CHAPITRE XIV
Le naufrage du Caraïbe.
Après avoir raconté à son ami, Adolphe Marcellot toute l'histoire de sa matinée, Gaston lui demandait conseil, lorsque le commandant Typhon les rejoignit au jardin.
Toujours franc et allant droit au but, le
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vieil officier dit brusquement au frère de Blanche :
— Tu arrives à propos, mon cher enfant, Adolphe aime ta sœur, lu le sais...
— Je le sais, murmura Gasion.
Adolphe lui-même restait ébahi.
— Eh bien î il est temps de les marier !
— 0 bonheur! fit Adolphe.
— Doucement! ne chantons pas encore victoire ! Tout le monde ici est d'accord, ma femme, madame Marcellot, madame la comtesse et moi ; mais ton diable de père résiste, ou plutôt il refuse...
— Ciel !... s'écria aussitôt Adolphe avec douleur.
— Mou père, dit Gasion, mettra donc
toujours obstacle au bonheur de ses enfants...
— Non! pas toujours, nous l'espérons bien, corbleu !... répliqua le vieux Typhon. Mais encore est-il bon, mes jeunes amis, que vous sachiez à quoi vous en tenir. Mon vieux Berlaut est rempli de préjugés; nous avons toujours fort différé à cet égard; ce n'est pas lui qui eût épousé... mais, à la question !... Bref, il reproche à Adolphe sa naissauce.
— En vérité ! s'écria Gaston.
Adolphe rougit et senlit une larme d'indignation rouler sous ses paupières.
— Typhon veut que son gendre ait un nom de famille; il déplore qu'Adolphe ne soit pas encore adopté par madame Marcellot ; car, en ce cas, il consentirait. Mais la loi
ne permet pas d'adopter avant l'âge de cinquante ans, et madame Marcellot ne peut se vieillir du jour au lendemain. Les deux futurs et nous autres, vieux parents, ne nous soucions pas d'attendre jusqu'après le père Lachaise. Nous voulons un heureux et prompt dénoûment.
— 0 mon père, combien vous êtes bon ! dit Adolphe.
— Ta, ra, ta, la!... quand on vous gâte, on est toujours excellent!... je dis là quelque chose de bien usé!... Enfin, mon cher Gaston, je viens le déclarer au nom de ces dames, que nous comptons beaucoup sur toi.
— Sur moi! répondit le jeune ami
d'Adolphe avec tristesse. Mon influence filiale est nulle! Je voudrais pour tout au monde
pouvoir servir Blanche et Adolphe, mais mon père est inflexible!...
— Pas tout à fait ! Ah ! si Adolphe n'était pas mon fils, si je n'avais l'air de plaider ma propre cause, je répondrais bien de le faire céder.
— J'en doute, commandant, dit Gaston, et je vois que ma sœur, et mon ami vont être aussi malheureux que moi,
— Qu'as-lu donc?
— J'ai, commandant, j'ai que mon père m'interdit de jamais revoir l'intime amie de ma sœur, mademoiselle Henriette que j'aime comme Adolphe aime Blanche !... Nous avions toujours rêvé qu'un jour nous nous marierions tous les quatre, en même temps...
— Première nouvelle! Et quelle est cette Henriette, mon garçon ?
— La sœur de M. Mathias, dit Adolphe.
— De l'usurier? s'écria Typhon.
— De l'homme d'affaires, oui, mon père, répondit Adolphe.
— Oh ! oh ! en ceci, mes enfants, je comprends et j'approuve l'ami BertautL. On ne peut s'allier à desMalhias!...
— Mon père, dit Adolphe, vous ne counaissez pas Henriette, vous ne savez pas.'..
— Si, corbleu ! je sais à merveille quels horribles trafics font les Mathias.
— Eh! qu'importe! s'écria Gaston avec humeur. Henriette n'est-elle pas innocente de ces odieux trafics? \dolplie n'est point plus
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innocent delà fausse position où il se trouve! Le préjugé que vous blâmez chez mon père, vous le partagez, commandant !...
— Peste! murmura Typhon.
