CHAPITRE XIII
Mathias et Henriette
— 0 mon frère! pardon maintenant, pardon mille fois! disait Henriette avec ivresse. Je ne vous connaissais pas encore ; et de ce moment ici seulement, je vous aime comme
vous méritez d'être aimé, sans arrière-pensée et sans crainte»
Mathias se recueillit un instant; puis d'un ton presque solennel :
— Ecoutez-moi, Henriette, dit-il, et plaise à Dieu qu'après m/avoir entendu vous ne soyez point encore une fois trompée par les apparences.
— Est-ce possible désormais ?
— C'est trop possible!... c'est même vraisemblable.
— 0 mon frère!...
— Quand j'aurai fini de parler, Henriette, vos doutes qui cent fois m'ont décbiré l'âme, vous auront repris, je le crains !... Et, cependant, il faut que je vous dise la vérité, rien que la vérité sinon toute la vérité
— Je vous croirai, mon frère, quelles que soient vos réserves.
— Je ne réserverai que peu de chose, et vous me croirez, je l'espère... cependant, j'éprouve en ce moment même un sentiment de douleur poignante.
— Mon frère!... mon frère!... calmezvous !...
— Ne m'appelez plus ainsi ! dit enfin Maihias avec effort, car vous n'êtes pas ma sœur!...
— Ciel !... qu'entends-je ?...
Maihias reprit avec une profonde amertume :
— Seul, j'ai le malheur d'être le fds de Ma-
thias l'usurier, qui spéculait sur les larmes, m c
sur les passions bonnes ou mauvaises, sur les vices comme sur les vertus, sur les folies comme sur les misères, sur l'héroïsme comme sur la lâcheté!... Par respect pour sa mémoire, ici, tout à l'heure, j'ai déguisé ce
que son trafic avait de plus révoltant!
mais devant vous, je ne saurais mentir ! Seul, je suis le fils de ce Mathias cupide et impitoyable, qui se servait de sa profonde connaissance de l'esprit et du cœur humain pour entasser dans ses coffres de l'or, de l'or et encore de l'or!... Seul, moi seul, je suis son fils, mademoiselle, n'avez-vous point déjà horreur de moi?...
Henriette, surprise, bouleversée, atlérée eut peine à répondre, — 11 y eut là un silence qui dura un siècle pour Mathias fils;
mais enfin, la jeune fille leva son front blanc et pur, fixa sur lui ses yeux limpides, et obéissant à une inspiration soudaine s'avança radieuse :
— Mon frère... monsieur mon ami
quel nom vous donner? dit-elle. J'ai pénétré votre sublime secret, j'ai tout compris! Vous voulez expier les fautes de voire père, vous voulez réparer les maux qu'il a commis, sécber les pleurs qu'il faisait répandre !... Voilà ce que vous appelez la liquidation de votre commerce!... Votre dessein est de vous retirer pauvre de cette maison dont la richesse fut acquise par trop de coupables trafics
Mathias se mit à genoux et levant les mains au ciel :
— 0 mon Dieu, dit-il, elle a deviné!... je vous remercie!...
Quand il se fut relevé, — après un nouveau silence :
— Mais à présent, mademoiselle» repritil, vous allez me demander qui vous êtes et pourquoi jusqu'à ce jour je vous ai laissé croire que vous étiez ma sœur...
— Il est vrai... et je tremble... qui suisje donc?
— Ce matin, mademoiselle, quand le lieutenant Bertaut vous accusait d'être ma complice, — au moment où devançant mes vœux, vous vouliez qu'il reprit son épée et sa croix sans nous laisser un honteux salaire, — ce malin, je vous croyais encore ma sœur, je le croyais sincèrement et je-
tais résolu à partager avec vous, non point ma tâche ingrate, mais au moins, lorsqu'un jour enfin elle sera complètement accomplie, ma modeste aisance fruit légitime de mon propre travail!... Alors je trouvais utile et honorable de vous cacher les hontes de la vie et du trafic d'un père que je croyais le vôtre; alors, j'acceptais volontairement ma part d'opprobre pour mieux atteindre mon but; je conservais l'apparence d'un avide usurier, je voulais agir avec une prudente lenteur. Si M. Gaston Bertaut n'eût point été violemment arraché d'ici, je n'aurais pas tardé à m'ouvrir à lui, en supposant qu'il m'en eût paru digne; et voilà justement pourquoi je ne craignais pas de l'introduire dans ma maison. Encore une fois, mademoiselle, je me croyais votre frère.
