvre extrêmement pernicieuse se déclara dans la ville. Le Père court aussitôt demander au supérieur la permission de se dévouer au service des malades. Le Recteur fait d'abord des difficultés; puis, vaincu par ses instances, il lui accorde la faveur si ardemment désirée, mais en elcigeant toutefois '

qu'il mit par écrit et signât de son nom la demande qu'il venait de faire. Le Recteur ne voulait pas s'exposer au reproche d'avoir exposé témérairement une vie si précieuse. Ravi de joie, le Père d'Haraucourt partait pour soigner les malades, lorsque des personnes du dehors^ qui avaient eu connaissance^ je ne sais comment^ de sa résolution, accoururent au collège et le firent consigner^ et le Père eut une nouvelle preuve que les ennemis de l'homme sont ceux de sa maison. Voulant se dérober à l'importune tendresse des siens et donner à son zèle un plus vaste et libre champ, il demanda la permission de passer en Aquitaine, ce qui lui fut accordé.

Là, tout son temps était employé à donner des missions, à prêcher^ à réfuter les hérétiques^ à publier des écrits pleins de doctrine et de piété : les fruits de ses travaux furent considérables. Sur ces entrefaites l'évéque l'Alby ayant été saisi d'un mal dangereux qui devait le conduire lentement au tombeau y le p. d'Haraucourt fut aussitôt mandé pour rendre ses soins au malade ; pendant près de quarante jours y il ne le quitta pas un instant. Mais sa charité lui coûta cher : il se vit attaqué du même mal qu'il était venu soigner : bientôt tout son corps se dessécha et devint d'une incroyable maigreur. £n cet état , plus semblable à un mort qu'à un

vivant, il prit la route de Paris. Là son zèle se déploya surtout dans la prédication : bientôt sa chaire fut entourée d'une foule considérable ; les fruits répondirent à ce concours; on n'appelait le Père que le saint Prédicateur : les curés le retenaient plusieurs années à l'avance. Dans sa dernière maladie il se confessa plus de vingt fois en quelques jours, pleurant les péchés de sa vie passée et se recommandant aux prières de tous ceux qui venaient le visiter, pour qu'ils lui obtinssent une grande douleur de ses fautes. Il mourut le 28 février 1640.

Cette même année on imprimait à Anvers, avec un grand luxe de gravure^ les thèses que Tillustrissiaie François de Lorraine, évêque et comte de Toul, devait soutenir dans notre Université : elles étaient dédiées au Pape Urbain VIIL Tout se préparait pour la prochaine séance, lorsque le 8 septembre, fête de la Nativité de Notre-Dame , un message arrivé de Rome annonça que le prince venait d'être élevé au cardinalat : en effet, quelques jours après, on lui apportait le chapeau. L'éclat de sa nouvelle dignité ne permit plus au prince de soutenir ses thèses, ni de suivre les cours de théologie, comme il Tavait fait toute cette année : mais deux de nos Pères lui donnèrent des leçons particulières pour achever son cours.

Biaise Jaquot, doyen des Facultés de droit et con-

seiller d'État, fut contraint par les excès de sa vie scandaleuse de s'évader furtivement de l'Université, Ie6 janvier 1628. Ne voulant pas raconter les misères d'une telle vie, nous préférons rappeler que cet homme qui, par ses talents, pouvait mériter la célébrité, se déshonora ; mais il finit par rentrer en lui-même. En 1632, il fit une confession générale de toute sa vie à un de nos Pères ; puis il reçut la sainte communion et se sentit alors pénétré d'une joie si vive et si pleine qu'on la voyait déborder dans ses yeux, sur son visage et dans toute sa personne. Le même jour, il revint encore à l'église pour assister au sermon : il y fut pris tout à coup d'un mal violent ; mais, résistant à la douleur, il écoutait le prédicateur avec une très-grande consolation. Après l'office il se relira, se mit au lit, et quelques jours plustard, muni des Sacrements de l'Église, il comparaissait devant Dieu .

En 1631, Nancy nous enleva à notre grand regret l'éminentissime cardinal François de Lorraine, l'honneur de notre Université, où il avait étudié pendant septans, avec les plus beaux succès,.la poésie, l'éloquence et les sciences Nos écoliers le saluèrent à son départ, en quarante langues au moins, tant anciennes que modernes , et représentèrent sur le théâtre : 3 ustinien^ premier Patriarche de Venise; admirable modèle de notre prince.

