CHAPITRE I
LES PREPARATIONS
Réunions du 15 décembre 1901 et du S janvier 1902. — On jette les bases d'une grande organisation. — Le choix du président général. — Formation des comités. — Circulaires du comité général et du comité des finances. — La corbeille de noces. — Elaboration du programme.— La toilette des édifices. — Coup d'œil au Séminaire ; à l'Université ; à la Basilique ; en ville.
ON n'improvise pas les noces d'or d'une Université. De pareilles fêtes veulent être organisées avec grand soin, et il faut bien y songer quelques mois d'avance. Or, les anciens élèves y songeaient. Ils le vinrent dire à Monsieur le recteur le 15 décembre 1 901, et ils lui demandèrent en même temps de convoquer, pour le 8 janvier 1902, une réunion de confrères, où l'on pourrait échanger quelques idées, quelques projets, et où l'on jetterait les bases d'une
grande et très complexe organisation. On se promettait d'avance de n'épargner ni les comités, ni les sons-comités, ni les vice-présidents, ni les secrétaires. On était si heureux de fêter l'Université, que chacun était prêt à payer de sa personne, voulait prendre part au mouvement, et de sa propre main, s'il était besoin, pousser à la roue.
Donc, le 8 janvier 1902, c'était un vendredi, dès huit heures du soir, il y avait foule dans la salle des cours littéraires de l'Université Laval. La plupart des anciens élèves résidant à Québec, à Lévis et dans les paroisses qui avoisinent ces deux villes, avaient répondu à l'appel qui leur avait été fait. Au premier rang des invités M. le gouverneur Sir Louis Jette, et S. G. Mgr l'archevêque Bégin occupaient des fauteuils d'honneur. Le premier ministre et le secrétaire de la province, l'hou. M. Parent et l'hon. M. Turgeon, Messeigneurs Marois et Hamel, vicaires généraux, les prélats du Séminaire et de l'archevêché, les professeurs de l'Université, un grand nombre de juges, de sénateurs, de conseillers législatifs, de députés assistaient à cette assemblée.
M. le recteur ouvrit la séance. Quand il se leva pour exposer aux assistants le but de cette réunion, on lui fit une chaleureuse ovation, et l'on comprit bien, dès ce moment, que la plus vive et la plus entière sympathie unissait à l'Université tous les anciens élèves.
M. l'abbé Mathieu, au nom de l'Université, souhaita d'abord la bienvenue à tous ceux qui étaient présents. Il dit pourquoi l'on s'était ici réuni, et il entretint ensuite l'auditoire de l'œuvre de l'Université et de quelques-uns des progrès qu'elle a réalisés depuis cinquante ans.
Il suffit, ce sont à peu près les termes dont il s'est servi, de parcourir la liste des élèves que l'Université a
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formés, et de voir quelle situation ces élèves occupent dans notre société pour comprendre que le dévouement des fondateurs et leur activité n'ont pas été stériles.
L'Université n'a voulu que faire du bien ; elle a pu quelquefois se créer des ennemis : c'est le sort des institutions appelées à faire de grandes choses. Cependant qu'on veuille bien ne tenir compte que des bonnes intentions qui ont toujours animé les directeurs de l'Université. Les fêtes du cinquantenaire ne manqueront pas, en réunissant ici les anciens élèves, de rapprocher aussi les esprits et les cœurs.
S'adressant ensuite tout particulièrement aux anciens élèves présents, M. le recteur ajouta :
" Votre amitié pour l'Uuiversité a toujours été sincère, et, j'en suis sûr, elle a grandi avec les années... Vous avez vieilli depuis que vous avez quitté la maison, et vos affections ont veilli avec vous ; cependant, votre amitié n'a pas été sujette à cette vieillesse qui tue les choses, mais à celle qui les vivifie ; elle n'a pas subi une vieillesse de décrépitude, mais une vieillesse de maturité.
" Vous le sentirez mieux que jamais au mois de juin prochain, quand vous retrouverez vos anciens condisciples dans cette maison où vous vous êtes si bien connus, si mutuellement appréciés, ou vous vous êtes aimés de cette amitié franche, généreuse, sans réserve, qui est celle du printemps de la vie. Vous le comprendrez alors mieux que jamais, les liens d'amitié qui unissent les hommes se forment au collège, à l'Université, avec une solidité que les agitations ultérieures, les intérêts divers, les opinions opposées, l'esprit de parti, les concurrences, ne peuvent jamais détruire."
Puis M. le recteur exprima l'espoir que les anciens
élèves, voyant de plus près l'œuvre universitaire, sauront mieux apprécier son utilité. Il rappela, en passant, tout le zèle que depuis quelques années l'on déploie dans les collèges affiliés à l'Université pour assurer au personnel des professeurs une plus grande valeur, une autorité plus considérable.
M. le recteur remercia Mgr l'archevêque, M. le gouverneur, M. le président du Conseil des ministres de la province d'avoir bien voulu, par leur présence à cette réunion, donner un précieux encouragement aux organisateurs des fêtes du cinquantenaire de l'Université.
