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CHAPITRE IX

Entente cordiale.

Lucie, bouleversée, n'avait point dormi de la nuit; — Octave avait souffert toutes les tortures de l'insomnie , toutes les angoisses du désespoir ; — Rose , abaliue par l'excès

delà douleur, était sans forces lorsque le juif Maihias entra dans sa chambre et lui ordonna d'écrire sous sa dictée.

— Je me suis chargé de voire enfant cl de vous, dit-il; vous y avez consenti, obéissezmoi donc !..

Rose obéit machinalement.

Moins d'une heure après , un enfant fut apporté à Lucie avec un billet conçu en ces termes ;

< Rose Printemps peut mourir sans * craintes, madame, car.vous êtes généreuse^ 6 et Adolphe sera bientôt réuni à son père.

t Soyez bénie, soyez heureuse, rendez-»

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» les lieureux, et priez pour celle qui n'est » plus !... î>

A l'heure où Octave sortait de Sainte- Pélagie, une jeune fille mourante était transportée , par les soins de Mathias , à l'hôpital où on l'inscrivit sous le nom de Marie Daveine.

Lucie et Octave firent chercher en vain pendant deux inois entiers des nouvelles de Rose Printemps. — Un jour enfin, une lettre d'un inconnu , portant une date illisible, leur parvint de l'autre extrémité de la France.

Elle constatait la mort de Rose Printemps en termes touchants et avec des détails circonstanciés. Mais où éiait-elle morte ? Per-

sonne ne put déchiffrer le nom du lieu, placé à dessein sous le cachet par le juif Mathias , qui éiail , on le devine , l'auteur de ce douloureux avis.

Lucie fit élever au Père-Lachaise un modeste monument à la mémoire de Rose; Octave l'y rencontra plusieurs fois agenouillée et priant pour la mère de son fils Adolphe.

Quelques mois s'écoulèrent ainsi.

Enfin pourtant , malgré tous les efforts de Serpenlard et de Coqueluche , on parla comme d'une chose certaine du prochain mariage d'Octave Marcellot avec la jeune veuve Guidant.

Alexandra soupira non sans colère ;

Annibal tâcha d'imiter sa sœur; Anonyme Serpeniard se traita de sol :

j — J'aurais dû à tout prix, se disait-il, sauver la vie de celte petite Rose Printemps!... A ma place , Mathias n'y eût pas manqué ; je ne serai donc jamais qu'un maladroit.

Regrets superflus ! Le jour du mariage

fut fixé.

On en fit grand bruit à Pontoise , mais il n'y eut de charivari pour personne.

Octave Marcellot et Lucie Fournet ses premières amours, le père d'Adolphe et la jeune veuve Guidant, reçurent la bénédiction nuptiale, à Paris, en l'église de Saint-Philippedu-Roule.

Lucie ayant invité ses ci-devant neveux et nièce à la cérémonie, ils y assistèrent. Coque-

rUSUUIER :

lucbe, h l'aspect d'Octave, sentit renaître sa jalousie et l'enveloppa dans sa haine pour l'héritière de son oncle défunt. On devine tout ce que sa méchante humeur lui inspira d'épilhèies méprisantes £n?'f3.'i'^ .o'>j-ff r.m /.

,.,. — Octave Marcellot, un meurt de faim^rds de banqueroutiei-, banqueroutier lui-même, mauvais sujet, criblé de dettes !..nous préférer ça!., quelle horreur!.. Au lieu de rendre par un mariage convenable à la famille du premier mari quelques débris de sa fortune usurpée par captaiion, s'en aller chercher un second mari à la priçofï pour dettes!... La belle réminiscence des premières amours 1... Avoir, avant le mariage accepté comme sien l'enfant d'une autre!... Elle n'est pas susceptible, j'espère,

SËiNTIiVii.,NTAr- it

la legdre Lucie!. ..C'est une honte!.... une abomination !...

Nibal et Ninyme, réconciliés par leur échec commun, appuyaient sur la chanterelle.

— Je leur jouerai quekiuo tour de ,ma

façon, dit encore Coqueluche. , . oh,'^.;-^;;: -i/OT. ol .«]»oo f ^

— El nous sommes tout vôires, aioala Serpniartl.,

— Eh! mais! quoi donc?., fil Mbaî ; je demande seulement que h cl^i^rivari ne finisse pas, comme l'autre fois, par être pour nous.