Le 20 octobre 1628, le P. Paul Duez, liégeois, fut Dommé Recteur de T Université. Il avait parcouru avec distinction la carrière des lettres ; sa science était profonde, son talent facile, sa mémoire trésheureuse et son travail infatigable. Il n'est pas un genre d'auteurs qu'il n'ait lu avec ardeur : malheureusement c'était avec une sorte d'impétuosité ; et, à vrai dire, je ne sais comment il a pu digérer et mettre en ordre dans son esprit avec tant de netteté et de clarté tout ce qu'il lui confiait. Et de fait, tout ce qu'il avait lu, il le retenait pour toujours. C'était un homme destinéà devenir éminent dans les lettres, à quelque branche qu'il se fût appliqué ; malheureusement il fut mis dans l'administration. Avec un caractère tel que le sien, la faveur des princes , les bonnes grâces des grands l'amenèrent facilement à faire, comme on dit, la part des temps. Obséquieux avec les gens haut placés et avec ceux dont il attendait des services , il se plaçait volontiers du côté de la puissance^ blessant ainsi les petits, sans même se concilier ceux qu'il voulait se rendre favorables.

Cependant plusieurs affaires, sous son rectorat ^ furent conduites avec prudence et bonheur : des bâtiments furent élevés à gauche de la galerie extérieure du collège^ et distribués commodément en vingt-six chambres ; la principale tour de l'église, qu'un incendie avait brûlée en 1623, fut réparée

avec plus d'élégance , el munie d'une superbe cloche, offerte par le duc de Lorraine.

De nouvelles querelles de préséance^ surexcitées par les Facultés^ forcèrent Son Éminence le cardinal de Lorraine à se rendre, pour rétablir la paix, à Pontà-Mousson. Il entendit les raisons des deuxparties, et se prononça en notre faveur, contre les Facultés; ordonnant que les choses restassent dans l'état où elles se trouvaient avant ces troubles; de plus, il témoigna son mécontentement de voir que le Doyen, dans les actes publics et solennels, se servit, contre la coutume de notre Université, de la robe de pourpre, à l'exemple des membres de la grande chambre du Parlement.

Le 5 janvier de l'année 1630, un élève de rhétorique, en état d'ivresse, tua un enfant qu'il rencontra sur son chemin. Le père de la victime accourt tout hors de lui à l'endroit du meurtre ; mais à la vue du cadavre de ce fils, son unique enfant, il recon-. naît un coup de la justice de Dieu. Il y avait en effet dix-huit années qu'au même jour, au même lieu, il avait ei} lui-même le malheur de tuer un jeune homme. Il s'empressa de déclarer qu'il pardonnait de tout son cœur au meurtrier, regardant comme une chose abominable de 9e montrer vindicatif après avoir lui-même trouvé grâce et pardon. Le coupable fut cependant saisi et jeté dans une étroite

prison, d'où il serait sorti pour aller à la mort, si la clémence vraiment chrétienne du malheureux père ne l'avait arraché au supplice. Le 15 mars, il fut conduit dans la grande salle de théologie par les appariteurs de l'Université, et là, tous les élèves étant réunis, il fut fouetté publiquement par la main du correcteur; après quoi il obtint du Sérénissime duc son pardon et grâce de la vie.

Cette année et les deux suivantes ne fournissent aucun fait notable à notre histoire si ce n'est que la peste, sévissant de nouveau, fit souvent interrompre les classes et mit les Nôtres en un danger perpétuel. En effet, ils ne cessèrent de porter secours aux pauvres, abandonnés de tous, de les consoleret de les aider à bien mourir. Ce ministère de charité nous valut un plus vif attachement des habitants de la ville. Le PèreColignon, après s'être dévoué à Pont-à-Mousson, s'en fut durant quelques mois au secours d'un pauvre village éloigné de six lieues et où, en peu de temps, près de cent personnes avaient péri de la peste , privés de secours spirituels. A l'arrivée du Père les survivants furent comme ranimés et fortiBés. Presque tous -se confessèrent et communièrent : les infirmes furent visités et secourus. Les aumônes vinrent reconforter ces pauvres gens, et tous bénirent la charité de la Compagnie.

HISTOIRE DE L'UNIVERSITÉ

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