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nous avons lutté jusqu'à ce jour contre tous les obstacles; nous avons môme réussi à élever cette école au ‘ang de fac ulté de médecine de l'université du collége Victoria, à mériter l'hon
neur de siéger tous comme ses professeurs, dans son sénat, à douner à nos éleves un diplôme qui est recu en Europe à l'égal de celui des autres universités de ce continent, Nous comptions l'hiver dernier cent vingt- sept élèves! Nous possédons une pro -
priété qui vaut près de vingt-quatre mille dollars; nos leçons annuelles en rapportent en moyenne de huit à dix inille! Sur nos vieux jours, lorsque nous sommes sur le point de léguer ce | riche héritage à ceux qui veulent continuer notre œuvre; je
devrais dire à ceux de nos élèves dont nous connaissons les ta -
lents, chez qui nous avons constaté Le goût et l'amour du travail,
et dont l'éducation e lassique et médic ae est pour nous une ga - ; rantie du succès de la continuation de l'Ecole de Médecine, on
voudrait nous faire consentir à l'anéantissement de notre institution, ]
en permettant que l'on change son nom, qu'on lui ermièce son auto - L
nomie el qu'on en passe méme la propriété en mains élrangéres. Cr
sacrifice est au-dessus de nos forces !
sacrifice est au- s de nos foi h q «Nous existons depuis trente -six ans !» cl c'est bien possible ; mais en renonçant à être Faculté de Vic - IL
toria pour devenir Faculté de Laval, l'Ecole ne cesse que pour
renaitre, pour régulariser et ennoblir son existence. si
Quant à l'énergie, au travail, aux luttes, au rang de Faculté de Médecine de l'université du collége Victoria, à l'honneur de siéger dans son sénat, à la valeur des diplômes, au nombre des élèves de l'année dernière, cela ne donne pas le droit de résister Ï au Saint-Siéôge, et tout cela subsistera encore où ne sera trans -
formé que pour le mieux.
Vient l'obstacle de la propriété,
C'est ici que le Docteur est éloquent:— Propriété de vingt d mille dollars! Revenu de huit à dix mille? Sur leurs vieux Jours, quand les professeurs de l'Ecole vont léguer ce riche hé-
rilage à leurs successeurs, à leurs élèves, on voudrait les faire d' consentir à l’anéantissement de leur institution ! a L'Ecole nous rappelle, bien malgré nous, le jeune homme de PL l'Evangile, Lui aussi avait de grandes propriétés ; seulement l'Ecriture ne qi dit pas qu'elles ne fussent pas encore payées, et qu'il ne pouvait r
acquitter que difficilement les intérêts du capital. Lui aussi avait des revenus, mais l'Ecriture ne dit pas, en le voyant reculer, que ces revenus lui étaient assurés s'il en-
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trail ccurageusement dans la noble voie que le Maitre daignait ouvrir devant lui,
En est. il ainsi de l'Ecole? Son terrain est-il payé? L'argent emprunté pour bâtir est-il remboursé ?
Quant au revenu des cours, il res ait aux professeurs de l'Ecole en vertu même de la convention qu'ils ont signée avec la corporation épiscopale, de sorte que la propriété eût-elle été payée, les médecins ne perdaient absolument rien en la cédant,
Et l'on fait sonner si haut le sacrifice de sa propriété ! Ï
Et on en parle sans dire mot de ses dettes, des droits illimités que l'on retenait sur tous les revenus, ni de la perspective de partager encore avec les autres facultés, si jamais elles rapportaient plus que celle de médecine!
Et c’est la grande et généreuse université Laval, c'est leur évéque mème,que les messieurs de l'Ecole de Médecine représentent ainsi l'œil ouvert sur ces misérables cent écus, convoitant leur propriété, disputant aux élus de l'avenir ce riche héritage !
Ces riches de la terre, imaginez qu'on voudrait les faire «con sentir à l'anéantissement de leur institution !»
Mais l'Ecole n'est pas une institution: c'est la faculté d'une institution, une dépendance; depuis quand une faculté se trouve t-elle anéantie en cessant d'être la faculté d'une institution infé rieure pour devenir faculté d'une université beaucoup plus grande et plus noble ?
Changer son nom! s'écrie le Docteur.
Mais l'Ecole n'en a pas, de nom: c'est le nom de l'université du collége Victoria qui la couvre,
Son autonomie !
Mais elle n'en à pas, d'autonomie ; elle n'est qu'une partie d'un tout, une faculté d'une université étrangère où plutôt un appendice de ce qu'on appelle à Ontario une institution not of 4 provincial character, une iustitution wader denominalional control.
Elle ne sera pas moins autonome comme faculté de Laval qu'elle l'est comme faculté de Victoria, sans compter qu'elle rentrera dans l'ordre.
«Ce sacrifice est au-dessus de nos forces !»
Alors les forces des messieurs de l'Ecole ressemblent beaucoup à de la faiblesse.