Mgr l'archevêque Bégin, chancelier de l'Université, exprima d'ailleurs lui-même toute sa satisfaction de voir les anciens élèves se préparer à célébrer les noces d'or de Laval, d'une institution à laquelle il a appartenu, à laquelle il est resté si attaché. Mgr l'archevêque prit occasion de cette démonstration si sympathique pour marquer le rôle que doit jouer l'Université dans ce pays, et l'influence bienfaisante qu'elle peut avoir sur les destinées de notre peuple canadien. L'Université Laval, comme celles de Louvain, en Belgique, de Cambridge et d'Oxford en Angleterre, de Harvard et de Yale aux Etats-Unis, exerce ici une action sociale considérable, et nos gouvernements ne sauraient trop l'aider à continuer cette œuvre, ni suppléer dans une trop large mesure à ce que le dévouement bien reconnu des directeurs de Laval ne saurait pourtant seul réaliser.
M. le gouverneur Jette voulut bien ensuite rappeler les services que l'Université Laval a rendus à notre population, et surtout à nos professions libérales. L'enseignement des Facultés de droit et de médecine a déterminé des progrès considérables que sa longue carrière de pro-
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fesseur lui a permis de constater. M. le gouverneur regrette de n'être pas un ancien élève de Laval, mais il n'en est pas moins attaché à cette institution par les liens les plus étroits, et il forme des vœux pour que les fêtes du cinquantenaire obtiennent un plein succès.
L'houorable M. Turgeon, secrétaire de la province, chargé du département de l'Instruction publique, fit de l'Université l'éloge le plus enthousiaste. Il insista sur cette pensée que le peuple canadien-français doit être, en Amérique, un peuple par-dessus tout civilisateur, instruit, ami des choses de l'art et de la science, que là est la raison d'être de son existence et le secret de sa mission ; il montra combien l'Université l'aide à remplir ce rôle, et combien surtout elle vint à une heure opportune éclairer les routes nouvelles où s'engageaient nos destinées.
" C'était au lendemain de l'Acte d'Union de 1840, qui devait, — du moins, dans la pensée de quelques-uns de ses auteurs, — noyer l'élément français, et qui, par un dessein providentiel, allait nous assurer la reconnaissance complète de tous nos droits civiles et politiques. Pour la première fois, notre province est dotée d'un système régulier d'écoles primaires. Sur toute la surface du territoire, des prêtres au cœur d'apôtre répandent par les collèges classiques, la semence féconde de l'enseignement secondaire. Notre peuple, jusqu'ici exclusivement attaché à la glèbe, s'immisce, par de timides tâtonnements, dans le négoce et l'industrie... La vaste machine de notre organisation sociale serait complète,... si le jeune paysan formé à l'école de son village, puis recueilli parle collège classique, pouvait gravir un degré de plus et être convié aux bienfaits de l'enseignement supérieur. N'ayez crainte, l'édifice se couronne aussitôt : l'Université Laval est fondée.
" Les distingués continuateurs du premier évêque de Québec, s'inspirant de son zèle pour la jeunesse, entrevoyant les hautes destinées de ce pays et la place exceptionnelle qu'il tient sur le continent, devinant le véritable terrain où la prépondérance doit nous appartenir, comprenant qu'il n'y a que les travaux sérieux des jeunes générations pour préparer la conquête de cet ascendant pacifique, . . . dotèrent notre pays de cette grande institution de l'Université Laval à laquelle nous avons tous appartenu, et dont nous sommes si fiers, ce soir, de nous proclamer les fils émus et reconnaissants.
" L'Université Laval est fondée et déjà sa renommée traverse les mers ; et quelques années plus tard, par la bouche de l'éloquent Monsabré, dans la chaire de Notre- Dame de Paris, elle aura le très grand honneur d'être notée à l'admiration du monde catholique, quand l'orateur, parlant de l'alliance de la science et de la foi, s'écriait: " Il existe au champ du Nouveau Monde une institution qui a religieusement conservé cette sainte alliance, et les traditions des vieilles universités catholiques, c'est l'Université Laval de Québec."
" L'œuvre de Laval, je n'ai pas à l'indiquer. Elle est ici devant vous, elle emplit cette salle, elle déborde sur le pays. Je la retrouve dans la chaire sacrée, dans la clinique des hôpitaux, au prétoire, dans l'enceinte législative, au fauteuil gubernatorial, dans le siège archiépiscopal. Elle traverse les frontières et l'on retrace son action chez les groupes de nos nationaux à l'étranger. . .
" Les fondateurs de l'Université Laval — c'est leur immortel honneur — ont compris notre situation et notre tempérament, car tous, même nos pires ennemis, reconnaissent que nous sommes naturellement portés vers les
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choses de l'esprit ; et avec des ressources minimes et, sans aucun concours des grands corps de l'Btat, ils se sont fait silencieusement et modestement les ouvriers de l'avenir. . ."
L'honorable M. Thomas Chapais, C. L-, président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, prit ensuite la parole. La Société Saint-Jean-Baptiste devait, au mois de juin prochain, célébrer ses noces de diamant, et son très distingué président, ancien élève lui-même de l'Université, voulut bien assurer ses confrères que cette Société serait heureuse de faire coïncider ses fêtes jubilaires avec celles de l'Université, et de contribuer ainsi pour sa part à donner à notre population de Québec une série de brillantes démonstrations. M. Chapais rappela les principaux événements qui depuis la cession du Canada à l'Angleterre ont marqué le développement de notre vie nationale, et s'appliqua surtout à faire voir le rôle joué par nos maisons d'éducation pendant ces périodes héroïques de notre histoire, la mission vraiment providentielle qu'a si bien remplie le clergé, l'Eglise du Canada français.