— J'espérais, moi, que vous prendriez part à ma douleur," comme je prends part à celle d'Adolphe et à la vôtre. Madame la comtesse d'Orbigny connaît Henriette ; madame Typhon, madame Marcel lot Vont vue plusieurs fois; Blanche est son intime amie; elle mérite l'estime et l'amitié de toutes les personnes qui rapprochent. Enfin elle est d'autant plus digne d'intérêt, qu'elle est condamnée à vivre sous le toit de.Malhias, dans le repaire de l'usure... si tant est que M. Mathias fils soit un usurier!...
~ En douteriez-vous, jeune homme? dit
le commandant Typhon -d'un ton sévère.
— Je voudrais en douter! répondit Gaston. Quoiqu'il en soit, Henriette déteste les spéculations du vieux Mathias, et du reste, mon père ce matin a trop durement traité son frère, je l'affirme!...
— Que s'est-il donc passé?...
— Adolphe sait tout, commandant; Adolphe pourra vous répéter tout ce que je viens de lui dire, et quand vous le saurez, peutêtre ne condamnerez-vous point mon amour...
— Hum!.., hum!... fit le commandant Typhon.
— Autrefois, m'a-t-on dit, vous détestiez le mariage, ajouta Gaston ; aujourd'hui, vous êtes heureux d'être marié et d'être père...
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— C'est vrai, j'en conviens!...
— Vous pouvez donc changer d'avis.
— De bonne foi devant une preuve el surtout par l'effet de l'expérience...
— Eh! bien croyez aux preuves qu'Adolphe vous donnera, commandant; vous estimerez, vous aimerez Henriette, et puisque vous ne partagez pas les préjuges de mon père, que vous vous croyez de l'influence sur lui et qu'Henriette n'est pas voirefille
Le commandant Typhon se mit à rire.
— Tu retournes mes paroles contre moi; maître Gaston!...
— Je dis plus : c'est que mon mariage avec Henriette entraînerait forcément celui de
tSa L'USURIER
Blanche avec Adolphe, notre cause est la même!...
— C'est évident ! dit Adolphe qui s'empressa de plaider en faveur de son ami.
Typhon l'écouta longtemps en tiraillant sa moustache blanche :
— Diable! diable! diable! disait-il; la
fille du vieux Mathias ! c'est difficile à digérer. .. Je parlerai de cette épineuse question à tes deux mères... et je consulterai l'ami Barnabé'dont les jugements sont toujours de mon goût ....
— A la bonne heure! mon père, disait
Adolphe.
Cependant Gaston avait pris la fuite.
Ramené par un invincible attrait vers la maison qu'habitait Henriette, il arriva sous
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sa fenêtre à l'instant même, où elle poussait son premier cri de détresse.
Hilarion Cornillardet, par un effort herculéen, défonça la porte et fit crouler la barricade, mais il recula tout à coup en décriant :
— Un homme!... ah! tonnerre!....
En même temps, il se mit en garde.
Gaston s'élançait sur lui; Gaston eut reçu un coup terrible de sa massue, si Toinon n'avait arrêté le bras du marin, qui passa soudainenent de la fureur à la gaîté en disant :
— Tiens!... tiens!... c'est M.Gaston Ber-
tant!...
— D'où me connaissez-vous, misérable,
et qui êies-vous, vous-même? s'écriait le
jeune homme.
En eniendani Henriette appeler au secours, il avait escaladé le mur du jardin et puis celui de la maison pour entrer par la fenêtre.
— N'ayez pas peur, dit Toinon, c'est mon frère !
— C'est ma sœur! ajouta Cornillardet, vrai comme voici la fille à mon capitaine!
Henriette ainsi désignée dit aussitôt à Gaston :
— Ne les croyez pas !,.. Ils mentent!
Mais Hiiarion Cornillardet était maintenant saisi d'une émotion profonde; il se découvrit, se jeta à genoux et forçant Toinon de s'y mettre aussi :
— Mademoiselle!... ma bonne petite demoiselle, dit-il en joignant les mains, au nom de Sainte-Anne et de votre brave père, minute d'attention pour l'amour du Bon Dieu!...
