‹ L'Université Laval à Montréal [microforme]Chapitre 4 sur 21 · TES · texte numérisé non relu

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depuis seize ans, — quand la dernière décision ne date que de 1876, et qu'elle s'appuie sur des motifs qui ne peuvent changer, — les services déjà rendus à l'Eglise, les services déjà rendus à la société, et les sacrifices pécuniaires déjà faits par l’université Laval, laquelle doit être soutenue et conservée ; — quand la fon dation d'une université indépendante est déclarée IMPOSSIBLE, l’af filiation des écoles à Laval déclarée IMPOSSIBLE, et l'établissement d'une succursale de Laval à Montréal déclaré le moyen, et l'unique moyen de pourvoir à la nécessité que l'on reconnait ?

Songerait -on à retourner une cinquième fois devant le même tribunal provoquer un cinquième refus ?

Mais l'appel à Rome va-t-il devenir une comédie ?

Les seniences de Rome ne valent-elles plus rien dès qu'elles contrarient nos humbles vues, ou nos folles rivalités ?

Pousserait-on laveuglement jusqu'à raviver des espérances déçues et condamnées tant de fois, qu'elles constitueraient au jourd'hui un signe d'aberration ou de révolte ?

Est-il permis à l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de parler encore d'université «indépendante» à Montréal, quand Rome à quatre fois déclaré qu'elle m'en veut pas ?

Peut-elle encore caresser l'espoir d'une «affiliation » à Laval, quand Rome a jugé solennellement qu'il est (ÉVIDEMMENT 1M- POssIBLE » à Laval de la lui accorder, car cela équivaudrait à l'érection d’une université, pour ainsi dire distincte et indépen dante, que Rome a quatre fois refusée.

Sied-il bien à des journaux catholiques * de reproduire, du moins de les reproduire sans protester, de pareilles visées, aussi dénuées de raison qu'injurieuses au Saint-Siége ?

Au moins si l'Ecole de Médecine et de Chirurgie, si l’orateur officiel de cette école, si les journaux qui recueillent son discours et le répandent partout, — quand ils négligent ou refusent de publier les déclarations d’une institution qui vient au nom de Rome et sous les auspices de l'évêque du diocèse, — veulent en agir ainsi, qu'ils avouent donc franchement que les jugements de Rome ne sont rien pour eux; qu'ils cessent donc de faire parade de leurs beaux sentiments, et qu'ils s’attendent

qu'on leur dise : Soumis au pape, vous? oui, quand cela vous,

convient ; autrement, non.

* Comme la Minerve et le Nouveau Monde.

Jugée et réglée à Rome, la question de Funiversité à Montréal #st encore réglée à Montreal méme, Ce n'est plus une qurstion, conne les messieurs du Nouveau Monde se plaisent encore à l'appeler *, mais un fait accompli, et accompli conformément aux décisions du Saint-Siége,

Avons-nous besoin de rappeler des faits qui nous touchent inimédiatement, que tout le monde à vus et qui sont encore sous les veux de tout le monde ?

Cette année mème, le 6 janvier, à côté de nous, au Grand. Séminaire, en présence de tous les évèques de la province, $S. E- Le délégué apostolique, inaugurait, suivant les volontés du Saint Siése, et au nom du Saint-Siège, la succursale de Funiversité Laval à Montréal **

Mer de Montréal était à ses côtés; tous les évèques de la pro uince ecclésiastique de Québec, pasteurs de léglise canadienne, étaient là, «non. seulement pour répandre les bénédictions sur la nouvelle entreprise, mais encore,» comme s'exprimait alors le vénérable représentant du Saint-Siége, cpour s'engager devant Dieu et devant le peuple à garder toujours pure et brillante fa lumivre que l'Eglise allume ici aujourd'hui. »

Mer Conroy terminoit son discours d'installation par ces pa roles éloquentes :

« Pierre lui-même n'est pas absent de cette belle réunion.

