‹ L'usurier sentimentalChapitre 13 sur 18 · I/USURIER · texte numérisé non relu

I/USURIER

Les deux bijoux se trouvèrent à côté l'un de l'autre.

— Plus de doutes!.... preuve évidente!.... s'écria-t-elle avec joie, Elisabeth a dû survivre au naufrage! Et Henriette est sa

fille U

Mathias étonné de voir un second médaillon, refléchit un instant, rougit, pâlit, et finit par hausser les épaules avec dégoût :

— Cest une ruse de Serpcntard! pensat-il, maître du dossier comme il Test, et connaissant depuis longtemps le secret des médaillons, il en aura fait fabriquer un second sur le modèle de celui de la comtesse : ceci est un tour de fdou ; rien de plus.

La comtesse menaçante lui dit alors :

— Monsieur Matbias, tous ces mvsières

Véclairciront, soyez tranquille! Il suffît

d'attendre!... ^

— On vous trompe, madame la comtesse, répondit Matbias, l'un de ces médaillons est faux, car je suis sûr, moi, que le Caraïbe a péri corps et biens!....

— Assez, monsieur, assez! interrompit Bertaut avec colère.

Serpentard s'estimait le plus heureux des hommes :

— Miracles du hasard ! pensait-il. Ce médaillon me prouve à m oi-même qu'Henriette est -véritablement Julie DutertreL. Partie gagnée !... J'ai fait ma fortune!...

Un instant de silence avait suivi la véhé-

mente interruption du lieutenant Bortaut. La comtesse violemment émue s'était assise; Blanche qui ne comprenait rien à la situation profita de la trêve pour dire tout naturellement :

— Madame la comtesse, Adolphe vient de faire les cent nouveaux billets destinés au baron Cornillardet.

Au nom de Cornillardet, Malhias se redressa brusquement.

— Cornillardet!... s'écria-t-il ; ai-je bien entendu, mademoiselle?...

— Oui, monsieur Malhias, répondit-elle gracieusement.

— Un marin peut-être?... murmura Malhias redevenu pâle et tremblant.

— Oui, monsieur!...

Malhias poussa un cri de joie, Mathias, jusque là calme et cligne, perdit le sang froid et avec un véritable délire:

— Henriette! .... Henriette, dit-il, est ma fille Julie... car je suis, moi, le capitaine Dutertre.!...

— Infamie! s'écria Bertaut.

— Oh! oh!,., voici qui est trop fort, dit Serpentard.

— Quelle impudence! murmura la comtesse.

— Cornillardet!... répétait Mathias, mais je comprends enfin!... Le médaillon était sus" pendu au cou de mon enfant qu'il aura sau-

vée, tandis que moi-même j'étais roulé à terre avec le cadavre de ma pauvre Elisabeth...

Un cri d'horreur s'échappa des lèvres de la comtesse.

— Julie sauvée!... ma fille !... oh ! madame la comtesse, disait encore Mathias, je suis trop heureux!,..

— Quel habile comédien ! se disait Serpentard; il est, par ma foi, plus fort que son père!...

Mais le lieutenant Berlaut s'écriait avec indignation :

— Cet homme n'est jamais à bout de mensonges, il ne recule pas devant le sacrilège!... mais vous lui avez entendu dire à

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l'instant même que le Caraïbe périt corps et biens!...

— Je croyais avoir survécu tout seul!...

— Silence!... assez!... assez!... dit la com tesse d'un ton impérieux.

Mathias se tut, observa Serpentard et Bertaut, vil que personne ne le croyait, et que Blanche ne comprenait encore rien à la scène dont elle était la cause innocente :

— Où est-il donc ce marin?... mademoiselle... Oh! de grâce, parlez!... parlez!...

— A l'hôtel des Princes, répondit Blanche.

— Merci, mademoiselle! J'y cours!...

Vous allez me revoir bientôt!...

A ces motsMathias voulut sortir.

Bertaut lui barra le passage, en criant :

— Arrêtez!...

Mais Mathias repoussant l'officier et les valets accourus à sa voix se précipita dans r escalier :

— 0 nia fille!... ma fille!... disait-il avec transports, j'ai retrouvé ma fille !...

Bertaut ordonnait de le poursuivre.

Serpentard dans l'admiration du stratagème de Mathias, disait à la comtesse :

— Le coquin prend la fuite de peur d'êire jeté en prison.

— Mais je veux retrouver ma nièce, moi !... dit la comtesse d'Orbigny.

Gaston entra en ce moment; il était fort étonné.

— Qu'y a t-il?on court après un homme qui a failli me renverser ?...

— Cet homme, répondit Serpentard, est Mathias qui se dit père de mademoiselle Henriette ou plutôt de mademoiselle Julie

Du ter ire L.

Gaston fut médusé par cette réponse.

— Jis savent donc qu'Henriette est mademoiselle Julie! murmura-t-il; comment peuvent-ils l'avoir appris si tôt? nous n'avons envoyé personne...

Le lieutenant. Reliant rentrait désolé :

— Il nous a échappé, ô mon Dieu ! disait-

il, et maintenant, où retrouver mademoiselle Julie?

— Ils ne savent donc pas ce qu'Henriette est devenue?... reprit Gaston, et s'adressant à sa sœur : — Que se passe-t-il ici?...

— Je n'y comprends absolument rien, répondit Blanche; écoutons!... nous devinerons peut-être.

Hilarion Cornillardel avait fait promettre à Gaston de ne parler de rien ; mais Gaston eût-il voulu prendre la parole en eût été fort empêché.

— Mon ami, demandait la comtesse au lieutenant Bertaut, que dois-je espérer, que dois-je craindre , et que faire maintenant?...

— M. Serpentard a été mon guide en tout cela, il pourra nous renseigner et nous conseiller.

— Serpentard ici !... encore quelque infamie, pensa Gaston, j'y veillerai !

— Monsieur Mathias, dit Serpentard, possède un dossier qu'il nous cache à dessein.

— C'est faux! murmura Gaston.

— Mademoiselle Julie Dulerlre fut confiée à M. Malhias père, par votre infortunée sœur madame la comtesse...

— Il ment !... dit encore Gaston.

— Ce médaillon en est la preuve, ajouta Serpentard.

— Comment ce médaillon est-il ici? demanda Gaston à sa sœur.

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— Je l'ignore.

— Je l'ai remis à M. Mathias, ce matin.

— Eh bien, c'est lui qui l'aura rendu à madame la comtesse.

— L'unique moyen de retrouver mademoiselle votre nièce, madame, ajoutait Serpentai d, est de s'adresser à la justice. Déjà M. Mathias est dénoncé comme ravisseur. Je vais, de ce pas, activer les recherches.

Gaston ne put se contenir et voulut arrêter Serpentard ; son père l'en empêcha.

La comtesse accompagna Serpentard jusqu'à la porte, en disant :

— Allez, monsieur, ne perdez pas de temps; ne ménagez rien!... ma fortune en-

lière est à voire disposition, el comptez sur mon éternelle reconnaissance...

— Mon père, disait Gaston, je snis sûr, moi, que M. Mathius est innocent.

— Taisez-vous, mon fils !... Vous ne savez rien de ce qui se passe.

— Pardonnez-moi, mon père, je suis mieux informé que vous...

Gaston fut interrompu par de nouveaux cris qui partaient de l'antichambre.

— Qu'y a-t-ii donc encore? dirent à la fois la comtesse, le lieutenant Bertaut, Blanche et Gaston lui-même.

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