Rapport à la Chambre des Députés
à quelles étranges surprises on est alors exposé, et cela par les motifs les plus inattendus.
Conformément à ce qui paraissait être la raison, ce furent les fonctionnaires de l'ancienne Université, chargés de l'instruction publique depuis quarante ans, qui reçurent mandat 1
d'appliquer la loi du 21 décembre 1880. Or, l'événement a démontré que ,
ces fonctionnaires, dont l'honorabilité pas plus que le savoir ne sauraient être contestés, étaient les moins qua- !
lifiés pour organiser les lycées de j
jeunes filles et assurer leur dévelop- ,
pement.
A travers tous les accidents qu'elle a subis, à travers les transformations auxquelles elle a dû se résigner, l'Université a, en effet, conservé une large
part des défiances, des précautions et des timidités dont son fondateur lui avait fait une obligation. La tradition impériale et royale est toujours vivante; toute réforme est donc une inquiétude, et, quand il s'agit de sortir de l'ancien cadre, les successeurs les plus illustres de M. de Fontanes l prennent peur et de ce qui devait être une nouveauté féconde, ils font ingénument une institution insignifiante qu'aucun trait ne distinguera plus des choses vieillies. MM. Victor Durùv, Jules Simon, et ceux de leurs prédécesseurs ou de leurs successeurs qui
i. Fontanes, dont l'Empereur fit un comte et dont Louis XVIII fit un marquis, avait pour collaborateurs : Villaret, évêque de Cazal ; de Bausset, évêque d'Alais ; Emery, supérieur général de Saint-Sulpice ; l'abbé Desrenaudes, de Bonald, etc.
ont tenté quelque voie nouvelle, nous renseigneraient au besoin sur les résultats de leurs entreprises* Pour ne parler que de notre plus récent essai/ nous pourrons nous informer avant qu'il soit longtemps, des déformations qu'a subies renseignement secondaire moderne.
Cependant il serait infiniment désirable, si douloureux qu'il puisse être de s'amender soi-même, il serait d'un intérêt décisif pour notre pays que l'Université consentît à accepter la règle qui s'impose à tous les services publics et à ne pas substituer ses interprétations, ses accommodements, ses ménagements aux volontés de la loi.
Autant que personne nous estimons les services que nous a rendus l'Un:-
versité. Mais quel plus inestimable service ne nous rendrait-elle pas en consentant à vérifier si elle ne^ joint pas quelques préventions à ses mérites, et même un peu de cette complaisance pour soi-même qui naît si naturellement de la grande considération dont on jouit. .
Enfin PUniversité voudra-t-elle considérer un fait digne de toute son attention, c'est qu'aucune des améliorations introduites dans ses méthodes et sa discipline» aucune des grandes lois qui ont réorganisé l'instruction publique, dans le domaine de l'enseignement supérieur, secondaire et primaire, n'ont été provoquées par elle, son inclination constante étant de se renfermer dans ses habitudes d'une variété si obstinée de non possumus
douées au surplus d'une telle puissance qu'elles rendent vaines les lois, les règlements, les circulaires.
N'est-il pas regrettable, par exemple, que les desseins les plus catégoriques du législateur de 1880 aient été éludés, de telle sorte que nous nous trouvions aujourd'hui non seulement embarrassés de pratiques que la loi n'a pas prescrites, mais encore en présence d'une conception entièrement opposée à celle qui avait déterminé les votes des Chambres.
II y a treize ans, et sans qu'il puisse y avoir à cet égard aucun doute, les Chambres se sont proposé de donner du jour à l'éducation des femmes, de rompre avec le système inique et meurtrier qui confinait dans la fable celles qui devaient être les associées
de notre vie, qui sciemment faisait d'elles des créatures toujours mal renseignées, limitées dans leur autorité et inévitablement dépendantes. Or, où en sommes-nous de cette conception ? Sommes-nous en train d'édifier de nouvelles clôtures ou de prêter à l'intelligence des jeunes filles cette lumière sereine et désintéressée qui évite les méprises funestes, affermit la raison et assure à la famille de nouvelles ressources, et, dans tous les sens, un surcroît de sécurité ? Il suffit d'observer l'orientation donnée aux lycées de jeunes filles pour constater un écart surprenant entre ce que la loi a voulu et les résultats que l'on poursuit.