«Quand le vieux patriarche approchait de la fin de sa vie, TEcriture nous dit qu'il se leva sur son lit pour donner aux en fants qui devaient être les pères des tribus d'Israël, chacun leur bénédiction particulière. Aujourd'hui, à Rome, le patriarche de l'Eglise catholique, de son lit de douleur, bénit, une à une, des églises de la chrétienté, chacune d'une bénédiction particu -

* Voir le Nouveau Monde du 15 novembre,

"* Test vrai qu'il ne s’est pas trouvé un seul journal catholique de Mont æéal pour recueillir le beau discours que le délégué apostolique prononça en “cette circonstance solennelle.

Ce discours nous est arrivé par une revue de Brooklin, The catholic Review ; nous l'avons traduit et publié, texte et traduction, dans la bro- <hure intitulée : /nauguralion d: la Facullé de droit de l’université Laval à Montréal.

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lière, Cette bénédiction, il a commandé à mes lèvres, tout in dignes qu'elles sont, de là prononcer aujourd'hui. Donc, en sou nom, et en vertu de sa suprème autorité, je bénis cette nouvelle université. Puissent ceux qui la bénissent être eux mêmes comblés de bénédictions, et puisse de cette université jaillir pendant les âges, de génération en génération, sur la jeu nesse chrétienne, la lumière de la divine vérité !»

Encore une fois, qu'on veuille bien le remarquer:

Cest le délégué du Saint-Siége qui agit et parle ainsi, de con cert avec l'évèque du diocèse, entouré, comme d'une couronne, de tous les évèques de la province,

[l agit et parle au nom du Saint-Siége : il exécute lui- même uu décret supérieur et souverain; car, il ne faut pas s'y tromper, le pouvoir de Mgr Conroy, au lieu d'être discrétionnaire, comme on l’a cru ou feint de le croire, était, au contraire, pres que uniquement exécutif. Le délégué avait ses ordres d'en haut ; la voie était minutieusement tracée devant lui, et tout son rôle se bornait à exécuter avec prudence ce qui était déjà arrèté dans les. conseils de la cour pontificale.

Et quand mème il eût, en présidant à l'inauguration de l’uni versité Laval à Montréal, exercé un pouvoir discrétionuaire, il n’en serait pas moins vrai qu'il faisait alors, comme représentant du Saint-Siége, acte d'autorité, et que cet acte, non désavoué: par le Saint-Siége, se trouve, par là même, authentiquement confirmé aujourd'hui.

Il y a deux mois à peine, le ler octobre dernier, Mgr de Mont réal, qui avait assisté, à côté du délégué apostolique, à la céré monie du 6 janvier, inaugurait à son tour, par une messe solen nelle au vénérable sanctuaire de Notre - Dame de Bon - Secours, et, le soir, par sa présence au Cabinet de Lecture paroissial, lou verture des cours de la Faculté de droit.

Or, comment ne pas voir, dans ces actes de l'autorité diocé saine, la ratification publique et solennelle de ce qui avait ew lieu au Grand Séminaire neuf mois auparavant? Avant même qu’elle eût prononcé un mot, un seul mot, Sa Grandeur en avait dit assez, et plus pw’il n'était nécessaire, pour mettre au nombre des faits accomplis l'établissement de l’université, pour dessiller les yeux des plus aveugles et condamner toute velléité d’oppo sition.

Mais Sa Grandeur à parlé. Et certes, nous sommes bien sûr de n'être jamais démenti par personne, quand nous affirmons

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publiquement, devant tous ceux qui l’ontentendue, que sa parole doin d'avoir été en opposition avec ses actes, — comme on à essayé de le faire entendre, — n'en à été, au contraire, que l'éclatante confirmation *.

