‹ L'Uréthrotomie ExterneChapitre 9 sur 39 · DONS · texte numérisé non relu

DONS

rétrécissement et du tissu fibreux péri-uréthral, il donne à son opération le nom d’uréthrotomie collatérale !. La faveur parait appartenir, à ce moment, plutôt à la section périnéale qu’à l’incision de dedans en dehors, et le procédé de Sédillot compte aussi beaucoup plus d’adhérents que le procédé deSyme. Depuis 1862, Ollier (de Lyon) estime que l’uréthrotomiesans conducteur est une excellente opéralion ; sa doctrine peut se résumer ainsi : L’opération de Syme ne peut pas remplacer l’uréthrotomie interne, mais on ne doit pas s’attarder trop longtemps à s’efforcer de passer une bougie pour pratiquer j’uréthrotomie sans conducteur; il y aavantage à ne pas persister ; et si le cathétérisme est dificile, il vaut mieux recourir à l'incision périnéale sans conducteur.

Il faut arriver à 1868 pour voir Bœckel, dans un Mémoire publié à Strasbourg, reconnaître quelques indications à l'opération du chirurgien d’Edimbourg. C’est aussi à lui qu’il convient d’attribuer le mérite d’avoir, l’un des premiers en France, indiqué les avantages de l’uréthrotomie externe dans le traitement des ruptures de l’urêthre.

Onze ans après, apparaît l'important travail de Grégory, dont j'ai déjà parlé ; cet auteur voudrait que l’uréthrotomie externe fût, dans tous les cas, préférée à la section interne ; c'était évidemment trop demander, surtout quand on considère les services déjà nombreux rendus par l’incision interne avec les instruments de Maisonneuve entre les mains de Guyon et de beaucoup d’autres opérateurs, et celui d'Horteloup. Aussi, dès l’année qui suivit la publication de ce travail, dans une thèse très remarquable, E. Monod s’efforce-t-il de poser nettement les indications de la section externe, il fait voir en même temps que l’uréthrotomie pratiquée avec le maisonneuve est loin d’être passible de tous les reproches que lui a prodigués Grégory. Enfin, il y a à peine cinq ans, Phélip (de Lyon), dans sa Thèse sur l’uréthrotomie

! Bourguet (d'Aix) ; Bull. Société de Chirurgie, 1856.

exierne sans conducteur, dans laquelle il expose les idées de son maître Ollier, envisage la question à un point de vue plus nouveau ; après avoir posé les indications de cette opération, il en montre les avantages, et, avec preuves à l’appui, il nous la pré: sente comme capable de guérir radicalement, sans récidive, les rétrécissements de l’urêthre.

À l'étranger, aussi bien qu’en France, l’uréthrotomie externe sans conducteur est aujourd’hui regardée comme une opération utile, souvent absolument nécessaire ; cependant les mêmes indications ne sont pas acceptées dans tous les pays, et maints chirurgiens la rejetient même en principe; c’est ainsi qu’en Angleterre, par un revirement d'opinion assez curieux, on a plus souvent recours au procédé de Syme ou à l’incision interne, et cela parce qu’on s’obstine, plus que chez nous, à franchir les strictures de l’urêthre. Pour Thompson", il n’y a pas de rétrécissements infranchissables, et il peut dire: «Je n’ai jamais eu l’occasion de pratiquer la section périnéale pour un rétrécissement infranchissable. » Aussi, cet opérateur a-t-il recours à l’'uréthrotomie interne d’une façon exclusive, quand la dilatation est impuissante. Teevan, Harrison et bien d’autres le suivent dans cette voie, et ce dernier n’hésite pas à dire: Where urine will scape, an instrument will enter (où l'urine peut passer un instrument peut entrer). En revanche, Atkinson * {de Leeds), Thomas Bryant *, chirurgien de Guy’s Hospital, admeltent des indications à la section de dehors en dedans. Quoi qu'il en soit, l'opération de Sédillot est en ce moment bien plus couramment enployée en France qu’en Angleterre ; c’est absolument le contraire de ce qui existait pour ces deux pays dans les quarante premières années de ce siècle.

