HISTORIQUE
Le 27 juillet 1869 entrait dans les salles de Nettleship, à
I hôpital de Blackfriars, une enfant de deux ans présentant une éruption qui fut diagnostiquée urticaire chronique. Cette éruption oflrait ceci de particulier qu’elle laissait des taches de couleur brun clair qui persistèrent pendant tout le séjour de la petite malade à l’hôpital.
Nettleship en fit publier l’observation dans le British medical Journal, sous ce titre : Urticaire chronique laissant des taches brunes et durant depuis deux ans environ.
Cinq ans plus tard, en 1874, Morrant Baker observait un cas semblable chez un enfant d’un an qui était entré à l’hôpital de Saint-Bartholomew. M. Baker n’avait trouvé, dit-il, aucune observation semblable jusqu’au jour où il en fit part à Tilbury Fox. Celui-ci reconnut une maladie identique à celle dont il avait soigné un cas à l’hôpital de l’Université et deux autres en ville.
II pense que la maladie est très rare et n'a pas encore été décrite. Ces quatre cas sont communiqués à la Société clinique de Londres, le 11 décembre 1874.
Le 17 octobre 1874, A. Morrow venait demander à ses collègues de la Société de dermatologie de New-York, leur opinion au sujet d’un cas sur la nature duquel il n’était pas fixé. Il s’agissait d’un enfantdedeux ans atteint d’une éruption bizarre, datant de six mois et qui fut l’objet d’une discussion à la Société de dermatologie.
Buckley pense à du lichen, Taylor croit qu’il s’agit d’urticaire
accompagnée d’érythème papulo-tnberculeux et il rapproche l’affection de ces érythèmes papuleux qui surviennent après la vaccination. Sturgis, Fox croient aussi à de l’érythème papuleux et c’est sous ce dernier titre que l’observation est publiée par Morrow.
Au mois de décembre 1878, Morrow communique la suite de cette observation à la Société de dermatologie de New-York et il passe en revue les différents cas publiés dans les Bulletins de la Société clinique de Londres. Il pense alors qu’il s’agit d’urticaire et il accepte la dénomination d’urticaria pigmentosa qui vient d’être proposée cà Londres, par Sangster. En effet, entre les deux publications de Morrow à New-York, des cas nouveaux sont publiés à Londres.
C’est d’abord Barlow (25 mai 1877), puis Sangster ^26 avril 1878) qui présentent à la Société clinique des observations identiques à celles de Morrant Baker et de Tilbury Fox. C’est alors que A. Sangster propose l’appellation d’urticaria pigmentosa. A mesure que la maladie est mieux connue, les cas, ainsi que cela arrive toujours, vont en se multipliant. En Angleterre, Barlow, Goodharten 1879, Pye Smith, Cavafy, Stephen Mackenzie, en 1880, publièrent de nouvelles observations.
En 1881, au congrèsde Londres, Tilbury Fox, Stephen Meckenzie présentèrent à la section de dermatologie des malades atteints d’urticaire pigmentée.
C’est deux ans plus tard que paraît le premier travail d’ensemble sur cette affection. Colcott Fox, en 1883, donne une nouvelle observation et, reprenant tous les faits publiés avant lui en Angleterre, ainsi que quatre observations publiées en Allemagne, il étudie la symptomatologie de l’urticaire pigmentée, puis il en décrit les lésions microscopiques d’après les recherches de Thin et d’après des recherches personnelles. Il présente son travail sous le nom de d’urticaria pigmentosa ou xanthelasmoidea. Le nom d’urticaire pigmentée est, en effet, adopté et toutes les observations sont maintenant publiées sous ce titre.
En 1884, G. H. Fox publie, à New-York, un nouveau fait, et, en 1885, RadclifTe Crocker à Londres, publie la quatorzième observation anglaise.
La description de l’affection devient désormais classique. C’est une entité bien caractérisée, nettement constituée que la majorité des dermatologistes rattachent à l’urticaire dont elle serait une variété rare.
En Amérique, Duhring lui consacre un chapitre dans son Traité des maladies de la peau.
En Angleterre, Liveing en donne la description dans son Manuel des maladies cutanées et, récemment, Cavafy reprend cette question dans son article « Urticaire » du Dictionnaire de chirurgie pratique , de Heath.
En Allemagne, le P1' Pick publie à Prague, en 1881, les deux premières observations et il en fait suivre la description de quelques considérations cliniques et anatomo-pathologiques sur l’urticaire pigmentée : il a examiné au microscope une plaque d’un de ses malades. Outre cet examen microscopique, on trouve dans l'intéressant travail du professeur de Prague des considérations particulières sur la façon d’envisager l’urticaire pigmentée.
