SCENE X
FLANPANNÉ , bondissant.
n a juré qu’il ne le donnerait pas ! Ecoute !.. (Lui montrant le sae d’argent.) A toi ce sac de mille francs si tu me le fais entendre... (il pose le sac sur la table.)
Mille francs!
FLANPANNÉ.
Et je te brûle la cervelle si tu refuses... Choisis !
JEAN BERNIQUE
Je choisis les mille francs ! (a part.) Juste ce qui nie manque pour le petit champ de colzas.
FLANPANNÉ.
Enfin l
JEAN BERNIQUE, à part.
Puisqu’il ne l’a jamais entendu, je vas y chanter n’importe quoi.
FLANPANNÉ, s’asseyant près de la Uble.
J’écoute! (chantant.)
Fragment de la Dame Blanche .
Chantez, chantez, joyeux ménestrel...
JEAN BERNIQUE, toussant.
Hum! hum!., (a part.) Ahl nom d’un bigre! l’œuf dur ma bourré, etl’escarole me tracasse... (Toussant.) Hum 1 hum!
FLANPANNÉ.
Le malheureux ! il s’est empiffré, (a Jean Bernique.) Eh bien?..
JEAN BERNIQUE
Voilà!... (Toussant.) Hum ! hum !
FLANPANNÉ, se lésant.
L’ut dièzel.. voyons donc, l’ut dièze!
Voilà ! voilà !
FLANPANNÉ, allant à loi.
Asseyez-vous... et tenez le piano... (jean Bernique s’assied detanl le piano, qu’il tient fortement de ses deux mains.) Moi, je me mets dans ina stalle et je frappe les trois coups... (il frappe trois coups et se rassied. — On entend un prélude de piano.)
JEAN BERNIQUE, à part, étonné.
Tiens... i’y ai pas touché!.. (il outre la bouche pour commencer une chanson, lorsque la voix d’Octare se fait entendre et chante le duo d’Othello.)
JEAN BERNIQUE, stupéfait, et restant la bouche ourerte. A part.
Qué que c’est qu’ça?
FLANPANNÉ, arec admiration, battant la mesure.
Bravo !.. charmant !.. c’est ça même !
JEAN BERNIQUE, A part, très-surpris.
C’est ça?., (il se met à mimer l’air chanté par Oclare.) Ah ça.... CSb» ce que çà serait moi qui chanterais ? • ; ; : v
l’ut dièze.
Délicieux ! ravissant !
, JEAN BERNIQUE, mimant toujours et à part.
C’est pas moil (indiquant la gauche.) Ça part de là... ça seraitil une fée qui vient à mon secours ?
FLANPANNÉ.
Bravo ! brava! bravum!.. Quelle voix purel quel timbre enchanteur! (Tout à coup une rois de basse chantant la seconde partie du duo succède à la voix de ténor.)
JEAN BERNIQUE, à part. ■ '
Hein?..
FLANPANNÉ, surpris.
Une basse-taille !
JEAN BERNIQUE, à part et gesticulant toujours.
Si je perds la boule, je suis flambé... (Haut.) J’ai toutes les
Voix ! (il continue sa pantomime.)
FLANPANNÉ, avec admiration.
Toutes les voix! .. quelle organisation ! (Le chant continue. — Partie de téuor.). Ah! le passage de l’ut dièze approche... le donnera-t-il?.. ne le donnera-t-il pas?., quelle perplexité! (se levant.) Ah! le voilà!., il l’a donné!..
JEAN BERNIQUE, ahuri.
Je l’ai donné ! (Les deux voix chantent en même temps.)
FLANPANNÉ.
Deux voix !.. (Le morceau finit. — Allant à Jean Bernique qui se lève.) Deux voix à la fois 1
JEAN BERNIQUE, avec aplomb.
Je suis ventriloque !
FLANPANNÉ, enthousiasmé.
Tiens, grand homme, prends cette épingle, (il lui attache une épingle à sa chemise.) Accepte Cette tabatière... (il la lui offre.)
JEAN BERNIQUE
Je ne prise pas. /
FLANPANNÉ.
Enrichie de diamants.
JEAN BERNIQUE, Vivement.
Je priserai ! (il met la tabatière dans sa poche.)
FLANPANNÉ, avec exaltation.
Écoute, je suis le baron de Flanpanné, propriétaire de ce castel, j’ai cent mille livres dè rente, un domestique nombreux, une fille charmante... Eh bien 1 reste ici... consens à charmer ma vieillesse par tes accents mélodieux, et je te la donne.
JEAN BERNIQUE
Ah! bah!