‹ L'Usure au Moyen-ÂgeChapitre 13 sur 40 · XXXIII, JE · texte numérisé non relu

XXXIII, JE

voue

avances (r) ». Pour ces prêts, ils exigeaient des gages, des lingots d'or, des joyaux, même de saintes reliques, comme la vraie croix, mise en gage chez eux, en 1240, par Baudoin II, empereur de Constantinople. Mais prenaient-ils un intérêt? Léopold Delisle n'en parle pas : il est assez probable cependant qu'ils se faisaient payer leurs services, voilant l'usure sous les expédients si nombreux inventés par la nécessité (2).

Car loin d'être à l'usage exclusif des Juifs et des Lombards, le prêt à intérêt, l'usure, comme on l'appelait, n'était pas dédaigné des chrétiens. Bien au contraire, tous les procédés possibles étaient simultanément employés pour tourner les lois, expédients de toute nature, fraudes ouvertes : le roi même, dans certains cas, se voyait contraint de tolérer ce que réclamaient impérieusement les besoins économiques, et souvent il accordait à prix d'argent ou ses sujets lui arrachaient de véritables privilèges d'usure.

Les usuriers chrétiens n'étaient pas d’ailleurs plus tendres que les juifs : saint Bernard, répondant aux plaintes sur la rapacité des Juifs s’écrie : « sic ubi desunt, pejus judaizare dolemus christianos foeneratores, si tamen christianos et non magis baptizatos judaeos convenit appellari » (3). Le nouvelliste Geoffroi trouve les Juifs moins avides que les chrétiens :

« Car juifs furent débonères Trop plus en fesant telz afférés Quenessonteorencrestiens ss. (4)

Les défenses royales pesaient aux chrétiens, et ils n’hésitaient pas à profiter d’un texte douteux : Philippe le Bel ayant rendu en juillet 1312 une ordonnance contre les usures, se voit contraint, en décembre de la même année d’en rendre

(x) Voy. Delisle, loc. cil., p. 15 et suiv.

(>) Voy., p. 25 la note 5 : intérêts moratoires.

(3) Sancti Bernardi Abbatis Clarevalensis Epistolae, LXXIX, $ 7, T. XV‘ p. 606 du Recueil des Hisloriens des Gaules.

(HRCItÉ parilanisse Mc TN TI D 2206:

nt | PA

une seconde, interprétative de la précédente : « mais aucuns, dit-il, mal entendans et mauvaisement interpretant la sentence et les paroles de cette ordonnance... s'efforcent d'arguer que nous entendons que celles menües usures se puissent bonnement user, ou fréquenter en nostre royaume... (1) ».

En fait, les usures étaient nombreuses et fréquentes : « sont chacun jour fait moult de contraux damnables et illicites...» disent des lettres de 1402 (2). D'autres lettres de 1405 parlent de « contraulx usuraires et illicites, commis et perpétrés par plusieurs officiers et subjiets des dits pays (3) ». Le roi avait à lutter contre les intérêts privés, avides de gain les expédients plus ou moins licites, plus ou moins moraux que la subtilité des prêteurs inventait pour tourner les prohibitions, les fraudes véritables souvent à peine cachées, constituaient un réseau où se perdaient les agents royaux.

Page 1