Tous ces éloquents discours firent plusieurs fois battre les mains, et mirent dans les esprits beaucoup d'enthousiasme. L'éloquence avait admirablement préparé les âmes à l'action. Il fallut agir.
L'honorable sénateur Sir Alphonse Pelletier donna le premier l'exemple des fortes et pratiques déterminations. Il proposa donc que différents comités fussent immédiatement constitués pour travailler sans retard à l'organisation des fêtes universitaires, et tout le monde l'approuva.
Mais il fallait d'abord donner aux anciens élèves un président général qui serait auprès de l'Université leur représentant officiel. Il convenait que ce haut dignitaire
fut choisi parmi les aînés de la famille, et parmi les
plus illustres : aussi n'y eut-il qu'une voix pour acclamer le nom de l'honorable juge G. Bossé, juge de la Cour d'appel. Sir Alphonse Pelletier proposa lui-même M. le juge Bossé pour la présidence, rappelant que ce très distingué confrère joignait, à tant d'autres titres, celui d'avoir été un des premiers élèves inscrits de la Faculté de droit.
On procéda ensuite à la formation des différents comités qui seraient chargés de préparer, chacun dans sa sphère, les démonstrations du mois de juin. A côté du comité général ou du comité d'honneur, on institua le comité exécutif qui se subdivisa en autant de sections qu'il y a de facultés universitaires. Rien ne vaut comme la division du travail, surtout quand il faut faire vite et bien : et l'on ne voulut pas à Laval faire chômer l'axiome.
Après que l'assemblée eut agréé la composition des divers comités, M. le président général remercia ses coufrères de la confiance qu'ils avaient mise en lui, et de l'honneur qui lui était fait. Après avoir donné à l'enseignement universitaire, dont il avait un des premiers bénéficié, l'éloge le plus délicat et le plus sincère, il assura les anciens élèves qu'il concourrait dans toute la mesure de ses forces aux laborieuses préparations des fêtes du jubilé.
Kt l'assemblée se dispersa, tout heureuse de cette première rencontre, et confiante dans l'avenir.
Dès le lendemain de la réunion du 8 janvier, les différents comités étaient à l'œuvre. Il importait de se mettre sans retard en communication avec tous les anciens élèves de l'Université, dispersés aux quatre coins de la très grande Amérique. Ce fut eu vérité une tâche assez rude, et il
fallut consulter bien des cahiers d'inscriptions, bien des registres, bien des amis, bien des souvenirs. Bnfin ou dressa une liste, la plus longue, la plus complète possible, et l'on fit parvenir à tous ceux de la grande famille universitaire que l'on put atteindre, la circulaire toute fraternelle qui suit :
" Cher confrère,
" Cette année 1902 marque le cinquantième anniversaire de la fondation de l'Université Laval. C'est une date que ne peuvent laisser passer inaperçue ceux qui ont bénéficié de l'enseignement donné dans cette institution.
" En décembre dernier, un groupe nombreux d'anciens élèves s'est rendu auprès de Monsieur le reéleur, et lui a exprimé le désir de célébrer par une démonstration solennelle les noces d'or de l'Université. Cette démarche a été favorablement accueillie, et, dès les premiers jours de janvier, dans une assemblée convoquée à cette fin, on a procédé à l'organisation des comités chargés de préparer les fêtes du cinquantenaire.
" Nous venons aujourd'hui, au nom du Comité général, vous faire part de nos projets, et vous inviter à concourir au succès de ces fêtes jubilaires.
" Nous avons peusé que le premier devoir qui s'impose, cette année, aux élèves de Laval, c'est celui d'apporter personnellement à Messieurs les directeurs de l'Université l'assurance de leur dévouement et le témoignage de leur gratitude. C'est pourquoi, le 24 juin prochain a été choisi pour grouper autour de V Aima Mater tous ceux d'entre nous qui ont été élèves des différentes Facultés de théologie, de droit, de médecine et des arts.
" Il nous fait plaisir de vous annoncer aussi que la
Société Saint-Jean-Baptiste de Québec célébrera, à cette même date, ses noces de diamant. La journée du lundi, 23 juin, sera particulièrement consacrée à cette Société, qui a toujours travaillé à côté de l'Université Laval, et avec l'Université Laval, à sauvegarder nos plus précieux intérêts, à réaliser, avec l'union pacifique et cordiale qui doit exister ici entre toutes les races, les légitimes aspirations du peuple canadien-français.
" De plus, les médecins de langue française de l'Amérique du Nord, en très grand nombre élèves de Laval, organisent pour cette année un congrès scientifique, qui tiendra ses séances à Québec. C'est une pensée heureuse et féconde qui a déterminé un pareil projet, et nous ne saurions trop nous en réjouir. Nos compatriotes médecins ont bien voulu répondre à nos plus vifs désirs en faisant coïncider leurs réunions avec les fêtes universitaires, et c'est le mercredi, 25 juin, que commenceront les séances solennelles de ce congrès. Ainsi donc, pendant plusieurs jours, Québec offrira, nous l'espérons, le spectacle des plus belles fêtes patriotiques et intellectuelles.
