Fuite en Egypte; griffonnée
On y voit la sainte Yierge tenant entre ses bras l'enfant Jésus, et assise surl'àne, dont les pas sont dirigés vers la gauche de l'estampe. Saint Joseph, qui va devant, est vu de profil, et couvert d'un habit déguenillé et attaché avec une ceinture à laquelle pend
1. Les estampes de Rembrandt sur la Fuite en Egypte me rappellent le touchant et beau poëme musical de M. BerUoz , l'Enfance du Christ.
\n L'ŒUVRE DE REMBRANDT.
un coutelas. Tl tient un bâton de la main gauche et de Tautre l'âne par la bride. Ce morceau, dont le fond est griffonné et maculé, est gravé légèrement. Nous en avons compté six états.
Premier état. C'est celui que donne la planche entière, et que nous venons de décrire. Il est de la plus grande rareté, et comme il manque auBritish Muséum , nous croyons qu'il n'existe qu'au Cabinet des Estampes de Paris et au Musée d'Amsterdam. L'épreuve de Paris se dislingue par la saleté du fond de la planche et par quelques coups de plume que Rembrandt a donnés au bistre pour iudiquer les boulets de l'âne et ses sabots.
Deuxième état. La planche a été coupée et cintrée par le haut. Elle ne porte plus que 80 millimètres de hauteur sur 52 de largeur, et elle ne renferme plus que la figure de Joseph dont le bonnet touche presque au milieu du cintre , et une partie de la tête de l'âne.
Troisième état. La figure de saint Joseph a été entièrement reprise dans les ombres. La main gauche, qui tient le bâton, a été ombrée, et la droite a reçu une contre-taille. Le bonnet, le visage et la jambe droite ont été couverts de tailles verticales et fines. La manche gauche, beaucoup plus travaillée, est tout à fait noire. On remarque aussi quelques nouvelles tailles sur le pied gauche.
Quatrième état. La jambe droite qui, dans l'état précédent, n'était ombrée que d'une seule taille, dans sa partie claire, a reçu une contre-taille diagonale.
Cinquième état. Sur le pied gauche du saint on remarque une contre-taille dans le sens du pied.
Sixième état. Le bonnet de Joseph , élevé dans les cinq premiers états, a dans celui-ci la forme d'un turban. Le fond, en haut, ainsi qu'à droite jusqu'au talon, a été recouvert de nouvelles hachures.
Hauteur de la planche entière, 0,146; largeur, (J,121.
BARTSCH, 54. CLADSSIN, 58. WILSON, 59.
Quel barbare a pu couper ainsi une composition si bien indiquée déjà et si bien sentie ? Ce n'est certainement pas Rembrandt qui a eu l'idée de la mutiler de la sorte et d'encadrer niaisement dans une niche cette figure de Joseph qui, une fois séparée de la Yierge, n'a plus de sens et ne représente plus qu'un gueux en voyage. Il a fallu aussi trancher par le milieu la tête de l'âne : autre barbarie! Du reste, les travaux ajoutés sur la figure isolée de saint Joseph , dans les quatre derniers états, trahissent évidemment une main étrangère, une main brutale, et quelque grossier que soit le burin de Van Yliet, qui fut souvent coupable de retouches pareilles, on ne peut pas même lui attribuer cette fois la mutilation et le défigurement de la planche.