‹ L'¿uvre complet de Rembrandt (volume 2)Chapitre 53 sur 151 · La Samaritaine · texte numérisé non relu

La Samaritaine

Morceau en largeur, cintré par le haut. Jésus-Christ est debout derrière le puits de Jacob, dans la partie gauche de l'estampe; il se penche et s'appuie sur un petit mur. Il a une main posée sur une draperie, et non pas sur son genou, comme l'ont dit Bartsch et les autres. La Samaritaine est debout en face du Seigneur, vers le milieu de la planche. Elle a les bras croisés et appuyés sur le seau qui est placé sur la margelle du puits. Le fond à droite présente un pays montagneux et boisé, accidenté de fabriques. On y voit cinq figures d'hommes à demi cachées par un pli de terrain, et plus loin, sur une éminence , paraissent trois autres figures, dont une est à cheval. Sur le petit mur, auquel s'appuie Jésus-Christ: on lit : Rembrandt f. 1658.

Il existe trois états de ce morceau :

Premier état. Extrêmement rare. La planche porte une marge de 81 millimètres au-dessus du cintre. La figure du Christ a un autre caractère que dans les états suivants. Le nom de Rembrandt et l'année 1658 ne sont pas encore gravés.

11)0 L'ŒUVRb: DE KEMBKANDÏ.

Deuxième état. La marge du haut est coupée; mais on ne voit encore ni le nom ni l'année. Rare.

Troisième état. La pierre sur laquelle Jésus appuie son bras droit porte le nom de Rembrandt et l'année 1658. L'ombre que la Samaritaine projetait sur le mur a été effacée, ainsi qu'un espace entre deux piliers, qui était chargé de travaux, au-dessus de la tête du Christ, un peu sur la droite. La chevelure de la Samaritaine a été allongée et descend jusqu'au coude du bras droit. Cette addition ne paraît pas être de la main de Rembrandt. Le tertre couvert de végétation , à gauche du puits, a été teinté par des hachures fines données en divers sens.

Hauteur de la planche coupée, 0,123; largeur, 0,158.

BARTSCH, 70. CLAUSSIN, 7 4. WILSON, 7 4.

Quelques coups de burin donnés trop rudement sur la joue de la Samaritaine, peut-être pour réparer un défaut de la morsure, ont gâté la principale figure de cette composition, ou du moins la plus apparente. En revanche, le reste de la planche est d'un pittoresque charmant, accusé à peu de frais, d'une pointe vive , libre et sûre. Arrivé à l'âge de cinquante-deux ans, le peintre savait tout exprimer sans peine, par des travaux sommaires ; il savait choisir dans une figure les lignes essentielles, caractéristiques; c'est ainsi que l'on voit dans cette petite estampe des têtes qui ne sont encore qu'ébauchées et qui déjà sont parlantes. Mais quel beau paysage ! comme il est agreste et riant, égayé par le soleil 1 1 fouillé d'ombres qu'adoucit la perspective de l'air ! La petite ville qu'on aperçoit parmi les

arbres, à mi-côte d'une montagne qui en termine l'horizon, est celle de Sychar, en Samarie, dont il est parlé dans l'Ecriture.

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