‹ L'Université Laval à Montréal [microforme]Chapitre 9 sur 21 · COL · texte numérisé non relu

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vous connaitre la raison de ce prodige ? Creusez jusqu'à la base et vous y trouverez une pierre fondamentale: lunité, Voilà le secret de sa force, non-seulement dans l'ordre surnaturel, mais encore dans l'ordre naturel et humain,

L'Eglise est la plus forte organisation du monde, parce qu'elle en est la plus une,

Fondée sur l'unité, elle se prolonge dans le temps et dans l'espace, toujours La môme, une, quoique universelle, où plutôt réellement universelle parce qu'elle est une,

I y a done tout sujet de se réjouir et d'espérer, quand'on voit la première institution du pays, —dle sanctuaire de l'éducation supérieure, — établie sur Funité, à l'instar de l'Eglise, et tellement fixée dans lFunité, que, sans quitter le foyer ardent où elle puise la vie, elle se porte, elle aussi, au loin, toujours Ta mème, ou plutôt se dilate, sans rien perdre ni de son unité, ni de ses propriétés, ni de sa force,

L'unité, c'est lémulation, mais une émulation douce et géné reuse, comme il convient aux membres et aux élèves d'une mème université,

Cette émulation n'aura d'autre motif que l'intérêt des études et l'honneur de l'institution,

L'unité, c'est le maintien des Règlements, « dont une longue expérience, dit le Saint-Siége, a prouvé la sagesse et l'utilité, »

L'unité, c'est le respect des Statuts qui règlent la collation des diplômes, statuts consacrés par les universités les plus cé lébres et spécialement imposés par le Saint - Siége,

L'unité, c'est l'honneur des degrés académiques.

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L'unité c'est la force des études,

Avec une seule université sans concurrence ni rivalité, per sonne ne sera tenté de diminuer la durée des cours ou le nombre des leçons, ni de faciliter de plus en plus l'accès aux degrés, en vue d'attirer de son côté un plus grand nombre d'élèves.

En supposant même qu'on fût disposé à le faire, les règlements qui lient chaque faculté, qu'elle enseigne à Québec ou à Montréal, y mettraient un obstacle insurmontable,

Rome à même pourvu sur ce point capitai aux éventualités de l'avenir, quand elle a dit:

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«Là où l'on reconnaitrait la stricte née ssité de faire quelque changement, que cela se fasse sans préjudice ni au merite de Laval, ni à l'instruction des jeunes gens, en rendant plus facile et plus prompte l'obtention du Doctorat, »

L'unité, c'est La distinction du mérite, le découragement de l'ignorance et de l'incapacité,

L'unité, qui fera la gloire des hautes études, élévera par là môme le niveau de l'instruction secondaire, si, comme il est ! impossible d'en douter, les solennels accents du Saint-Siége sont i entendus daus la province de Québec et dans le pays tout entier: l

«Nous exhortons fortement les évèques de la province de ] Québec à faire en sorte que leurs séminaires et colléges soient I affiliés à l'université Laval, qui a fourni tant de preuves de sa saine doctrine et de l'intégrité de sa foi; afin que les élèves soient de mieux en mieux préparés à fréquenter cette institution,»

«Nous recommandons aussi à tous les archevèques et évèques l de la Puissance du Canada, de faire leur possible pour envoyer à ces université les jeunes gens de bonne espérance qui pourront

v ! .re leur cours d'étude,»

Nous laissons au lecteur là: soin de mesurer, s'il en est ca- p pable, l'effet de cette immense conspiration de toutes les volontés, le pour le progrès des études et, par conséquent, pour le bien et g

l'honneur de la patrie,

Entrons maintenant dans ce que nous pourrions appeler la es seconde partie de notre travail : la réfutation. l Il nous en coûte assurément de fermer nos yeux aux grands l spectacles et nos oreilles aux solennels accents de Rome, —sans di oublier toutefois ni les uns ni les autres, — pour aller rencontrer, Pi dans les voies où ils s'engagent, des hommes appelés à marcher ce en avant, à la lumière qui vient d'en haut, dans le chemin royal p' que Rome nous ouvre et qu'elle nous presse de suivre, m, Il le faut cependant. é

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Ce n'est pas notre faute, si le secrétaire de l'Ecole de Médecine co et de Chirurgie de Montréal a rendu nécessaire cette partie de o!

notre travail.