" Nous ne croyons pas devoir insister sur le sens de ces démonstrations. Chacun de nous en comprend la portée. Toutes ces solennités serviront à mettre en plus vive lumière l'œuvre universitaire. La Société Saint-Jean- Baptiste de Québec a voulu nous promettre d'orienter en ce sens les démonstrations qu'elle prépare ; le congrès scientifique des médecins sera par lui-même, — et les anciens élèves de la Faculté de médecine aimeront sans doute à s'en souvenir, — une attestation publique des progrès considérables que la science médicale a réalisés dans notre pays depuis cinquante ans, progrès auxquels n'a pas été étrangère l'Université.
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" Nous osons doue croire que les fêtes du cinquantenaire contribueront à mieux faire comprendre, à faire mieux apprécier par nos compatriotes l'œuvre de l'Université Laval. C'est une œuvre dont nous ne pouvons guère nous désintéresser, puisque le haut enseignement qu'elle distribue est la source principale où s'alimente dans notre province la vie intellectuelle. Au reste, il suffit de voir ce qu'a fait l'Université pendant les cinquante dernières années, quels hommes elle a formés, quelle louable émulation elle a fait naître, quel goût des choses de l'esprit elle a développé, pour constater que son rôle a été éminemment bienfaisant.
" Soucieuse, d'ailleurs, de former, en même temps que des hommes instruits, des citoyens honnêtes et utiles, elle s'est appliquée à pénétrer les intelligences des enseignements chrétiens dont elle est, de par sa mission, la haute dispensatrice. Bile n'a pas manqué de répandre, avec la science qui éclaire l'esprit, ces principes de vie morale qui assurent le progrès réel des sociétés.
" C'est pourtant à travers de bien nombreuses difficultés que jusqu'ici l'Université a pris naissance et qu'elle a grandi. Bt le Séminaire de Québec a dû faire des sacrifices énormes pour maintenir, à peu près seul, pendant si longtemps, une institution de cette nature. Bspérons que l'année 1902 sera, en même temps qu'une étape agréable et consolante, le point de départ de progrès nouveaux, qui assureront à l'Université Laval une action de plus en plus efficace sur notre jeune pays.
" Quant à nous, ses élèves, nous aurons l'ambition de prouver par l'éclat de nos fêtes et par leur imposante signification, que l'œuvre de l'Université, pendant les cinquante dernières années, a été féconde et glorieuse et
que nous souhaitons voir s'accroître et se développer de plus en plus sa bienfaisante influence ; nous voudrons affirmer qu'elle mérite nos plus sympathiques encouragements.
" Nous adressons à tous les anciens élèves de l'Université Laval la présente circulaire. Il nous serait utile de connaître le nombre approximatif de ceux qui se rendront à notre invitation. Vous nous obligeriez beaucoup en nous faisant savoir si vous pouvez assister aux fêtes du cinquantenaire.
" Il est probable que nous avons fait des omissions dans la liste des anciens élèves, et que quelques-uns d'entre eux ne recevront pas notre circulaire. Veuillez donc nous faire parvenir l'adresse de ces derniers, si vous en connaissez, et nous serons toujours heureux de tenir compte de ces renseignements.
" Veuillez agréer, cher confrère, l'assurance de nos
sentiments les plus dévoués.
J.-G. Bossé,
Président du comité général.
N.-B. DlONNE,
Ph. Malouin,
Secrétaires du comité général.
N. B. — On est prié d'adresser toute correspondance aux secrétaires ou à un membre quelconque du comité exécutif.
Cette première circulaire devait être bientôt suivie d'une autre.
On sait qu'il n'y a pas de noces sans corbeille. Les institutions les plus graves ou les moins mondaines se
résignent volontiers à ces usages. Les anciens élèves de l'Université ne l'ignoraient pas, et ils résolurent donc de préparer pour le vingt-quatre juin un cadeau qui serait digne d'eux et digne aussi de leur vénérable jubilaire.
Les ressources de l'Université sont si limitées, et ses besoins si considérables, que l'on escompta sans tarder la générosité intelligente du public, et dès la première heure l'on dit tout bas, de façon pourtant à être entendu des futurs souscripteurs, que la corbeille, au matin des noces, serait bien lourde de cent mille piastres.
Le comité des finances se chargea de pousser à bien l'entreprise, et de procurer à la libéralité de tous les moyens de se satisfaire. Le vingt-sept mars, il adressa donc aux anciens élèves la circulaire suivante :
Cher confrère,
" Un de nos littérateurs distingués (I), qui est aussi un ancien élève de notre Aima Mater, vient de publier sur l'Université Laval un article remarquable que vous avez sans doute eu l'occasion de lire. Il y rappelle le dévouement des hommes émineuts qui ont fondé cette grande institution, le zèle et l'esprit de sacrifice de ceux qui ont été appelés par la divine Providence à continuer et à faire progresser cette œuvre qui fait la gloire de la race française au Canada. L'article est bien pensé, superbement écrit. On y sent la joie de l'enfant fier des qualités de sa mère, l'enthousiasme du citoyen désirant la grandeur et la prospérité de sa patrie.