Rappelons la vivacité et l'obstination des attaques dirigées contre Tin-
io l'université
ternat, au cours de la discussion de la loi. Ce ne fut pas sans un réel labeur, et sans plus d'une résistance que ce pas fut franchi, sans qu'on dût s'étonner d'ailleurs ni de la diversité des accusations dirigées à cet égard contre la loi ni de leur âpreté. La passion politique et la passion religieuse se réunirent dans un même effort; et si le régime de l'internat fut enfin adopté, on l'entoura de restrictions qui l'auraient rendu illusoire sans le zèle que mit au service de la loi et de la pensée qui l'avait inspirée le personnel de la direction de l'enseignement secondaire du Ministère de l'Instruction publique.
Après la loi votée, ses adversaires continuèrent à s'en prendre à l'internat et dans leur emportement accou-
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tumé, ils n'épargnèrent pas le directeur de l'enseignement secondaire, Thonorable M. Ch. Zévort, qui loyalement se croyait tenu de faire son devoir. '
On aurait dit qu'il s'agissait d'enlever comme jadis à leurs familles des jeunes filles pour les placer, en violentant leur conscience, dans des couvents créés à leur intention, ou encore à Saint-Cyr.
Il n'était venu cependant à la pensée de personne d'imposer à qui que ce soit l'enseignement nouveau. Les parents étaient entièrement libres de nous envoyer ou de ne pas nous envoyer leurs enfants. Le but poursuivi par Tinternat était de permettre à toutes les jeunes filles l'accès du lycée, alors même que leur domicile serait
plus ou moins éloigné du siège de cet établissement. Rien ne ressemblait donc moins à une contrainte que cette disposition tutélaire puisqu'on pouvait à son gré accepter ou répudier notre concours.
Au surplus, si nous nous souvenons des querelles qu'on nous a cherchées, ce n'est plus pour nous y arrêter. Les Chambres ont prononcé; la nécessité de l'internat est un fait acquis. Quant aux récriminations qui ne se sont pas encore lassées, il suffit pour les juger de considérer leur origine. On nous eût montré % moins d'emportement, on nous jalouserait avec moins d'aigreur, si nos lycées pourvus de leur internat ne faisaient échec aux internats congréganistes. Le grand intérêt était là, la grande colère
aussi et Ton nous prêtait les intentions les plus subversives de toute morale et de toute piété, quand notre but avoué, affirmé sans cesse, était de former enfin d'honnêtes femmes, prêtes à prendre leur place dans notre société civile. L'intention méritait à elle seule quelque estime; le parti-pris ne voulut rien entendre.
Il était inévitable qu'il se rencontrât des universitaires peu disposés à s'accommoder de l'internat. Ces opposants, après avoir fait campagne contre cette disposition lors de la discussion de la loi, après avoir essayé, au sein du Conseil supérieur, d'affaiblir l'autorité des textes qui le consacraient, ont tenté une aventure nouvelle. Ils ont engagé l'État non plus à passer contrat avec les municipalités comme
le veut la loi, mais avec des pensionnats privés, c'est-à-dire à réaliser l'internat en déclinant les devoirs immédiats et la responsabilité directe qu'il comporte. Cette solution subtile garantit-elle le lycée contre les reproches qui se produiraient en cas de désordre ? Non. C'est, sous tous les rapports, la solution la plus fâcheuse qu'on pût imaginer et il est incompréhensible que Ton n'en ait pas saisi tous les inconvénients.
Au reste, que les jeunes filles élèves du lycée soient reçues dans un internat municipal ou placées dans un internat privé, agréé par l'autorité supérieure, ou encore pensionnaires dans une famille — car on traite même avec des particuliers, et on va, dans ce système, jusqu'à verser, aux pa-
rents qui gardent auprès d'eux leur propre fille, le montant de la bourse d'internat qu'ils eussent dû payer à un tiers — la responsabilité de l'État, nous le répétons, ne reste pas moins en cause, par le seul fait qu'il s'agira d'une de ses élèves.