Il faut bien rétablir les faits et dissiper les nuages.

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Nous réunissons dans la môme réfutation le discours du Dr d'Orsonnens et l'écrit d'Un médecin du Nord, parce que ces deux pieces d'éloquence se ressemblent, où plutôt parce que l'une est presque uniquement la reproduction de Fautre,

Jainais il n'a été plus vrai de dire: Tel maitre, tel disciple,

On voitelairement que ce dernier, formé à l'école de l'ipse dirit, aime ses chaines et qu'il ne songe pas encore, malgré sa faconde, à reconquérir cette noble Hiberté de jugement qui convient à l'homme mûr et aux sujets sérieux, Dispensé de raisonner par lui-môme, il se garde bien de contrôler les faits, ou d'exercer la moindre critique,

Il est écho, et voilà tout,

ne sera done pas blessé si nous le laissons quelque peu à l'écart, et dans l'ombre, pour réserver la parole au maitre,

Le discours de M. d'Orsonnens, -— ou discours officiel de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, —se divise en deux parties distinctes, l'une où il s'agit des relations de l'Ecole avec les autorités ecclésiastiques et l'université Laval, l'autre où il s'agit de la noble profession de médecin.

Nous n'examinons que la première, — la seule qui concerne le sujet actuel, —en suivant, pour plus de clarté, nous ne disons pas ordre, mais la marche adoptée par lorateur lui-même. l'ordre, l he adoptée par l'orateur lui-m

Après un exorde pompeux où il parle du rôle honorable dont il est chargé, du plaisir qu'il y a pour les anciens professeurs de l'Ecole «de voir encore leurs élèves revenir se grouper auprès de leurs chaires, » de «la bonne conduite,» du «travail énergique, » de la «constante assiduité» de ces derniers ; où il rappelle «ce passé si sage, ce temps si bien employé, » qui seront pour eux, cette année, une assurance de succès plus grands encore, » et pour les professeurs, «une garantie certaine de travail et de moralité parfaite de la part des nouveaux élèves ;» où il ex prime le bonheur qu'il éprouve à voir l'Ecole de Médecine et de Chirurgie couvrir ses portes pour la trente -sixième année consécutive à notre jeunesse si studieuse ;» où il jette enfin, avec orgueil, un regard en arrière pour contempler le nombre de médecins distiigués que l'Ecole a déjà formés, l’orateur, ravi

d'admiration, emporté par l'enthousiasme au point de sacrifier

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aux sentiments qui l'obsèdent jusqu'aux lois les plus absolues du langage *, aborde ainsi la triste réalité :

«Eh bien! messieurs, cette Ecole si fière de son passé n'est pas moins anrieuse pour son avenir, car elle existe encore, lt mème de nom, la même par ses professeurs, la mème par les établissements religieux qui lui prètent leur important con - COUPS, »

Pardonnons à l'orateur trop ému cette incohérence d'idées,

Ce n'est pas tous les jours, assurément, qu'on offre ainsi le spec tacle d'une école qui ouvre ses portes pour la trente-sixième année consécutive, aussi anrieuse pour son avenir qu'elle est ficre de son passé, et cela parce qu'elle existe encore, et qu'elle existe encore la mème de nom, la même par ses professeurs, la môme par les établissements religieux qui lui prètent leur im portant concours.

Cependant il y a dans cet étrange tableau plus de vérité que l'orateur lui-même ne pense.

