‹ L'Université de Pont-à-MoussonChapitre 12 sur 13 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Le 14 novembre 1632, le P. Léonard Perrin, Lorrain , né à Stenay, au diocèse de Verdun , succéda au P« Paul Duez en qualité de Recteur du collège et de l'Université.

Dés son enfance, il avait été élevé sous la direction de son oncle, le P. Réginald , de notre Compagnie, parmi les Pauvres du Roi. — On appelait ainsi des jeunes gens que le roi Henri III, en vue de rétablir la religion catholique, faisait choisir parmi ceux dont le caractère et les talents donnaient des espérances. Ils portaient tous des habits bleus , et ils étaient élevés au collège de Clermont aux frais du roi très-chrétien qui avait confié à notre Compagnie le soin de leur éducation. — Par suite d'une timidité excessive^ Léonard ne voulait jamais rester

seul, même la nuit. Cette disposition à s'efXrayer de tout cessa subitement dès qu'il eut. reçu le sacrement de confirmation ; il se sentit alors tellement fortifié que toute vaine crainte disparut de son esprit. Parvenujà Tàge de quatorze ans, après s'être fait constamment remarquer par Tinnocence de ses mœurs et sa fidélité à ses devoirs , il entra dans la Compagnie. Il y ps^rcourut la carrière des études philosophiques et ihéologiques, puis il enseigna les humanités^ à Bourges, et deux ans après il fut rappelé à Paris pour y professer la philosophie. On put voir alors par des marques évidentes que Dieu avait choisi en sa personne ce qui est faible selon le monde pour confondre la force.

En 1 590, tandis que les guerres civiles désolaient la France, Paris, après un siège et une famine horrible , avait commencé à respirer un peu^ grâce à l'armée d'Alexandre Tarnèse, duc de Parme. Bientôt cependant le duc retourna en Belgique et les ennemis reprirent Tespoir de s'emparer de la ville. — Un jour, le bruit courut que les troupes campées dans les environs devaient tenter l'escalade la nuit suivante. Des cavaliers envoyés à la découverte confirmèrent cette rumeur. Vite on sonne le tocsin selon l'usage , et tous courent aux -remparts. Les Nôtres eux-mêmes ne restent pas inactifs et s'armaut de piques ils s'avancent ppur repousser l'assaut :

parmi eux se trouvait Léonard Perrin. Ils remarquèrent sur le faite d'une maison voisine une lumière qui brûla toute la nuit; L'événement prouva qu'elle y était placée à dessein d'avertir les ennemis que ce poste était confié à des guerriers peu exercés.

Déjà une grande partie de la nuit s'était écoulée ; aux alentours, rien ne troublait le calme et le silence. C'était une ruse des ennemis. Ils voulaient laisser aux défenseurs de la place le temps de se persuader qu'il n'y avait plus aucun danger et de se disperser: alors il serait facile de tomber sur eux à Timproviste et de les accabler. Ils avaient bien calculé. Au bout de quelque temps y les remparts étaient à peu près déserts ; les Nôtres, presque seuls^ restaient fidèlement au poste assigné. Cependant^ à l'approche du jour, comme ils s'étaient miâ un peu à Técart, ils entendirent un murmure confus et le bruit des échelles que l'on dressait contre la muraille. Ils avaient reconnu l'ennemi ; ils se hâtent de crier : « Aux armes ! » Quelques-uns courent par la ville , donnant avis du danger ; les autres restent sur les remparts. Tout à coup, Léonard remarque^ entre le P. Jean Guéret et lui , quelque chose qui dépassait le parapet ; puis il aperçoit la main à gantelet de fer d'un soldat qui faisait descendre cet objet du haut du parapet vers Tintérieur de la ville. Alors , frappé d'une crainte soudaine , sans se ren-

dre compte de ses actes^ comme il le racontait dans la suite , il saisit ce qu'il voyait glisser le long du parapet, le tire avec force et le fait tomber à terre. C'était une échelle de corde par laquelle les assaillants devaient descendre sur le terre-plein des remparts» Le soldat, ignorant ce qui s'était passé, monte sur le mur et s'apprête à le franchir ; d'abord étonné, il s'arrête ; puis, furieux de voir son projet déjoué, il décharge son arquebuse sur le P. Guéret. La poudre s'enflamma en jetaot une épaisse fumée, mais, par une providence de Dieu, le coup ne partit pas.