La vérité plus nette, plus droite que toutes ces habiletés, c'est qu'il existe, dans notre enseignement officiel, des hommes de tout âge qui professent, sur l'éducation des femmes, des théories faites, à notre avis, pour déconcerter la morale et la philosophie. Ces Messieurs ne veulent pas plus de l'externat que de l'internat, l'un et l'autre régime impliquant l'idée d'études réglées, étagées, achevées. Ils accordent sans hésiter que les femmes nous ont souvent égalés et parfois surpassés
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au point de vue du talent comme au point de vue du caractère; mais ils estiment que nos mœurs et l'ordre public n'ont jamais eu rien à gagner à ces exceptions, au contraire. Et pour nous convaincre que ce n'est pas la jalousie qui dicte leur arrêt, ni l'égoïsme, ni un rigorisme maladroit, ces Messieurs nous proposent d'organiser des cours, c'est-à-dire un enseignement sans unité, sans lien, sans suite, sans cohésion, exclusif surtout de toute idée d'éducation et s'offrent à faire un choix d'idées générales à l'aide desquelles les femmes seront renseignées assez sérieusement de omni re scibili, pour suivre avec fruit notre conversation dans presque toutes ses parties.
C'est cette pensée que l'on avait
cherché à faire triompher devant les Chambres ; c'est cette même théorie libérale qui a été portée devant le Conseil supérieur de l'Instruction publique et qui a été accueillie par cette haute Assemblée ; si bien qu'à la place de l'enseignement des jeunes filles analogue à celui des jeunes gens, solennellement promis par la loi, on a organisé un enseignement secondaire réduit à trois années de classes, à deux années de cours en partie facultatifs, sans plus se soucier des classes primaires qu'il était d'autant plus nécessaire de ne pas délaisser que les écoles primaires, même élémentaires, de filles faisaient alors souvent défaut.
Ces classes, que le Conseil supérieur a négligé de réglementer, ont
sans doute été partout organisés, sauf dans un lycée, grâce à l'autorité supérieure qui a tenu à se conformer à la loi, et aux municipalités qui ont tenu compte des besoins des populations* L'absence de réglementation a toutefois produit ce résultat, que l'enseignement primaire varie d'un lycée à l'autre de vingt-quatre à trente heures par semaine, comme le fait remarquer dans sa consciencieuse étude M. Villemot '.
Quoi qu'il en soit, grâce à l'autorité supérieure et aux municipalités qui se sont entendues pour la création de l'internat et les classes primaires, la loi n'a pas été stérile. On a créé en
i; Étude sur l'organisation et le fonctionnement de renseignement secondaire des jeunes filles en France, de i8j g à i88j.
ET MADAME DE MAINTENON ig
dix ans 27 lycées, 26 collèges, 4 lycées provisoires. Sur ce nombre, i5 lycées et 23 collèges ont obtenu la faculté d'annexer un internat à l'externat ; et telles municipalités qui n'avaient d'abord consenti à créer qu'un externat, se sont vues conduites depuis à demander un internat.
Le Ministre de l'Instruction publique avait en outre favorisé, dans un certain nombre de villes, la création de cours dans l'espoir que leur succès justifierait la création d'un lycée ou d'un collège. Mais cet espoir a été souvent déçu sans que l'autorité supérieure ait cru devoir cesser les subventions de l'Etat aux municipalités qui s'abstenaient de réclamer la transformation de leurs cours. Ils ont pris ainsi, dans maintes villes, la place des
lycées dont ils ont empêché la création en attendant qu'un beau matin une municipalité hostile mette fin à leur existence précaire.
Cette abstention ne pouvait manquer de plaire aux partisans des cours, et leur zèle, toujours en quête d'occasions, imagine sans cesse de nouveaux projets. Ainsi au risque de susciter dans l'enseignement naissant le trouble que des remaniements sans trêve font peser sur les études des jeunes gens, on se fait une araie des hésitations de quelques villes, pour tenter un retour offensif et chercher à défigurer, encore plus qu'on ne l'avait fait, l'œuvre du législateur.