Et sil faut préciser d'avantage, quand il s'agit d’un discours prononcé devant un nombreux auditoire, et en un jour encore si pres de nous, nous ajouterons, avec la mème assurance, que Sa Grandeur, quand elle inaugurait la Faculté de droit, le ler octobre, et la succursale, le 6 janvier, prétendait si bien par là se conformer à une volonté supérieure, faire acte solennel d'obéissance au Saint-Siége, et clore à jamais, pratiquement, autant qu'il était en elle, la question de l’université et la longue série des appels de Rome, qu'elle eut soin, pour dissiper sur ce point jusqu’à l'ombre d'un doute, de le proclamer hautement, Ææn répétant après son illustre prédécesseur, à seize ans d'inter valle, en face des réponses de Rome, expressément rappelées : Roma locuta est, causa finita est.

Sa Grandeur ajoutait, avec une noblesse de sentiments qui devrait, à elle seule, entrainer tous les cœurs :

«Le Souverain Pontife, notre chef, le chef de votre évêque comme le vôtre, a décidé que ce qu'il fallait à Montréal, c'était une succursale de l'université Laval,

— Je comprends que si l'on veut commander avec avantage, il faut d'abord savoir obéir.

— J'ohéis.

— L'évèque doit donner lPexemple à son peuple; les discussions sont finies, la question est réglée: il y a plus de cause dès que Rome a parlé.

— Eh bien! messieurs, nous avons une succursale de l’université Laval. Déjà la Faculté de théologie a commencé son seuvre. Aujourd'hui nous inaugurons les travaux de la Faculté de droit, et j'espère que la Faculté de médecine ne tardera pas longtemps à ouvrir ses portes.

— C'est donc avec bonheur que j'ai assisté ce soir à cette inauguration : c'est avec plaisir que j'ai constaté publiquement 4que pour obéir au Souverain Pontife je n'ai pas d'efforts à faire ; que ce n'est pas un antagonisme qui surgit entre la ville de Montréal et la ville de Québec, mais que c'est un nouveau lien

* Voir le discours de Sa Grandeur reproduit dans la brochure intitul'e : Ænauguralion de la Facullé de droit de l'université Laval à Montréal, page 25.

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qui unit ces deux villes, et, espérons-le, un lien qui ne se brisera jamais. »

Nour avons done mille fois raison de dire que la question de l'université Laval à Montréal est une question réglée et à Rome et au Canada; non -senlement une question réglée, mais un fait accompli.

Oui, c'est un fait accompli, et tant mieux!

Certes, nous ne nous croyons pas plus catholique que les autres et nous n'avons jamais spéculé sur les protestations pu bliques d'orthodoxie, ou de respect pour les décisions du Saint- Siége; mais nous avons, Dieu merci, assez de bon sens chrétien pour dire, et le croire quand nous le disons :

Ce que Rome et l'évêque du diocèse, en conformité des décisions de Rome, donnent à Montréal, c’est le meilleur que Montréal puisse désirer ; et cela nous suffit, à nous, non-seulement pour l’accepter sans répugnance, mais encore pour l'accueillir de grand cœus, avec empressement et gratitude.

Cependant il y a d'autres motifs de se réjouir quand luniversité Laval, dilatant ses tabernacles, vient, sous la protection de l'Eglise, dresser ses blanches voiles au milieu de notre ville,

Nous saluons en elle non-seulement une institution fondée sous les auspices réunis de l'Eglise et de l'Etat, non-seulement la plus haute institution du pays, mais encore une institution noble, savante, généreuse, riche, indépendante, nationale, dé vouée à la patrie, glorieuse à l'étranger, et, de plus, essentielle ment canadienne, Ajoutons, — ce qui vaut encore mieux que tout cela, ou plutôt ce qui le suppose et le couronne, — visible ment estimée, aimée, protégée, favorisée du Saint-Siége,

Il nous serait agréable de développer chacun de ces points, mais bornons-nous au dernier, sur lequel nous ne dirons que quelques mots.

