LES PROFESSEURS
Quand on parcourt la liste longue déjà de ceux qui ont mis leur labeur au service de l’Université, on éprouve un sentiment de crainte: comment exprimer dignement à ces hommes dont la science a porté au loin la renommée de l’Université la gratitude qui leur est due? Je n’ose parler des vivants, dont les noms brillent d’un vif éclat dans la science mondiale, lauréats de concours internationaux et nationaux, lauréat du prix Nobel, docteurs honoris causa des plus illustres universités étrangères, membres d’Académies célèbres, auteurs de travaux qui ont rénové la science, de découvertes qui ont enrichi le patrimoine moral et intellectuel de l’humanité ou contribué au soulagement de ses misères. Je devrais les citer tous, car tous honorent par leur savoir, à des titres divers, la maison a laquelle ils appartiennent.
Parmi les morts que de noms sont à retenir! Au nombre des pionniers de la première heure, mentionnons Henri Ahrens, qui présida à l’organisation de la Faculté de Philosophie et Lettres et publia, en 1839, un cours de Droit naturel qui eut un retentissant succès; Auguste Baron, qui s'illustra dans le domaine des lettres; Jean-Jacques Altmeyer qui se distingua dans l’enseignement de l’histoire. Dans la Faculté de Droit, Jean-François Tielemans, créateur du droit administratif; le juriste Antoine De Cuyper ; Charles de Brouckère, qui apporta dans l’enseigne-
ment de l'Economie politique, encore flottante, une méthode plus rigoureuse, puisée au contact des sciences mathématiques ; Eugène Defacqz, qui ouvrit une première et large baie sur l'Histoire du Droit ; le romaniste Egide Arntz et son émule Charles Mainz, dont les noms marquent dans l’histoire du Droit romain. Dans la Faculté des Sciences, Floris Nollet, l'inventeur du premier générateur d'électricité appliqué à l’industrie. Dans la Faculté de Médecine, Pierre Graux, Louis Seutin, Charles Van Mons, Gottlieb Gluge, Louis De Roubaix. Voilà quelques-uns des hommes qui marchent à la tête d'une illustre phalange de maîtres qui vont assurer, au cours du xix® siècle, le succès de notre enseignement supérieur. Parmi eux, le philosophe Guillaume Tiberghien; le littérateur Eugène Van Bemmel; l'historien Léon Van der Kimdere; les juristes Orts, Joseph Van Schoor, Alfred Giron, Alphonse Rivier, Modeste Cornil, Charles Duvivier, Adolphe Prins, Paul Errera; le jurisconsulte Polydore de Paepe; l'historien des religions comte Goblet d’Alviella; les économistes et sociologues, Hector Denis, Guillaume De Greef et Em. Waxweiler; l’anatomiste Jean-Joseph Crocq; Guillaume Rommelaere, à la fois anatomiste et médecin ; Paul Heger, successeur de Gluge, qui introduisit dans l'étude de la physiologie des méthodes nouvelles ; le botaniste Leo Errera et son élève Jean Massart ; le chimiste Jean Stas; le chirurgien Antoine Depage, créateur, pendant la guerre, de l’hôpital de l'Océan qui fit l'admiration des peuples alliés.
À tous, l’Université reconnaissante exprime sa gratitude.
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Ces millésimes évoquent un douloureux souvenir. Les légions ennemies déferlent sur le pays, accumulant les ruines. En signe de protestation contre l’iniquité d’une violation de territoire qu’interdisaient de solennels traités, les Universités ont fermé leurs portes. L'Université hbre, solidaire de ce geste de réprobation, a suspendu, elle aussi, le cours de son enseignement.
Des volontaires en grand nombre offrent à la Belgique meurtrie leurs bras, leur jeunesse et leur cerveau. Nos étudiants sont parmi les braves. D’aucuns revinrent, couverts de gloire. D’autres, hélas, ne revinrent plus. Maîtres et élèves conservent pieusement leur souvenir. Dans la grandesalle académique ils ont élevé un monument, sur lequel ils ont inscrit en lettres d’or les noms des héros morts pour la Patrie. Morts? non, car ceux qui succombent en soldats, demeurent immortels.