Oui, l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal a bien raison d'être aussi anxieuse pour son avenir qu'elle est fière de son passé, et de reconnaitre en même temps que ses anxiétés naissent du fait qu'elle existe encore aujourd'hui la même; car si elle existe encore aujourd'hui la mème, la même de nom (Faculté de médecine du collége Victoria), la même par ses professeurs, la même par les établissements religieux qui lui prêtent leur concours, et ajoutons, ce que lorateur n'ose pas encore avouer, la mème par son affiliation à l’université pro testante de Cobourg, c’est bien réellement en opposition aux volontés clairement manifestées du Saint-Siége, aux engage ments solennels qu'elle à pris envers l'autorité ecclésiastique et envers l’université Laval, ainsi qu'aux actes subséquents qu'elle a solennellement posés.

Il n'en faut pas plus, sans doute, pour assombrir l'horizon, et justifier les cruelles anxiétés qu’elle éprouve.

‘ Ilest bon d'avertir que n’examinant ici le discours de M. d'Orsonneus qu'au point de vue des idées, nous sommes par là même dispensé d'en faire la critique littéraire. C'est heureux, car nous blesserions peut-être des susceptibilités respectables ou des sentiments trop naturels pour être heurtés. Nous ne prendrons pas mème la peine de signaler les nombreuses incorrec tions dont il est rempli.

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Elle ne saurait, en effet, envisager de sang froid et sans remords d'un côté le décret souverain du Saint: Siége, qui ne veut pas qu'elle continue d'être affiliée à une université protes tante, et de l'autre côté les deux actes authentiques, signés par tous ses membres et scellés de son sceau, par lesquels, dans un moment d'heureuse inspiration et d'obéissance, ils abdiquaient tous entre les mains de l'autorité ecclésiastique, conformément aux vœux de Rome, et s’effaçaient comme professeurs de la faculté Victoria, —sans rien perdre assurément, — pour reparaitre comme professeurs et membres de la Faculté de médecine de l'université Laval à Montréal, la seule faculté autorisée, la seule voulue, la seule appelée par le Souverain Pontife, à l'exclusion de toute autre,

Ce décret et ces documents sont là, mais avani de les élever en face de l'Ecole de Médecine, — «qui existe encore aujour d'hui la môme,»— laissons parler quelque peu le docteur.

S'adressant aux élèves, il leur dit:

«Vous vous attendiez peut-être à une métamorphose com plète, du moins à un changement considérable, Mais bénissons la divine Providence, qui toujours conduit les événements pour notre plus grand bien !»

Oui, et qui permet le mal aussi.

Mais écoutons,.

«Des pourparlers, il est vrai, je dois l'avouer, ont eu lieu avec es autorités ecclésiastiques, des démarches prises môme avec l'université Laval, mais encore sans résullat définitif! Des ques tions vitales, qui ne sont pas résolues, w'arrêtent que momen tanément, du moins osons l’espérer, l'entente cordiale et la marche que se proposent les deux parties contractantes. Espé rons que le temps, ce grand maitre qui décide de tout ici- bas, que la réflexion, qui doit toujours mürir sagement les démarches sérieuses des corps, comme celles des individus, espérons de plus méme encore que Pinstitution la plus forte, la plus comblée de faveurs, aura la magnaninoté de céder à celle qu'elle peut peut étre regarder pour le moment comme la plus faible.»

Quoi! seulement des pourparlers et des démarches! Certes, on est bien modéré dans l'expression et bien circonspect tout à coup. Sans doute, il y à eu des pourparlers, entre l'E cole et les autorités ecclésiastiques, des démarches aussi, sinon «prises,» du moins faites, de part et d'autre, entre l'Ecole et Laval: c'est ce que tout le monde sait et il était bien inutile de venir nous en informer, — Mais est-ce bien là tout ?

Des pourparlers, des démarches, «encore sans résultat défi nitif !»

Mais est-ce que ces pourparlers et ces démarches n'ont pas abouti à quelque chose de très - pratique et d'absolument définitif dont on n'ose point parler ?

Si l’on en croit les messieurs de l'Ecole de Médecine, tout s'est réduit entre l'Ecole, Monseigneur de Montréal et l'Université, à des pourparlers, à des démarches, sans aucun résultat définitif.

Le docteur le déclare publiquement, officiellement, et l’asser tion fait son chemin.

Eh! bien, il est temps que le publie le sache, c’est là une erreur.

