‹ L'¿uvre complet de Rembrandt (volume 2)Chapitre 52 sur 151 · Jésus chassant les Vendeurs du temple · texte numérisé non relu

Jésus chassant les Vendeurs du temple

La scène se passe dans un temple dont l'ordonnance est riche, et l'on voit sur la gauche un lustre suspendu à la voûte d'une arcade. Jésus-Christ est au milieu du sujet, dirigé vers la gauche; sa tète est environnée d'une gloire. Des verges à la main, il poursuit des marchands et des bêtes qui, en précipitant leur fuite, renversent un bureau de changeurs et font tomber des rouleaux de monnaie sur le pavé du temple. Parmi les fuyards, on remarque une femme qui porte sur sa tête un panier de pigeons, et un homme qui est culbuté par un bœuf et traîné par terre. Au fond, sur la droite, tout n'est que désordre et confusion; mais derrière cette mêlée s'élève une espèce de tribune où est tranquillement assis le grand-prêtre, entouré de ses acolytes dont un porte la crosse; il semble prononcer une sentence contre un pénitent qui est à genoux devant lui. Au bas de la droite, on lit : Rembrandt f.

Les états de ce morceau ont été décrits par tous nos prédécesseurs comme il suit :

Premier état. L'homme renversé, traîné par un bœuf, a la bouche relativement petite et le haut du visage clair.

Deuxième état. L'honmie renversé a le haut du visage plus ombré; la bouche est plus grande, et l'on n'en voit plus la lèvre inférieure. Sur la semelle de son soulier on remarque des taches d'oxyde, ainsi qu'au-dessus de la tète d'une viiche qui est à quelque distance sur la droite.

Les amateurs disent souvent, pour désigner le premier état, une épreuve à la petite bouche, et pour désigner le second, une épreuve à la grande bouche.

Nota. Cette planche se trouvait, en 18^24, dans la collection de

M. Malaspina di Sannazaro, à Milan; car on lit à la page 198 du tome m de son catiiloguo : la piastra originale di questa stampa fa parte dcgli accessorj délia raccolta: elle a t'ait ensuite partie du fonds de la veuve Jean. 11 s'en rencontre quelquefois des épreuves sophistiquées : dans les unes, on a supprimé le lustre suspendu sous l'arcade, en le couvrant d'un morceau de papier blanc au moment de l'impression ; dans les autres, on a substitué à l'arcade le fragment de paysage qui termine la petite Résurrection de Lazare (n° 47 du présent Catalogue).

Nous avions cru longtemps que Bartsch, Claussin et Wilson avaient commis une méprise au sujet de l'estampe que nous venons de décrire, et (pi' ils avaient pris le second état pour le premier et le premier pour le second. En regardant les épreuves à la loupe, nous avions cru reconnaître que l'agrandissement de la bouche était causé, non par un nouveau contour, mais par un peu de manière noire, si bien que sous la salissure nous retrouvions encore le contour des lèvres, le trait du maître. II nous avait semblé que la semelle des souliers n'était pas ombrée par des travaux additionnels, comme le dit Wilson, more shaded, mais qu'elle était tout simplement tachée de rouille \ Enfm

1 . Cet auteur ajoute que le ventre de la vache (celle qui traîne l'homme renveisé) est plus travaillé : the belly also of the cow is more worked on; mais en examinant les épreuves à la loupe, nous ne voyons aucune diffé-

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il nous avait paru invraisemblable ((ue Rembrandt ou tout autre eût songé à agrandir une bouche déjà si grande.

Mais toutes ces observations, que les iconographes les plus distingués trouvaient justes, sont tombées devant ce fait : la [Manche de Rembrandt, qui existe encore dans le conunerce, ne donne que des épreuves à la grande bouche, et prouve que la grande bouche constitue bien le second état, comme l'avaient dit nos devanciers, et non pas le premier, comme nous le pensions par erreur.

Maintenant, pour en revenir à l'invention du peintre, il est très-rare qu'il ait imité d'autres maîtres ou même qu'il leur ait fait quelques emprunts. Ici, pourtant, la figure principale, celle de Jésus- Christ, est prise tout entière dans une des gravures en bois de l'œuvre d'Albert Durer (n° 23 du catalogue de Bartsch) . Le mouvement de la tête, le geste énergique de la main qui tient les verges, et jusqu'aux plis du manteau du Christ, dont un pan retombe sur son dos, tout est semblable; et si la figure se dirige vers la gauche, dans l'estampe de Rembrandt , c'est justement parce qu'il l'a dessinée, sur le cuivre, se dirigeant vers la droite , comme dans la gravure de

rence réelle dans les travaux, et dans le reste de la planche, nous n'apercevons que des taches d'oxyde là où l'on avait vu îles tailles additionnelles.

Durer. Mais ce qui n'est imité de personne, c'est ce beau tumulte de marchands en fuite, de femmes effarées, de changeurs traînés par les bœufs sur le pavé du temple et de Juifs qui ramassent leur argent, au risque d'être écrasés par la foule..., tandis que sur le tabernacle, absorbés par les cérémonies du culte, les pontifes, les prêtres et les lévites de l'ancienne loi ne font aucune attention au tapage de ce troupeau mugissant d'hommes et de bêtes, que chasse devant lui le Dieu indigné de la loi nouvelle.

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