— Ecoutez! écoutez! mademoiselle Henriette, je vous en supplie, ajoutait Toinon qui se releva et pria Gaston d'écouter aussi.
— Expliquons-nous! continuait le vaillant marin toujours agenouillé. Je suis laid comme une chenille, c'est vrai! mais vous en êtes cause, foi de matelot!... Et je ne suis pas méchant, vous le verrez, car je vous ferai épouser M. Gaston votre amoureux!
— Oui, c'est bien vrai ! dit Toinon.
Gaston était muet d'étonnemeni; Hen-
riette, aux propos de Cornillardet et de Toinon, éprouva un sentiment de défiance :
— Gaston s'entendrait-il avec eux? Profiteraient-ils de l'absence de Malhias? se demandait-elle.
— Mais, tonnerre d'enfer ! poursuivit Cornillardet en se redressant, vous n'épouserez pas l'autre, le juif de malheur! l'usurier ! le renégat! le chien d'avare ! le sans cœur damné! non ! Qu'on me coupe en quaire plutôt! Qu'on me remette à la broche comme j'y élais à la Nouvelle-Zélande, ma pauvre petite demoiselle, n'ayant de regret qu'à vous, rapport au demi-million qui pour lors n'était pas même complet !
L'étonnement de Gaston redoublait ; Henriette, qui l'observait, fut rassurée en le
voyant immobile, inquiet, tremblant encore et les yeux fixés sur Cornillardet avec une inexprimable curiosité :
— Non ! Gaston n'y comprend rien, se ditelle, je suis heureuse!
— Ecoutons-les, mademoiselle, murmurat-il enfin.
— J'y consens ! dit Henriette avec dignité.
— A la bonne heure! s'écria Cornillardet. Pour lors donc, commençons par le commencement! Non! commençons par la fin; ce sera plus clair et plus vite fini....
Toinon interrompit alors :
— Il ne s'en tirera jamais, si je le laisse faire ! Mademoiselle , rappelez-vous seulement ce que je vous disais tout à l'heure...
— Ah ça, Toinon! tu as l'air de me juguler ! s'écria Cornillardet fort peu disposé à lui céder la parole. Voici ce que j'appelle la fin! Numéro 1, la cargaison des paperasses, du temps où je vous ai mise en dépôt, mademoiselle, chez le père Malhias, père de Mathias fils...
Hilarion posa sur le piano le volumineux dossier 40, si ardemment convoité par Ninyme Serpentard.
— Et numéro % poursuivit-il en tirant de ses poches des sacs, des bourses, des lingots d'or et un paquet de billets de banque, — voilà les cinq cent mille francs en monnaies diverses, papier, pièces d'or de tous pays et rielitos de la Mer du Sud; voilà! c'est-il clair?
— Y comprenez-vous quelque chose, mademoiselle ? demandait Gaston à Henriette.
— Oui, à peu près, répondit-elle avec stupeur. — Mais alors... dit-elle encore à demivoix et en se parlant à elle-même, Mathias serait un monstre d'hypocrisie, un infâme !
Une douleur singulière se peignit sur les traits delà jeune fille.
— Vous l'avez dii, mademoiselle! répondit Toinon, vous l'avez dit! Ses propositions de mariage sont une infamie, la retraite qu'il fait semblant de chercher pour vous, serait le moyen de vous soustraire à vos amis et pro-
lecteurs. En aucun cas, maintenant, vous ne in 9
pouvez rester ici, puisqu'il n'est pas, voire frère....
— Qu'entends-je ! s'écria Gaston, elle n'est pas la sœur de l'usurier! Est-ce bien vrai! est-ce bien possible, ô mon Dieu î...
Le Piis du lieutenant Bertaut était iranspoi lé de joie.
— Et le monstre voulait l'épouser! dit-il encore, mais victoire ! il est démasqué !...
Hilarion Cprniliardet, les bras croisés sur la poitrine, laissait parler# Toinon, observait et souriait d'un air héroïque.
