G L^USURIER
— Monsieur, dit froidement Mathias, je respecte vos illusions sans les partager puisque de votre propre aveu le Caraïbe s'est perdu corps et biens...
Le lieutenant répondit :
— Quoi qu'il en soit, si vous parveniez jamais à vous procurer des détails sur ce naufrage ou ses suites, veuillez les communiquer directenjent a madamela comtesse d'Orbigny.
— Pourquoi point à vous, monsieur Bertaut?...
— Parce que la comtesse d'Orbigny est encore plus intéressée que moi à la connaissance des faits.
— Quelle est donc celte comtesse?...
— Mais, c'est Hélène de Norloi qui, de-
puis la mort de son père, a épousé l'ambassadeur de France à Sainl-Péiersbourg...
— Et où réside-t-elle?... demanda Mathias avec une vivacité remarquable.
— A Paris, monsieur, à Paris en son hôtel faubourg Saint-Honoré. Quoi([u'elie soit veuve, elle ne retourne point en Russie; la France est sa patrie d'adoption. Je ne supposais pas que vous puissiez ignorer ces détails puisque mademoiselle votre sœur connaît ma fille Blanche.
Ces derniers mots furent dits avec une affectation sensible; mais aussi le lieutenant Bertaut décidé à une explication délicate sur le compte de son fils Gaston, était-il fortement disposé à la défiance.
Les réticences, l'ignorance feinte de cet
homme, ses étranges semblant d'e'molion, la conduite de sa sœur, tout tend à me prouver que mon inconnu de tout h l'heure pourrait bien avoir raison, pensait Beriaut qui se leva en disant : — Encore un mot, monsieur!
— A vos ordres, répondit Maihias.
— Mademoiselle Henriette, votre sœur, connaîtrait-elle par hasard mon fds Gaston?..
Serpeutard qui avait tout entendu jusque là, se frotta les mains en souriant :
— Nous y sommes donc, enfin, nous y sommes! se dit-il ; allons vivement relancer l'amoureux !
Et sans traverser le cabinet, il gagna le jardin par un corridor qui faisait le tour de l'appartement.
Bertaut avait à dessein prononcé le nom de
Gaston assez haut pour être parfoilement entendu par Henrielte et Toinon qui se trahirent en faisant un mouvement soudain ; Maihias répondit sans hésiter :
— Oui, monsieur, ma sœur connaît M. votre fils ; elle Ta vu plusieurs fois au parloir de son pensionnat.
Henriette avait pâlit et tremblait; Toinon ne laissait pas que d'être fort contrariée.
— Et vous même, monsieur? demandait Berlaut, le connaissez-vous ?
— J*ai cet honneur!...
— Est-il venu ici?.,.
Mathias fronça les sourcils et ne répondit pas tout de suite.
— C'est ce coquin de Scrpentard qui a
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parlé!... murmura Toinon à Toreille d'Hen» rieue.
— Il y est venu ! dit enfin Maihias.
— Puis-je savoir dans quel but?...
Maihias à celte dernière quesiion se redressa et d'un ton plein de dignité :
— Non, monsieur, dil-il. Depuis le jour où vous avez déposé ici la croix qui brille à votre boutonnière, et l'épée que vous tenez à la main, depuis ce jour, nul au monde n'aurait arraché aux chefs de celte maisou de commerce, le secret de votre démarche. La même discrétion est due à M. votre fils!... Si j'ai dédaigné de répondre par des subterfuges ou des négations mensongères à vos premières questions, à présent mon devoir veut que je garde le silence.
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— A la bonne heure ! fil Toinon.
— Très bien ! dit le lieutenant Bertaul ; c'est donc affaire entre mon fils et moi, recevez mes salutations!...
A rinslant où le vieux mililaire allait sortir, on enlendit dans le corridor du jardin lu voix nazillarde de Serpenlard qui criait :
— Entrez! entrez donc, monsieur Gaston Bertaul!... entrez!...
Le lieutenant Bertaut s'arrêta et se croisant les bras sur la poitrine, regarda sévèrement son fils que Serpenlard poussait au milieu du cabinet.
Ce nouvel incident fut un coup de théâtre; la situation se compliquait.