" Cet article exprime un sentiment sur lequel nous croyons devoir appeler votre attention.
(i) M, Ths Chapais.
2l6 FÊTES DU CINQUANTENAIRE
" Nous ne remplirions pas tout notre devoir, écrit l'auteur, si nous nous bornions à constater l'importance de l'œuvre accomplie par l'Université Laval. Nous devons nous demander si un accroissement de ressources ne donnerait pas à cette œuvre un plus complet épanouissement et un plus vif éclat. Les hommes éminents qui dirigent notre Université gémissent tous les jours sur l'impuissance où ils sont de réaliser tel progrès, de donner plus d'extension à telle faculté, d'élargir le cadre de tel programme, de lutter à armes égales avec leurs émules anglais et protestants. Que d'innovations fécondes ils entrevoient dans leurs généreuses ambitions ! Créer un haut enseignement littéraire où de toutes parts notre classe instruite, et spécialement les jeunes professeurs de nos collèges, viendraient puiser une connaissance plus approfondie, une plus vive intelligence des lettres françaises et de leurs chefsd'œuvre immortels ; fonder des chaires d'économie politique et d'histoire ; compléter la faculté des arts par un ou plusieurs cours de sciences appliquées, où la pratique éclairerait la théorie, grâce . à une installation et à un outillage ad hoc : ce sont là autant de desiderata qui ne peuvent être satisfaits qu'aux prix de sommes considérables. Or, le Séminaire de Québec a fait déjà des sacrifices énormes et assumé des charges peut-être disproportionnées avec ses moyens. Faudra-t-il donc nous résigner à voir notre grande institution nationale d'enseignement supérieur demeurer stationnaire, à la voir paralysée, frappée d'une stérilité relative, et distancée de très loin par ses concurrentes mieux rentées ? Non, sans doute. Eh bien ! sortons des vœux platoniques, et entrons dans l'action. La parole est à la province de Québec, à la nationalité canadiennefrançaise. Si nous ne voulons pas être vaincue dans
l'arène du progrès intellectuel par les races qui nous entourent, si nous voulons garder notre rang et notre influence, il nous faut seconder les efforts de nos éducateurs (0."
" Ces nobles et généreuses paroles sont l'écho de sentiments manifestés par un grand nombre d'anciens élèves. Leurs lettres, adressées au comité exécutif, sont d'un charme délicat, et elles formeront le dossier de la fidélité à une maison qui est plus appréciée que jamais, parce qu'on comprend mieux son utilité.
" Notre Université, tous la veulent voir grande, prospère, capable de donner à nos enfants l'instruction la plus haute et la plus complète dans les branches de la science humaine. Tous souhaitent que les jeunes Canadiensfrançais ne soient pas obligés d'aller chercher dans d'autres institutions les connaissances dont ils ont besoin pour les préparer aux carrières qu'ils veulent embrasser ; qu'ils trouvent ici tout ce qui est nécessaire à leur formation intellectuelle, et qu'ils y contractent les salutaires habitudes de la vérité et de la vertu.
" Nous le comprenons, en effet, et parfaitement bien, l'instruction la plus brillante ne suffit pas pour faire un homme complet, ne suffit pas surtout pour le guider dans la vie. A un esprit cultivé, l'élève doit joindre un caractère fièrement trempé, une conscience inébranlablement chrétienne, un cœur droit, aimant le bien, cherchant dans la foi l'aide puissante, la conseillère fidèle de la raison.
" C'est bien là ce que ne cesse d'enseigner Sa Sainteté Léon XIII, et ce qui le poussait à écrire de M. le Chevalier Baillargé, lorsque celui-ci eut l'heureuse idée de fonder
(i) Extrait d'un article paru dans la Nouvelle- France, mars 1902.
2l8 FÊTES DU CINQUANTENAIRE
une chaire d'éloquence à l'Université : " Nous pensons que, par cet acte de libéralité, ce cher Fils n'aura pas seulement contribué au développement des arts et des lettres dans sa patrie, mais se sera élevé à lui-même un monument durable, car il a mérité les louanges de ses concitoyens et les éloges de la postérité."
" Nous avons le ferme espoir, continuait le grand Pape, que ce noble exemple sera un fort stimulant pour engager d'autres fidèles, distingués par leur zèle et favorisés par la fortune, à bien mériter de la religion et de la patrie, en contribuant par leur libéralité à cette grande œuvre, si importante surtout de nos jours, d'un bon et solide enseignement de la jeunesse."
" Voilà les raisons qui nous ont fait croire qu'il fallait s'adresser à tous les anciens élèves pour leur demander une obole proportionnée à leurs moyens.
Nous le savons, les millionnaires parmi nous ne sont pas nombreux. Il en est cependant quelques-uns qui sont favorisés de la fortune ; ceux-ci sont trop intelligents et trop chrétiens pour ne pas comprendre le sens profond de cette parole : " Qui donne s'enrichit ".
" Il eu est d'autres, et c'est le plus grand nombre, qui ne sont pas riches ; mais qu'ils veuillent bien se le rappeler : ce sont les gouttes d'eau qui forment les rivières, ce sont les rivières qui forment les grands fleuves.