Oui, le Saint-Siége estime, aime, protége et favorise luniver sité Laval.

Nous venons de le voir. Admirable secret de la Providence ! chaque appel à Rome n'a été pour cette institution que l'occasion d’un nouveau triomphe.

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Le dernier de ces jugements lui apportait, avec l'assurance d'une constante protection de la part de l'Eglise, un glorieux témoignage tombé des lèvres des Eminentissimes et Révéren dissimes S$S, cardinaux et ratifié par Pie IX, le seul témoignage qu'elle ait jamais ambitionné : celui des sacrifices généreux, celui des services rendus à l'Eglise et à la société. Et c'est là pré cisément la raison pour laquelle, aux veux de Rome, l'université Laval doit étre soutenue et conservée, protégée contre toute con currence qui Compromettrait sa vie, et en particulier contre celle d'une université distincte et indépendante *,

Häâtons - nous d'arriver à l'événement connu sous le nom d’£ rection canonique de l'université Laval.

Qui ne comprend la signification et l'immense poriée de ce grand acte du Saint - Siége érigeant canoniquement l'université Laval? — ce grand acte par lequel le Souverain Pontife Pie IX, abaissant du haut de la chaire de Pierre, un regard mêlé de sol licitude et de compassion sur cette jeune université canadienne, exposée à la fureur des vents qui désolaient nos plages, la prend de ses mains puissantes, au milieu des flots en courroux et au fort même de la tempète, pour la plaecr à sa droite, sur le roc ainqu-ur des orages, au milieu de ces royales institutions qui font la gloire des nations civilisées et l’ornement de l'Eglise.

Oui, c’est le spectacle, le grand spectacle qu'offre à nos yeux le Vicaire de Jésus - Christ et la grande leçon qu'il nous donne.

Père tendre et compatissant, il à mieux connu, plus géné reusement voulu qu'eux - mèmes, et souverainement protégé les intérèts et l'honneur de ses enfants lointains.

Oh! puisque Dieu a fait guérissables les nations de la terre, -ouvrons donc nos yeux à la lumière et nos oreilles aux victorieux accents de la vérité, aux 1vertissements solennels de celui que Jésus - Christ a constitué son Vicaire en ce monde **.

Pie IX déclare d’abord que parmi les sollicitudes variées de sa charge, il en est une qu'il accepte volontiers, celle de fournir, en tout lieu, aux intelligences désireuses de se livrer à

* Voir Leltre de S. E. le cardinal Franchi, du 9 mars 1876, reproduite dans la brochure déjà citée, page 35.

** La bulk d'érection canonique de l’université, — /nler varias sollicilu dines, —est adressée à Mgr l'archevèque et aux autres évêques du Canada, au recteur et autres professeurs de cette institution, et datée du 15 mai 1876.

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sil l'étude des lettres, le moyen de s'en rendre facilement maitresses. Il fait connaitre ensuite le motif qui l'anime, en mème temps qu'il assigne à la science sa noble mission: détruire entièrement, si c'est possible, les erreurs qui naissent le plus souvent de l'ignorance des lettres et qui défigurent la doctrine sacrée de la République chrétienne,

«Or, cet objet, ajoute le Pontife, l'expérience nous apprend que les universités ont puissamment concouru à l'atteindre. »

Alors, portant ses regards du côté de l'université Laval, il constate que depuis longtemps l'archevèque et les autres évêques du Canada lui avaient fait exprimer le vœu de voir ériger canoniquement une université catholique dans la ville de Québec.

Cette affirmation souveraine, on. voudra bien le remarquer, donne une entière certitude et ajoute une grande portée au fait, déjà plusieurs fois prouvé, que nous rappelions plus haut, sa voir: que l’université Laval a été établie avec l'approbation, donnée en connaissance de cause, de Nos Seigneurs les évèques de la province.