Et d'où vient cet affaiblissement soudain ? On la bien fait, ce sacrifice, le Lo décembre 1877, et on en était content, et on va tenu pendant sept mois au moins.
Comment le Docteur peut-il s'imaginer qu'on va le croire quand il ajoute :
«Je dirai plus, il ne nous est pas même permis de le faire, L'é cole est pour nous un bien sacre ; elle est et doit être, pour tous les médecins qui y sont venus puiser leur éducation, cette Ale Mater que tous doivent ahmer, respecter, défendre et travailler à toujours faire grandir et rendre de plus en plus florissante ! C'est le patrimoine scientifique, si je puis ainsi me xprimer, de sesélèves, dont les plus distingués de chaque génération, doivent hériter à leur tour. pour continuer à l'enric hir, à Le rendre plus
glorieux et plus'utile. »
Malgré ce langage hiéroglvphique, nous distinguons, pour la premicre fois, un sentiment dont nous sommes bien prèt à tenir compte, Mais c'est nn pur sentiment Or le sentiment passe apres le devoir. Supposé mème qu'on puisse donner le nom d'Ama Mater à une simple Faculté, est-ce que les professeurs et les élèves de l'Ecole ne pourraient pas reconnaitre leur A/n Mauter sous les traits de Faculté de Laval tout aussi bien que sous les traits de Faculté de Victoria? [lv aurait alors sur son front une ombre de moins, des rayons nouveaux, une auréole qu'ils contempleraient avec bonheur, s'ils sont, comme nous aimons à Le croire, sincèrement canadiens, et catholiques avant tout.
Le Docteur a une autre catégorie d'obstacles réputés insurmontables : c'est la liaison intime qui existe, ou existerait, entre l'Ecole et les communautés religieuses de Montréal.
Il nous saura gré sans doute de ne pas le citer sur ce point. Le lecteur, qui peut, an reste, recourir au famenx dis cours, en saura bien assez long quand il apprendra que l'Hôtel - Dieu, l'Hôpital Général des Sœurs Grises, et [a Maternité, ne for ment plus qu'un seul établissement avec l'Ecole de Médecine ; quand il apprendra que toutes ces communautés ont pris l'Ecole sous leur protection et ne veulent pas qu'elle se soumette aux volontés du Saint-Siége ou se rende aux désirs de l'évèque ; quand il apprendra que ce ne sont pas les médecins de l'Ecole qui ont mis tout en œuvre pour prendre ces établissements dans leurs filets, mais que ce sont les Sœurs qui tiennent avant tout à l'Ecole de Médecine ; quand il apprendra que les bonnes
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Sœurs sont convaincues que leur œuvre serait moins utile au public si l'Ecole était Faculté de Laval au lieu d’être Faculté de Victoria ; quand il apprendra que l'Ecole peut parler et disposer des dispensaires tout comme s'ils n'étaient pas l'œuvre des Messieurs de Saint-Sulpice *; quand il apprendra enfin qu'il se fait au dispensaire de la rue Sainte-Catherire une clinique sur la maladie des yeux!
Puisqu’il était en frais «d’attacher ou plutôt d'unir» l'Ecole de Médecine aux communautés religieuses de Montréal et d'arriver, de ce côté, à une de ces afiliations, de ces unions, de ces fusions qu'il aime tant, le Docteur a fait aussi bien de tout dire.
Vous saurez donc, cher lecteur, que «le respectable et vénéré président de l'Ecole est pour ainsi dire un des fondateurs de la Maternité **,»
Comme fondateur pour ainsi dire, le président avait bien le droit de passer tout bonnement cette maison à l'Ecole.
Au reste, les professeurs de l'Ecole se sont montrés bons princes envers l'institution qu'on leur passait : ils l'ont aidée méme
* Les dispensaires ont pourtant été fondés par M. l'abbé Villeneuve, du Séminaire. Ils étaient sous la direction d'un Conseil composé de l’évêque, du supérieur du Séminaire et du président de l'Ecole.
L'année dernière, les médecins de l'Ecole, après avoir conclu avec la Pro vidence certains arrangements habiles, ont voulu faire de même avec les Sœurs Grises. Mais ils comptaient sans une intervention protectrice : on a dit aux sœurs de se tenir sur leur garde et de s'abstenir.
Les dispensaires ont été soutenus par le Séminaire, qui a consacré à cette bonne œuvre $1,163.00 de 1873 à 1874, $1,281.00 de 1874 à 1875, 81,150.00 de 1875 à 1876, 5800.00 de 1876 à 1877, $600.00. à compte, de 1877 à 1878.
Nous ne mentionnons pas les sommes fournies par le charitable M. Villeneuve lui-même.
‘* C'est-à-dire qu'il fut un des premiers médecins de la Maternité ; comme tel, il a rendu service à la Maison et la Maison lui a rendu service : : Do ul des, facio ut facias, facio ut des. Et la Maison emprunta de lui quelques dollars, une ou deux fois, moyennant * ‘‘rêt, à très- courte échéance, échéance qu'elle n’a pas dépassée : contraclus onerosus.