Cependant les habitants de la ville avaient entendu le bruit des armes et couru aux remparts ; ils se précipitent vers Tendroit d'où est parti le coup de feu. Mais déjà le sondes trompettes donnait aux assaillants le signal de la retraite. Les assiégés jettent de la paille enflammée par-dessus les murs, et alors ils voient avec surprise des détachements de soldats cuirassés, qui avaient grimpé à la faveur des ténèbres jusqu'au bas des parapets, redescendre en toute hâte et se sauver à toutes jambes. Le jour venu, Léonard y sous les yeux et aux applaudissements des spectateurs, emporta au collège de Clermont, comme un trophée, la susdite échelle, que Ton garde encore à la bibliothèque : ad perpetuam rei memo' riam. Après la pacification de Paris, cet épisode du

siège, qui avait fait alors assez de bruit ^ tomba bientôt dans Toubli.

Les Nôtres étaient à peine délivrés de la guerre civile qu'une tempête plus terrible les assaillit. C'était la cinquième année que Léonard était chargé du cours de philosophie, lorsque, sur la fin de Tannée 1 594, Tinfâme Châtel osa lever le poignard sur Henri lY. Les ennemis de notre Compagnie épiaient une occasion de la perdre ; ils saisirent avidement celle^i. On accusa les Nôtres d'enseigner le régicide à leurs élèves, et plusieurs furent jetés en prison, entre autres le P. Guéret, ancien professeur de l'assassin, et le P. Guignard, souà prétexte qu'on avait trouvé dans la bibliothèque, dont ce dernier avait la charge, je ne sais quel libelle enfanté autrefois . par l'esprit de parti. Le P. Léonard, au milieu de cette tempête, montra beaucoup de constance et de tranquillité d'âme. Un peu plus tard il fut appelé à Rome pour son troisième an de probation, qu'il fit avec une grande ferveur. De Rome il fut renvoyé à Pont-à' Mousson.

Au commencement de Tannée 1 597, on nomma le P. Léonard professeur de théologie, et^ bien qu'il n'eût pas eu le temps de se préparer, il s'acquitta parfaitement de cette fonction pendant trois ans. Les deux années suivantes il fit le cours d'Écriture sainte ; après quoi on lui ordonna de revenir aux

belles-lettres, qu*U avait quittées depuis plus de douze ans. Il professa ensuite la ritiétorique dans ce même collège pendant quatre ans. Ayant alors résolu de consacrer le reste de ses jours k cet enseignement, il en fit la proposition à ses supérieurs^ et ceux-ci lui accordèrent sur sa demande une année entière pour s'appliquer uniquement à l'étude 'des auteurs classiques de la Grèce et de Rome.

Mais quelques mois s'étaient à peine écoulés, quand la ville de Metz demanda un prédicateur de notre Compagnie. Les Supérieurs, pressés par le temps et n'ayant personne à leur disposition^ eu* rent recours à Léonard^ qui se dévoua et qui dut [encore monter en chaire presque sans préparation.

Pendant les années qui suivirent, il prêcha à Pont- Â-MoussoD, à Nancy, à Péronne et à Paris. Enfin, en 1 61 7, quatorze ans après avoir laissé renseignement de la théologie scolaslique pour remplir lofrfice de chancelier^ il reçut Tordre de reprendre la même chaire dans la même Université. Il l'occupa .encore pendant quatre ans ; puis, nommé de nouveau chancelier de l'Université, il en exerça sept ans les fonctions.

