TB L'USURIER
de la douleur , éiaii sans forces lorsque le juif Maihias entra dans sa chambre et lui ordonna d'écrire sous sa dictée.
— Je ino suis cliai'gé de votre enfant et de vous, dit-il; vous y avez consenti, obéissezmoi donc !...
Rose obéit machinalement.
iVIoins d'une heure après , un enfant fut apporté à Lucie avec un billet conçu en ces termes ;
,;.f>:Rose Printemps peut mourir sans » craintes, madame, car vous êtes généreuse^ » et Adolphe sera bientôt réuni à son père.
> Soyez bénie, soyez heureuse, rendez*
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» les heureux, et priez pour celle qui n'est » plus !... »
A l'heure où Octave sortait de Sainte- Pélagie, une jeune fille mourante était transportée , par les soins de Mathias , à l'hôpitai où on l'inscrivit sous le nom de Marie Daveine.
Lucie et. Octave firent chercher en vain pendant deux mois entiers des nouvelles de Rose Printemps. — Un jour enfin, une lettre d'un inconnu , portant une date illisible, leur parvint de l'autre extrémité de la France.
Elle constatait la mort de Rose Printemps en termes touclianis et avec des détails circohstanciés. Mais où était-elle morte ? Per-
sonne ne put déchiffrer le nom du lieu, placé à dessein sous le cachet par le juif Maihias , qui éiail , on le devine , Tauleur de ce douloureux avis.
Lucie fit élever au Père-Lachaise un modeste monument à la mémoire de Rose; Ociave l'y rencontra plusieurs fois agenouillée et priant pour la mère de son fils Adolphe.
Quelques mois s'écoulèrent ainsi.
Enfin pourtant , malgré tous les efforts de Serpentard et de Coqueluche , on parla comme d'une chose certaine du prochain mariage d'Octave Marcellot avec la jeune veuve Guidant.
Alexandra soupira non sans colère ;
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Annibal tâcha d'imiter sa sœur; Anonyme Serpeniard se traita de sot :
— J'aurais dû à tout prix, se disait-il, sauver la vie de celte petite Rose Piintemps!... A ma place , Mathias n'y eût pas manque ; je ne serai donc jamais qu'un maladroit.
Regrets superflus ! Le jour du mariage
fui fixé.
On en fit grand bruit à Pontoise , mais il n'y eut de charivari pour personne.
Octave Marcellol et Lucie Fournet ses premières amours, le père d'Adolphe et la jeune veuve Guidant, reçurent la bénédiction nuptiale, à Paris, en l'église de Saint-Philippedu-Roule.
Lucie ayant invité ses ci-devant neveux et nièce à la cérémonie, ils y assistèrent. Coque»
luche, à l'aspect d'Octave, sentit renaître &a jalousie et l'enveloppa dans sa haine pour l'héritière de son oncle défunt. On devine tout ce que sa méchante humeur lui inspira d'épiihèles méprisantes : yjPÀii am t
— Octave Marcellotj un meurt de faim, fds de banqueroutier, banqueroutier lui-même, mauvais sujet, criblé de dettes !..nous préférer ça!., quelle horreur!.. Au lieu de rendre par un mariage convenable à la famille du premier m ari quelques débris de sa fortune usurpée par captaiion, s'en aller chercher un second mari à la prison pour dettes!... La belle réminiscence des premières amours !... Avoir, avant le mariage accepté comme sien l'enfant d'une autre!... Elle n*est pas susceptible, j'espère,
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la tendre Lucie!. ..C'est une honte!.... une abomination !... . (, . ! •:
Nibalet Ninyme, réconcilies parleur échec commun, appuyaient sur la chanterelle.
— Jfe leur jouerai quelque tour de .ma, façon, dit encore Coqueluche.
— Et nous sommes touL vôires, ajouta SerppniarJ.
— Eii ! mais! quoi donc?., fil ^'ibal ; je demande seulement (jue le charivari no finisse pas, comme l'autre fois, par être pour nous.
— Liibécille ! repartit Coqueluche , ces choses -là n'arrivent qu'à Pontoise. Moi d'abord, je ne quitte point Paris sans m'étre procuré sur M. Octave Marcollot el sa Rose Printemps tous les délails possibles et ima-
ginables ; on pourra tôl ou lard uiiliscr ces connaissances.
— Bonne idée ! cxcellenie idëe! — s'écria Ninyme Serpentard , — et d'une exécuiion facile, attendu que les créanciers sont là pour un coup. Je vous conseille, ma cousine, de ne pas négliger d'aller voir le père Maihias, un certain juif qui venait à Ponloise autrefois et paraissait fort au courant des affaires de la famille Marcellot.
— J'irai ! dit Coqueluche.
Le lendemain , au ton de sa nouvelle visiteuse , aux questions inquiètes qu'elle lui adressait, à l'âge et au costume de sa cliente, Mathias eût certainement reconnu tout d'abord mademoiselle Alexandra Guidant , si
d'autre part il n'avait eu l'avantage de la connaître à merveille :
— Celle affaire Marcellot que je croyais finie est décidément une mine d'or! pensat-il en souriant.
La jalousie bilieuse de la vieille fdie fiil immédiatement rangée au nombre des valeurs imaginaires qu'exploitait le profond usurier.
