‹ L'usurier sentimental (volume 3)Chapitre 14 sur 21 · G L'USURIER · texte numérisé non relu

G L'USURIER

Mathias qui pâlissait et rougissait tour à tour.

— Je le regrette vivement, dil Bertaut, car la galanterie s'allie mal avec ces sortes d'affaires !

Les confidences de Serpentard avaient atteint leur but; — Bertaut crut que Maihias et Henriette s'entendaient et jouaient une comédie, pour l'attirer à son tour dans le piège, où était déjà tombé son fils Gaston. Aussi, quoiqu'il fût resté dans les limites des convenances, son ton glacial avait achevé d'intimider la jeune fille.

Elle lui tendit l'épée et la croix, qu'il reprit et plaça sur son cœur.

Il y eut ici un instant de silence, un instant de trêve, mais de trop courte durée.

Bertaut présenta impérativement le poriefeuille h Henriette. Henriette puisa dans un sentiment d'indignation la force de compléter sa pensée :

— Pardon, monsieur, pardon ! je n'accepte point celle somme usuraire ! Reprenez ces gages contre la simple valeur qui vous fut avancée... car, je veux le dire hautement, malgré la présence de mon fi'ère aîné, je rougis, moi, de toutes les conditions qu'on vous imposa.

— Pauvre enfant! noble cœur! murmurait Mathias.

Bertaut fut dur alors :

— Ces conditions, mademoiselle, je les ai acceptées librement, dit-il. J'ai fait un marché; la maison Mathias a couru des chances

de pertes!... Je viens ici pour opérer un remboursement, non pour recevoir une aumône.

Hemiettte poussa un cri déchirant ; Toinon reniendit et accourut.

Bertaut, se dirigeant vers Mathias, lui mit îc portefeuille dans la main en disant :

— Prenez, monsieur, comptez... et finissons comme des hommes sérieux une affaire sérieuse Vous me voyez au désespoir de

ce qui arrive...

— Ce ne sera rien, monsieur! dit

Henriette, mais vous êtes cruel !

Bertaut traduisit mentalement ce reproche parles insinuations de Serpentard, salua d'un air digne et usant de ses prérogatives de vieillard :

■ — J'aime à supposer, mademoiselle, dii-il avee une politesse qui cachait une sévère ironie, j'aime à me figurer que, cédant uniquement à votre naturel généreux, vous n'avez eu d'autre dessein que de refuser un bénéfice dont l'origine vous déplaît !... J'aime à croiie qu'aucun autre motif, pas même votre amitié pour ma fille Blanche, ne vous guidait tout à ri eure...

Mathias rugit comme un lion, Mathias se précipita du côté de Beriaut en criant :

— Assez, monsieur, assez ! ne voyezvous donc pas que vous lui brisez le cœur!...

— Avez-vous compté la somme? repartit le vieillard d'un ton calme jusqu'à l'impertinence.

2/iO LUSURIER

Ilenriellc pleurait entre les bras de Toinon :

— Courage ! fiez- vous à moi ! Ne pleurez pas tant, madcrDoisclle ! tout s'arrangera, soyez tranquille! tout s'arrangera, disait la fidèle Bretonne, qui ne laissait pas toutefois que d*être embarrassée de son rôle, depuis qu'elle avait promis à Hilarion Cornillardet de ne rien révéler à Henriette.

C'eût été le moment de parler. On pouvait d'un mot déjouer les trames de Serpentard, apaiser Bertaut, empêchgrune rupture imminente; mais Toinon n'osait contrevenir aux volontés de son frère. D'ailleurs, Henriette avait bien des choses à lui conter ; essuyant ses larmes, elle lui apprenait pourquoi le

lieutenant Berlaut avait engagé son e'pée et sa croix.

Toinon fut aussitôt intéressée à Texirême.

— Quoi ! c'était pour découvrir des nouvelles de madame Duiertrc, née Elisabeth de Norlof? murmurait la servante. Oh ! que c'est extraordinaire !...

— Oui, ajouta Henriette, oui; mais pour prix de ses énormes sacrifices, qu'il n'a pas dépendu de moi de diminuer!.., pour prix de ses voyages, de ses fatigues, de ses travaux, le lieutenant Berlaut n'est parvenu à savoir que bien peu de chose!... Il apprît que le capitaine Duterlre, ayant épousé à Haiiibourg la malheureuse Elisabeth de Norlof, l'emmena ensuite sur son navire.

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