Éléments de littérature française, t. IJ, p. 430 et suiv
C'est M me de Maintenon offerte à nos hommages comme éducatrice contemporaine et comme ayant eu à Saint-Cyr pour principal dessein de former des femmes d'esprit ouvert, de bonnes épouses, de bonnes mères de famille ; la même que Ton nous donne comme étrangère à la politique, aux querelles religieuses, que l'on a même tenté de faire sortir de l'histoire pour la placer, Egérie bienfaisante du grand Roi, dans le domaine de la légende.
Autrefois, les recueils de littérature en usage dans les lycées passaient sous silence M me de Maintenon.
Autrefois, on enseignait en histoire qu'aux audiences de la Reine non avouée se pressaient ministres, généraux, archevêques et cardinaux; que,
pendant les séances du Conseil du Roi, elle était là, quelque ouvrage d'aiguille à la main ou filant, excellent moyen de tout entendre sans avoir l'air d'écouter, semblant se désintéresser de tout ce qui se disait, marquant son étonnement et répondant avec réserve quand le Roi l'interrogeait sur les personnes et les choses en discussion, alors qu'en réalité, les solutions, avant d'être soumises à Louis XIV, étaient le plus souvent arrêtées entre elle et le ministre compétent. Il en était ainsi notamment pour tout ce qui touchait à la Guerre et aux Finances. On cite les ministres qui eurent le courage de se soustraire à l'ingérence de M me de Maintenon ; leurs jours étaient comptés à ceux-là et ils étaient marqués pour une fin prochaine.
Cette action de M me de Maintenon sur les affaires politiques a été discutée quant à son étendue. Elle n'a pas été contestée ; et des ouvrages revêtus de l'approbation de l'archevêque de Paris et du Pape attestent que M me de Maintenon « a eu longtemps une grande part aux affaires ».
Ce que l'on a toujours admis et pour ainsi dire sans conteste, c'est sa préoccupation tenace d'avoir la haute main sur les choses de l'Eglise ; c'est qu'elle a été, au désespoir des catholiques eux-mêmes, l'un des agents les plus enveloppants, les plus insinuants, les plus perfides de la révocation, de cet Edit criminel et déshonorant qui révoltait la conscience de Saint-Simon, répandit au loin l'horreur de la France et compléta sa ruine.
On ne remarque pas assez que depuis quelques années, sous l'action de divers courants, on tend à refaire l'histoire. La loi sur renseignement secondaire des jeunes filles a eu ce très grand honneur de donner naissance à une M me de Maintenon de convention, en lui assignant une place dans la littérature du dix-huitième siècle, et cette place, on cherche à la lui faire de plus en plus grande.
On a publié des extraits soigneusement triés de ses œuvres que Ton fait précéder d'un éloge où figure, dans un rayonnement d'admiration sans mesure, ce que l'on appelle la pédagogie de M me de Mainteiion. On l'a fait entrer ainsi dans certains lycées; elle y règne et son influence malsaine
gagne de proche en proche tous nos établissements.
Comme Ta dit M. Vapereau dans le remarquable article publié dans la Revue de V Enseignement secondaire des jeunes filles l , et dont ne sauraient trop s'inspirer nos directrices et nos professeurs, on tente, « au mépris des faits et des textes, la réhabilitation de M me de Maintenon, de sa vie, de son œuvre ».
N'est-il pas en effet étonnant de voir cette confidente d'un double adultère, plus tard maîtresse à son tour, puis souveraine toujours sous le masque, portée par un caprice de lettrés trop peu désintéressés, au rang de régulatrice des méthodes et des mœurs,