RECÉLEURS
« Ce n'est pas pour s'être. livrés à l'agriculture, à la milice ou à toute autre profession honnête et utile qu'ils remplissent leurs granges de fruits, leurs celliers de vins, leurs comptoirs d'espèces, leurs coffres d’or et d'argent, écrit Pierre le Vénérable à Louis VIL Ils entassent ce qu'ils ont frauduleusement soustrait aux chrétiens, et acquièrent à vil prix les choses les plus précieuses qu'ils achètent des voleurs. Lorsqu'un brigand enlève de nuit des vases sacrés, des calices, des encensoirs, il se réfugie chez les Juifs et leur vend les objets de son vol (6) ».
Innocent I prend l'accusation à son compte et écrit au roi : « Les maisons des Juifs restent ouvertes jusqu'au milieu de la nuit et servent à receler les biens volés » (7).
Cette accusation de recel ne devait pas être sans fondement, aussi bien pour les Juifs que pour les Lombards, à en juger par le nombre des textes qui règlent la question. Juifs et Lombards se prétendent victimes de la malveillance
(1) Etablissem. de sept. 1594. Ordonn., T. NII, p. 675.
(2) Lettres de 1394. Ordonn., T. VII, p. 643.
(3) Ordonnance du 14 mai 1358. Ordonn., T. Il, D:H90ue
(4) Ordonnance de 1330. Ordonn., T. VII, p. 675.
(o) Etablissem. de sept. 1594. Ordonn., T. VII, p. 655.
(6) Epist. Pelri Venerab, ad Ludovicum, reg. Franc, dans le Tome XV des Iislor., p. G4r.
(7) Tome IT des Diplomala de Brequigny et Dutheil, lettre de 1208.
des accusateurs : « pour ce que par avanture, aucuns chresliens où autres malveillans ou hayneux ausdiz juys et Juyves, et lesquielx ils voudroient villener grever et dommager » (1). Ces gens mettent des objets dans la maison des usuriers, puis les accusent de les avoir volés : aussi quand ils achètent des privilèges, Juifs et Lombards font-ils déclarer par le roi : « que se en leurs hostelz et domiciles estoyent trouvez aucuns biens qui leur feussent bailliez en gaiges, lesquels biens aucuns voulissent poursuir pour emblez, qu'ils n'en puissent estre poursuiz, approuchiez ou molestez aucunement » (2).