LES FOIRES
L'amour du gain était plus fort que les lois, il faut reconnaître aussi que les prohibitions absolues se heurtaient à des besoins véritables : le crédit est une des bases du commerce, là où il y avait des marchands et des transactions nombreuses, comment interdire les avances, les emprunts? C'est ce que furent obligés de reconnaître les rois : ils tolérèrent l'usure aux grandes foires qu'ils cherchaient à développer.
« Es foires de Champagne, ou pour délivrance des foires se font prêts de grande quantité et créances de foires en foires, qui sont six fois l'an et en faveur especiaument des foires, mettons et etablissons la peine dessus dite contre tout créancier qui en telle manière, pour raison d'usure ou sous couleurs d'intérêt contre notre presente ordonnance oseront demander avoir ou reçevoir gain de foire en foire, outre cinquante sols pour cent livres ou pour mineure quantité, ou mineur ou graigneur temps à l'avenant. Et ce nous entendons de gain qui se prend de foire en foire pour prêt ou pour change ou pour autre manière de contrôle semblable sous quelle couleur que ce soit » (1).
Philippe de Valois, en 1349, accorde le même privilège aux foires de Champagne et de Brie : « pour ce qu'auxdites foires de nécessité se font prest de grande quantité et creance de foire en foire » il permet « quinze livres pour cent » d'intérêt, « c'est à scavoir pour chacunes foires cinquante
sols... (2) ».
(x) Ordonnance de Philippe le Bel contre l'usure, 1311. Ordonn., T. 1, . 484. (2) Ordonnance de Ph. de Valois touchant les foires de Champagne et de Brie, 6 août 1349, $ 19. Ordonn., T. II, p. 308 et suiv.