Le Jeu du Kolef
Un homme coiffé d'un grand chapeau est assis sur la droite près d'une porte, dans une espèce de cabinet, comme il y en a dans les jardins publics, en Hollande. Il a les mains croisées, le coude appuyé sur une table, et la jambe droite étendue sur un banc. A côté de lui brille quelque chose qui ressemble à une de ces chandelles qu'on tient allumées dans les guinguettes, à l'usage des fumeurs. A gauche, hors de la porte, on voit un homme, gravé au trait, qui pousse une paume avec un bâton en forme de crosse, qu'on appelle, en hollandais, kolef. Vers le milieu de l'estampe, on
aperçoit, au travers d'une ouverture ménagée dans la cloison, deux figures également gravées au trait, dont l'une est assise et vue de dos, l'autre debout et vue de face. Vers le bas de la gauche, on lit: Rembrandt^ f. \ 654. Ce morceau a fait partie du fonds de la veuve Jean, il est gravé en croquis et sans beaucoup d'etîet. On en connaît deux étals :
Premier état. Il y a tout contre le bord supérieur de la planche, quelques petites places blanches provenant du défaut de la morsure ou de l'interruption des tailles. Les épreuves de cet état ont été tirées avec des barbes; elles sont rares, surtout en papier du Japon. Il s'en trouvait une dans la collection Denon.
Deuxième état. Les places blanches ont été couvertes par la continuation des tailles interrompues. On remarque quelques taches d'oxyde vers l'angle supérieur de la gauche.
HauteAir, 0,097; largeur, 0,142.
BARTSGH, 125. CLAUSSIN, 127. WILSON, 129.
Le catalogue de Gersaint, que nous aimons à citer pour la saveur de son vieux style, assez semblable à celui de Mariette, décrit en ces termes le jeu du Kolef.
(( Le jeu du Kolef est très-commun en Hollande et fort peu connu en France : les particuliers qui ont des maisons de campagnes, en ont souvent dans leurs jardins ; mais ordinairement il y en a dans les différents Cabarets, ou Guinguettes, qui sont au dehors de la Ville, où les Bourgeois vont se réjouir ; ils sont plus ou moins grands ; leur longueur est depuis huit jusqu'à douze toises et leur largeur d'environ 9 ou iO pieds : la place où l'on joue, est ordinairement sablée et fermée comme nos Mails. On y peut jouer plusieurs
en partie, les uns contre les autres. Il y a à chaque bout de ce jeu, dans le milieu, un morceau de bois rond, d'environ deux pieds de diamètre et élevé de deux pieds six pouces ; on joue avec des boules de la grosseur de celles de nos Jeux de Paul mes, que l'on pousse avec un bâton, dont l'extrémité est garnie de plomb, et faite en forme de crosse. On place les balles pour commencer à l'un des bouts de ce Jeu. L'adresse est de pouvoir toucher le premier le morceau de bois, qui est au bout opposé à celui où l'on se place pour jouer ; il est rare, à cause de l'éloignement, de le pouvoir attraper du premier coup ; mais on tâche de placer sa balle le plus près que l'on peut, et assez avantageusement pour le pouvoir toucher du second coup ; si en le touchant, on est assez adroit, ou assez vigoureux, pour renvoyer la balle, par une bricolle, près de l'autre morceau de bois placé à l'autre bout, et qui puisse mettre le joueur en état de toucher le second bâton du troisième coup, ce qui lui sauve un quatrième , on se met par là en état de gagner presque sûrement la partie, parce que le vainqueur est celui qui touche les deux morceaux de bois en moins de coups, dans l'aller et le revenir. Il se trouve quelquefois des Joueurs assez adroits pour les toucher tous deux en deux coups. On fait quelquefois des parties de deux contre deux, ou de quatre contre quatre, dans lesquelles on joue un assez gros jeu. »