En 1882, Lewinski publie dans les Archives de Virchow deux nouvelles observations. Comme Pick, il les fait suivre de quelques considérations cliniques sur la maladie qu’il considère comme une angionévrose, puis il passe en revue les cas publiés jusqu’à cette époque. 11 élève des doutes sur certains d’entre eux, notamment sur ceux de M. Baker et de T. Fox. Pour révoquer en doute l’observation de Morrant Baker, il se base sur l’examen microscopique de Thin, que nous retrouverons plus loin; mais Lewinski n’avait pas eu connaissance de l’observation originale de Baker : il n’avait pas vu non plus la planche annexée à cette observation. C’est ce qui peut expliquer comment ce fait absolument indiscutable a pu lui paraître douteux. 11 en est de même des trois observations de Tilbury Fox. Lorsqu’on lit ces observations ainsi que la relation ultérieure qui en a été donnée en 1883 par Colcott Fox, on ne
peut les considérer que comme des faits probants d’urticaire pigmentée, ainsi d’ailleurs qu’ont pu s’en rendre compte les dermatologistes qui assistaient au congrès de Londres en 1881, où l’un des malades de Tilbury Fox fut présenté sept ans après le début de la maladie.
Lewinski contrairement à Pick, adopte la dénomination de Sangster. La même année, Hoggan publie dans le Monatshefle für praklishe dermatologie de Hambourg, quelques considérations sur l’urticaire pigmentée. Il analyse également les différents faits publiés, mais il n’apporte dans ce mémoire aucun document nouveau. C’est dans un deuxième mémoire publié l’année suivante dans le recueil de Unna que G. et F. Hoggan étudient l’anatomie pathologique de l’urticaire pigmentée.
En 1885 M. Behrend présente à la société de médecine de Berlin (séance du 18 mars) un enfant atteint d’urticaire pigmentée. Nous devons à son obligeance de pouvoir publier plus loin cette observation restée jusqu’ici inédite.
En 1886, Lazanskv publie à Prague une revue sur Furticaire, et il donne une nouvelle observation d’urticaire pigmentée.
Le 5 juin de la même année, le Pr Kaposi communiquait «à la société império-royale des médecins de Vienne sous le titre d’urticaire pigmentée, une observation qui diffère des cas jusqu’ici connus et sur laquelle nous reviendrons en étudiant le diagnostic de l’urticaire pigmentée. Enfin cette même année 1886, Unna communiquait au 59° congrès des naturalistes à Berlin un travail très important sur l’anatomie et la palhogénie de l’urticaire simple et pigmentée. Cet intéressant mémoire a été publié en 1887 dans un fascicule séparé du Monatshefle für praktishe dermatologie. Dans ce travail sur lequel nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir, M. Unna donne d’abord une nouvelle observation, puis il étudie l’anatomie pathologique de l’affection, et il termine par des considérations sur la nature même du processus, et par un essai de classification de l’urticaire. Aujourd’hui la description de l’urticaire pigmentée est classique en Allemagne.
En France le premier cas est observé au mois de septembre 1883 à l’hôpital Laennec par notre excellent collègue et ami Feulard. 11 est diagnostiqué par notre savant maître M. E. Vidal et en 1885 le l)r Feulard publie dans les Annales de dermatologie le début de cette observation. Au mois d’aoùt 1884 notre excellent maître M. le Dr Brocq donne dans les Annales du dermatologie une analyse très détaillée du travail de Colcott Fox.
Puis on observe successivement à l’hôpital Saint-Louis les trois malades dont nous donnons plus loin l’observation. C’est d'abord en 1885 qu’entre dans le service de M. le Pr Fournier le petit malade que nous avons fait représenter dans notre première planche.
En 1885, M. Vidal observe le troisième cas d’urticaire pigmentée et en 1887 M. le Dr Quinquaud diagnostique le quatrième.
Ces observations étaient restées inédites. Nous devons à l’extrême obligeance de M. le I,r Fournier, de MM. Vidal et Quinquaud de pouvoir les publier dans ce travail et nous tenons à leur offrir de nouveau ici l’expression de toute notre gratitude.
Nous avons eu la bonne fortune d’examiner trois de ces malades qui représentent actuellement les seuls faits connus en France, et nous devons à l’amabilité de M. Fournier d'avoir pu étudier les altérations histologiques de l’urticaire pigmentée.
Quant à la bibliographie française elle est malheureusement assez pauvre. Nous ne pouvons même citer que le chapitre consacré récemment à cette question par M. le Dr Leroux dans l’article « Urticaire » du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales .
Les anciens dermatologistes connaissaient-ils l’urticaire pigmentée? Rien ne semble l'indiquer. Willan, Bateman, Cuzenave, etc.; avaient décrit sous le nom d’urticaire perstans une affection qui n’est rien moins que de l’urticaire pigmentée. Il est probable, comme le pensait Tilbury Fox, que nombre de cas d’urticaire pigmentée ont été confondus avec plusieurs autres affections de la peau dont il est possible de les distinguer aujourd’hui.