Le lecteur verra si, en pareil cas, l'expression bienfaileur pour ainsi dire ne serait pas assez généreuse,
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pécuniairement * ; ils lui ont facilité son œuvre «en agrandissant son local ** et en faisant face aux quelques dépenses *** en sus nécessaires pour l'admission de leurs élèves. »
Et voilà pourquoi l'Ecole, qui ne fait plus qu'un avec les établissements religieux de Montréal, se trouve empêchée d'obéir à Rome!
Quand l'Ecole signait les deux conventions du 15 décembre, elle ne songeait pas à cet empèchement dirimant! Aujourd'hui, ce n'est pas l'Ecole qui tâche de circonvenir les communautés, ce sont les communautés qui retiennent l'Ecole !
C'est l'Hôtel - Dieu, la Providence, et la Maternité qui ne veu lent pas que l'Ecole se soumette aux volontés de Rome et au désir de l'évêque !
Voici le dernier effort du Docteur :
« Notre école ainsi constituée, notre école avec un champ si vaste, notre école si patronisée, marchant, comme faculté de mé decine de l’université du collége Victoria, sur un pied d'égalité avec ses autres sœurs de la province, que pouvait-elle désirer de plus ! Absolument rien, si ce n’est le remplacement judicieux de ses professeurs à mesure des vides à remplir! Elle a done fait preuve de bon vouloir dans ses pourparlers d'union avec Laval, mais aussi elle a défendu et maintenu énergiquement sa position.
QI faut en effet qu'elle conserve son nom, son autonomie, son indé pendance parfaile et son affiliation avec l'université Victoria, comme Laval a la sienne avec le collége Royal des Chirurgiens de Londres. Il faut que nos élèves puissent dans le cas même de cette union prendre leur diplôme à Victoria. Et l'Ecole veut maintenir tous ces droits qu'elle a acquis au prix de tant de sacrifices et de tra vail, et elle ne peut pas au moment où elle est le plus prospère vouloir se suicider. D'ailleurs Montréal, le fleuron des posses -
* Comment? Nous vous le demandons.
** Cela veut dire que l'École fit construire une espèce de bicoque, à quatre côtés moins un, qu'elle appliqua à la maison des sœurs : c'était pour ses propres élèves. Cette construction, à laquelle les sœurs ajoutèrent un second étage, a servi quelque temps de buanderie, quand les élèves eurent une salle dans la maison mème, et elle s’est affaissée.
Voilà comment on agrandit le local d’une communauté!
** C'est-à-dire un canap*, une table, deux chaises, et un bassin, — à l'usage des élèves, — placés dins une pièce que les bonnes sœurs fournissent et entretiennent.
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sions britanniques en Amérique, Montréal le siége de la haute éducation, la ville aux établissements si importants de tous genres, Montréal ne peut étre sacrifiée, el ne peut étre sous la dépendance de sa cité rivale. Si donc une union cordiale, avanta geuse, honorable et sauvegardant tous nos droits, ne peut pas avoir lieu avec Laval, espérons que la divine Providence mettra le comble à ses faveurs en nous dotant du bienfait d'une univer silé indépendante. Tels sont, Messieurs, les motifs, les espérances qui nous ont guidés !»
Après avoir recommandé au lecteur le raisonnement du pre mier paragraphe, nous passons tout de suite au deuxième.
Nous y apercevons d'abord un mot nouveau : Indépendance parfaite.
C'est le vrai mot, le mot qui explique autant qu'elle peut être expliquée, l'attitude actuelle de l'Ecole.
(Il faut qu'elle conserve son indépendance parfaite. »
Mais est-ce que l'Ecole ne dépend pas légalement de l'université du collége Victoria ?
Oui.
Alors, que veut donc dire le Docteur avec son « indépendance parfaite ?» S'imagine-t-il que l'Ecole va conserver ce qu'elle n'a jamais eu ?
Il s’agit peut-être d’une autre indépendance, qui serait parfaite, celle - là, mais dans son genre.
Oh! cette indépendance nous ne la lui contestons pas. L'Ecole de Médecine est parfaitement indépendante, trop indépendante, relativement aux matières qu’elle devrait enseigner, et à la durée de ses cours, et au nombre des leçons qu’elle donne, et à l’assiduité des professeurs et des élèves, et à la solidité de son enseignement, et à la sévérité des examens, et à l'honneur de ses diplômes !
IL est temps, et grand temps, que ce système d'indépendance parfaite cesse.
Il n’est pas juste que certains élèves s’'exemptent des examens moyennant finance, et qu'ils obtiennent le titre de Docteur en se moquant de leurs professeurs, de leur A/ma Mater, et des rares confrères qui ont eu la naïveté de le gagner.
Oui, il est temps que tout cela cesse : l'honneur des études et le bien du pays l’exigent,
C'est, paraît - il, le moment des surprises.
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