Ici, à l'occasion de l'ouverture des classes annexes du lycée Racine, sous prétexte que l'enseignement des nou*
veaux lycées est mal réparti, on sollicite de l'autorité supérieure, un groupement des classes de manière à les faire toutes le matin ou dans l'aprèsmidi, sans s'arrêter aux inconvénients qu'il peut y avoir à tenir l'attention des jeunes filles en éveil pendant trois heures consécutives et sans se demander s'il est permis de biffer ainsi d'un trait de plume une partie du programme obligatoire.
Là, au lycée Fénelon,-on va plus loin. On crée à côté de l'enseignement des quatrième et cinquième années secondaires,* et dans l'intention évidente de le détruire un enseignement rival, à l'adresse des jeunes filles conduites par leur mère ou leur gouvernante, donné dans des cours tous facultatifs et groupés,
comme les classes annexes du lycée Racine, le matin ou Taprès midi. C'est le cheval de Troie, nous écrit de l'étranger un pédagogue distingué. Et on se demande, en effet, ce que cache cet enseignement si complaisamment introduit au lycée Fénelon. N'a-t-on pas inconsciemment fait entrer dans la place un régime contraire à celui que les Chambres ont adopté, contraire même à celui du Conseil -supérieur qui déjà s'est éloigné de celui de la loi? A n'en pas douter, si Ton en croit l'un des professeurs, entré au lycée Fénelon, à la suite de cet em-?
piètement. Ce ne serait là que le commencement d'une réforme qui s'étendrait bientôt à tous les lycées. Nous voyons bien que Ton s'en défend ; mais il faut reconnaître que les faits
se prêtent singulièrement à cette interprétation '.
A-t-on voulu permettre aux jeunes
i . Nous avons appris l'ouverture des cours annexes du lycée Fénelon par le Journal des Débats qui nous avait été communiqué. On vantait fort cet essai ; on le considérait comme le commencement de la substitution dans nos lycées des cours à l'externat, ce dernier n'étant qu'un internat déguisé avec tous les inconvénients inhérents à ce régime. On commentait l'arrêté qui les avait autorisés ; on en citait des extraits sans qu'il nous fût possible au reste de trouver trace de ce texte au Ministère de l'Instruction publique. On annonçait une mesure plus décisive, en opposition encore plus flagrante avec la loi, puisqu'il s'agissait d'ouvrir, au faubourg Poissonnière, comme dépendant du lycée Racine, des cours, à l'exclusion de classes, et de transformer ensuite l'annexe ainsi organisée en « lycée ».
Les locaux ne furent pas aménagés en temps utile ; l'ouverture en fut retardée et la tentative put être déjouée — pourquoi ne le dirions-nous pas ? — à la suite d'un entre-
filles qui ont reçu renseignement du lycée de compléter leurs études au moment où leurs compagnes sont préparées, en sixième année, au concours
tien que nous eûmes avec le Ministre, M. Léon Bourgeois : l'annexe ne comprit que des classes.
Mais aujourd'hui, qu'elle est transformée en lycée, on demande, à titre subsidiaire, sous prétexte de faire appel à la clientèle des « classes élevées », d'ouvrir, comme au lycée Fénelon, à côté de l'enseignement régulier, des cours pour l'organisation desquels on ne laisserait subsister de nos programmes que l'agréable et l'inutile.