86 L'USURlfcK
** Eh bien?... eh bien? demanda la jeune fille.
— Eh bien! Serpentard qui, selon toute apparence a dérobé les principaux papiers relatifs à votre personne, Serpentard, dans je ne sais quel intérêt, a fait naître le doute en moi. Je savais bien déjà que vous ne pouviez être fille de ma mère, mais je n'admettais pas comme possible que mon père vous eût fait élever à grands frais, sans que vous fussiez l'enfant bien - aimée de sa vieillesse. Je n'avais pas de soupçons... Serpentard les a provoqués... J'ai interrogé Toinon; ses réponses m'ont paru singulières; elle n'affirmait rien.
— En vérité, elle n'a point connu ma mère? dit Henriette qui songeait au médaillon.
— Non ! elle ne l'a point connue !
Henriette garda le silence.
— Alors ! reprit Malhias, je me suis enfers mé dans le cabinet de mon père ; alors, avec un mélange d'espoir et de fureur, j'ai commencé des recherches qui dureraient encore, si cette noie, enfouie depuis quinze ans peut-être au fond d'un coffre à secrets, ne m'était tombée sous les yeux... et j'ai lu!.., j'ai lu, Henriette !... mais lisez vous-même!
Henriette lut la note trouvée par Malhias, et d'une voix sourde :
— Je suis un gage, moi-même ! dit- elle.
— Et le dossier explicatif a disparu ! ajouta Malhias.
— Mais que peuvent signifier ces mots :
« Plaisante histoire... ah ! mon coquin de fils!... d
— Ces mots sont une énigme pour moi.
— Je suis un gage ! repétait la jeune fille.
— Et un gage, reprit Mathias avec amertume, un gage qui, pour mon malheur, vaut un demi-million aujourd'hui! J'aurais pu vous cacher cela... mais, dussiez-vous me hriser le cœur, je veux que vous en sachiez autant que moi-même!
Henriette demanda en quoi sa valeur imaginaire d'un demi-million pouvait être un malheur.
— Votre existence est un mystère, repliqna Mathias, et sans doule celui qui en a dérobé les secrets ne nous les révélera point. Il cherche vos parents, j'en suis persuadé; il
veut sa grosse part des cinq cent mille francs! Ah! si je les avais, moi, je les donnerais à l'instant pour que vous ne me fussiez jamais ravie; car je vous aime, Henriette, je vous aime» d'une tendresse sans bornes et que je ne saurais dépeindre...
— Vous-m'aimez ! répéta la jeune fille en reculant; pourquoi suis-je épouvantée par cet aveu ? Je vous aime , pourtant , moi aussi...
— Je vous aime comme un père, comme un frère, comme un époux, comme un amant! Je vous aime au point que pour vous rendre heureuse, je renoncerais à tout, même à votre tendresse! Ce que je ressens pour vous, Henriette, ne peut se définir. C'est un mélange de toutes les manières d'aimer. C'est
l'amour extrême, tendre, soumis, respectueux et passionné en même temps. Là, tout à l'heure, j'étais désespéré de vous perdre comme sœur; j'étais ivre de joie en pensant que, si vous y consentiez, vous pourriez devenir ma femme; et pourtant, si j'avais une fille telle que vous, mon bonheur serait complet. Mais, vous n'êtes pas ma fille, vous ne pouvez l'être, hélas !... Vous n'êtes plus ma sœur!... Ne serai-je donc pour vous qu'un étranger, qu'un indifférent?...
Le ton de Mathias était, comme ses paroles, un mélange de passion brûlante et de tendre respect; le devoir grave et saint, dominait l'expression de la pensée; une retenue admirable se faisait sentir dans son ac-
cent et la chaleur du débit était tempérée par l'honnêteté du geste.