" Quelques-uns sont relativement pauvres ; qu'ils ne tiennent aucun compte de cette demande, et qu'ils s'empressent de nous écrire pour nous dire qu'ils seront avec nous au mois de juin prochain. Ils ne trouveront ici que des amis ; ils goûteront toute la vérité de l'adage : u L'amitié vit d'égalité ; elle la trouve ou la produit ". Nous voulons surtout que notre réunion soit vraiment une fête, une
fête joyeuse et désintéressée. Sachons le bien, c'est l'amitié qui invite, l'amitié qui amènera, et l'amitié qui recevra.
" Afin d'intéresser un plus grand nombre de nos compatriotes à l'œuvre de l'enseignement supérieur, nous avons demandé à l'Université de mettre en vigueur une loi passée par la législature, en 1887, et créant une corporation intitulée : " Syndicat financier de l'Université Laval de Québec. " Ce syndicat n'a évidemment pas pour but d'enlever au conseil universitaire la direction de la maison ; il doit seulement travailler de son mieux à lui fournir les ressources nécessaires pour perfectionner le haut enseignement, et donner à nos jeunes gens toutes les facilités possibles de succès, quelle que soit la carrière qu'ils veulent embrasser. Ce syndicat est déjà régulièrement formé et prêt à se mettre à l'œuvre.
Espérant que vous verrez d'un œil favorable notre démarche, nous avons l'honneur d'être,
cher confrère,
vos bien dévoués
N.-B. Dionne, C.-A.-P. Pelletier,
Secrétaire du comité de finances. Président du comité de finances.
La circulaire du comité des finances reçut l'accueil que l'on avait prévu. Non seulement les anciens élèves de l'Université, mais aussi des citoyens appartenant à toutes les classes de notre société canadienne, répondirent par de généreuses souscriptions. Quelques-unes de nos institutions publiques, quelques-uns de nos capitalistes, appartenant au monde de la politique, du commerce, ou de l'industrie, firent à l'Université des dons princiers. L'œuvre de l'Université Laval était vraiment comprise ; on la jugeait nationale, et l'on estimait que nul, parmi
ceux qui peuvent coopérer au progrès intellectuel de notre pays, ne pouvait s'en désintéresser. Les journaux dénoncèrent hardiment tous les donateurs, même les plus modestes, qui souvent ne sont pas les moins louables, et ce fut pendant plusieurs semaines, tous les samedis, dans leurs colonnes, de merveilleuses et sonores litanies où la reconnaissance chantait bien haut des noms qu'alarmait une telle publicité.
Pendant que le comité des finances était absorbé par tous les devoirs que lui créait la générosité du public, le comité exécutif s'appliquait à préparer le programme des fêtes, et mettait sur pied tout le monde de nos musiciens, tous nos artistes de profession, et tous nos amateurs.
On décida que de très harmonieux concerts, tels que jamais on n'en entendit à Québec, serait donnés à l'occasion des fêtes de l'Université. C'était sans doute beaucoup promettre, mais M. Joseph Vézina fut chargé de réaliser cette gageure, et personne ne douta plus du succès. Deux grandes soirées artistiques furent donc laborieusement organisées, et pendant plusieurs mois la salle des promotions de l'Université devint le " Conservatoire " où se réunirent assidûment soixante-dix instrumentistes et trois cents choristes.
D'autre part, on préparait, à l'intention des anciens élèves, un Album-Souvenir où se trouverait racontée par la gravure toute l'histoire de l'Université Laval. Les bâtiments universitaires, leurs salles principales, les musées, les laboratoires, la chapelle, les fondateurs de l'Université, le personnel administrant et enseignant, depuis le pre-
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mier recteur jusqu'au dernier professeur, les divers comités des fêtes du ciuquanteuaire : ce devait être, et c'est en effet, une galerie de tableaux, de portraits, de paysages où se plaisent à errer le regard et l'imagination des anciens élèves.
Mais ce qu'il importait par-dessus tout de prévoir, c'était les séances religieuses, académiques, amicales, où se rencontreraient les enfants de L,aval accourus à Québec. Messe solennelle, banquet, présentations d'adresse, réceptions, tout fut soigneusement réglé, et l'on multiplia les sous-comités changés de présider à l'organisation de ces parties essentielles du programme.
Bntre temps, les lettres arrivaient nombreuses à l'Université, chargées des meilleurs souvenirs, messagères de bonnes paroles. De tous les coins du pays elles apportaient l'assurance de précieux concours et de vives adhésions. C'était dans la famille universitaire un merveilleux entrain. D'une extrémité à l'autre du Canada, et dans les Etats-Unis, où sont établis eu si grand nombre les anciens élèves des Facultés de médecine et de théologie, circulait la grande nouvelle du cinquantenaire, et l'on se donnait à Québec un commun rendez-vous. Ce fut, pendant les mois qui précédèrent l'événement, non pas un réveil, mais un regain de sympathie et de popularité dont l'Université était tout heureuse d'être l'objet. Comme une bonne mère qui se souvient, et qui voit revenir près d'elle des enfants depuis longtemps éloignés du foyer familial, elle sentait se dilater ses affections, elle s'attendrissait de tant de fidélité, et d'aussi loin qu'elle les pouvait apercevoir, elle regardait venir sur toutes les routes ceux qui lui amenaient la piété et la reconnaissance.
