I/USURIER
et veut vous épouser... je n'en serais pas fâchée, moi !
— Qu'as-tu donc aujourd'hui, ma bonne Toinon, toi, d'ordinaire, si sage et si prudente?.,.
— J'ai, j'ai, répondit Toinon, que vous venez d'avoir vos dix-huit ans ; voilà ce que j'ai!... mais que dit-il donc?
Mathias, après cinq minutes de silence, faisait à Gaston une proposition nouvelle :
— Ce n'est plus vingt mille, trente mille, ni cinquante mille francs que je vais vous offrir, lui dit-il; c'est beaucoup moins et
beaucoup plus que cela ! — Vous êtes sans place, je vous offre un emploi ici, dans ma propre maison! vous êtes sans avenir, vous voulez faire fortune, je me charge
moi-même de votre fortune et de voire avenir ; je vous forme aux affaires, je vous apprends le commerce, je vous lance dans les millions !...
Gaston était ébloui et tenté :
j» Vivre sous le même toit qu'Henriette, respirer le même air qu'elle, pouvoir chaque jour la voir, Tadmirer^ Tentendre et lui parler de temps en temps à la dérobée ! »
— Vous souriez, jeune homme; poursuivait Mathias. Ne vous y trompez pas; cette maison-ci fait des affaires colossales avec les deux Indes; nous lie sommes pas simplemen i de petits prêteurs sur gages ; nous avons des intérêts dans toutes les grandes maisons
de France, d'Europe et du monde entier!
En quelques années, je vous ferai riche, très
riche! — En attendant, je vous donnnerai un traitement honorable. ..Enfin, puisqu'il s'agit surloui d'une question de cœur, je vous promets de vous aider pour votre mariage... si toutefois vous répondez à mon attente.
Gaston tremblait, il invoquait tout bas le nom d'Henriette.
Maihias ne recula poini, comme on le voit, devant les moyens extrêmes : ^
— Il aime ma sœur, eh bien, ouvrons-lui la porte à deux battants, s'éiait-il dit. A première vue, je le crois digne d'elle; du reste, on le prenant chez moi, je l'éiudierais, je le sonderais. Je verrai bien s'il mérite de l'épouser. Et puis, dans un moment d'épanchement, il fmira par avouer à Henrietlô ce qu'il refuse de me dire, ce que je veux savoir!
Pour achever de se ménager toutes les chances possible de succès^ Mathias dit à Gaston :
— Allez faire vos réflexions au jardin; moi, je vais déjeûner ; dans un petit quartd'heure, vous me rendrez réponse.
Gasion en proie à une agitation difucilc à peindre, rejoiiuill Henriette et Toinon qui lui dirent à la fois :
— Acceptez!.., acceptez!... nous savons bien que le médaillon ne court aucun danger dans son tiroir!...
— Henriette! répondit Gasion avec transports, vous faites, je le sens, un immense sacrifice!...
— Il est vrai, je regardais ce bijou comme mon talisman; mais celle qui m'a tenu lieu
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de mère, Toinon, permet que je m'en sépare; j'y consens avec Tespoir que j'assurerai votre avenir et notre bonheur!...
— Henriette! reprit Gaston ivre de joie, je dois à ma fiancée ce gage mille fois précieux; c'est à ma femme que je le rendrai un jour!...
Toinon s'était empressée d'aller servir à Mathias un frugal déjeûner.
Malhias relisait le dossier du lieutenant Bertaut, examinait encore le médaillon, pensait à Gaston et à Henriette, soupirait par moments, et par moments faisait des gestes qui trahissaient de violentes émotions.
Toinon s'attendait à être interrogée ; il ne lui adressa point la parole.