Henriette, effrayée d'abord, fut attirée ensuite et d'une voix touchante :
— Vous serez toujours mon ami , ditelle.
— Votre ami, c'est impossible ! Dès ce soir, mademoiselle, vous n'habiterez plus sous ce toil, puisque vous n'êtes point ma sœur; dès aujourd'hui, je vous conduirai dans une retraite sûre, où je n'irai vous voir qu'avec la discrétion exigée par les convenances ; et si jamais vous devez rentrer dans ma maison, vous n'y rentrerez que comme mon épouse.
Ces derniers, mots furent prononcés avec une dignité triste; leur sens frappa bien Henriette et elle fut sur le point de protester,
mais leur accent l'impressionna plus vivement encore, aussi dit— elle avec une sorte d'abandon irréfléchi :
— Moi, vous quitter! mais je vous aime, je vous ai toujours aimé...
— Comme un frère , interrompit Mathias.
— Comme un frère, il est vrai, mais avec une ardeur remplie d'hésitations et même d'angoisses, mais en tremblant d'égarer ma tendresse sur un objet indigne... Et maintenant, lorsque vous m'avez laissé lire jusqu'au fond de votre cœur, lorsque je puis vous aimer sans craintes, maintenant nous nous séparerions, vous me banniriez !
— Moi, vous bannir! reprit Mathias avec un sourire mélancolique, vous savez bien que
non! J'accomplirai mon œuvre réparatrice, j'aurai cette force, je rendrai à la veuve et à l'orphelin les trésors que mon coupable père leur arrachait.... Eusuite, ne voyant plus auprès de moi mon ange tuiélaire,je demanderai à Dieu de mourir et j'espère que, louché de ma douleur, il daignera m'exaucer.
— Mon ami ! mon ami, mon frère!... Laissez-moi vous appeler encore ainsi, dit Henriette attendrie. Vous, mourir de désespoir après avoir rendu l'espérance et la joie à cent familles désolées, vous, mourir dans la solitude et l'abandon. Oh ! non! j'ai fermé en pleurant les yeux de votre père....
— Vous ne pourrez fermer les miens !
Vous n'êtes pas ma fille ! vous n'êtes plus ma sœur...
Emportée par l'excès de son émotion, Henriette dit avec effort :
— Mais je pourrais être...
La voix lui manqua, elle pâlit :
— Achevez ! achevez de grâce ! disait Mathias en pliant le genou devant elle.
— Est-ce possible, monsieur?... Oubliezvous qu'un autre a mes serments et mon amour que vous-même avez encouragé un instant... Je vous aime, mais comme une fille ou comme une sœur!...
Mathias courba le front devant cette réponse.
— Vous avez raison, Henriette; mon malheur ne doit pas entraîner le vôtre et vos promesses sont sacrées. Mais Gaston Bertaut partage déjà sans aucun doute les odieuses
préventions de son père; il vous méprise, il vous croit complice d'un vil usurier.
— Oh! s'il en était capable! dit la jeune fille ; alors... alors...
— ESi bien ?
— Je le mépriserais aussi, moi, et je le haïrais!...
Mathias laissa ces énergiques paroles retentir et se répercuter, en quelque sorte; puis, quand Henriette, étonnée de son propre courroux, releva les yeux sur lui :
— Je suis dans l'été de la vie, dit-il; j'ai dépassé i'àge des folles passions, mais je suis loin d'être un vieillard et mon cœur, jeune comme le vôlre9battra toujours comme le vôtre pour toutes les actions nobles et généreuses.
Vous m'aiderez, Henriette, à rendre aux malheureux ce qui vient des malheureux; nous ne serons unis que pour le bien ; nous nous partagerons le pieux devoir de sécher des larmes.
Henriette ne parla plus de Gaston, elle n'émit plus un doute, elle ne proféra plus de menace, elle ne fit pas non plus de promesse; répondant simplement à la derrière idée de Mathias.
■ — J'accepterais avec orgueil, dit-elle, une si belle mission, mon ami; et si jamais le gage laissé aux mains de votre père est réclamé pour le demi-million inscrit sur celle note, eh bien, nous saurons comment employer une telle richesse.
