Jacob pleurant la mort de son fils Joseph
Petit morceau en hauteur. A la gauche de l'estampe, sur le pas d'une porte ouverte, on voit une vieille femme qui s'incline, les mains jointes. Jacob, assis auprès d'elle sur un banc à dossier, paraît se lamenter, les mains élevées au ciel, en voyant la robe ensanglantée de Joseph , qu'on lui rapporte en lui annonçant sa mort. Les deux envoyés des frères de Joseph sont devant Jacob ; l'un est à genoux sur les marches de l'escalier de la maison; l'autre, penché sur le vieillard, lui montre de la main gauche le lieu où ils prétendent que Joseph a péri. Au bas de la planche, un peu vers la droite, sur la pierre de l'escalier, est gravé : Rembrandt van Rxjn fec. Cette pièce , dit Bartsch , est estimée une des meilleures du maître.
Il en existe une copie assez trompeuse. On la distingue à deux clous que l'on aperçoit dans l'original, au bout de la latte fixée en largeur sur la porte , et qu'on ne voit point dans la copie. Autre différence : dans l'original , la première lettre du nom de Rembrandt est écrite , et dans la copie % .
Hauteur, 0,108; largeur, 0,079.
BARTSCH, 38. CLAUSSIN, 42. WILSON, 4 2.
(( Et ils prirent la robe de Joseph , et ayant tué un bouc d'entre les chèvres, ils ensanglantèrent la robe; puis ils envoyèrent et firent porter à leur père la robe bigarrée, en lui disant : « Nous avons trouvé ceci reconnais-tu maintenant si c'est la robe de ton fils ou non ? )) Et il la reconnut et dit : « C'est la robe de
mon fîls, une mauvaise bête Fa dévoré; et Jacob déchira ses vêtements et dit : Certainement je descendrai en menant deuil au sépulcre vers mon fils. C'est ainsi que son père le pleurait. »
N'est-ce pas le meilleur commentaire à donner ici que le passage même de la Bible dont Rembrandt s'est inspiré? Personne, en effet, n'a pénétré plus avant dans le sens profondément humain du livre sacré. Il en a compris la grandeur et les nuances. C'est ainsi qu'à côté de la douleur paternelle, de cette douleur des entrailles, que la langue du poète ne saurait exprimer, mais que la main d'un tel peintre a su rendre, Rembrandt a placé l'image d'une douleur banale qui fait mieux ressortir encore le désespoir de Jacob. Cette vieille femme qui vient au seuil du logis, les mains jointes, exhaler un soupir, n'est ni l'aïeule ni la mère de celui dont on apporte la robe ensanglantée ; c'est la vieille Lia, la première femme de Jacob, la rivale de Rachel. Quant à Rachel, mère de Joseph et de Benjamin, elle était morte déjà « et ensevelie au chemin d'Éphrat, qui est Bethléem. » L'envoyé qui est à genoux aux pieds de Jacob est un de ces modèles d'expression qui se rencontrent toujours chez Rembrandt : l'œil , la bouche , le sourire , la main , tout en lui interroge. « Reconnais-tu maintenant si c'est la robe de ton fils? >> Quant à la couleur antique et patriarcale de la Genèse, elle se retrouve dans l'arrangement du paysage et dans
la rustique simplicité de cette maison encadrée de verdure, dont les murailles se couvrent de lichen et de fleurs.
il. Joseph et la Femme de PiUiphar,
Joseph fuyant la femme de Putiphar qui le saisit par les pans de son manteau. Elle est couchée sur un lit placé à la gauche de l'estampe. Sa chemise, relevée jusque sous l'aisselle, laisse voir son corps nu jusqu'à mi-jambes. Joseph se dirige vers la gauche. On lit au bas de la planche : Rembrandt f. 1634.
Cette planche étant de celles dont le cuivre existe encore, nous ne pouvons dire toutes les modifications et retouches qu'elle a subies. Mais en comparant d'anciennes épreuves, nous y avons découvert plusieurs remarques. Et d'abord dans les premières épreuves, on distingue entre la tête de Putiphar et le bras gauche de Joseph un petit espace blanc qui est couvert dans les épreuves postérieures. Le dossier du lit, du côté droit, finit en s'arrondissant. (Voyez le catalogue Van den Zande rédigé par M. Guichardot.) Ce sont là les signes du premier état.
On reconnaît le deuxième à l'absence du petit espace blanc dont nous venons de parler, et à la forme du dossier du lit, qui se termine presque en pointe, au lieu de finir en s'arrondissant.
Largeur, 0,112; hauteur, 0,092.
BARTSCH, 39. CLAUSSIN, 43. WILSON, 43.
(( Je ne sais, dit Montaigne, si les exploits de César et d'Alexandre surpassent en rudesse la résolution d'une belle jeune femme, nourrie en nostre façon, à la lumière et commerce du monde, battue de tant d'exemples contraires, et se maintenant entière au
milieu de mille continuelles et fortes poursuites. Il n'y a point de faire plus espineux qu'est ce non-faire, ny plus actif : je trouve plus aysé de porter une cuirasse toute sa vie, et est le vœu de la virginité le plus noble de touts les vœux, comme estant le plus aspre : Diaholi virtus in lumbis est, dict saint Jérôme. )>
C'est encore le philosophe gascon qui a écrit : « Ce qu'il s'en veoit si peu de bons (mariages) est signe de son prix et de sa valeur. A le bien façonner et à le bien prendre, il n'est point de plus belle pièce dans notre société : nous ne pouvons nous en passer et Talions avilissant. Il en advient ce qui se veoit aux cages : les oyseaux qui en sont dehors désespèrent d'y entrer; et d'un pareil soing en sortir, ceulx qui sont au dedans. )>