Sur ces entrefaites , le Recteur du collège de. Verdun étant devenu incapable de gouverner sa maison^ les supérieurs, pour de justes motife, be crurent pas devoir lui enlever sa charge , mais ik

placèrent Léonard à la tête du collège avec le titre de collatéral. Léonard , qui s'était acquitté avec tant de zèle de tous les autres emplois de la Compagnie, avait longtemps décliné celui-ci ; mais en6n il dut ^accepter, et ce fut pour peu de temps , car l'année suivante il en fut retiré pour prendre la direction du collège et de l'Université de Pont-à- JMousson. Les conjonctures étaient très*di£Bciles et plusieurs pensaient que le nouveau Recteur était plus apte aux autres fonctions de Tlnstitut qu'au gouvernement; mais son administration dissipa leurs craintes et surpassa même de beaucoup les espéran(:es qu'on en avait conçues. Cependant les troubles de la Lorraine le jetèrent en Franche- Comté. Alors âgé de plus de soixante-dix ans, il s'offrit aux supérieurs pour professer la classe d'humanités, car il ne se croyait plus capable d'enseignei la rhétorique. On le remercia de son dévouement, et il emi3]oya le reste de sa vie à se préparer tran- ^ quillement à ses derniers jours. Il mourut à Besançon le 1 0 février 1 638, en la soixante et onzième année de son âge.

Aussi versé dans les connaissances humaines que dans la sciencedes chosesde Dieu, il se faisait surtout remarquer parla pureté et l'élégance avec laquelle il parlait le latin. Toutefois sa parole était beaucoup plus facile et pi us agréable lorsqu'il montait en chaire.

après s'être conieoté de quelques moments de réflexion^ que lorsqu'il avait péniblement travaillé et poli son discours. L'excès de son travail jetait une certaine obscurité sur son style. Au resté, la douceur de sa voix, la dignité de ses gestes^ la noblesse de ses traits et sa modestie admirable lui conciliaient tous les cœurs. Pas un des Nôtres n'eut, à Pont-à- Mousson, des succès comparables à ceux du P. Perrin, et ne jouit d'une aussi grande influence.

J'ai cité sa modestie. Malgré le soin qu'il mit toujours à cacher toutes ses vertus, il ne put néanmoins nous dérober celle-ci , qui se peint à l'extérieur. L'éclat avec lequel elle brillait en lui frap|)ait tout le monde; elle enlevait surtout l'admiration de ses élèves qui , en la comparant à celle des autres Pères, y trouvaient un je ne sais quoi qui les charmait. Le P; Laurent Magio, Visiteur, se plaisait à le désigner, malgré sa jeunesse, comme un exemple de maturité aux Pères déjà avancés eh âge Et, plus tard, le P. Provincial Jean Fourier le proposait aux jeunes gens comme un modèle accompli de réserve^ de suavité de caractère et de modestie. « Voilà, disait-il, la modestie que je voudrais tant voir briller en tous, comme je la vois pratiquer depuis un demi-siècle, par le P. Perrin.» Sa santé fut toujours bonne, jusqu'au moment où il souffrit de la pierre. Il était alors âgé de soixante et un an. Comme le mal allait toujours

s*aggravant, le médecin crut nécessaire d'en venir à des opérations ordinaires en de telles maladies.

Ce fut pour la modestie du malade un rude sacri* fice, mais il ne le refusa pas à Tobéissance; toutefois^ il se mit à pleurer comme un enfant, et ses larmes, comme on le savait, ne venaient pas delacoainte de souffrir. La simplicité religieuse eut toujours pour lui un attrait particulier. Longtemps Chancelier de l'Académie^ puis Recteur, il se plaisait à faire répéter aux petits enfants les leçons du catéchisme : avec eux, il semblait lui-même redevenir enfant: souvent on le voyait conduisant ses jeunes élèves et marchant téte-nue, les yeux modestement baissés, les mains jointes sur la poitrine , par les rues de la ville : plus heureux au milieu des enfants que les jours où il était contraint par sa charge de tenir la première place aux processions de l'Université, revêtu de la robe violette du Recteur. Les élèves avaient remarqué que chaque fois que le pieux Recteur avait présidé quelque cérémonie d'éclat, on était sur de le . voir dès le même jour^ s'il lui était possible^ chez les plus pauvres gens^ les lépreux des faubourgs^ ou dans les hôpitaux.