Henriette éprouvait tour à tour les impressions les plus opposées; elle soutenait avec elle-même une lutte >. Elle avait cru
Mathias sincère cl dot des dires de Toinon. La défiance, l'espoir, la crainte d'un
picga, son amour pour Gasion, son instinctive sympathie pour l'homme dont elle venait (Fenten Ire la justification et d'apprécier la générosité, sa répulsion réfléchie pour le commerce des Mathias, mille autres sentiments contradictoires se partageaient son esprit et son cœur.
Toinon ajoutait :
— Tant que monsieur vous a traitée comme sa sœur, je ne vous ai rien dit, moi, moi qui vous gardais nuit ei jour; mais je ne restais pas sans agir, vous le savez bien, mademoiselle! N'espérant plus revoir mon pauvre Hilai'inn, qui, depuis huit ou dix ans, ne m'avait donné signe de vie, je vous chercluis un bon protecteur, je voulais vous marier à M. Gaston Berlaui....
— Excellente Toinon ! murmura le jeune homme.
— Je ne savais pas encore que madame la comtesse fut votre tante...
— Quelle comtesse? de qui parle-l-elle?
dit Gaston.
— Vraiment, vous l'ignoriez!... ma bonne Toinon? demanda Henriette.
— Ah ! si je l'avais su ! je n'aurais pas eu si grand'peur du matin au soir.
— Toinon navigue bien, laissons courir!
dit Hilarion entre ses dents.
— Plus j'y pense, continua la Bretonne, plus je suis portée à croire que Matbias ne se doutait pas de grand'chose ce matin même. Quant h M. Serpentard, c'est différent! nous reparlerons de celui-là!... Mais Mathias a dé-
couvert toute la vérité en examinant le médaillon de madame Dutertre votre mère; il y aura reconnu son chiffre et les armes de la famille de Norlof. Après l'histoire de l'épée et de la croix du lieutenant Bertaul, il aura tout compris î Cette note qu'il vous a montrée, l'a-t-il trouvée? l'a-l-il fabriquée? — Je n'en sais rien! Seulement, quand il a écrit à madame la comtesse que le Caraïbe s'est perdu corps et biens, il avait déjà son projet....
Gaston poussa un cri de joie, il avait enfin le mot de l'énigme :
— Henriette est donc Julie Dutertre ? s'écria-t-il.
— Oui! oui ! cent fois oui ! Laissez-moi finir! Voyant madame la comtesse d'Orbigny
si riche et si généreuse, ne comptant plus sur les 500,000 francs de Cornillardet, ou encore visant à bien davantage, Malhias s'est mis dans' la têle de vous épouser, mademoiselle Julie. Vous êtes l'unique héritière des biens immenses delà famille de Norlof... Iî en est
aussi sûr que nous qui parlons!... En habile usurier, il a joué la générosité, il a sacrifié quelques milliers de francs !... Il voulait vous aveugler, vous séduire, vous cacher et gagner ainsi le temps de manœuvrer à coup sûr! Il entend son affaire, le traître! Heureusement nous sommes ici !...
— Nous sommes ici !.. répéta Cornillardet.
— O mon Dieu! s'écria Gaston au même instant, tout est encore perdu... pour moi, du moins !
— Hein?.., quoi donc? fit le marin.
— Mon pè- . refusera son consentement! Il trouv ain tenant que l'héritière de la famille de Norlofest trop au dessus Je moi !...
— Allons donc! fil le matelot en haussant les épaules,' ne nous embrouillons pas, s'il vous plaît, monsieur Gaston.
Toinon rncôh'.àh alors comment Serpentard devait être à la recherche de la comtesse d'Ûrbigny.
— Assez causé-! A mon tour, interrompait Hilarion Cornillardet d'une voix dé Stentor et s'adressant à la jeune fille : — Tel que vous me voyez, mademoiselle, avec mes beaux habits et mon genre de baron brésilien, je ne suis pourtant qu'un simple matelot....
La nature des émotions d'Henriette changea soudain, elle leva sur le marin son regard doux et limpide, elle l'ëcoutait avec 1 calme.
— Je ne suis qu'un simple malelol breton et je n'ai pas pêche à la ligne le demi-million que voici, ni les autres destinés à votre établissement, vu que vous êtes la fille à mon
pauvre Dutertre avec qui j'ai navigué
mousse!...