Il ne restait plus qu'un mot à dire pour consacrer la noble origine de cette université et donner à son berceau l’auréole qui convient à une institution catholique; ce mot est écrit: Pie IX témoigne, en effet, que, pour la fonder, le vénérable Séminaire de Québec «s'était assuré du bon plaisir du Saint-Siége et du plein appui du pouvoir civil.»

Avant de prononcer le décret souverain, le Pape expose ainsi les faits qui se rattachent à la ville de Champlain, et à la noble institution qu'il va consacrer :

« Par le témoignage de Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine attachés à la Sacrée Congrégation préposée à l'extension du nom chrétien et réunis en assemblée générale Le 8e jour de mai 1876, Nous Nous sommes assuré de la certitude des faits suivants, à savoir: la ville de Québec doit être regardée comme la Métropole de la religion catholique dans l'Amérique Septentrionale, puisqu'elle est la mère de soixante dioceses; cette ville offre un accès facile aux habitants de toutes les parties du Canada ; l'Université dont on demande l'institution canonique est abondamment fournie de très - vastes édifices, dignes d’admiration par l’art qui y préside et par la grandeur des frais qu'ils ont occasionnés; de plus elle renferme ne riche bibliothèque, des musées variés et très - bien montés, capables d'aider à l'acquisition des sciences de tout genre ;

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pleins de sagesse, dont plusieurs ont puisé la doctrine ei même dans la ville des saints apôtres Pierre et Paul, dans Notre Uni. versité Grégorienne de la Société de Jésus et dans les classes de Saint - Apollinaire ; elle à produit les fruits Les plus excellents et pour la religion chrétienne et pour la société civile elle-même, en protégeant les jeunes gens contre la corruption des mœurs, par la construction de vastes édifices où ils demeurent sous la surveillance et la discipline de prètres expérimentés ; elle laisse à espérer des avantages plus grands encore el pour la religion et pour les bonnes mœurs, »

Arrôtons-nous un instant.

Voilà un nouveau témoignage plus solennel et plus accentué que tous les autres, déjà si forts: le témoignage des cardinaux de la sainte Eglise romaine, agréé par le Souverain Pontife, et, par là même, souverainement confirmé,

Quant aux points que ce témoigmage embrasse, il était peut être difficile d'en trouver de plus nombreux et de plus hono rables, nous ne disons pas seulement pour l'université Laval et la ville de Québec, mais encore pour le pays tout entier,

Quel honneur plus grand le Souverain Pontife pouvait. il faire au Canada que celui de donner à l'ainée de ses villes, à sa vieille capitale, à l'âme même de ce qui fut la Nouvelle: France, le titre de «Métropole de la religion catholique dans l'Amérique Septentrionale ?»

Quel honneur aussi, pour un jeune pays, que celui de posséder une institution dont le pape lui-mème daigne apprécier la richesse !

Mais ce n'est pas encore à ce qui nous touche de plus près, car un pays ne vit pas seulement de son passé, ni mème de la splendeur matérielle de ses institutions, quelque nobles qu'elles soient. Ge qui l'honore le plus, ce qui le rassure et lui permet, à bon droit, d'envisager l'avenir avec une entitre confiance, c’est d'entendre proclamer, de la bouche même du Chef de l'Eglise, que la royale institution qui eouronne toutes ses autres insti tutions est «soumise au gouvernement et à la direction d'hommes pleins de sagesse, »

Le mot sagesse, pris dans toute l'étendue de sa signification, comprend ici, d'une manière particulière, la doctrine; car le Saint Père, en appelant Les directeurs de l'université des hommes pleins de sagesse, ajoute immédiatement, pour confirmer son témoignage et en indiquer la portée :

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«Dont plusieurs ont puisé la doctrine iet mème, dans la ville des saints apôtres Pierre et Paul, dans Notre Université Gré gorienne de la Société de Jésus et dans les classes de Saint Apollinaire, »