Sa pauvreté et son amour de la vertu étaient également admirables.

La seule chose pour laquelle il sembla sentir un attrait naturel fut la pureté du style : il soignait ex-

— 50Î — traordinairement le siçn ^ soit qu'il écrivit en latin ou en français. Mais l'amour du beau style ne put jamais lui faire ouvrir un livre suspect : il avouait même à Tun de ses amis qu'il n'avait pas osé lire un seul vers de Ronsard qui^ de son temps, passait pour le prince des poète».

Quant aux auteurs païens que ses études leforçaient d'étudier, il évitait avec un soin extrême ceux dont le style était libre , et il est tel auteur, qu'il ne vou? lut pas ouvrir avant l'âge de cinquante ans.

Peu d'hommes ont été aussi constants à pratiquerla mortification et plus habiles à dissimuler tout ce qu'il faisait en ce genre : le détail en serait .infini. Disons seulement que personne ne savait mieux éviter toute singularité et pratiquerla vertu de manière k la rendre aiinable.

Entièrement soumis à la volonté de ses Supérieurs^ il ne consentit jamais à s'en écarter en aucune chose. Nous en avons pour preuve tant de fonctions diverses qu'il remplit dans la Compagnie, les quittant ou les reprenant après de longues années sans la moindre difficulté*. Nous admirerions moins cette promptitude à obéir, si le Père Léonard avait été de ces hommes qui ont toujours bonne opinion d'euxmêmes ; qui, en mettant la main à une afiaire, ne doutent pas de la mener en peu de temps et sans peine à bon terme ; ou bien ne veulent rien accep-

— «ester sansuoe longue préparation. Le P. Léonard, qui donnait satisfaction k tout le monde> était toujours le seul à être mécontent de la- manière dont il remplissait ses fonctions.— De tant de classes et de discours qu'il fit, il ne conserva pas une page, tant il regardait son travail comme imparfait 1

. Appelé par Tobéissance à gouverner les autres, son humilité lui fit apporter mille prétextes pour décliner cet honneur. En tout le rest^,. il se montra toujours empressé de répondre à Tappel de ses supérieurs ; et une seule fois on put remarquer en lui de Thésitation. Un prédicateur d'un autre Ordre, qu'on avait demandé pour l'Avent, sç trouva dans Timpossibihté de le prêcher. Le Provincial de la Compagnie fut sollicité de le Caire remplacer; mais il n'avait personne de libre ou de prêt : il s'adresse alors au P. Perrin, qui demande un instant pour délibérer devant le tnbernacle, puis revient trouver son supérieur en lui disant : « Je ferai ce que vous m'ordonnerez; mais comme je n'ai rien de prêt , et huit jours à peine devant moi, veuillez me désigner vousi'même le sujet de mes discoure, afin que l'obéissance donne seule quelque vertu à ma parole.» Le Provincial y consentit et le succès de cet Avent ' improvisé fut considérable. On écoutait le prédicateur comme un saint et il en eut la réputation partout où il se fit entendre.

Mais revenons à son obéissance. Un jour on lai avait donné pour compagnon un frère coadjntear encore fort jeune et peut-«tre même novice, qui joignait à beaucoup d'irréflexion une grande simplicité. Ije P. Recteur lui avait recommandé de prendre bien soin du P. Léonard. Le jeune homme^ se croyant chargé de la conduite du Père et avoir sur lui une autorité sans limite, le gouverna, comme on dit, en manière de ville conquise. Sans se permettre jamais la moindre plainte , et pendant tout le Ca* réme, le Père n'hésita point à régler toute sa conduite et même ses études suivant le bon plaisir de son nouveau Supérieur.