A part les pourparlers et les démarches, et comme résultat définitif de ces pourparlers et de ces démarches, il y à eu bien réellement deux conventions, l'une entre l'Ecole de Médecine et Monseigneur de Montréal, ou, si l’on veut, la corporation épiseopale, l’autre entre l'Ecole de Médecine et l'université Laval,

Ces deux conventions furent écrites, bien et dûment signées, le 15 décembre 1877, et par la corporation épiscopale et par l'université Laval, et par le Conseil de l'Ecole *, puis scellées, pour qu'elles fussent plus authentiques, des sceaux de la corporation épiscopale, de l'université Laval, de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie,

La convention signée entre Mgr de Montréal et l'Ecole réglait, d'une manière définitive, toutes les questions de propriété, de revenu, de salaire, le mode de payement des salaires, tant pour le présent que pour l'avenir, ainsi que l'entrée de deux nouveaux professeurs, et même le sort du docteur d'Orsonnens en particulier.

Par cet acte mème l'Ecole de Médecine abdiquait pour se trans former et &evenir la Faculté de Funiversité Laval à Montréal.

De son cûte, la convention signée entre l'Ecole et Laval réglait l'administration financière, la nomination des professeurs,

* Voici les noms des signataires du côté de l'Ecole de Médecine : Pierre Munro, président ; J.-G. Bibaud, J.- Emery Coderre ; H. Pelletier, secré taire - trésorier ; G.-H. Truuelle, Ths- rell d'Odet d'Orsonnens, J.-P. Rottot,. A.-T. Brosseau. Pour la corporation épiscopale, S. G. Mgr de Montréal ;. pour l’université Laval, le Très - Révérend T.-E. Hamel, recteur, .

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l'organisation de la Faculté de médecine à Montréal, la durée des cours, etc., etc.

Oui, tout cela est vrai, et pas un membre de l'Ecole de Médecine ne le niera sans nier ses propres actes et sa propre signature.

Or, en présence de ces deux documents authentiques, signés par l'Ecole avec l'évêque de Montréal d'un côté, avec l'université Laval de l’autre, il est plus qu'étrange, il est inexplicable que les signataires eux-mêmes s'en viennent tout réduire à des pourparlers, à de simples démarches, et essayer de donner le change, en alléguant l'intervention de la divine Providence.

Oh! la divine Providence, vous avez raison d'admettre son action souveraine ; mais si on veut la reconnaitre quelque part, cest bien plus dans les actes authentiques faits et signés par l'Ecole en conformité des vues du Saint-Siége, — inter prète authentique des volontés divines, —que dans la résistance qu'elle oppose aujourd'hui à la voix de Rome, et dans la répu diation de ses engagements solennels. Ce que veut la Providence, c’est ce que Rome veut; et quand les professeurs de l'Ecole de Médecine seront revenus à ce que Rome veut, qu'ils auront incliné leur drapeau, si fier et si glorieux qu'il soit, devant la majesté de l'autorité pontificale, qu'ils auront repris, noble ment, le rôle que Rome leur assigne, et que deux conventions ont fixé, alors ils pourront proclamer l’action de la divine Provi dence, car le doigt de Dieu sera là: Digitus Dei hic est.

Il y à des restrictions permises, mais il y en a d'autres qui équivalent à une négation de la vérité.

Il eût donc fallu dire :

Des pourparlers, IL EST VRAI, JE pois L'AVOUER, ont eu lieu avec les autorités ecclésiastiques, des démarches «prises même avec” l'université Laval, qui oxr Eu, Dieu merci, un résultat définitif.

Quel meilleur résultat des pourparlers ou des démarches peu vent-ils avoir, en effet, que celui de contrats qui règlent tout à la satisfaction de toutes les parties intéressées ?

Ce ne sont donc pas les pourparlers ou les démarches qui sont restés sans résultat définitif, — car ils ont eu tout le résultat qu'ils pouvaient avoir, — mais ce sont les contrats signés et scellés qui n’en ont pas encore eu, pratiquement.

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