Cette circonstance, — que plusieurs professeurs de Laval ont puisé leur doctrine aux universités romaines, — signalée avec honneur dans la bulle, avait déjà frappé les esprits réfléchis, Ils se disaient : Quelle meilleure garantie peut-on désirer que celle d'études sérieuses faites au cœur môme de la catho licité, dans les grandes institutions qui se groupent avec hon. neur autour de la chaire du successeur de Pierre, pour dis tribuer, sous ses yeux, sous sa haute direction, sous sa vigilante surveillance, le pain de la saine doctrine, non -seulement à la jeunesse romaine, mais encore à celle de tout le monde ‘atholique : et adolescentes li qui ad germanam sapientiam sibi comparandam undique in urbem conveniunt, catholicae Religionis dogmata et disciplinam heic prius perdiscerent, dein per varias qua patet Orbis regiones et docerent verbis et cremplo moribusque confirmarent? Quel signe plus certain de capacité et d'orthodoxie que ce grade octroyé au nom du Saint Pere, par les meilleurs maitres en Israël, et obtenu après un cours com plet: post absolutum universae:theologiae cursum ; après l'émis sion d’une profession de foi solennelle où le nouveau docteur se lie par serment à garder et défendre les dogmes de lEglise : emissa fidei professione, idem N... gravissimo sese obstrinxit iuramento ad Évelesine catholicae dogmata ubique ac semper tuenda el confirmanda ? Quelle meilleure lettre de créance, entin, que ce diplome qui emporte, entre autres priviléges, le droit spécial et illimité d'enseigner la doctrine dans toute l'étendue de l'univers : ius theologiae ubique gentium tradendae, quod inter celeras aucto ritates illi nune polissimum accedil *?

Voilà ce que disaient les hommes réfléchis: le Pape leur a donné raison.

Comme trait final, le Pontife romain constate que l'université Laval a produit «les fruits les plus excellents et pour la religion chrétienne et pour la société civile ;» il sanctionne l’établisse ment de ce Pensionnat, qui n'a pas été suffisamment apprécié parmi nous, et il daigne reconnaitre que l'université «laisse

* Extraits du diplôme de Docteur.

espérer des avantages plus grands encore et pour la religion et pour les bonnes mœurs,»

Tous ces témoignages empruntent une nouvelle force du fait mème qu'ils sont ici donnes comme autant de considérants pour expliquer et justifier le décret,

Enfin le Souverain Pontife prononce :

«A ces causes, Nous avons décrété d'ériger, d'instituer et de confirmer la susdite Université canoniquement, sur les mômes bases, aux mômes titres et avec la mème importance que les Universités les plus célébres,»

Nous ne comimentons point,

Le Pontife ajoute immédiatement :

«Suivant le désir de Nos mêmes Vénérables Frores, Nous voulons et décrélons que cette institution soit faite avec les clan ses suivantes, savoir: le Protecteur de la dite Université sers Le Préfet pro tempore de la susdite Sacrée Congrégation de la Propagande, fonction remplie aujourd'hui par Notre Fils Chéri Alexandre Franchi, Cardinal Prètre de la Sainte Eglise Rornaine, du titre de Sainte-Marie 44 Trastevere ; lArchevèque de Québec remplira la fonction de Chancelier Apostolique ; la dite Université jouira du pouvoir de conférer les honneurs du Doctorat et les autres degrés académiques inférieurs dans chacune des facultés, suivant les regles ordinaires des Universités ; la haute surveillance de la doctrine et de la discipline, c'est-à-dire de la foi et des mœurs, sera confiée à l'Archevèque et à tous les Evèques de la Province de Québec ou du Bas- Canada ; quant au reste, tout devra être réglé d'après la sentence de la Sacrée Congrégation de la Propagande prononcée le Ler février 1876, et d'après les lois mêmes de l'Université, lois dont une longue expérience a prouvé la sagesse et l'utilité,»

Comme on le voit, le Souverain Pontife, en faisant l’insti- «tion canonique de l’université Laval, veut et décrète au même titre plusieurs clauses : qu'elle aura un Protecteur dans la per sonne du Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande ; un Chancelier Apostolique dans la personne de l'archevêque de Québec : un gardien vigilant «de la doctrine et de la discipline, c'est-à-dire de la foi et des mœurs,» dans la réunion du corps épiscopal de la province de Québec.