Mathias ne redoulaii plus Gaston ; il se foi-
sait illusion peut-être sur le sens des dernières paroles d'Henriette; peut-être aussi qu'ayant une grande expérience des hommes, il sentait quels obstacles s'élèveraient entre une jeune orpheline sans nom et le fils du vieil officier protégé par la comtesse d'Orbigny. En effet, si le lieutenant Bertaud refusait Blanche au jeune Adolphe Marcellot que présentaient deux familles respectables , quelle ne devait pas être son opposition au «mariage de Gaston avec une inconnue élevée sous le nom d'Henriette Mathias par d'obscurs usuriers.
— Henriette, dit-il, parmi ma joie je n'avais qu'une crainte, vous la dissipez!... je n'avais qu'un regret, vous le transformez en
espérance!., ce demi-million me faisait peur! m 7
— Après ce que j'ai vu, pourrais-je donc vous croire capable d'aspirer à ma main à cause de cela!... répondit Henriette en repoussant avec dédain la note du vieux Mathias.
— Soyez bénie, Henriette, soyez bénie î...
— Et vous, puissiez vous être heureux !... Un silence d'extase de la part de Mathjas,
suivit ces vœux également sincères, mais dictés par des pensées fort différentes.
Pour Mathias, Gaston n'existait plus, Henriette était déjà sa fiancée. m
Pour Henriette, Gaston était encore le bienaimé; elle ne renoncerait à lui que s'il se montrait ingrat, que s'il avait le malheur de croire à la calomnie; mais cette hypothèse, toujours repoussée, était-elle admise un seul instant,
alors Henriette levait sur Mathias un regard de sympathie qui pourrait se traduire ainsi :
— Je n'irais pas loin pour trouver un plus noble cœur!
Mathias rompit enfin le silence :
— L'heure presse, dit-il, et je m'oublie. Il faut, que je vous trouve un asile, ô ma fiancée!... Je sors!... je vais m'occuper de mon bonheur!... Adieu! adieu! adieu!...
Il pressa ses lèvres sur la main tremblante delà jeune fille et sortit plein d'espérances.
Henriette, immobile, le vit s'éloigner en murmurant des paroles sans suite qui trahissaient une agitation excessive ; mais si grand que fut le trouble de la jeune fille, il allait redoubler, car Toinon, jusque-là cachée, s'ap-
procha d'elle en disant avec une étrange véhémence :
— J'étais là, mademoiselle, j'ai tout vu, tout entendu!
— Eh bien, ma bonne Toinon ?
— Eh bien! vous a-t-il dit pourquoi il a gardé le médaillon de votre mère que je représente ici, moi ?... Vous l'a-t-il dit, mademoiselle?.... non!.... Oh! il sait bien de qui vous êtes la fille, le traître!...
— Toinon, quel est ce langage? dit Henriette avec quelque sévérité; pourquoi ce ton de colère? pourquoi ces injures ?
— Parce qu'il vous trompe!... Il veut vous épouser dans l'espoir du demi-million et d'un immense héritage... mais, moi, je vous le dis, il aura son demi-million, sans plus; et
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vous, mademoiselle, il ne vous épousera pas!...
Henriette habituée à trouver en Toinon une tendresse de mère fut ébranlée un instant.
— Tu me fais frémir ! dit-elle.
— J'ai frémi bien plus fort, moi ! répliqua la Bretonne en voyant comment le ser-
« pent vous entortillait...
La réaction fut soudaine à ces mots :
— Assez! interrompit Henriette avec dignité. S'il y a un serpent dans celle mai: on, c'est vous!...
— Moi, ma fille chérie, dit Toinon avec stupeur. '
— Vous ! reprit Henriette avec une énergie fébrile, vous qui avez toujours trahi vo-
tre maître, vous qui m'avez toujours menti à moi-même et qui me mentez encore, vous qui épiez sans cesse, vous qui ne vous mêlez que d'intrigues tortueuses! Pourquoi vos
réticences et vos mystères continuels? Si
vois saviez que je n'étais pas la sœur de votre maître, que ne le décîariez-vous ?... Vous lui dites, à lui, que vous n'avez pas connu ma mère, et à moi vous me remettez un médaillon qui vient d'elle?.... qui trompez-vous?