A dire vrai, ce que Ton a fait au lycée Fénelon, ce que Ton demande au lycée Lamartine, est l'application d'un système destructif de tout notre enseignement secondaire des jeunes filles. Il faudrait cependant se faire une raison et quel que soit le milieu dans lequel on vit, quelle que soit l'opinion que l'on professe, prendre le parti de s'incliner devant une chose infiniment respectable qui est la loi.
de Sèvres? Il suffisait alors de créer, parallèlement à cette année , une sixième année secondaire, mais en respectant la solution du Conseil supérieur qui en substituant, pour la quatrième et la cinquième années, les cours aux classes, a du moins voulu que certains cours fussent obligatoires. Il fallait organiser une sixième année avec cours obligatoires et facultatifs, et il était aisé alors de permettre aux jeunes filles, n'ayant pas fait leurs études au lycée, de suivre les cours facultatifs. Il n'y avait, pour cette sixième année, qu'à s'inspirer de la solution admise dans cette remarquable école de Genève que dirige avec un si réel talent M. Bonneton. L'école comprend sept années secondaires proprement dites, et l'en-
seignement, pendant les sept années, est donné dans les classes. Dans ce que l'on appelle la « division supérieure » bifurquée en t section littéraire » et en « section pédagogique »
il y a, à côté des classes obligatoires, des cours facultatifs. On admet à ces cours, concurremment avec les élèves de l'école, des jeunes filles de dix-sept à vingt ans qui n'ont pas fait leurs études dans l'établissement, jeunes filles de la ville, des cantons voisins ou de l'étranger, qui désirent compléter leur éducation et qui viennent s'asseoir avec les élèves sur les bancs de l'école.
Voilà l'exemple dont il fallait s'inspirer et ne pas ouvrir dans un lycée créé par l'État, à côté de l'enseignement régulier, voulu par la loi, et au
risque de le désorganiser, un enseignement rêvé par d'honorables obstinés pour des jeunes filles qui ne veulent pas s'asseoir sur les mêmes bancs que nos élèves.
Il y aurait là, si heureusement nous n'avions à faire qu'à un nombre de personnes très restreint, un symptôme qui ne manquerait pas d'être inquiétant pour l'avenir de notre démocratie»
Il y a, il faut bien le dire, parmi ces personnes des hommes qui, par suite de diverses considérations religieuses ou politiques, professent pour les lois d'instruction publique votées depuis quinze ans, un tout autre sentiment que celui du respect. Ils ont, en particulier, vu d'un mauvais œil la création des lycées de jeunes filles. Il y a les amis particuliers de Cicéron et
a8 l'université
de Virgile, les familiers d'Aristote, de Xénophon qui n'entendent être distraits à aucun prix de leur culte pour ces beaux génies et que l'enseignement secondaire des jeunes filles inquiétait d'autant plus qu'en faisant une large part aux langues vivantes, à l'hygiène, au droit, il découvrait, par le contraste, les côtés les plus sensibles de l'enseignement secondaire des jeunes gens. Il y a enfin les gar- L diens du Temple, par inclination, par fonction et par politique, représentants attitrés des oppositions sourdes et des rancunes inavouées empruntant une partie notable de leur autorité qui est certaine, à l'esprit chagrin des Pères de l'Eglise ou à l'esprit de dispute des Jeunes plus frondeurs qu'en aucun temps. Ce sont ces représen-
tants de l'antique Université et les délégués, un peu hautains mais déjà orthodoxes, de l'Université se disant rajeunie, qui, depuis le jour où la loi sur l'enseignement secondaire des jeunes filles a été proposée, font tous leurs efforts pour que cet enseignement ne pénètre pas plus avant et ne devienne un enseignement national.
Ils ont en combattant l'internat fait ce qu'ils ont pu pour placer les lycées hors de la portée des familles. C'est encore la pensée qui les guidait lorsqu'à un moment où les écoles élémentaires de jeunes filles n'étaient pas en nombre suffisant ils se refusaient à organiser les classes primaires dans les lycées.
L'effort ainsi tenté avait donc un double but : restreindre, autant que
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possible, la clientèle des lycées en réduisant leur régime à l'externat et atteindre la loi, dans ses plus chères intentions, en n'organisant pas de classe pour les quatrième et cinquième années secondaires.