Or, ses fils, elle voulut les recevoir dignement, et pour cela faire grande toilette. Ne convenait-il pas de leur montrer tout d'abord un visage agréable ? L'Université se mit donc en frais ; un moment elle parut oublier sa plus grande vertu, et, après cinquante ans de modestie, elle se fit coquette.
Cinquante ans font à nos maisons, comme d'ailleurs à nos personnes, d'irréparables outrages. Ne convient-il pas, du moins pour les jours de fête, de dissimuler, autant qu'il se peut, les lézardes et les vilaines taches, les rides qui sont l'œuvre et l'ironie du temps ?
Bt puis, tout à côté de l'Université, il y avait encore ce vieux Petit Séminaire qu'il fallait bien aussi grimer un peu. N'est-il pas, lui l'aïeul, un personnage à qui l'on devait passer, pour le jour des noces, l'habit du dimanche ? Le vieux Petit Séminaire, c'est aussi comme le vestibule de l'Université, c'est dans ses cours et dans le dédale de ses longs couloirs que se répandrait tout d'abord la foule des anciens élèves. Il convenait que, pour souhaiter la bienvenue, il fût lui aussi quelque peu rafraîchi. Oh ! sans doute, il ne faut jamais ôter aux vieilles maisons ce quelque chose de bien passé, de bien fané, qui est indéfinissable, qui est comme le signe et le mélancolique sourire de la vieillesse ! Mais il ne faut pas non plus que, les jours de fête, elles paraissent avoir trop souffert, et, pour parler comme Sully Prudhomme, qu'elles aient
l'air de veuves
Qui se souviennent en pleurant.
On se mit donc à l'œuvre. Non seulement on fit reluire les escaliers et briller les parquets, mais encore on blanchit les murailles, on dissimula sous le badigeon ce
que les siècles et les étourderies d'une année scolaire y peuvent laisser d'inopportun. A mesure que le jour solennel approchait, on pouvait voir s'opérer rapidement toutes ces transformations. Bt l'étudiant qui, le 23 juin, se serait attardé dans les corridors et les jardins du Séminaire et de l'Université, aurait eu quelque mal à reconnaître dans ses nouveaux atours la maison hospitalière.
C'est l'Université surtout que l'on se préoccupa de décorer. La petite rue qui lui sert d'avenue, et qui porte son nom, n'est pas la plus imposante qui soit, ni non plus la plus fréquentée : et l'on sait qu'il faut connaître assez à fond notre petit quartier latin pour s'orienter vers la grande porte d'honneur de notre Sorbonne. Or, cette petite rue si modeste prit, pour les fêtes, les allures des plus ambitieux boulevards. De chaque côté de la chaussée avaient été plantés, ou plutôt fixés, des arbres qui visiblement n'avaient pas poussé là, mais dont les longues files parallèles et l'abondante ramure donnaient grand air aux abords du palais académique. Cette allée était terminée, à chacune de ses extrémités, par deux arcs de triomphe dont les branches de sapin faisaient tons les frais : œuvres pittoresques, monumentales et fragiles, qui ne pouvaient durer que ce que durent des fêtes. Au sommet de l'arc qui encadrait l'entrée de la rue des Remparts, se détachait en grosses lettres le mot Bienvenue, jamais banal quand on le trouve écrit sur une porte. Pavoisée d'un bout à l'autre, la rue de l'Université offrait à l'œil le spectacle le plus varié et le plus réjouissant. Des drapeaux, des étendards, des banderoles se mêlaient partout à la verdure des arbres, et secouaient sous la brise leurs innombrables couleurs.
Le vestibule ou la salle des pas-perdus de l'Université
n'avait pas moins que l'avenue subi d'étonnantes métamorphoses. On eu avait fait un vaste bureau d'information où les anciens élèves pourraient s'inscrire, dès leur arrivée, et prendre tous les renseignements dont ils auraient besoin pour leur gouverne pendant leur séjour à Québec. Ce bureau ressemblait d'ailleurs merveilleusement à une salle de fête. De riches draperies aux couleurs nationales dissimulaient ce que ses murs pouvaient offrir à l'œil de trop sévère. Pour toute tenture on n'avait voulu se servir que des drapeaux canadiens,français et américains : ces trois drapeaux, emblèmes de loyauté, de souvenir fidèle, et d'activité féconde, ne symbolisaient-ils pas toutes les aspirations patriotiques des fils de l'Université française répandus par tout le Canada et aux Etats-Unis ? Au milieu du vestibule un palmier de haute taille, aux larges rameaux épanouis, trônait majestueusement, était le centre de toute une décoration de plantes, de fleurs et de guirlandes artistement dispersées par toute la salle.
De semblables ornementations avaient été faites dans le grand salon de réception et dans la salle des fêtes. Le chiffre 50, mêlé à toute cette fraîche et riante parure, rappelait sans doute aux anciens élèves que des institutions comme l'Université Laval peuvent compter un demi-siècle d'existence sans cesser d'être jeune.