Si ce médaillon vient de ma mère, dites donc devant lui ce que vous voudriez m'appreu-
dre en son absence ! Vous avez jusqu'ici
joué un double rôle; et moi je suis honteuse
d'avoir si longtemps accepté vos services
En parlant ainsi, Henriette se rapprochait de sa petite chanbre.
Toinon abasourdie et découragée courut à la fenêtre et fit le signal en criant :
— Au secours, mon frère, au secours!.... Henriette ajouta :
— Il suffît que vous ayez protégé M. Gaston Bertaut pour que je le déteste!,.. Je le hais!... Je ne veux plus de son amour qui nie pèse comme un remords!... Sachez que j'estime et que j'aime M. Malhias voire maître... En attendant qu'il rentre, sortez :e ma présence !...
Toinon loin de sortir s'avança en criant :
— Ce ne sera pas sans vous av >:r dit qui vous êtes, mademoiselle!... Vous ê'.es, je le jure devant Dieu, Julie Du tertre fille du brave capitaine Dutertre et d'Elisabeth de Norlof morts en mer, vous êtes la nièce de madame
la comlesse d'Orbigny... et vous allez voir celui qui vous a sauvée... vous allez voir voire second père...
— Mensonges que tout cela!... En l'absence de mon fiancé, je ne vous écouterai plus !
• Henriette à ces mots entra dans sa chambre et s'y renferma sous clé.
Hilarion Cornillardet n'avait fait que trois bonds, de la rue dans le jardin, et du jardin dans le salon où il trouva Toinon frémissante d'indignation, rouge de colère, et maudissant de toutes ses forces le perfide Mathias.
Comme il l'avait annoncé, l'aventureux marin s'était mis en costume de cérémonie. Il portait un habit blanc à boulons d'or timbrés
d'ancres couronnées, un vaste gilet à rama» ges éclatants, un large pantalon rayé, court et flottant de manière à découvrir des bas chinés et des escarpins vernis à boucles d'argent. Un luxe inusité de chaînes et de breloques lui donnait une certaine ressemblance avec un charlatan du boulevard extérieur. Il n'avait cependant renoncé ni au petit chapeau ciré, ni au grand collet bleu à liserés blancs, ni à la cravaté de matelot. — Enfin il portait un jonc à pomme d'or d'une longueur et d'une grosseur inusitées.
Ce fut en faisant un moulinet avec cette massue de la plus rare espèce, qu'il se précipita dans l'appartement, non sans jurer et ciier à tue-têle.
— Du danger! du danger! Présent !... Où sont-ils, que je les démolisse?
Sa présence et sa fureur calmèrent subite* ment Toinon, qui dit en haussant les épaules :
— Laisse donc là tes singeries !
— Mais tu as jeté le coin du rideau par la fenêtre; tu as appelé au secours, j'arrive...
— Personne ne nous menace. Seulement, mademoiselle...
— Eh bien ?
— Mademoiselle s'est laissée pnjoîer par Malhias, qui, tout le premier, vient de lui dire qu'il n'est pas son frère i
— Tant mieux ! c'est autant de fait !
— Tu ne me comprends pas ! Elle consent à l'épouser.
-~ Epouser ce vieux juif!... ce forban sur papier timbré ! Ah ! pour le coup, c'est le cas
de mettre la case en brindezingue! Gare!,., gare de dessous !
Un nouveau moulinet suivit cette menace.
— Malhias lui a fait une si belle histoire, ajouta la bonne servante, que tout autre à ma place y eût été prise.
— Mais son petit amoureux de tantôt?
— M. Gaston î ah bien oui ! elle ne veut plus
seulement l'entendre nommer. Elle n'aime que l'autre! Il n'y a pas de roué pareil à Mathias fils ! Il s'est rajeuni à la baguette. On lui donnerait à peine ton âge à toi ! Il a manigancé toute une histoire; il a, soi-disani, retrouvé une vieille note... Il ment, il sait tout!...
— Mais toi! interrompit Gornillardet im-