On tente aujourd'hui d'acclimater, à côté de l'enseignement régulier qui comporte une distribution et une progression réfléchies des études, un enseignement de luxe qui substituera aux données pratiques du programme des lycées cette « vue à vol d'oiseau »
si vantée. On revient à cette éducation de demi-jour que comporte « la mission particulière des femmes et la décence ». Nous n'insistons pas sur les intentions qui sont, comme toujours, paternelles ; nous nous bornons à faire observer qu'il n'était pas
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besoin de ces nouveaux cours ; ils ont leur représentation autorisée à la Sorbonne ; et s'ils ne suffisaient pas aux exigences de nos jeunes filles, la Faculté des Lettres est là avec ses leçons de littérature grecque et latine, faites par des maîtres éminents. Pour tout dire, la création des cours Fénelon ne se justifie par aucun motif avouable ; et pour ce qui est de la littérature grecque on a trop volontiers oublié que M. Alfred Croiset la représentait supérieurement et par sa parole si sûre d'elle-même, dans son élégance et sa clarté, et par son livre, sérieux et délicat, qui suffit à donner à ces jeunes filles « une idée juste et précise des grands noms et des grandes œuvres qui sont une partie essentielle du patrimoine de l'humanité ». Il eût
mieux valu fortifier ceux des cours ou des classes existants, qui, de l'aveu de tous, exigeaient des compléments d'autant plus nécessaires que les livres font défaut. C'est le cas de l'hygiène et de l'économie domestique qui sont enseignées trop sommairement. C'est le cas du Droit qui n'est même pas enseigné dans tous nos lycées, et qui n'a pris place dans les lycées de Paris que depuis cette année , grâce au Ministre de l'Instruction publique, M. Ch. Dupuy.
Au risque de nous répéter, c'est à nos yeux faire absolument fausse route et achever de compromettre la loi du 21 décembre 1880 que de vouloir lui donner un caractère ornemental. C'est à proprement parler l'envers de ce que les Chambres ont voulu. Elles ont
visé à l'utile ; elles se sont proposé d'atténuer certains périls et de répondre à certains besoins, sans nul projet de restaurer l'Hôtel de Rambouillet ou de susciter des émules à M me de Sévignç. Faire des déclassées et faire des précieuses n'entrait en aucune sorte dans l'idée du législateur et cette pensée singulière ne pouvait naître que dans l'esprit de ses contradicteurs, qui ont par surcroît le tort de nous prêter leurs intentions.
Nous ne nous lasserons pas de redire les raisons qui ont déterminé les Chambres à créer renseignement secondaire des jeunes filles.
La préoccupation des Assemblées
qui, pendant trois quarts de siècle, se
sont succédé en France, avait été de
maintenir la femme dans l'état de mé-
diocrité d'intelligence et de conscience où Pavait trouvée la Révolution française.
C'est à grand'peine que Ton avait consenti à ouvrir à la femme les écoles primaires élémentaires ; en fait, l'éducation, l'état d'esprit de la femme, en étaient, sauf de rares exceptions, restés au même point que sous l'ancien régime.
Il y avait là, à l'égard de la femme, un déni de justice odieux qu'avaient à cœur de réparer des Chambres qui prétendaient restaurer les traditions de la Révolution.
La femme et l'homme appartiennent également à la patrie. La femme, de même que l'homme, a des droits et des devoirs, et s'il est vrai que ces devoirs diffèrent, à raison du rôle que
la nature elle-même assigne à chacun d'eux, ils sont également sacrés. La femme, elle aussi, a droit à sa part de lumière complète, et l'enseignement secondaire créé à son intention a eu précisément pour objet de la renseigner sur l'étendue de ses devoirs, non seulement envers elle-même, mais envers ses enfants qui tiendront d'elle leurs premières impressions toujours décisives, envers la société sur laquelle leur intelligence, leurs sentiments exercent une influence incontestable.
A cet égard l'Église ne s'y est jamais trompée, les Chambres de 1880 non plus; et sans nulle intention d'empiétement et d'usurpation, sans vouloir atteindre autrement les obligations particulières que les différents cultes ont attachées au mariage, ces Assem-
blées ont résolument voulu que la communauté des leçons, l'égalité de lumières acquise aux deux sexes fortifiassent, entre l'époux et l'épouse, cette union intime des volontés aussi essentielle à la dignité de la famille qu'au maintien de l'ordre public.