Pendant que l'on travaillait ferme à la décoration de l'intérieur, de nombreux ouvriers étaient occupés à fixer, sur le toit, sur le dôme et sur les clochetons de l'Université, un réseau de fils électriques destinés à distribuer la lumière à des milliers de lampes. Une centaine de drapeaux disposés sur de longues cordes couraient en guirlande d'un clocheton à l'autre, et couronnaient merveilleusement de leurs flottautes couleurs le sommet de l'édifice.
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Dans le jardin de la Faculté de théologie, on avait tout préparé pour une brillante illumination, et là encore on avait multiplié les lampes électriques, les lanternes vénitiennes et les drapeaux.
C'est à la Basilique que devait être célébrée la messe pontificale du jubilé. On sait combien ce temple est cher aux québecquois pour l'harmonieux ensemble de ses parties, et pour cette atmosphère de recueillement et de piété qu'on y respire. La voûte principale, si élevée et si remplie d'abondante lumière, les grandes arcades et les graves piliers des nefs ; le sanctuaire avec sa décoration renaissance, les riches sculptures qu'on y voit à profusion et son baldaquin doré si élégant et si majestueux ; les nombreux chefs-d'œuvre de peinture exposés dans le chœur ou dans la nef centrale, et si propres à intéresser et à édifier les fidèles : tout ce concours de lignes imposantes, de richesses artistiques et d'émotions éprouvées font de la Basilique de Québec un des temples les plus beaux et les plus recherchés qui soient dans notre pays.
On se rappelle que c'est dans ce temple que fut célébrée, le 21 septembre 1854, la messe d'inauguration officielle de l'Université Laval. C'est au pied de l'autel des premières bénédictions qu'il convenait, sans doute, que se réunissent pour de communes actions de grâces les anciens élèves accourus à l'occasion des fêtes du cinquantenaire. Avec la permission, et grâce aussi à la générosité de Monsieur le curé de Québec, dont on connaît le bon goût si exercé et si sûr, on ajouta aux décorations architecturales de l'église une parure nouvelle, de riches draperies, de gracieuses tentures où dominaient les couleurs pontificales. A l'autel et dans le sanctuaire des fleurs et des plantes,
des candélabres de toutes formes et d'une grâce parfaite,
des lampes aux teintes les plus variées offraient un spectacle à la fois religieux et artistique. Au-dessus de l'autel, étaient représentées sur une grande toile les armes de l'Université Laval. Tout autour de la nef centrale, à la hauteur des galeries et des jubés, courait un cordon électrique auquel on avait attaché des centaines de lampes- Ces lampes s'ajoutaient à toutes celles qui déjà étaient fixées sous le baldaquin et sur la corniche du chœur, et qui font de l'illumination du sanctuaire de la Basilique une merveilleuse féerie. Le chiffre 50, gravé en lettres d'or sur des étendards, sur les piliers ou sur les murs, rappelait le motif des solennelles démonstrations qui allaient se dérouler dans la vieille cathédrale.
Nous ne pouvons que mentionner en passant les décorations que l'on avait faites par toute la ville pour fêter dignement les noces de diamant de la Société Saint- Jeau-Baptiste et les noces d'or de l'Université. Les citoyens avaient vraiment rivalisé de zèle pour orner les rues, pavoiser les maisons, les édifices publics, pour transformer la vieille capitale, et ajouter aux grâces que la nature lui prodigue toutes celles que l'art et le bon goût peuvent procurer. Partout, sur les monuments, sur les arcs de triomphe, sur les drapeaux on voyait le nom de l'Université mêlé à tous ceux que notre population aime tant rappeler et acclamer le jour des grandes fêtes nationales.
Ou a particulièrement admiré les décorations qui furent faites au palais archiépiscopal. La façade principale et celle qui donne sur la rue Dauphin étaient ornées de drapeaux, de banderoles, d'inscriptions fixées sur des tentures de pourpre. Sur la façade de la rue Dauphin on pouvait lire, résumée avec une merveilleuse concision et écrite en lettres et en chiffres d'or, toute l'histoire de
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l'Université Laval. Le long de la partie supérieure de cette façade couraient deux inscriptions qui donnaient à cette décoration tout son sens:" Qui erudiunt multos quasi stellœ fulgcbunt" " Honneur, reconnaissance à notre Université catholique." Au-dessous étaient gravés les noms des fondateurs de l'Université. Puis on indiquait sur d'intéressantes pancartes le nombre des anciens élèves sortis de l'Université Laval : avocats et notaires : vivants, 425 ; défunts, 150. Total 575. Prêtres : vivants, 780; défunts, 250. Total, 1030. Médecins: vivants, 500; défunts, 175. Total, 675. On ne pouvait mieux mêler l'utile à l'agréable. L'ensemble de ces décorations, faites avec goût, offrait à l'œil un spectacle qui vraiment n'avait rien de banal, et retenait infailliblement l'attention des visiteurs.
Déjà, par la côte de la Montagne, et sous la façade historique de l'archevêché, défilait la longue procession des anciens élèves, des patriotes, des curieux, des voyageurs de toutes sortes qui par toutes les voies arrivaient à Québec. A tous la vieille cité esquissait le plus agréable sourire. La joie et la vie débordaient de toutes les demeures, remplissaient la rue et les places publiques. A l'heure marquée tout était prêt pour le grand événement. La série des fêtes pouvait commencer.