Il y a donc là, comme s'exprimaient les Eminentissimes car. dinaux de la Propagande, d’un côté un avantage pour l'université, de l'autre une garantie pour tous, pasteurs et fidèles, et conséquemment une nouvelle preuve de lextrème sollicitude de l'Eglise pour la plus haute institution de notre pays.

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Certes, apres cet acte du Saini- Siége, à la vue de ces auues qui veillent en son nom à la garde du sanctuaire de la science, nous pouvons bien le dire hautement: Si jamais l'université Laval laisse pair la lumière qui brille à son foyer, où se refroidir dans son soin le feu qui l'anime, elle sera Bien coupable ; de mûme qu'elle serait bien pasiflanime, Le jour où elle sentirait son cœur défaillir où ses espérances chanceler. Mais, nous le dirons aussi avec la mème franchise à ces hommes, — S'il y onu, — qui se croiraient encore permis, non pas de suspecter li doctrine de l'université Laval, même pour Favenir, mais simplement de lui refuser leur confiance, nous leur dirons: [y a une prudence qui est un aveuglement, et une foi que Jésus-Christ a trouvée trop modique, Pourquoi êtes-vous si timides, quand vous savez que c'est l'Eglise qui dispose tout, et qu'elle est généreusement assistée par la divine Providence, môme dans les actes où l'on pourrait absolument la croire failible ?

Mais ce n'est pas tout.

Le Souverain Pontife veut et décrète une cinquième clause, en ces termes :

«Quant anx autres points, tout devra se régler conformément à la sentence de la Sacrée Congrégation de la Propagande, pro noncée le Ler février 1876, conformément aux lois de l'université elle -imûme, lois dont une longue expérience a prouvé la sagesse et l'utilité,»

Sans oublier l'éloge que le Saint Père fait ici des règlements de l'université, nous constatons d'abord que la décision de la $, GC. de la Propagande du ler février 1876 n'est pas seulement une décision, mais un jugement, une sentence,

C'est le Saint Père qui la qualifie ainsi dans une bulle.

Nous constatons encore que le Saint Père, après l'avoir déjà approuvée, dans toutes ses parties, le 13 février 1876, la sanc tionne aujourd'hui, dans la même bulle, avec plus de solennité ; qu'il la ratifie; qu'il en fait spécialement l'expression de sa vo lonté ; qu'il va jusqu'à l'élever à la hauteur d'un décret ; « N.5s voulons et décrétons, etc.;» et ce décret, ou, si l’on veut, cette clause voulue et décrétée est ainsi voulue et décrétée au même titre que les autres, — celles qui concernent le Protecteur, le Chancelier, le Conseil de haute Surveillance, — c'est - à - dire comme loi: ea lege, et cela généralement pour tous les points de la sentence qui se trouvent en dehors de ce aui vient d’être

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explicitemant indiqué : «Zn ceteris vero omnia esse moderanda iuxta sententiam Sac. Congregationis de Propaganda Fide editam die I februarii 1876.»

Qu'on vieune dire maintenant que cette sentence tout, que la décision plus où moins théorique d'une congreéza -

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tion romaine !

C'est peut-être le temps de la mieux connaitre et d'écarter une difficulté,

Quelques - uns de ceux qui ont bien voulu nous lire jusqu'ici auront sans doute été surpris de voir que nous donnions tant de portée à cette mémorable décision, surtout en ce qui concerne la succursale de Laval et les bases sur lesquelles on doit s'appuyer pour l'établir,

Nous savons qu'elle n'a pas paru à certaines personnes aussi expresse et aussi obligatoire qu'à nous.