Coqueluebe pourtant n'apprit rien qu'elle ne sûi,
Mathias lui répéta que Rose Printemps était morte de misère et de cbagiin ; l'effort qu'elle avait dû faire pour se séparer de son enfant l'avait acbevée ; elle s'était enfuie de Paris, mais, bêlas! les forces lui manquaient; elle avait été recueillie expirante sur le bord d'une route isolée.
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•— " C'est Octave et Lucie qui l'ont tuée, voilà le fait , monsieur Mathias , s'écria Coqueluche.
— Il y a du vrai dans ce que vous dites-là, ma bonne demoiselle, du vrai et beaucoup de vrai !...
Sans savoir au juste ce que pourrait jamais lui rapporter i'humcur hargneuse et vindicative d'Alexandra Guidam, dite Coqueluche , il lui ouvrit un dossier faisant suite à l'affaire Marcellot.
Cependant Rose Printemps n'était pas
morte. -rr-i .?r\i:*l
Lorsque Mathias lui arracha le petit Adolphe pour l'envoyer à Lucie , elle poussa un
cri déchirant et tomba inanimée; mais à l'hôpital elle fut rappelée à la vie. Rose, après avoir consommé le dernier sacrifice , dut quelque soulagement aux pensées élevées qui raffermirent son âme: >
— Je puis mourir maintenant, se disaitelle, Octave est libre, il est riche; Adolphe recevra une bonne éducation , il ne souffrira plus!...
Et ces réflexions étaient un baume qui cicatrisait la blessure dont elle espérait mourir. Sa jeunesse, sa douceur, sa beauté même que le malheur n'avait pu détruire, attiraient à Rose des soins affectueux et des consolations religieuses.
On lui parla du Dieu qui bénit et par-
donne ; les sœurs hospitalières, le prêtre de l'hospice s'assirent souvent à son chevet. »=i
Un jour enfin elle sortit vivante et chrétienne , de cet asile ouvert à la maladie où elle avait été portée agonisante et ignorant encore la puissance de la religion.
Mathias, qui s'était tenu au courant des phases de sa longue maladie, reçut nécessairement sa première visite. Il avait pu, mieux que personne , apprécier la grandeur d'àme, l'énergie et l'amour maternel de Rose Printemps. C'étaient là des valeurs à exploiter.
— Vous devez être morte, et à jamais, pour M. et madame Marcelloi , lui dit-il ; mais moi qui vous ai conservé la vie, je ne vous laisserai rien ignorer de ce qui concerne votre enfant.
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— Ôh ! monsieur Maihias, vous ôlcs mon bienfaiieur ; comment m'acquiilerai-je jamais envers vous?...
— Rien de plus simple ; repartit carrémcnl l'usurier, avec de l'argent.
— Mais je suis pauvre , je ne sais aujourd'hui même comment me loger, comment me nourrir.
— Vous êtes adroite , laborieuse , habile ouvrière, vous travaillerez !...
— Oh ! je ne demande que du travail.
— Je me charge de vous en procurer.
Et l'usurier sentimental se mit à spe'culer sur le courage , l'amour maternel , l'esprit d'ordre, la bonne conduite, l'adresse et le goût de la jeune modiste, comme il spéculait
sur tant d'autres valsurs moins honorables.
Rose Printemps excellait dans l'art de faire des fleurs artificielles, Mathias ne craignit pas de se découvrir un peu pour exploiter ensuite son talent :
— Nous faisons des bouquets , des guirlandes, des couronnes , des fleurs en tous genres, disait-il. Je mets ça dans le commerce comme arrivant de l'étranger. Elle y gagne sa vie fort passablemeni, et moi j'y gagne deux fois plus qu'elle ; ce qui est de toute justice. j^i
Lucie et Octave étaient alors retirés à Monrepos, leur jolie propriété des bords de la Vienne; — Lucie, qui ne devait jamais
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devenir mère, raffolait du petit Adolphe....
— Il ne lui a pas suffi de prendre un mari , disait amèrement Coqueluche , elle s'est prceautionnée d'un héritier , elle finira par adopter ce peiit Adolphe !...
Là dessus, les collatéraux faisaient des projets qui commençaient à fatiguer le gros Annibal :
— Toutes les marches et contre-marches, les lettres à Mathias , les voyages à Paris et le reste n'ont abouti qu'à nous faire manger de l'argent. Je le craignais, moi ! Nous payons encore les pots cassés, le charivari est encore pour nous !... merci, j'y renonce î
Anonyme Serpentard haussa les épaules :
— Voyons venir ! patience ! dit-il , rira
bien qui rira le dernier !... Peiii poisson deviendra grand !...
— A la bonne heure, cousin , s'écria Coqueluche, à la bonne heure, vous n'êtes pas comme ce gros imbëcille de Nibal,unslupide myope, un...
Touchante entente cordiale !...
Il se passa plusieurs années cependant avant que le digne trio qui entretenait maintenant des relations suivies avec l'usurier Mathias eût trouvé une occasion de vengeance.
Nous avons donc tout le temps de donner un aperçu des opinions et intentions diverses, des hypothèses, appréciations et calculs