G L'USURIER
• Rose s'approcha de la table, reprit la lettre et la déchira :
— Je suis sûre, moi, que tu n'oublieras jamais ton Adolphe, notre fils, mon enfant!...
Rose ouvrit les bras en se jetant au cou d'Octave.
Elle l'embrassait, elle l'embrassait encore; mais les larmes ne venaient pas.
— Si je n'avais pas d'enfant , vois-tu ! s'ccria-t-elle ensuite avec une énergie farouche , j'aimerais mieux te voir mourir à l'instant !... je serais sitôt morte ! Mais Adolphel... aura-t-il une mère dans deux mois ?.. Tiens! regarde !...
Et Rose arracha de ses épaules le grossier chiffon qui cachait sa maigicur.
^- Tu es en prison, toi ! et la misère nVè
tue... Je ne te parlais pas de mon mal... mets ta main sur mon cœur!... écoule ma poitrine !... Epouse Lucie, je le veux !... Adolphe aura au moins un père !... Quand ta Rose sera morte, tu prendras l'enfant chez toi , tu diras à cetle heureuse femme qu'il est ton filleul... le fils de ton meilleur ami... N'est-ce pas , Octave, que j'ai été, moi, ton ami, ton meilleur ami?... 0 mon Dieu !...
Rose, anéantie, s'évanouit en murmurant le nom d'Adolphe.
-— Non ! je n'accepterai pas le sacrifice ! disait Oclave en s'efforçant de rappeler Rose à la connaissance!.... non!.... Mais Lucie saura tout, il est de mon devoir de tout lui apprendre...
Au moment où les gardiens faisant leur
ronde dans] [les corridors, invitaient par leurs cris les peisonnes étrangères à soriir de la prison. Rose frémissante relisait pour la dixième fois la lettre de Lucie ;
— Celte femme, s'écria-t-elle avec exaltation, celle femme a un cœur généreux!.. Elle te pardonnera nos an ours. Octave!... Elle aimera notre Aldophe!.... Oui, je la connais ta Lucie, je la connais... comme si elle était ma sœur!. ...
— Que signifient ces mots, Rose!.. Rose, oh !... tu me fais peur; un mot encore!
Rose ouviit la bourse d'or, éparpilla son contenu, et prenant avec violence quelques pièces de vingt francs :
— J'en ai encore besoin, dit-elle d'une voix sourde.
— Que fais-tu, ô mon Dieu!...ciii Ociavo.
— Tu le sauras, plus tard!.... Épouse Lucie, jo le veux !
— Moi!...
— Où vas-lu?...
— L'heure sonne!.... les gardiens appellent!...
— Rose, par pitié, lu m'épouvantes!...
Il l'embrassait, il voulait la letenir, mais on ouvrit la cellule du piisonnier, et Rose éperdue s'arracha de ses bras en disant :
— Adieu !.. adieu !... Pour toujours !...
Octave se jetait à genoux, Octave priait Dieu de sauver Rose du délire et du suicide.
Il pleurait et baisait avec désespoir la petite pièce blanche.