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CHAPITRE X1L

Œuvres de bienfaisance.

Mathias rapportait à madame d'Orbigny sa note corrigée, et dont le chiffre total venait d'être prompiement réduit de plus des trois quarts. Elle n'osa plus lui faire remarquer qu'il se trompait, mettant la main

à son sac de quêteuse, elle en sortit un riche portefeuille.

D'un geste galant, Mathias s'arrêta :

— Pas encore, de grâce, car, de mon côté je suis votre débiteur...

— Comment cela, monsieur?.....

— Ne nous avez-vous point dit, madame la comtesse, que vous faisiez une quête pour l'œuvre des enfants trouvés?

— Sans doute, monsieur.

— Eh bien, madame la comiesse, veuillez accepter cette note acquittée pour mon offrande.

Henriette et Blanche étaient muettes d'étonnement.

La comtesse stupéfaite eut quelque peine à reprendre la parole.

Toinon elle-même, Toinon,qui de derrière son rideau, conlinuait à tout épier était saisie et fort indécise :

— Si monsieur croyait encore fermement que mademoiselle Henriette fut sa sœur, pensait-elle, je me dirais qu'il fait des sacrifices pour rendre possible un raccommodement avec les Bertaut et le mariage de notre fille avec M. Gaston ; — mais monsieur hésite, il doute pour le moins; il est avare; il ne doit pas jeter son argent par la fenêtre

sans quelque diable de projet.... Voyons!

voyons!.... écoutons toujours !

La comtesse d'Orbigny répondait enfin :

— Monsieur Mathias, malgré les réductions inespérées de cette note, le don que

vous faites à nos pauvres entants est encore d'un rare magnificence!...

« — Madame la comtesse , interrompit Mathias avec toutes les formes d'une politesse recherchée, je serais impardonnable de me mettre en parallèle avec vous-même; mais par une série d'inconcevables erreurs, vous m'offriez à moi, une somme quatre ou cinq fois plus forte !...

— Moi!.... répondit la noble dame avec une tristesse profonde, moi!... je suis mille fois trop riche!... et je n'ai plus d'autres amis ni d'autres parents que les pauvres!....

La comtesse faisait allusion aux douloureux événements de sa vie, à la mort de son mari, à la disparution de sa sœur, à l'isole-

ment dans lequel elle vivait au milieu du monde.

Mathias la comprit, car il avait lu le dossier de Berlaul, et reconnu sur le médaillon d'Henriette ou plutôt d'Elisabeth, le chiffre et les armes de la famille de Norlof; il s'inclina en soupirant.

Henriette et Blanche échangeaient tout bas quelques mots de cœur :

— Tu n'as pas oublié, disait la sœur de Gaston, l'histoire de madame Dutertre que je t'ai contée au pensionnat.

— Elle ne sortira jamais de ma mémoire, répondit Henriette; mais tu me cachais les sacrifices héroïques de ton père, que j'aimerais tant s'il ne nous méprisait pas !...

Blanche allait répliquer; Malhias rompit le silence :

— Henriette, dit-il, j'ai fait mon offrande, ne feras-tu point la tienne ?...

La jeune fille parut embarrassée.

— Oh ! les enfants trouvés et les orphelins! s'écriait Mathias avec unecxaltation inconnue en lui. — Quand on a été père! quand on a perdu l'enfant qu'on aimait .'..c'est alors que l'on comprend tout ce qu'il y eut de sublime dans l'œuvre de Saint-Vincent-de- Paul!...

La comtesse tressaillit :

— Monsieur, dit-elle, auriez-vous eu un tel malheur?

— Non, madame la comtesse, non !.,. ré-

pondit Mathias avec un calme affecté. Je ne suis point marié, je fais allusion à un événement... mais, pardonnez, madame!...

Sans achever sa phrase :

— Eh bien,Tïïenrieite!... ajouta Mathias, ton offrande?

— Vous le dirai-je, mon frère, murmura la jeune fille dont l'embarras redoublait, je n'ai plus...

Mathias se prit à rire :

— Elle se sera ruinée en bonnes œuvres, à mon insu! dit-il à la comtesse. — Mais tu ne songes pas à ceci, mon enfant, continua-t- :1 en remettant à la jeune fille le portefeuille du lieutenant Bertaut; — madame la comtesse aura sans doute plus de mémoire que toi.

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