Ici, la voix mâle et rude du marin s'adoucit; il poursuivit d'un ton qui toucha tous les assistants :
— Après son mariage à Hambourg avec madame votre mère qui restait toujours à bord, nous filons au large. En rade de l'Ile de France, vous venez au monde, mademoi-
selle Julie; et à moi, Cornillardet, mon capitaine m e dit : — « Vieux ! tu seras le parrain de l'enfant ! et si jamais !... » — « Assez causé que je lui dis comme ça! j» — Ce qui fait, ma petite demoiselle, que je suis voire parrain!...
— Ensuite, ô mon Dieu ! mon père ? ma mère? s'écriait Henriette palpitante.
— Dame! je ne voudrais pas vous faire du chagrin; mais un an ou quinze mois après, dans les îles delà Sonde, notre pauvre troismâts le Caraïbe est affalé en côte par une brise de foudre!... Nous louvoyions tout dehors... la barbe en fumait ! — On n'a jamais vu tant de toile au vent par un temps de perdition pareil... Les mâts pliaient.., ils pliaient comme ça!...
Cornillardet, en disant ces' mots, appuyait sur son énorme jonc el le courbait en arc de cercle.
— Ah! mademoiselle Julie, dit-il en soupirant, votre père était un fameux capitaine ! ..
Toinon, Gaston, Henriette écoutaient avec irn intérêt croissant ; après un moment de silence, Hilarion poursuivit :
— Le vent fraîchissait toujours, la mer était démontée, le courant nous drossait, la brume vint parla dessus .'...contre la Brume et le courant, que pourrait faire Jean-Bart en personne? Le Caraïbe se coupa en deux sur une roche, en deux, oui, en deux!... Crâahl...
Le marin, en poussant ce cri imilatif', mit
sa massue sur son genou, la brisa, et jetant les deux morceaux à droite et à gauche :
— J'étais ici, sur l'avant, à mon poste de maître de manœuvre; eux, là, sur l'arrière, qu'on ne voyait plus !... Je me jette à la mer, et dans l'eau, j'aperçois un homme qui nageait, tenant une femme dans ses bras. — • — « Matelot, dit-il, l'enfant! l'enfant!... - — Mais je le voyais, lui, mon capitaine, près de périr ; je veux le rejoindre : une lame nous sépare!... Il était au bout de ses forces, il coulait... Je le cherche !... rien ! rien! plus rien ! hormis, ma pauvre demoiselle, une forme blanche qui roulait sous l'eau... C'était votre mère, mon doux Jésus!
Hilarion pleurait à chaudes larmes.
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Henriette, Toinon, Gaston lui-même, pleuraient à l'écouter :
— Plus d'espoir! plus d'espoir! dit la jeune fille en sanglotant.
— Je ne savais où j'en étais, quand je m'accroche à un morceau de la carcasse, encore cloué sur la roche... et là, vous dormiez tranquille dans votre petit berceau. Les planches, ni les cordes ne manquaient à l'entour de nous ; je m'amarre sur une planche, je vous prends comme ceci !...
Hilarion levait les bras.
— Et j'attends la lame... à la garde de Dieu ! La lame vint; elle nous jeta au large. Tant que je pouvais, je vous tenais dehors pour vous faire respirer. Dame! vous étiez déjà plus qu'à demi noyée ! Et moi, qui
pour sauver ma peau n'ai jamais pensé à faire un vœu, j'en faisais de toutes sortes, rapport à vous !... Je priais la bonne Sainte- Anne, j'étais plus dévot qu'un saint. Un de nos canots, vide, passe le long de moi, je l'attrape, j'y monte sans lâcher ma planche. Par miracle, le canot ne chavira point. Au lever du soleil, l'embellie vient; un navire nous recueille, et puis... et puis, est-ce que vous ne savez pas le reste?
— Si! si!... mon noble sauveteur, mon généreux parrain! dit Henriette avec transport.
— Eh bien! me permeitrez-vous de vous serrer dans ces bras qui vous ont bercée toute petite?
Henriette se jeta dans les bras d'Hila-