En Allemagne, en Suisse, en Italie, la section périnéale a ses

1 Traité pratique des maladies des voies urinaires, pag. 503, ?° édit. 2 British med. Journal, 16 mars !878.

3 Amanuel for the pratice of surgery, 3° édit, London, 1879, pag. 135.

= lies partisans ; mais, comme chez nos voisins d'outre-Manche, les indications se posent rarement. Pour Kœnig", l’uréthrotomie est une opération difficile, presque impraticable, et il pratique souvent la boutonnière en arrière du rétrécissement dans les cas où l'indication causale s'impose. Dittel (de Vienne) el Küster * (de Berlin) professent la même opinion ; eux aussi sont partisans de la ponction sus-pubienne ou de la boutonnière dans les cas de rétrécissements infranchissables avec rétention d'urine, les insuc: cès dans la recherche du bout postérieur paraissent être la cause du petit nombre d'opérations que l’on pratique chez les Allemands. Cependant Bardenheuer (de Cologne) regarde cette façon d’opérer comme excellente, malgré ses insuccès, qu’il attribue à l’insalubrité de son hôpital : «Je suis grand partisan de l’uréthrotomie externe, parce que je n’ai jamais observé après elle de suites graves pour l'existence, et que je tiens cette opération pour très bénigne tout en étant plus radicale que l’uréthrotomie interne, bien qu’on ne puisse nier que, même après la boutonnière, des récidives peuvent se produire. »

En Russie, Phélip nous montre Lindenbaüm * publiant quatre observations d’uréthrotomie externe ea 1884 et concluant ainsi : « Il serait à souhaiter que l'opération qui nous intéresse, qui a perdu dans ces derniers temps de son insuflisance, puisse être entreprise dans les plus larges proportions. De cette façon seulement, on pourrait apprécier sûrement la valeur des divers traitements dirigés contre les rétrécissements infranchissables ».

Les Américains, toujours entreprenants et pratiques, sont certainement ceux qui pratiquent le plus souvent l’uréthrotomie externe. Nous avons vu que dans les premières années de ce siècle une pléiade de chirurgiens employaient l’incision périnéale;

‘ Kœnig; Lehrbuck der Specieleen chirurgie für Aerzte und Studirende, pag. 484, Band. II.

2 Küster ; Ein chirurgisches Triennium 1882,

# Liodenbaüm : De l'uréthrotomie externe dans les rétrécissements infranchissables. Vratch, n° 45, pag. 759.

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dans ce pays, nous ne retrouvons pas les fluctuations que nous avons pu constater en Europe ; la méthode s’y est implantée ; dès qu’elle y a été connue, elle y a été définitivement acceptée. Gouley (de New-York), Van Buren, Markoe, Gross (de Philadelphie), continuent les traditions de Stevens, Jameson, David Angers, Hoffmann, etc...; dans son livre sur l’uréthrotomie périnéale dans les cas de stricture de l’urèthre, Gouley rapporte 13 cas opérés sans conducteur ; avec Van Buren, il conseille d’avoir rapidement recours à l’uréthrotomie pour s'opposer aux complications multiples qui peuvent survenir.

À Montpellier, soit dans les services de MM. les professeurs Dubrueil et Tédenat, ou pendant les suppléances faites par MM. Forgue et Estor, professeurs agrégés, j'ai vu à diverses reprises ces Maîtres recourir à la dilatation, à l’incision externe ou à la section périnéale, suivant les indications ; c’est dire que dans cette Faculté il-n’y a pas d’intransigeants, et, il faut bien le reconnaitre, le plus grand nombre des chirurgiens français ont une règle de conduite analogue.

Après ce rapide aperçu historique, on voit par quelles fluctuations, par quelles faveurs et par quel discrédit l’uréthrotomie externe a dû passer avant d’être adoptée d’une façon définitive. [1 faut en chercher la raison dans l'incertitude où l’on se trouvait pour poser les indications de cette intervention. Il est évident que pratiquer l’uréthrotomie périnéale sans motifs suffisants, c’est lui porter préjudice et favoriser en quelque sorte son bannissement de la thérapeutique des maladies de l’urêthre; aussi, doit-on s’efforcer d’établir nettement quelles en sont les indications ; après cela, quand on aura montré les moyens de triompher des difficultés opératoires, et mis en lumière les avantages précieux de celte opération, il sera permis de croire qu’on aura contribué, pour une faible part, à la maintenir au rang qu'elle doit occuper dans la thérapeutique des affections des organes

urinaires.

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