‹ L'Uréthrectotomie: Dans les Rétrécissements PéniensChapitre 7 sur 21 · ANTISEPTIE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

ANTISEPTIE PRÉLIMINAIRE

On ne saurait trop insister tout d’abord sur la nécessité absolue d’une antiseptie rigoureuse, antiseptie qui s'impose d'autant plus que l’acte opératoire porte le plus souvent sur des sujets dont l'appareil urinaire est depuis longtemps déjà infecté.

Avant toute intervention le malade aura cté purgé ; il aura pris depuis quelques jours une nourriture légére (lait et œufs autant que possible) ; on lui aura administré des antiseptiques intestinaux et généraux, tels que le naphtol, le benzo-naphtol, le salol, la quinine, l'acide borique ou le borate de soude, médicaments qui rendront les urines relativement claires et propres. Son urèthre aura été lavé avec grand soin avec une solution de sublimé très faible (au 20/000 par exemple) ou de nitrate d'argent au 1/000 ou au 1/500.

Ces précautions préliminaires n'empêcheront pas de faire, au moment de l'intervention un savonnage et un brossage énergiques du champ opératoire, suivi d’une irrigation avec un liquide antiseptique. Le malade sera ensuite placé dans la position dela taille ; et les environs de la région seront r'ecouverts de larges compresses antiseptiques. Si d'autre part

Se l'aseptie des mains, des instruments, des fils et des sondes est assurée, le chirurgien peut intervenir sans hésiter et bannir de son esprit toute crainte d'infection.

L'anesthésie générale est indispensable.

2° HÉMOSTASE PRÉVENTIVE

Lorsque toutes les mesures antiseptiques ont été prises, il est encore une précaution à remplir qui a une tres grande importance : c’est l'application à la racine de la verge d'un lien élastique destiné à assurer l'arrêt du sang à la surface du champ opératoire.

L'idée d’arréter l'écoulement sanguin au cours des opérations sur le pénis n’est pas nouvelle. Elle a été émise d'abord par Warner et Pallucci et à été surtout appliquée par Esmarch.

Dans le premier mémoire qu'ila consacré à la publication de la méthode qui porte son nom, Esmarch a proposé de comprimer le pénis à sa base au moyen d’un tube mince de caoutchouc, si l’on voulait pratiquer sans perte de sang des opérations sur cet organe, et il a annoncé qu'il avait usé dans ce but et avec succès d’un tel moyen dans plusieurs amputations de la verge et dans la circoncision (1). Dans son manuel de Pansements et d'Opérations paru peu de temps après, il a indiqué de pratiquer de la même manière l’hémostase préalable dans les opérations sur cet organe (2).

Dans les mémoires de Nicaise (3) et de Lidell (4) sur Pischémie chirurgicale, on retrouve en termes généraux ce même enseignement d'Esmarch.

(1) Ueser KunsrLicHE BLUTTLEERE BEI OPERATIONEN (1873) p. 379 et 384 in Samlung Klimisher Vortrage Chir., no [. 28.

(2) Manuel de ‘Pansements et d’Opérations, trad. par le docteur Rouge, Paris 1879. (3) Nicaise, — De l’ischémie préliminaire par le procédé d’Esmarch (Gaz. hebd., p. 578, 1874). (4) Jowx A. Lainezz. — Encyclopédie d'Aschurtz, T. III, p. 315, fig. 874.

nous

Quelques auteurs ont conseillé d’user de la méthode en question dans l'amputation du pénis (Monod, Petit, Forgue, Koœnig), mais aucun traité de chirurgie n'en a mentionné, à l'occasion, l'emploi dans les autres opérations sanglantes de quelque importance qui se pratiquent sur le même organe. Le profit que l’on peut tirer, en pareil cas, de l’ischémie temporaire a inspiré en France une étude spéciale (1) qui s’est limitée à la seule application de l’'Esmarch dans le phimosis. Plus récemment, en 1893, M. le docteur Phélip (de Lyon), a fait ressortir tous les avantages du lien hémostatique appliqué à la chirurgie du penis et a montré que la congestion postischémique n'avait aucune influence sur la réunion des tissus.

Monsieur le docteur Pousson est le premier chirurgien qu ait songé à utiliser le lien hémostatique dans l’uréthrectomie pénienne qu’il pratiqua le 18 février 1895.

Ayant fait, quelques années auparavant, une autre uréthrectomie pénienne sans hémostase préventive, il affirme qu’il n’y a aucune comparaison à établir entre la facilité des manœuvres de dissection du nodule cicatriciel et surtout de suture des deux bouts de l’urêthre, lorsque le champ opératoire est à sec, et celle qu’on éprouve lorsque le sang Pinonde de toutes parts. Dans ce dernier cas l'opérateur ne voit plus alors, ou voit mal, le-point sur lequel"son action. vient de s’exercer;-et,.si elle doit s’y continuer, il ne peut qu’entrevoir la surface de la plaie, et son instrument, dans son point de contact avec les tissus, agit constamment dans le sang. En effet, malgré la célérité de l’aide qui éponge, dès que le contact cesse entre la substance absorbante et la surface cruentée, l’effusion du sang se reproduit avec la même soudaineté et longtemps avec la même abondance qu’à sa premiére apparition. On ne saurait donc

{1} A. Horer. — éMéthode d’Esmarch pour l'opération du phimosis. (France Médicale, 1875, juillet).

trop vivement conseiller aux opérateurs de ne pas se priver de la ressource précieuse du lien hémostatique.

L'application de la méthode d’'Esmarch aux opérations sur la verge est des plus simples. Elle consiste à enserrer la racine de l'organe dans un lien élastique.

Au lieu d’un lien aplati susceptible de pincer la peau par superposition de ses bords, ilest préférable de se servir d’un lien arrondi, funiculaire, avec lequel on évite cet inconvénient.

Une sonde en caoutchouc, dite de Nélaton, du n° 16 à 18 peut, à défaut de tout autre lien parfaitement remplir le but recherché.

Deux tours de lien élastique sont suffisants. Ils sont maintenus à Paide d’une pince à forcipressure, dont les mors compriment les chefs sur l’un des côtés de la verge. Pour ne pas étre gèné au cours des manœuvres opératoires sur le pénis, il convient que les anneaux des pinces soient dirigés du côté du scrotum.

Avant de quitter ce qui à trait à cette question de l’hémotase, il est une recommandation qu’il ne faut pas oublier de faire : c’est de ne pas suturer les téguments sans s'être préalablement assuré en enlevant le lien compresseur qu'aucun vaisseau important ne donne du sang. Cette précaution a aussi un autre avantage que celui de permettre, le cas échéant, la ligature d’une artère; elle donne au chirurgien la faculté d'arrêter en quelques instants au moyen d'une irrigation chaude la pluie de sang qui inonde le champ opératoire, dès que l’ischémie cesse.

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