‹ L'usurier sentimental (volume 3)Chapitre 13 sur 21 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Nouveaux exploits d'Anonyme Serpentard.

Serpenlard éiail déjà convaincu que Maihias, dupe de Toinon, ignorait toulc la vérité :

— Non! il ne jouait pas l'ignorance! Il se croit le frère dTIenricite et son but, en iniro-

duîsant ici ce jeune homme est tout simplement de marier sa petite sœur!... Or, mon inte'rêt évident à moi, est d'empêcher Henriette de se marier; il ne faut point qu'un gage de cinq cent mille francs m'échappe, car je rachèterai le fonds... ou je m'associerai, c'est positif; donc, il faut rendre le mariage impossible. J'en sais assez pour cela. Quant à ce que j'ignore, eh bien!... je Tinventerai.

Laissant au jardin Gaston encore ivre de bonheur, Serpentard entra résolument dans le cabinet de Mathias, où il eut la bonne fortune de trouver le lieutenant Bertaut tout seul :

— Monsieur, lui dit-il rapidement et d'un air de mystère, je crois vous rendre un service de premier ordre, en vous prévenant

que monsieur votre fils Gaston, attiré dans cette maison comme dans un piège, y court les plus grands dangers.

— Que dites-vous là, monsieur? repartit le vieil officier qui, n'ayant pas revu Serpentard depuis plus de quinze ans, ne le reconnut point.

— Mathias veut lui faire épouser sa sœur Henriette, jeune personne très rusée, élevée aux Colombelles avec mademoiselle votre fille ; l'inlriguc date de loin. M. Gaston est amoureux fou...

— Ce que vous me diies-là est incroyable!...

— Monsieur votre fils, à Tinstant où jevous parle, est au jardin; silence, de grâce, on vient; un bon averti en vaut deux!...

Serpcnlard s'esquiva, mais eut soin de se

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cacher derricre une porte pour eiilcndre ce qui allait se passer.

Henriette n'était pas moins agitée i\ue Mathias, lorsqu'elle l'aborda et l'attira à l'écart comme on vient de le voir. Peu soucieuse maintenant, de cacher son amour, exaltée par une heure de tête-à-tête, inquiète des résultats de la démarche du lieutenant, emportée surtout par la générosité de son naturel :

— Je suis votre sœur, Mathias! vous reconnaissiez vous-même ce matin mes droits à l'héritage do notre pcre; eh hien!... pour u f i part je vous demande, moi, l'épée et la croix du lieutenant Bertaul!...

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— Henriette, mon enfant, fie-t-en à ma sagesse, dit Matbias avec douceur.

— Non!... je suis fille d'usurier!... eh! bien, laissez-moi Têlre à ma manière et tout à foill...

— Pourquoi tant de violences? Mademoiselle Blanche Beriaut est ton intime amie, bien!... Tu aimes M. Gaston, je le savais, je le savais en lui ouvrant cette demeure...

— Oui, je l'aime!... Je veux cette épce et celte croix!...

— Tu ne connais pas mes intentions! dit encore Mathias avec une patience fraternelle.

— Qu'importe!... je vous en supplie à genoux!... si vous m'aimez, si vous êtes mon frère, si vous n'avez pas spéculé sur le mé-

daillon que vous retenez malgré Gaston luimême...

— Henriette!.. Henriette!... tu abuses de ma tendresse.

Je veux disposer entièrement de Tépée et de la croix, je le veux, parce que j'aime Blanche, parce que j*aime Gaston, parce que je révère le lieutenant Bertaut, et surtout parce que je refuse le prix du dévouaient...

Mathias soupira, regarda la jeune fille avec une pieuse émotion, mais cédant enfin quoique à regret :

— Yadonc! dit-il, et fais selon tes désirs!...

Ils rentrèrent ensemble dans le cabinet.

Toinon rejoignait alors Gaston Bertaut dans le jardin, et Scrpentard poste derrière la porte entrebâillée épiait avec une curio-

sîté fébrile. Quant au vieux lieutenant, quoi* ' que la singulière confidence d'Anonyme Teût fort vivement impressionne, il était calme et ne s'occupa d abord que de l'objet de sa démarche,

— Monsieur, dit-il à Mathias en désignant Henriette, l'affaire qui m'amène est confîdeniielle et nous ne sommes point seuls.

— Mademoiselle Henriette; ma sœur, ici présente, n'est point étrangère à ce dont il s'agit.

Déjà, la jeune fille avait retiré de la grande armoire, l'épée et la croix d'honneur que Beriaut ne put revoir sans une de ces profondes émotions de vieillard qui se manifestent par un tremblement nerveux; il frémissait de joie en pensant que ces deux

emblèmes de sa glorieuse carrière allaienl sortir de Tantre de l'usure pour n'y rentrer jamais.

Henriette s'avança légère, gracieuse, souriante; Henriette d'une voix touchante et mélodieuse dit avec confiance :

— Monsieur Bertaut, j'ai passé six ans de ma vie avec votre charmanie fille Blancho, la plus chère de mes compagnes.

Ce début blessa le vieil officier en lui rappelant forcément les méchants propos de Serpentard; il se redressa et porta la main à un portefeuille qu'Henriette ne put voir sans rougir.

— Je suis la fille de feu M. Matbias, l'agent d'affaires, chez qui vous avez déposé il y a quelques années ces gages précieux, la

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vieille e'pce d'un brave, la croix ccn:iuise au prix de voire sang.

Beriaut, avec une froideur niarquëe, s'inclina et dit :

— Je viens, en effet, réclanier ces gages dont voici le prix, conformément aux stipulations de i'acle ci-joint.

Henriette, déjà foit troublée, ajouta pourtant avec une douceur extrême :

— Je sais, monsieur, dans quel noble dessein vous engagiez ici ces pieuses reliques; aujourd'hui elles m'appartiennent à moi seule...

Beriaut parut contrarié et s'adressant à Maihias :

— C'est donc avec mademoiselle seule que je vais être obligé de traiter?

— Oui, monsieur le lieutenant, répondit

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