I n'y a pourtant qu'une manière de la comprendre, sur ce point comme sur tous les autres.

Non, les dispositions contenues dans le jugemeut de la $.C. de la Propagande du ler février 1876, et relatives à l'établissement de la succursale de l'université Laval à Montréal, ne sont pas, pour ceux qu'elles concernent, simplement facultatives. Tout bien considéré, elles s'imposent à quiconque sait lire et peser les choses.

Considérons que dans ce jugement le Saint-Siége reruse d'abord, et pour la quatrième fois, la permission d'ériger à Mont réal une université distincte et indépendante, par la raison qu'un HT projet est IMPossIBLE ; et il est IMPOSSIBLE, parce que cette fondatien compromettrait l'existence mème de l'université Laval, laquelle port ÊTRE SOUTENUE ET CONSERVÉE.

Cependant, tout en refusant à Montréal une université indépendante, le Saint-Siége reconnait trois choses : la NÉGES sITÉ de pourvoir en quelque manière à l'instruction supérieure des jeunes gens de cette ville qui ne peuvent fréquenter luniversité Laval, la Nécessiré d'empêcher que les écoles de droit et de médecine existant dans la mème ville ne continuent d'ètre afiliées à des universités protestantes, la NÉCESSITÉ d'empêcher

* Reproduite plus haut, page 9.

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que les étudiants catholiques ne fréquentent de telles universités. Voilà donc, aux yeux de Rome, une triple nécessité,

Comment y pourvoira -t-0n ?

Ce ne sera pas au moyen d'une université indépendante : Rome la refuse pour des raisons supérieures; —ce ne sera pas au moyen des écoles (ou de l'école) qui existent, puisque Rome trouve NÉCESSAIRE, non - seulement d'empêcher que ces écoles ne continuent d'être afliliées à des universités protestantes, mais encore de pourvoir, tout comme si elles n’existaient pas, à l'ins truction des jeunes gens qui ne peuvent fréquenter luniversité Laval ; — ce ne sera pas au moyen de laffiliatien de ces écoles à Li. val, puisque Rome la déclare ÉVIDEMMENT IMPOSSIBLE,

Encore une fois, comment pourvoira-t-on à cette triple Xé- CESSITÉ ?

[n'y a qu'un expédient, un seul.

est Rome qui le dit : établir à Moutréal une succursale de l'université Laval.

Eh bien! nous le demandons :

Quand Rome déclare : — Il y a chez vous une triple NÉCESSITÉ à satisfaire : NÉGESSITÉ de pourvoir en quelque manitre a l'ins truction supérieure des jeunes gens qui ne peuvent fréquenter l'université Laval à Québec; NÉcEssITÉ d'empêcher que vos écoles {ou votre école) ne continuent d'être affiliées à des universités protestantes ; XÉcEssiTrÉ d'empêcher que los étudiants catholiques ne fréquentent de telles universités, Or, pour y pourvoir, vous n'avez qu'un expédient devant vous, ua seul, lequel n'est ni dans la fondation d'une université distincte et indépendante, ni dans l'affiliation de vos écoles à Laval, ni, à plus forte raison, dans l'affiliation de vos écoles à des universités protestantes, affilia tion que j'ai déclaré nécessaire d'empêcher, ni dans vos écoles isolées, ni enfin dans les universités protestantes : il se trouve, et uniquement, dans l'établissement d'une succursale de Laval, — nous le demandons, peut-on soutenir, avec une ombre de raison, que cet établissement soit facultatif ?

Mais quand il s'agit de pareilles nécessités, est on moralement libre d'accueillir ou de rejeter le seul moyen qu'on ait d'y pourvoir ?

Rome pouvait elle dire : C’est une NécEssiTÉ d'atteindre tel

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