C'est dans Toraison qu'il puisait l'ardente charité dont il ne cessa de donner des preuves admirables^ surtout à ses frères; elle se montra dans tout son éclat, lorsque nos Pères d'Outre^Rhin, chassés de leurs maisons par les Suédois, furent obligés de se réfugier en France. Il était alors Recteur de l'Université, et, libre d'obéir à son cœur, il offrit à tous les exilés la plus généreuse hospitaUté. Il était plein d'attentions charitables pour ceux des Nôtres qui passaient dans sa maison. Et comment n'aurait-il pas été plein d'affabilité pour des religieux^ ses frères, quand il étendait sa charité jusque sur les animaux ! En effet, durant les rigueurs de l'hiver, il faisait répandre de la graine sur la neige pour nour-

rir les petits oiseaux do ciel. Ce fiait ne surprendra pas ceux qui admirent le sérapbique François d'Assise appelant les oiseaux : « ses petits frères. »

L'opinion qu'on avait de sa sainteté faisait dire à ceux qui le proposaient pour ^]odèle de perfection religieuse : « Sans doute^ si saint Ignace et saint François-Xavier , revenus sur la . terre > s'étaient trouvés dans les mêmes charges et les mêmes circonstances que lui, ils auraient tenté de plus grandes choses pour la gloire de Di.eu, par un effet naturel de leur grandeur d'âme; mais on ne sait ce qu'ils auraient pu ajouter à la régularité du Père, dans l'accomplissement de ses devoirs journaliers et dans toute sa conduite particulière. » Je citerai ici le témoignage si grave du P. Jean*Bouvet, homn^e d'une extrême prudence, qui, ayant connu intimement le P. Léonard dès 'son enfance, avait été son collègue et son compagnon de chambre au collège, puis son Recteur et son Provincial pendant plusieurs années, puis enfin son compagnon dans sa retraite de Besançon. Après la mort du P. Léonard, le P. Bouvet dit en présence de tous les Nôtres : « Je suis moralement certain que notre cher défunt a mené une vie si innocente qu'il ne s'est jamais rendu coupable d'aucune faute vénielle un peu considérable, de propos délibéré. »

Les étrangers n'avaient pas une moins haute

idée de la vertu du P. Léonard. Pierre Fourier rappelait une colonne de la . Compagnie de Jésus; les ducs de Lorraine^ Charles III, Henri II, François II et Charles IV Tout toujours regardé coimne une gloire de leurs £}:ats. Le roi Henri IV le vit un jour célébrer les saints mystères, et, sans le connai* tre d'ailleurs^ il loua publiquement sa modestie et sa piété. Lorsqu'on enjoignit aux Lorrains de quit* ter Pont-à-Mousson, Henri de Bourbon, prince de Condé, écrivit de sa propre main au P. Léonard pour lui annoncer que le Roi très-chrétien et Mgr le Cardinal de Richelieu, en considération de sa grande vertu, lui permettaient de rester dans .la ville, bien que son nom figurât le premier sur la liste de ceux qui devaient en sortir. Ce sont les termes de la lettre.

Tels furent les jugements des hommes sur le P. Perrin ; mais lui ne pouvait se rassurer et se complaire qu'en la miséricorde infinie de. Notre-Seigneur. Arrivé à sa dernière heure, il i^pondit au médecin qui lui rappelait l'innocence de sa vie : « Dieu, que mes crimes ont outragé, est d'une majesté infinie ! » Le Père Léonard était d'une taille moyenne; il était plein de dignité, et «ressemblait assez au P. François Suarez , tel du moins que ses portraits le représentent.