— luibécille ! repartit Coqueluche, ces èhoses-là n'arrivent qu'à Pontoise. iMoi d'abord, J€ ne quille point Paris sans m'ètre procuré sur M. Octave MarcoHot ei sa Rose Printemps tous les détails possibles et ima«»

ginables ; on pourra tôl ou tard uliliser ces connaissances.

" -— Bonne idée ! excellente idée! — s'éciia Ninymc Serpcntard , — ei d'une exccuiion facile, attendu que les créanciers sont là pour un coup. Je vous conseille , ma cousine, de ne pas négliger d'aller voir le père Malhias, un certain juif qui venait à Pontoise autrefois et paraissait fort au courant des affaires de la famille Marcellot.

— J'irai ! dit Coqueluche.

Le lendemain , au ton de sa nouvelle visiteuse , aux questions inquiètes qu'elle lui adressait, à l'âge et au costume de sa cliente, Mathias eût certainement reconnu tout d'abord mademoiselle Alexandra Guidant , si

d'autre part il n'avait eu l'avantage de la ( onnaître à merveille :

— Celle affaire Marcellot que je croyais finie est décidément une mine d'or! pensat-il en souriant.

La jalousie bilieuse de la vieille fdie fut immédiatement rangée au nombre des valeurs imaginaires qu'exploitait le profond usurier.

Coqueluche pourtant n'apprit rien qu'elle ne sût.

Mathias lui répéta que Rose Printemps était morte de misère ei de chagrin ; l'effort qu'elle avait dû faire pour se séparer de son enfant l'avait achevée; elle s*éiait enfuie de Paris, mais, hélas! les forces lui manquaient; elle avait été recueillie expirante sur le bord d'une route isolée.

— C'est Oclave et Lucie qui l'ont tuée, voilà le fait , monsieur Mathias , s'écria Gort queluche. ,

— Il y a du vrai dans ce que vous dites-là, ma bonne demoiselle, du vrai et beaucoup d6 vrai !...

Sans savoir au jusle ce que pourrail ja-. mais lui rapponer l'humeui' liargneuîie et vindicative d'Alexandra Guidant, dite Coqueluche , il lui ouvrit un dossier faisant suite à l'affaire Marceliot.

r. iim Cependant Rose Printemps n'était pas morte. -rr» ,?;-:':

Lorsque Mathias lui arracha le petit Adolphe pour l'envoyer à Lucie , elle poussa un

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cri déchiranf et tomba inanimée; mais à Thôpilal elle fut rappelée à la vie. Rose, après avoir consommé le dernier sacrifice , dut quelque soulagement aux pensées élevées qui raffermirent son âme :

— Je puis mourir mjiintenant, se disaitelle, Octave est libre, il est riche; Adolphe recevra une bonne éducalion , il ne souffrira plus!...

Et ces réflexions étaient un baume qui cicatrisait la blessure dont elle espérait mourir. Sa jeunesse, sa douceur, sa beauté même que le malheur n'avait pu détruire, attiraient à Rose des soins affectueux et des consolalions religieuses.

On lui parla du Dieu qui bénit et par-

donne ; les sœurs hospitalières, le prêtre de l'hospice s'assirent souvent à son chevet.

Un jour eiitin elle sortit vivante et chrétienne , de cet asile ouvert à la maladie où elle avait été portée agonisante et ignorant encore la puissance de la religion.

Mathias, qui s'était tenu au courant des phases de sa longue maladie, reçut nécessairement sa première visite. Il avait pu, mieux que personne , apprécier la grandeur d'àme, l'énergie et l'amour maternel de Rose Printemps. C'étaient là des valeurs à exploiter.

— Yous devez être morte, et à jamais, pour M. et madame Marcellot , lui dit-il ; mais moi qui vous ai conservé la vie, je ne vous laisserai rien ignorer de ce qui concerne votre enfant.

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— Oh ! monsieur Maihias, vous ôlcs mon bienfaiteur; comment m'acquillcrai-je jamais envers vous?...

— Rien de plus simple ; repartit carrdmeni l'usurier, avec de l'argent.

— Mais je suis pauvre , je ne sais aujourd'hui même comment me loger, comment me nourrir.

— Vous êtes adroite, laborieuse , habile ouvrière, vous travaillerez !...

— Oh ! je ne demande que du travail.

— Je me charge de vous en procurer.

Et l'usurier sentimental se mit à spe'culer sur le courage , l'amour maternel , l'esprit d'ordre, la bonne conduite, l'adresse et le goût de la jeune modiste, comme il spéculait

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