RICHESSE DES USURIERS
Si la main du roi a été dure pour les usuriers quand il les châtiait, il faut dire que généralement ils le méritaient, Des auteurs s'apitoient particulièrement sur le sort des Juifs auxquels «il fallait de l'argent, beaucoup d'argent pour satisfaire aux exigences multiples de l'Eglise, des rois et des seigneurs » et à qui « il ne restait comime unique gagne-pain que l'usure »,.« le commerce de l'argent leur étant en quelque sorte imposé par l'avidité des rois » (1). C’est aller un peu loin : si les Juifs venaient en France, c'est qu'ils y trouvaient leur intérêt; quand on les avait chassés, ils revenaient et ils payaient même fort cher pour revenir : ils se plaisaient en France : « après une commocion du peuple où ils ont été volés et pillés, leurs parents lués et mis à mort », ils demandent encore à revenir : ils « ont vray propos et volenté de demourer soulz nous et en nostre royaume, plus que soulz quelconque autre prince terrien... » dit Charles VI (2). La certitude de faire de bonnes affaires les attirait, et l’apreté des Juifs n'est pas sans raison proverbiale. « Quand la fortune les secondait, ils oubliaient trop tôt les règles de la prudence et négligeaient les moyens de se faire aimer et estimer des chrétiens » (3). Des historiens juifs avouent qu'à la fin du xir° siècle, ils avaient quelque peu oublié les préceptes de leur loi et que « l'opulence avait conduit les Juifs de Paris à la luxure » (4). Ils étaient en effet si riches qu'au dire de Rigord, ils possédaient, à l'avènement de Philippe-Auguste, près de
(1) Reinach, loc. cit., p. 146.
(2) Ordonnance sur les juifs de juillet 1385. Ordonn., T. VIT, p.: 169.
(3) Depping, loc. cil., p. 167.
(4) Usque. Consolaç. de Israël, 3° dialogue, cité par Depping, loc. cil., pe 137.
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la moitié des immeubles de Paris (1). Puissants, ils ne ménageaient pas leurs débiteurs : le même Rigord assure que leurs maisons étaient pleines de chrétiens qu'ils tenaient captifs et qui s'étaient engagés par serment à ne pas s'enfuir (2). En 1289, les maîtres de l'Echiquier de Normandie sont obligés de donner un arrêt de règlement portant que les chréliens ne pourront être emprisonnés pour choses dues aux Juifs : « concordatum fuit et praeceptum a magistris, quod pro debitis judaeorum, corpora fidelium non incarcerentur » (3). L'édit du 0 octobre 1363, défend aux chrétiens d'obliger leurs corps, sous peine de nullité : « Et avec ce que aucun crestian ne pusse obligier son corps à aucun juif, mais ou cas que aucune obligation par quelconque manière et soubz quelconque scellé, privilège ou autre, en seroit faite, nous quant au corps, voulons qu'elle soit de nulle valüe » (4). Même interdiction en 1393 : « vous ne souffrès le corps d’aucuns chrestiens detenus prisonniers pour quelconque debte qu'ils doyent aux dis Juifs..., defence expresse aux tabellions et notaires, que nulle obligation ne reçoivent de chrestien quelconque, pour aucuns Juifs, en laquelle la personne dudit chrestian leur soit obligée à tenir prinson » (5).