L'an 1633^ mourut le P. Jean Colignon. Né en

Lorraine^ sur les limites de la Champagne, il entra dans la Compagnie en 1 585 à Pont-è-Mousson, et depuis lors il'ne cessa de donner des preuves d'une vertu solide. Désirant servir Dieu en d'obscurs emplois, il se plût à enseigner la grammaire, bien que très«capable de remplir des chaires plus élevées. Il demandait souvent aux Supérieurs la permission de faire le catéchisme aux enfants et de donner des missions dans les campagnes. .Au milieu de ces travaux il^ jeûnait rigoureusement : partout ek toujours il se montra très-assidu au confessionnal. Dans les temps de peste, il se dévoua tout entier au salut de ses frères et des étrangers. Atteint lui-même de la contagion, il supporta ses souffrances avec une joyeuse résignation qui édifiait tous les Nôtres. Quand il vit venir sa dernière heure, il demanda, malgré, sa faH)lesse et ses quatre-vingts ans, qu'on voulut bien le mettre par terre, afin que, n'ayant pas eu le bonheur d'expirer au milieu des pestiférés, il ne mourut pas mollement dans son lit. Sa mort arriva le 1'^ août, et comme il s'était consacré deux fois, au service des pestiférés, la ville reconnaissante lui rendit des honneurs funèbres dans la première église de Pont-à-Mousson , pendant que ses funérailles se faisaient dans notre collège.

Puisque l'année 1 634 vit terminer le cours de nos prospérités et commencer nos malheurs, il est .bon

de rappeler l'éclat que jetait alors l'Université. Voici ce que le Recteur, le-P. Léonard, écrivit de sa propre main dans les archives du collège.

« I^ collège de Pont- à-Mousson compte cette année cent six religieux, dont trente- deux Pères, cinquante-cinq scolastiques et dix- neuf frères coadjuteurs. Dans ce nombre sont compris dix-sept Allemands, chassés de leur pays l'année précédente par l'invasion suédoise. Dans notre égUse, les différents ministères produisirent de grands fruits parmi les fidèles accourus en foule de la ville et des environs. Les confessions entendues furent sans nombre. Plus de quatorze mille messes furent célébrées et il y eut près de quarante mille communions. On vit fleurir quatre congrégations de la sainte Vierge, celle des internes, celle des externes, celle des philosophes et des théologiens, et celle des séculiers de la ville. Nos Pères prêchèrent dans toutes les églises de Pont-à-Mousson , non-seulement pendant l'Avent et le Carême, mais encore durant tout le cours de l'année. On visita les prisons et les hôpitaux; on assista les mourants et les condamnés au dernier supplice. Chaque dimanche, et plus souvent encore, le Recteur du collège fit le catéchisme dans la principale église de la ville et prépara les enfants à la première communion. Dans la ville, il ouvrit des écoles élémentaires pour les enfants des deux sexes,

et l'on n'omit aucune industrie pour stimuler leur ardeur au travail et à la piété.

c Pendant que la Lorraine était couverte de soldats et livrée aux fureurs de la guerre, nos classes jouissaient d^une paisible liberté^ et comptaient encore plus de mille élèves, et tous les exercices accoutumés se firent avec l'exactitude et l'éclat ordinaires. »

Le P. Jean Cachet, lorrain, né au diocèse de Toul, était entré dans la Compagnie en 1613, à rage de seize ans. C'était un religieux d'un caractère doux et affable. Depuis son enfance on avait toujours remarqué en lui un grand attrait pour la science et la piété. Doué d'un esprit facile et ouvert à toutes les sciences, il aurait préféré cependant.se consacrer à la philosophie et à la théologie ; mais l'extrême délicatesse de sa santé le contraignit à se borner à l'étude des belles-lettres. Si la faiblesse de son tempérament et ses continuelles maladies ne lui permirent pas de travailler, comme il l'aurait tant désiré, au salut du prochain, du moins sa sainte vie, sa patience si constante et si ferme au milieu des douleurs les plus aiguës, furent un perpétuel sujet d'édification. Pour occuper les moments de relâche que lui accordait la maladie^ il traduisit plusieurs ouvrages de piété. Le livre qui a pour titre Vhor^ reur du péché fiit son dernier travail ; il l'acheva

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