Les Chambres de 1880 ont donc voulu faire non seulement une loi d'instruction, mais une loi d'éducation.
Il s'est agi pour elles non seulement d'initier la femme à des sciences, à des faits historiques, à cette heure même si étrangement travestis sous couleur de ménager sa faiblesse, mais aussi de tirer du nouvel enseignement un fortifiant moral certain, tel qu'on devait l'attendre d'une Université animée de « l'esprit libéral et démocra-
ET MADAME DE MAINTENON 3j
tique » comme le dit dans son beau livre l M. Marion.
C'est cette nécessité trop évidente de transformer l'éducation de la femme qui a imposé aux Chambres Pinternat dont l'éminent recteur de l'Académie de Poitiers, M. Gabriel Compayré, a dît qu'il était et devait de plus en plus devenir une « école d'éducation ».
Voilà l'enseignement qu'ont créé les Chambres, voilà l'enseignement que l'Université a reçu mission d'organiser et voilà dans quel esprit il doit être donné.
En proposant la loi sur l'enseignement secondaire des jeunes filles nous ne nous dissimulions pas les obstacles que nous trouverions sur notre che-
l. L'Éducation dans l'Université.
min, puisque nous nous attendions aux hésitations de nos amis euxmêmes. Nous avions prévu des résistances obstinées comme les injures des adversaires de la République, et on reconnaîtra qu'elles ne nous ont pas fait défaut. Mais notre grande, et disons-le, notre douloureuse surprise nous est venue de l'Université que nous croyions servir et des hommes dont nous attendions le plus ferme secours. Nous avions, hélas ! le tort de compter sans l'esprit de corps, sans les préventions et les entêtements qui en découlent, sans cette estime particulière de soi qui naît de la fréquentation familière des hommes illustres et des grands siècles. Dans cet état d'âme le respect qu'on porte à certains régimes confine à la jalousie et
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Ton devient, nous l'avons dit, les gardiens d'un Temple. Nous n'aurions vu là, après tout, qu'un accident analysé d'ailleurs et qualifié depuis longtemps, si l'on n'eût ajusté à des apothéoses, parfois irréfléchies, un parti pris de dénigrement contre la loi du 21 décembre 1880. Nous ne pouvions dès lors demeurer indifférent aux thèses si savamment étudiées qui font spécialement de tels personnages du xvn e siècle des guides sans pareils, aussi bien au point de vue de la direction à donner à l'éducation de nos filles qu'au point de vue du gouvernement de leur raison et de leur moralité. Il était alors de notre devoir d'étudier ces modèles, et c'est ce que nous avons fait avec l'application la plus soutenue.
4a l'université
Une figure dominait toutes les autres placée si haut et si vantée que nous devions d'abord craindre de l'approcher. Nous l'avons approchée cependant, interrogée, suivie. Le nuage d'encens qui l'enveloppait s'est dissipé et l'idole nous est apparue avec ses traits naturels, son geste et son accent vrais, avec ses mérites que nous ne contesterons pas et ses défauts que l'on n'a eu garde de nous révéler.
Qu'il soit bien entendu que nous ne nous sommes nullement proposé de considérer M me de Maintenon comme écrivain. Le nombre de ses admirateurs est à cet égard assez considérable pour que notre dévotion personnelle ne soit pas comptée.
Ce n'est pas non plus M me de Maintenon créatrice et directrice de Saint-
Cyr , que nous avons interrogée ; Saint-Cyr, le couvent des couvents, cette geôle des jeunes filles protestantes enlevées à leurs familles et dont on s'efforçait, après leur conversion violente, de faire des religieuses.
Ce n'est pas davantage M me de Maintenon, cette merveilleuse discrète qui, ainsi que le rappelle un savant universitaire, M. Vapereau ! , c a renversé et élevé les ministres, inspiré des choix malheureux de généraux, préparé, en favorisant l'hypocrisie, l'explosion des dévergondages de la Régence », et pris une large part aux affaires, aux persécutions religieuses, notamment à la révocation de l'édit de Nantes. Non.