‹ L'usurier sentimentalChapitre 7 sur 18 · I/USURIER · texte numérisé non relu

I/USURIER

patienté, tu n'as donc rien dit à mademoiselle?

— Mademoiselle n'a pas voulu me croire ; elle s'est enfermée dans sa chambre à double-tour et au verrou ; et voilà justement pourquoi je t'ai fait !e signal d'accourir.

— Pour lors ! il faut s'expliquer! dit le marin d'un ton résolu, appelle-moi notre fille!...

— Mais elle s'est enfermée, te dis-je.

— Appelle-la de ma part.

— Elle ne te connaît pas.

— Va donc !

Toinon frappa à la porte d'Henriette. Henriette ne répondait point.

— Mademoiselle, c'est mon frère Hilarion Cornillardet, disait la servante en frappant.

Cornillardet, l'ami, le matelot du capitaine Dutertrc, votre père ; c'est celui qui vous a sauvée toute petite.

Toinon découragée dit à son frère :

— Tu vois bien qu'elle ne veut rien entendre.

— Ah ! nom d'un tonnerre ! il faudra bien qu'elle m'entende, moi! s'écria Cornillardet, et frappant avec force : - Mademoiselle Henriette, mademoiselle Julie Dutertre, ouvrez, s'il vous plaît, à votre \ieux parrain! Tremblement d'enfer! Est-elle donc sourde, notre fille?,.. Ouvrez, qu'il vous plaise ou non, tonnerre à vapeur !

— Ah! tu t'y prends bien ! fit Toinon.

— Je vais m'y prendre mieux, tu vas voir!...

A ces mots, Cornillaidet brandit sa massue, et d'une voix de stentor :

— Au nom du capitaine Dutertre, votre père, ouvrez !... une fois, deux fois, trois fois!...

Henriette, effrayée, s'était mise à la fenêtre d'où elle appelait au secours.

Hiiarion donna un violent coup de bout à la porte, qui craqua sans tomber.

— Elle est solide ! — lit-il. — Solide, eh ! pas du tout, reprit-il en la secouant à deux mains, ça ne tient à rien ! mais c'est barricadé...

Henriette avait entassé tous les meubles de sa petite chambre devant la porte menacée par le bélier du marin. Hiiarion, se ser-

vant de son bâton comme d'un levier, l'introduisit dans la fente; en môme temps, des épaules et de la tête il poussait de toutes ses forces.

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